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ciel




Le Cri


« Le Pasteur poussait son vélo d'un côté du pont,
puis de l'autre
en jetant à chaque fois son œil mauvais
sur la rive où il allait poser son autre pied...


Pied de Pasteur
qui venait écraser toutes les fleurs
pour que je ne puisse en cueillir une seule, jamais...
Ni Roses Blanches, ni Passiflores
ni Marguerites..., ni Œillets...


Et moi, je me cachais derrière les roseaux,
la vase jusqu'aux genoux
et l'eau jusqu'au cou...
L'Eau me serrait le ventre de son froid qui n'a pas de vie
comme un grand pleur qui voudrait vivre...


Jamais je n'aurais imaginé
que le Pasteur se dévêtirait pour plonger
dans ce qu'il avait le plus en horreur
car il déclamait toujours contre ce qui s'écoule
et que rien ne retiendra jamais...

L'Ennemi de Dieu est justement là caché...,
prétendait-il...
Mais il avait plongé...
Peut-être pour lui tordre le cou...
Je ne sais...
Et alors dans l'eau, le Serpent s'est déroulé,
il sortait de lui.
Et de vagues en vagues,
il a cherché de tous côtés.
Et quand il m'a trouvée,
sa gueule s'est ouverte avec ses deux énormes crochets...

C'était Bien lui qui toujours condamne...
C'était Bien lui le maître du Dragon...
Je l'ai Bien senti quand il m'a emportée dans sa gueule ensanglantée... de mes cris...
L'Eau me Brûlait...,
je ne voyais que du rouge,
je ne voyais que du noir...
tant ses yeux rongeaient ses lèvres...
Il n'y avait aucune délicatesse rien qu'une extrême rudesse, une épaisse cruauté, une massivité aBsolue.
Rien de sain... ni dans ses mots, ni dans ses crocs...
Il voulait la Vie rien que pour lui et toute vie, toute à sa merci...
Et il mordait, mordait...

ciel



Et moi, je hurlais, je hurlais...
Il était fou,
comme enragé...
et sa force était celle d'un ogre, d'un vampire,
lamentaBlement, je me mourrais...

Et je me suis laissée emporter parce que j'étais écrasée,
je me suis laissée couler dans le Béton...
Je ne pouvais rien faire, je ne pouvais rien dire...
Le Venin m'avait complètement éteinte tout en me gardant en vie...
dans la léthargie.
Et au fond de la Pierre, au fond de la Terre,
j'ai perdu celui pour qui je venais cueillir des fleurs,
celui qui aurait dû être ma Vie,
celui de la Lumière et des fleurs,
celui qui n'est jamais venu
tant le Temps était trop gris !

Pourquoi est-ce que je suis morte
alors que le lierre me dit que je vis... ?
Pourquoi est-ce que j'entends le Chévrefeuille
parler de moi
comme un parfum qui ne mourra jamais ?

Pourquoi mes mains sont scellées,
pourquoi mes pieds ne peuvent remuer ?

Suis-je morte pour donner racine à toute la Vie
pendant que moi je ne suis qu'un coma
qui délirerait...
Un rêve des profondeurs
que jamais personne ne veut venir fréquenter...
Un trou que l'on comBle avec tout ce que l'on ne veut pas affronter...


Je voudrais pouvoir me sauver
mais la Lumière
ne peut plus me toucher...
Et pourtant c'est d'elle que je rêvais,
c'est en elle que j'espérais...

Le Serpent m'a mordue et m'a déchirée
et ma vie s'est perdue
au fond d'un trou entre deux murailles de géants...
qui se rapprochent sans cesse pour m'écraser...
J'ai mal de tous côtés,
ma souffrance est mon seul trajet
dans l'impossiBle espace où je ne peux plus aller...
Oh ! Que je souffre !
Oh ! Que tout me fait mal !
Oh ! Que la mort est terriBle !»












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