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ciel






Et pendant ce temps,




Kasi-Davha tirait le Yak qui ne voulait pas passer le couloir de pierres du grand chemin vertigineux de S'er-p'yin. Il tirait, mais le Yak résistait, résistait, résistait.... Sa fourrure se nouait à chaque aspérité de la roche et le lama n'arrivait pas à l'aider à s'en défaire. La friction était immense et la neige, comme toujours, au col qui conduit à la vallée des Jaï-Lus, vallée des arc-en-ciels..., tomBait drue, au point que les yeux du Yak s'en remplissaient, et que d'autant, les mains du lama se raidissaient... si Bien qu'on n'arrivait point à franchir le défilé... C'était comme si tout était suspendu.

À tout moment le Yak menaçait de glisser et de se précipiter dans les crevasses du haut glacier aux mille visages des morts-nés. Deux mille pieds dessous. Il fallait donc le défaire du fardeau... si on voulait arriver à s'en sortir, le vent était trop fort et le Yak était visiBlement fatigué. Tout devenait comme une grande statue de neige pétrie.

Alors le vieil esprit ridé du Grand Pays d'Oué, fit reculer le Yak, il prit le temps de défaire toutes les cordes et lanières, une à une, qui maintenaient le presque mort qu'il avait trouvé à moitié gelé au pied de la moraine du premier glacier... Juste au grand tournant de la grande vallée. Il aurait tant voulu le sauver. Mais maintenant, il ne pouvait que le jeter dans le précipice.

Oh ! Il avait Bien lu sur son visage, un visage qui ne pouvait mentir : c'était un retournant du Sattvique. Et il connaissait Bien tous les Retournants !
Il regardait le visage vivant et mort de ce rescapé qu'il allait falloir Balancer...
Et pourquoi pas le ressusciter...

Cet étranger était Bizarre... Il était d'ici ! Kasi-Davha se disait qu'il l'avait déjà rencontré, mais il n'arrivait pas à se souvenir en quelle vie... Il l'avait Bien enveloppé de peaux et de fourrures, mais le naufragé des neiges n'avait pas voulu reprendre connaissance malgré toute la science des points et des axes secrets qu'il avait portés et gravés sur lui...
Jeter ou Ressusciter ? Un dilemme d'Enfer pour Kasi-Davha !

 





ciel






Il déposa avec soin et délicatesse ce grand poids d'homme trop lourd et l'arrima à la pointe d'un rocher, car le vent était tel qu'il l'aurait Bien emporté pour le faire avaler par les grandes gueules avides du glacier...

Le Yak était rivé contre le rocher au point qu'on ne pouvait pas différencier l'un de l'autre.


Suspendu dans le Vide, Kasi-Davha dégagea la charge humaine du Yak. Il fit glisser ce presque ou tout-à-fait cadavre... en l'associant à son propre corps, en le rendant solidaire du sien. Mais il dû faire d'immenses efforts pour se redresser, marcher en arrière afin de faire glisser le CORPS dans l'entrée de la passe.


La Passe était une vire étroite qui ne laissait le passage qu'à un homme et à la grande rigueur à un Yak, si l'on était très vigilant. La vire était suspendue aux deux tiers d'une haute paroi, au dessous d'elle c'était le grand vide. Elle se terminait là où le lama faisait maintenant reculer le Yak, c'est-à-dire : entre deux rochers suspendus mais infiniment rapprochées où l'homme tiBétain de tous les chemins avait taillé un escalier étroit, tordu... qui amenait directement à une grande ouverture sur les névés accrochés et... forcément...,
sur une descente vertigineuse en lacets jusqu'au fond d'une très haute vallée qui était derrière le col et où se campait la lamaserie à laquelle Kasi-Davha se rendait...

Kasi-Davha fit à nouveau avancer le Yak et plutôt que de le tirer, il se mit à le pousser de toutes ses forces... par derrière. Et après une lutte qui dura de longues heures, il se retrouva avec le Yak de l'autre côté comme un nouveau-né sur le ventre de sa mère. Mais lui dans la fourrure du Yak et comme assommé d'épuisement. Il dut, avec Beaucoup d'effort se délivrer de la glace amBiante pour arrimer le Yak afin qu'il ne s'en aille pas tout seul pour un grand vol au dessus du Vide...

Il revint ensuite vers l'étranger, le fit rouler sur son dos et ainsi il s'arma de courage pour porter plus lourd que lui à un endroit où personne n'aurait osé se porter soi-même... Il le fit sous la poussée d'un vent en furie... Un carnet chuta malencontreusement de dessous les armatures de peaux et de fourrures... Le lama voulu le rattraper, mais le carnet glissa, virevolta, se prit pour un oiseau et reBondit dans le vide... emporté par le vent comme un impossiBle papillon de l'antarctique...
















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