17
janvier 2009
Vivre en sursis
sur une terre volée
ATZMON
Gilad
Discuter avec des Israéliens a de quoi laisser pantois.
Même en ce moment, alors que l’aviation israélienne assassine au grand jour des
centaines des civils, des personnes âgées, des femmes et des enfants, le peuple
israélien parvient à se convaincre qu’il est la véritable victime de cette saga
violente.
Ceux qui sont intimement familiers du peuple israélien réalisent
que ce dernier n’est absolument pas informé des racines du conflit qui domine
son existence. Assez souvent, les Israéliens en viennent à des arguments d’un
genre bizarre qui ont tout leur sens dans le discours israélien, mais sont dénués
de toute signification hors la rue juive. Un de ces arguments est le suivant :
’ces Palestiniens, pourquoi insistent-ils pour vivre sur notre terre (Israël),
pourquoi ne s’installent-ils pas tout simplement en Égypte, en Syrie, au Liban
ou dans n’importe quel autre pays arabe ?’ Une autre perle de sagesse hébraïque
est du genre : qu’est-ce-qui ne va pas avec les Palestiniens ? Nous leurs avons
apporté l’eau, l’électricité, l’éducation et tout ce qu’ils trouvent à faire c’est
d’essayer de nous jeter à la mer. ’
De manière assez étonnante, les Israéliens
même ceux de la soi-disant ’gauche’ et même ceux de la ’gauche’ intellectuelle
sont incapables de comprendre qui sont les Palestiniens, d’où ils viennent et
le pourquoi de leur résistance. Ils n’arrivent pas à comprendre qu’Israël a été
créé aux dépens du peuple palestinien, de la terre palestinienne, des villages,
des villes, des champs et des vergers palestiniens. Les Israéliens ne réalisent
pas que les Palestiniens de Gaza et des camps de réfugiés de la région sont en
réalité les populations dépossédées de Ber Shive, Jaffa, Tel Kabir, Sheikh Munis,
Lod, Haïfa, Jérusalem et de bien d’autres villes et villages. Si vous vous demandez
comment il se fait que les Israéliens ignorent leur histoire, la réponse est très
simple, on ne la leur a jamais racontée. Les circonstances qui ont conduit au
conflit israélo-palestinien sont bien cachées à l’intérieur de leur culture. Dans
le paysage, les traces de la civilisation palestinienne d’avant 1948 ont été effacées.
Non seulement la Nakba, le nettoyage ethnique en 1948 des indigènes palestiniens,
ne fait pas partie des programmes scolaires israéliens, elle n’est pas même mentionnée
ni discutée par aucun forum officiel ou universitaire israélien.
Dans
le centre de presque chaque ville israélienne on peut trouver une statue commémorative
en forme bizarre, presque abstraite, de tuyauterie. Cette tuyauterie est appelée
Davidka et est en réalité un canon de mortier israélien de 1948. Il est intéressant
de savoir que le Davidka était une arme particulièrement inefficace. Ses obus
n’avaient pas une portée supérieure à 300 mètres et causaient peu de dégâts. Mais
si le Davidka causait un minimum de dommages, il était par contre très bruyant.
Selon l’histoire israélienne officielle, les Arabes, c.à.d. les Palestiniens,
s’enfuyaient tout simplement pour sauver leurs vies dès qu’ils entendaient le
Davidka au loin. Selon le discours israélien, les Juifs, c.à.d. les Israéliens
’récents ’ faisaient quelques feux d’artifices et les ’Arabes poltrons’ couraient
tout simplement comme des idiots. Dans la version israélienne officielle, on ne
trouve aucune mention des nombreux massacres planifiés et perpétrés par la jeune
armée israélienne et les unités paramilitaires qui l’ont précédée. Il n’y a aucune
mention non plus des lois racistes qui interdisent aux Palestiniens de revenir
sur leurs terres et dans leurs maisons.
La signification de ce qui précède
est assez simple. Les Israéliens ne sont absolument pas familiers avec la cause
palestinienne. Dès lors, ils ne peuvent interpréter la lutte palestinienne que
comme une lubie meurtrière irrationnelle. A l’intérieur de l’univers israélien
avec son caractère judéo-centré et de seule réalité existante, l’israélien est
une innocente victime et le Palestinien rien moins qu’un meurtrier barbare.
Cette grave situation qui laisse l’Israélien dans l’ignorance totale de son passé
mine toute possibilité de réconciliation future. Dès lors que l’Israélien n’a
pas un minimum de compréhension du conflit, il est incapable d’envisager la possibilité
d’une solution qui ne serait pas l’extermination ou le nettoyage de ’l’ennemi.’
Tout ce que l’israélien a la possibilité de savoir sont des variations du récit
de la souffrance juive. La souffrance des Palestiniens lui est complètement étrangère.
’Le droit au retour des Palestiniens’ lui semble une idée farfelue. Même les ’humanistes
israéliens’ les plus en pointe ne sont pas prêts à partager le territoire avec
ses habitants indigènes. Ce qui ne laisse guère d’autre possibilité aux Palestiniens
que de se libérer eux-mêmes. A l’évidence, il n’y a pas de partenaire pour la
paix du côté israélien.
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| Cette
semaine, nous en avons appris un peu plus sur l’arsenal balistique du Hamas. Il
est évident que le Hamas a fait preuve d’une certaine retenue avec Israël depuis
trop longtemps. Le Hamas s’est retenu d’étendre le conflit à l’ensemble du sud
d’Israël. Il m’est venu à l’esprit que les volées de roquettes qui se sont abattues
sporadiquement sur Sderot et Ashkelon n’étaient en réalité rien d’autre qu’un
message des Palestiniens emprisonnés. C’était d’abord un message à la terre, aux
champs et aux vergers volés : ’Notre terre adorée, nous ne t’avons pas oubliée,
nous combattons encore pour toi, au plus vite nous reviendrons, nous reprendrons
là où nous avons été arrêtés’. Mais c’était aussi un message clair aux Israéliens.
’Vous là-bas, à Sderot, à Beer Sheva, Ashkelon, Tel Aviv et Haïfa, que vous le
sachiez ou pas, vous vivez en réalité sur la terre qui nous a été volée.’
Voyons les choses en face, en réalité la situation en Israël est assez grave.
Il y a deux ans, c’était le Hezbollah qui bombardait à la roquette le nord d’Israël.
Cette semaine, le Hamas a prouvé sans doute possible sa capacité à distribuer
au sud d’Israël quelques cocktails de missiles vengeurs. Dans le cas du Hezbollah
comme dans celui du Hamas, Israël n’a pas trouvé de réponse militaire. Il peut
certes tuer des civils mais ne parvient pas à enrayer les tirs de roquettes. L’armée
israélienne n’a pas les moyens de protéger Israël sauf si recouvrir Israël d’une
toiture en béton peut être vu comme une solution viable. Au bout du compte, c’est
peut-être ce que les responsables israéliens essaieront de faire.
Mais
nous ne sommes pas à la fin de l’histoire. En fait ce n’est que le début. Tous
les experts du Moyen-Orient savent que le Hamas peut prendre le contrôle de la
Cisjordanie en quelques heures. En fait, le contrôle de l’Autorité Palestinienne
et du Fatah sur la Cisjordanie est maintenu par l’armée israélienne. Dès que le
Hamas se sera emparé de la Cisjordanie, les plus grands centres urbains israéliens
seront à sa merci. Pour ceux qui ne parviennent pas à le voir, ce serait la fin
de l’Israël juif. ça peut arriver dès ce soir, dans trois mois ou dans cinq ans,
la question n’est pas de savoir ’si ça se produira’, mais ’quand.’ A ce moment
là, l’ensemble d’Israël sera à portée de tir du Hamas et du Hezbollah et la société
israélienne s’effondrera, son économie sera ruinée. Le prix d’une maison individuelle
de Tel Aviv nord équivaudra à celui d’un cabanon à Kiryat Shmone ou à Sderot.
Au moment où une seule roquette touchera Tel Aviv, c’en sera terminé du rêve sioniste.
Les généraux israéliens le savent, les dirigeants Israéliens le savent.
C’est pourquoi ils intensifient la guerre d’extermination contre les Palestiniens.
Les Israéliens n’envisagent pas d’occuper Gaza. Ils n’ont rien perdu là-bas. Tout
ce qu’ils veulent c’est terminer la Nakba. Ils larguent des bombes sur les Palestiniens
dans le but de les anéantir. Ils veulent les Palestiniens hors de la région. Il
est évident que ça ne marchera pas et que les Palestiniens resteront. Non seulement
ils resteront, mais le jour de leur retour chez eux ne fait que se rapprocher
vu qu’Israël a épuisé ses tactiques les plus meurtrières.
C’est précisément
à ce moment que le déni israélien de la réalité entre en jeu. Israël a dépassé
le ’point de non retour’. Son destin funeste est gravé au creux de chaque bombe
qu’il largue sur les civils Palestiniens. Il n’y a rien qu’Israël puisse faire
pour se sauver lui-même. Il n’y a pas de stratégie de sortie. Il ne peut pas négocier
une issue à ce conflit car ni les Israéliens ni leurs dirigeants n’en comprennent
les paramètres fondamentaux. Israël n’a pas les moyens militaires d’achever cette
bataille. Il peut réussir à tuer les leaders de la base palestinienne comme il
le fait depuis des années, pourtant la résistance et l’opiniâtreté des Palestiniens
ne font que se renforcer au lieu de faiblir. Ainsi que l’avait prédit un général
des services de renseignements israéliens pendant la première Intifada, ’pour
vaincre, tout ce que les Palestiniens ont à faire est de survivre. » Ils survivent
et ils sont en fait en train de vaincre.
Les dirigeants Israéliens comprennent
tout ça. Israël a déjà tout essayé, retrait unilatéral, famine et maintenant extermination.
Ils ont cru se débarrasser du problème démographique en se recroquevillant dans
un ghetto juif intime et douillet. Rien n’a marché. C’est la ténacité palestinienne
incarnée par la politique du Hamas qui définit l’avenir de la région.
Tout ce qui reste aux Israéliens c’est de s’accrocher à leurs oeillères et à leur
déni de la réalité pour fuir leur le triste destin qui leur est déjà fixé. Tout
au long de leur déchéance, les Israéliens entonneront les divers chants de victimisation
dont ils sont coutumiers. Imprégnés d’une réalité faite de suprématie égocentrée,
ils seront hypersensibles à leurs propres souffrances tout en restant aveugles
à celles qu’ils infligent aux autres. De façon assez singulière, les Israéliens
se comportent comme un collectif uni quand ils bombardent les autres mais, s’ils
sont légèrement blessés, ils deviennent des monades de vulnérabilité innocente.
C’est cet écart entre la façon dont les Israéliens se voient et celle dont les
autres les voient qui transforme les Israéliens en monstrueux exterminateurs.
C’est cet écart qui les empêche de comprendre les tentatives nombreuses et répétées
de détruire leur État. C’est cet écart qui empêche les Israéliens de comprendre
la signification de la Shoah et d’être capable d’éviter la prochaine. C’est cet
écart qui empêche les Israéliens de faire partie de l’humanité.
Une fois
encore, les Juifs devront errer vers une destinée inconnue. D’une certaine manière,
j’ai personnellement commencé mon voyage depuis un moment.
Source : Living
on Borrowed Time in a Stolen Land http://palestinethinktank.com/2009/01/03/gilad-atzmon-living-on-borrowed-time-in-a-stolen-land/
VERSION FRANCAISE http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=6755&lg=fr
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