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septembre 2008
Interview radio d’août 2008 du professeur Doug Morris,
de l’université de Eastern New Mexico (US)
Cuba et
la lutte pour la survie.
MORRIS Doug
page 1
Rick Smith : Une des choses que j’adore c’est d’entendre parler d’autres pays.
J’aime entendre la version de l’intérieur et entendre d’autres opinions. C’est
pour cela que nous avons invité le professeur Morris, de l’université de Eastern
New Mexico. Il rentre de Cuba et j’ai toujours été fasciné de découvrir ce qui
se passe dans ce vase clos. Pourquoi êtes-vous allé là-bas ? Pour autant que je
sache, moi, je ne pourrais pas m’y rendre... comment avez-vous fait pour vous
y rendre ?
Doug Morris : J’y suis allé dans la cadre du Research
Network in Cuba Group sponsorisé par la Radical Philosophers Association. Le groupe
effectue des recherches sur Cuba et participe aux conférences annuelles à l’Université
de la Havane dans le cadre de ces recherches, et nous diffusons nos travaux aux
Etats-Unis à différentes entités universitaires ou publiques. Pas mal de participants
voyagent plusieurs fois par an à Cuba pour mener leurs recherches et pour garder
le contact, par exemple sur des questions telles que l’économie ou l’agriculture
socialistes. Le groupe voyage en toute légalité grâce à une licence générale pour
la recherche délivrée par le Département d’Etat des Etats-Unis. Il existe différents
groupes autorisés à se rendre à Cuba, y compris pour les journalistes, on peut
donc supposer que vous pourriez vous y rendre « légalement » dans le cadre d’un
travail de journalisme. Il faut préciser que ce n’est pas Cuba qui empêche les
citoyens US de se rendre à Cuba, mais le gouvernement des Etats-Unis qui porte
ainsi atteinte à notre droit constitutionnel de voyager.
Je dois
aussi préciser que les raisons de se rendre à Cuba sont nombreuses et que je ne
suis pas un spécialiste de Cuba. Cuba n’est pas mon domaine de recherche principal.
Mais Cuba demeure une source d’intérêt et d’inspiration principalement parce que
Cuba mène un projet social en dehors du modèle néolibéral mondialisé, un modèle
néolibéral qui donne la priorité au profit et qui est à l’origine de nombreuses
catastrophes mondiales et de souffrances humaines. Cuba est une inspiration parce
qu’ils ont accompli beaucoup et dans des conditions très difficiles, la moindre
n’étant pas la proximité d’un géant hostile au nord.
Comme l’a fait
remarquer un universitaire cubain, Cuba « évolue toujours sur le fil du rasoir,
dans un monde qui est, lui, au bord du précipice. » En d’autres termes, Cuba,
qui lutte sans arrêt pour sa survie, est souvent poussée à mener des politiques
qui vont à l’encontre de leurs idées, mais ils doivent résister, et ils tentent
de résister en tant qu’îlot socialiste dans un océan d’abominations néolibérales.
Il n’existe aucun manuel pour révolutionnaires qu’on pourrait simplement ouvrir
à la page 155 pour trouver la réponse à notre dernier dilemme. Cuba, bien qu’elle
évolue sur le fil du rasoir, est une source d’inspiration pour des alternatives
politiques, économiques, agricoles et pédagogiques dont nous, qui sommes au bord
du précipice, avons tant besoin face aux menaces mondiales telles que les changements
climatiques, les catastrophes écologiques, l’augmentation de la misère et des
inégalités, les crises alimentaires, les pénuries d’eau, l’autoritarisme, la tyrannie
des multinationales, et un monde de plus en plus militarisé. Cuba, par exemple,
a été désigné par le World Wildlife Fund (WWF) comme la seule société qui mène
un développement durable, et ceci est très important au moment où se pose sérieusement
la question d’un développement durable pour l’avenir de l’humanité.
Quant à qualifier Cuba de « vase clos », il faut faire attention à l’interprétation
qu’on pourrait en faire parce qu’aux Etats-Unis on s’en sert pour marteler que
Cuba serait une sorte de société stalinienne où les gens manqueraient de libertés,
où tout le monde vivrait sous une surveillance constante et dans la peur, où les
gens seraient enlevés au beau milieu de la nuit s’ils sont en désaccord avec l’Etat,
où les gens seraient envoyés dans des camps de torture, etc. Ce n’est pas le cas
à Cuba, et on pourrait faire le rapprochement avec la base US à Guantanamo, un
véritable centre de violations des droits humains sur territoire cubain et occupé
par les Etats-Unis. L’idée que Cuba serait un « vase clos » est à la fois un mythe
créé par la propagande US afin de maintenir la population US éloignée de la réalité
cubaine, et la conséquence de la menace permanente d’une agression US, situation
qui oblige à prendre certaines mesures de contrôles centralisées et qui parfois
provoque des mesures de répression qu’on aurait du mal à justifier.
On pourrait se demander pourquoi le pouvoir US s’acharne à maintenir ses citoyens
dans l’ignorance de la réalité cubaine. Je pense que la première raison est que
Cuba est en train de mener des expériences économiques et politiques qui donnent
la priorité à l’être humain et à son bien-être, qui s’engagent sur la voie d’une
agriculture écologiquement raisonnée et durable ... Cuba considère que certains
droits humains doivent être respectés, par exemple, le droit à l’alimentation,
à la santé, à l’éducation, à un logement, à un travail, à la culture, au sport,
à la participation, etc. Cuba considère ces droits comme des droits fondamentaux
et qu’ils ne devraient donc pas être réservés uniquement à ceux qui auraient les
moyens de se les offrir sur le marché. Du point de vue du gouvernement US, le
problème avec Cuba, je pense, c’est que si Cuba réussit cette politique qui donne
la priorité aux êtres humains, elle démontrera la légitimité de ce qu’on appelle
à Cuba « le pouvoir populaire ». La révolution cubaine a rompu avec 150 ans de
politique US et la conviction, exprimée par la Doctrine Monroe, que tout le continent
appartenait aux Etats-Unis qui avaient un droit de regard sur tout et le droit
de décider de la pluie et du beau temps.
Peu après la révolution
cubaine, l’administration Kennedy a clairement expliqué où était le problème.
Le modèle cubain, disaient-ils, pouvait servir d’inspiration aux peuples sur tout
le continent, peuples qui avaient été dépouillés et exploités pendant des centaines
d’années, des peuples qui pourraient être tentés de suivre l’exemple cubain et
prendre leurs propres affaires en main et tenter de sortir de la misère et du
désespoir. Evidemment, une telle politique serait en contradiction avec la recherche
du pouvoir et du profit, ce qui est intolérable aux yeux du pouvoir US. Ainsi,
un des problèmes principaux de Cuba, du point de vue des Etats-Unis, est de démontrer
qu’une société peut être dirigée par des gens par différentes interactions entre
la démocratie formelle et informelle, entre des formes de démocratie représentative
et participative, et, très important, Cuba peut démontrer qu’une société peut
fonctionner dans l’intérêt du peuple sans recourir à un système économique tyrannique
basé sur le profit.
Ensuite, la menace d’une agression US est très
réelle, l’histoire le montre clairement. Il y a plus de 200 ans, John Adams prétendait
que Cuba était « une prolongation naturelle des Etats-Unis » et que Cuba devait
être annexée aux Etats-Unis. Jefferson écrivit que « Cuba est l’apport le plus
intéressant à notre système d’états » et John Quincy Adams parlait de « l’inévitable
annexion de Cuba » en affirmant que Cuba finirait par tomber entre les mains des
Etats-Unis selon les lois de la gravité politique, comme « un fruit mur ». Dans
les années 1850, le Manifeste Ostende des Etats-Unis mettait en garde contre une
« africanisation de Cuba (comme Haïti)... avec toutes les horreurs qui s’ensuivraient
pour la race blanche. »
En plus, bien sûr, il y avait les intérêts
économiques. Dans les années 1880, Cuba était un « partenaire » économique important
des Etats-Unis, surtout pour le sucre. Les Etats-Unis fournissaient 70% du marché
cubain. Avant l’intervention militaire US à Cuba au cours de la deuxième guerre
d’indépendance, le vice ministre de la Guerre, J. Breckenridge, écrivait que les
Cubains étaient incapables de gérer leur société et qu’ils n’avaient « qu’une
vague notion du Bien et du Mal » et que les Etats-Unis devaient donc « détruire
tout ce qui se trouvait à portée de canon, imposer un strict blocus afin que la
famine se répande, pour saper le moral d’une population pacifique et décimer l’armée
cubaine ».
En 1901, les Etats-Unis obligèrent les Cubains à accepter
l’Amendement Platt, encore utilisé aujourd’hui pour « justifier » la base militaire
US à Guantanamo. Cet amendement accordait aux Etats-Unis le « droit » d’intervenir
dans les affaires cubaines à tout moment « pour préserver l’indépendance de Cuba
» (sauf l’indépendance devant une intervention US, évidemment), et protéger les
vies, la liberté et, le plus important, la propriété privée. Les Etats-Unis ont
pris cet amendement pour prétexte lorsqu’ils sont intervenus militairement en
1906 et qu’ils ont occupé l’île jusqu’en 1909. De 1901 à 1959, date du triomphe
de la révolution qui a renversé la dictature Batista soutenue par les Etats-Unis,
Cuba était, selon les termes de Robert Scheer, « plus une annexe des Etats-Unis
qu’un état souverain. » La plupart des terres et des ressources naturelles étaient,
sous différentes formes, sous le contrôle des Etats-Unis.
Les Etats-Unis,
depuis presque cinquante ans maintenant, sont hostiles à la révolution cubaine
et veulent rétablir leur domination sur l’île et se sont livrés à une agression
militaire ouverte, à un étranglement économique sous différentes formes, à d’incessantes
actions terroristes, à des attaques biochimiques, à des manoeuvres diplomatiques
pour tenter d’isoler Cuba. Ils ont aussi adopté des législations, telles que les
lois Helms-Burton et Torricelli, destinées à punir Cuba et d’autres pays qui commercent
avec Cuba, au moment où Cuba se trouvait dans une situation difficile et avait
plutôt besoin d’aide. Ils ont soutenu des gens qui ont mené des attentats contre
Cuba ou ont fait exploser un avion commercial en plein vol (tuant tous les passagers
à bord). Ils ont planifié des dizaines d’attentats contre les dirigeants cubains.
Ils ont lancé de vastes campagnes de propagande à travers le monde contre l’expérience
cubaine (dont une bonne partie à travers les ambassades US). Ils ont financé des
groupes de réflexion anti-cubains, etc.
Il faut aussi se rappeler
que nous définissons le terrorisme comme « le recours à la force et la violence,
ou la MENACE de la force et la violence, afin d’intimider, exercer une coercition
ou un contrôle, pour un intérêt idéologique, politique, religieux ou économique
», selon la définition presque littérale et officielle des Etats-Unis. Les Etats-Unis
sont donc impliqués dans des actes de terrorisme 100% du temps puisque leur politique
officiellement annoncée est la possibilité qu’ils se réservent d’attaquer n’importe
qui, n’importe où, n’importe quand, pour n’importe quelle raison, politique officialisée
par la Stratégie de Sécurité Nationale des Etats-Unis en 2002, et illustrée par
l’attaque illégale des Etats-Unis contre l’Irak. En plus, les Etats-Unis se réservent
le « droit » d’utiliser des armes nucléaires lors d’une première frappe. Ce qui
signifie que les Etats-Unis sont en permanence en train de menacer de recourir
à la force et à la violence partout dans le monde, et qu’ils livrent donc au terrorisme.
Les Cubains sont tout à fait conscients de cela, et nous devrions l’être aussi.
L’hostilité permanente contre la révolution cubaine se fonde sur
trois éléments. Le premier est la perte commerciale et financière subie à Cuba
par les milieux d’affaires US. Le Wall Street Journal avait qualifié la révolution
cubaine de « pastèque ». Plus on la creuse, et « plus elle devient rouge ». Par
exemple, Cuba a nationalisé les raffineries de pétrole. Cuba avait signé un accord
commercial avec l’Union Soviétique en 1960, relatif entre autres au pétrole brut
soviétique. Sous les ordres du gouvernement des Etats-Unis, Texaco et Standard
Oil ont refusé de raffiner le brut, obligeant ainsi les Cubains à nationaliser
leurs raffineries. Les nationalisations furent effectuées en échange de compensations
estimées à partir des bilans officiels de ces sociétés. Mais ces bilans étaient
généralement sous-évalués pour échapper en partie aux impôts.
Le
deuxième élément est l’engagement de Cuba dans une voie de développement économique,
politique et social indépendant de l’hégémonie US, et le risque que la révolution
cubaine puisse devenir une source d’inspiration pour d’autres dans la région et
un défi à la domination US.
Arthur Schlesinger, qui fut conseiller
auprès de JFK, a déclaré que le problème avec le régime de Castro, c’est-à-dire
la révolution cubaine, était qu’il symbolisait la résistance à l’hégémonie des
Etats-Unis et sapait 50 ans de politique US dans la région. En d’autres termes,
la révolution cubaine offrait une issue émancipatrice aux peuples soumis aux servitudes.
En un mot comme en cent, et selon les termes mêmes de l’administration US, « les
pauvres et les défavorisés (c à d les exploités) pourraient réclamer des conditions
de vie décentes », ce qui était tout simplement inacceptable. L’administration
Kennedy a répondu à cette « menace » en lançant « l’Alliance pour le Progrès ».
Chose intéressante, environ dix ans après le lancement de ce programme, une étude
importante aux Etats-Unis a conclu que Cuba, le seul pays exclu de ce programme
(d’aide économique - ndt), était le seul pays qui avait accompli ce que le programme
était supposé accomplir, par exemple, des avancées dans les secteurs de la santé,
de l’éducation, des transports, ainsi que l’intégration de secteurs ruraux et
urbains.
Le troisième élément est l’engagement de Cuba dans la solidarité
internationale, illustré par les projets internationaux de Cuba dans les domaines
de la médecine, de l’alphabétisation, de l’agriculture, ainsi que le programme
« Opération Miracle » grâce auquel plus d’un million de personnes ont retrouvé
la vue. Cuba démontre que les relations internationales peuvent être basées sur
la solidarité plutôt que l’exploitation, la domination ou l’agression. Et il y
a aussi la question du « pouvoir populaire », lorsque les gens prennent en main
leurs destinées.
RS : quel était l’objectif de la conférence à Cuba
?
DM : l’objectif de la conférence, entre autres, est de créer des
liens de solidarité entre les universitaires cubains et états-uniens, entre leurs
citoyens aussi. La conférence elle-même aborde différents domaines de la recherche,
y compris en économie, des questions philosophiques, d’éducation, d’agriculture,
différentes formes d’organisation sociale, l’histoire, des projections sur l’avenir
pour lequel nous devons nous battre, sur le rôle de la société civile dans l’impulsion
du pouvoir populaire à Cuba et le rôle que la société civile pourrait jouer dans
le renforcement du pouvoir des citoyens aux Etats-Unis, etc.
RS :
vous pensez que les citoyens n’ont pas de pouvoir aux Etats-Unis ?
DM : je pense que la population cubaine a beaucoup plus de pouvoir que la population
des Etats-Unis, et ceci pour une raison assez simple mais controversée par beaucoup
de gens aux Etats-Unis. Cuba a une conception de la démocratie très différente,
beaucoup plus large et plus profonde que celle que nous avons aux Etats-Unis.
Aux Etats-Unis, la notion de démocratie se résume à l’aspect le plus
élémentaire, le plus rudimentaire et la forme la moins développée de la démocratie
: la démocratie électorale. Tous les deux ou quatre ans, les gens sont autorisés
à voter pour des candidats qui ont été présélectionnés par les propriétaires de
la société, les milieux d’affaires. Toute personne qui tente de défier les intérêts
des propriétaires est marginalisée et déconsidérée. Le cas de Dennis Kucinich
le montre très clairement. Nous devons voter pour l’un ou l’autre des candidats
promus par les corporations et pratiquement rien ne change en ce qui concerne
l’intérêt général, l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre,
les moyens et les connaissances mis en oeuvre pour définir une politique qui réponde
effectivement aux préoccupations des gens, comme un système de santé, la protection
de l’environnement, un système qui réponde aux attentes de la population, une
meilleure éducation, moins de militarisme, l’entretien et le développement des
infrastructures, un système économique plus équitable, etc.
La démocratie
électorale aux Etats-Unis produit généralement une forme de compétition limitée
à deux grands partis financés par l’élite fortunée et les milieux d’affaires.
Il arrive que l’intérêt du public se réveille parfois, dans certains secteurs,
lorsqu’on leur présente des hyper-spectacles qui sont régulièrement donnés pendant
les campagnes électorales, ou lorsqu’il est soumis à un tir de barrage publicitaire
ou la répétition incessante de slogans creux qui parlent « d’espoir », de « changement
». Le résultat final est que pratiquement rien ne change en ce qui concerne les
besoins ou les préoccupations de la population, ou l’approfondissement de la démocratie.
Le public est tout à fait conscient de l’arnaque, et c’est probablement
une des raisons pour lesquelles la participation aux élections est si faible aux
Etats-Unis. Dans les démocraties électorales, les électeurs votent tous les deux
ou quatre ans et n’ont pratiquement aucune influence sur les politiques ou les
programmes. Mais comme l’a clairement exprimé Georges Soros, « les marchés votent
tous les jours ». Ce qui laisse entendre que sans une forme de participation démocratique
significative dans les programmes économiques et sociaux, cette démocratie-là
n’est qu’une coquille formelle et pratiquement vide, un arbre qui cache la forêt
des véritables centres de pouvoir et de décision et qui se trouvent principalement
au niveau des grandes sociétés.
A Cuba, je dirais qu’ils ont étendu
la notion de démocratie au delà de la démocratie électorale (oui, il y a bien
des élections à Cuba, contrairement à ce que l’on nous raconte aux Etats-Unis),
pour englober la démocratie politique, qui est le début d’une forme plus participative
de démocratie, ainsi que de démocratie sociale et économique. Ainsi, les élections
à Cuba ne sont pas financées et contrôlées par des élites, mais organisées par
la population.
RS : attendez une minute, comment est-ce possible
? Castro dirige le pays depuis pas mal de temps ; est-il élu ? Moi ce que j’entends,
c’est que c’est un dictateur communiste.
DM : Cuba, tel que je la
perçois, est en train de mener une expérience, il faut insister là-dessus. Ce
qui se passe à Cuba est une expérience menée dans les conditions très difficiles
qui leur ont été imposées. Et pourtant, Cuba ne connaît aucune des abominations
chroniques qui existent dans la plupart des autres pays de la région. Pas de hordes
de sans-abris en train de crever dans les caniveaux, pas d’enfants en train de
mourir de faim, pas d’analphabétisme généralisé, pas de taux de mortalité infantile
élevée ou de chômage, pas d’escadrons de la mort qui rôdent, pas d’inégalités
monstrueuses, pas d’instabilité politique ou sociale grave, etc. Il existe une
crise du logement, mais des programmes sont en cours pour tenter de la résoudre.
Par exemple, en 2006, Cuba a construit environ 110.000 maisons, et environ 67.000
en 2007. Ils prévoient que s’ils réussissent à tenir une moyenne de 50.000 constructions
par an, la crise du logement sera largement résolue, et ils sont en bonne voie
pour atteindre leurs objectifs.
Ce qui est tenté à Cuba, c’est la
mobilisation de l’intelligence collective et de l’inventivité de la population
pour gérer la société et ils le font par le biais d’un mélange de démocratie participative
et de démocratie représentative structuré par des organisations locales et nationales,
telles que l’Union des Jeunesses Communistes, qui compte environ 800.000 membres
entre 14 et 30 ans, et le Parti Communiste de Cuba qui a environ 1.500.000 membres.
Il faut noter que le Parti Communiste n’est pas un parti électoral. C’est-à-dire
que le parti ne participe pas à la nomination ou l’élection des candidats au niveau
local, provincial ou national. Il ne peut pas non plus proposer de lois aux organismes
représentatifs. Cela ne veut pas dire que le Parti n’exerce pas d’influence sur
la politique à Cuba. Il exerce très clairement une influence à travers la société
cubaine dans son rôle de gardien et de stimulateur de la conscience socialiste
et encourage les gens, comme ils disent, à « être comme le Che », ce qui veut
dire développer une conscience pour et s’engager en faveur d’un intérêt collectif
et être prêt à faire des sacrifices pour cela.
Puis il y a les organisations
de masse qui comprennent les Comités de Défense de la Révolution, la Fédération
des Femmes, l’Union des Travailleurs, les Fédérations d’Etudiants des universités,
collèges et lycées, des organisations professionnelles et des organes d’état,
justice, armée, les organes du pouvoir populaire composés des assemblées nationale,
provinciales et municipales, ainsi que les conseils populaires qui servent de
pont entre les différents quartiers et les assemblées municipales, du Conseil
d’Etat, et les Commissions de Travail à l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire.
Le Conseil d’Etat est chargé de désigner le Conseil des Ministres.
Tel que je comprends les choses, le Conseil d’Etat choisi un président, mais le
président doit d’abord être élu à un niveau local avant d’acquérir le statut de
représentant à l’assemblée nationale, pour ensuite passer au conseil d’état, etc.
De plus, le statut de Président ne donne pas de pouvoirs dictatoriaux, mais offre
au président la possibilité de présenter des arguments pour ou contre tout texte
de loi. Il y a de nombreux cas où Fidel Castro a défendu ou s’est opposé à un
texte et où il n’a pas été suivi. Le monde ne s’est pas arrêté de tourner pour
autant. Les lois et les décrets doivent être ratifiés par l’Assemblée Nationale.
La stature de Fidel, qui est maintenant celle de Raul, lui confère un pouvoir
symbolique et un pouvoir d’influence à Cuba que d’autres n’ont peut-être pas et
qui vient de leur participation à la lutte révolutionnaire à Cuba dès le début
des années 50, et particulièrement depuis l’attaque de la caserne de la Moncada
le 26 juillet 1953.
Dans le même temps, il faut noter qu’il y a eu
une rotation significative de dirigeants ces dix dernières années environ, et
bon nombre de dirigeants actuels ont dans les 30 ou 40 ans. La création des Conseils
Populaires au début des années 90, au début de la Période Spéciale (après l’effondrement
de l’Union Soviétique lorsque Cuba perdit du jour au lendemain environ 85% de
ses échanges commerciaux), fut décidée comme un garde-fou contre la centralisation
et la bureaucratie et un renforcement des pouvoirs locaux et de la participation
de la population. Les Commissions des Candidatures, composées de gens issus des
organisations de masse et du pouvoir populaire et présidées par des syndicalistes,
furent créées pour organiser les élections aux assemblées provinciales et nationale.
L’objectif principal est de garantir une représentation plus équitable des différents
secteurs de la population. En d’autres termes, les citoyens sont impliqués à la
fois dans la désignation et l’élection de ses représentants. Les élections provinciales
et nationales se déroulent tous les cinq ans, les élections municipales tous les
deux ans et 6 mois.
En gros, la moitié des élus à l’assemblée nationale
sont issus des assemblées municipales et l’autre moitié est composée de figures
nationales, des politiciens, des scientifiques, des intellectuels, des artistes,
des athlètes, des travailleurs, etc. Et quelque chose qui devrait particulièrement
intéresser le public états-unien de cette émission, les syndicats et les assemblées
de travailleurs à Cuba sont des lieux où « les travailleurs discutent ». Isaac
Saney, dans son livre « A Revolution in Motion » (une révolution en mouvement),
décrit comment les Cubains sont impliqués dans un intense processus d’apprentissage
politique et comment « le système réagit aux demandes d’ajustement de la population
».
En 1993, durant la période la plus dure de la Période Spéciale,
lorsque l’économie cubaine était en lambeaux et les Cubains souffraient, l’Assemblée
Nationale voulait introduire des impôts sur les revenus. Les syndicats s’y sont
opposés parce que les travailleurs n’avaient pas eu l’occasion d’en discuter et
d’en débattre. L’Assemblée Nationale a donc retardé la mesure jusqu’à ce que les
assemblées de travailleurs se soient réunis. Pendant trois mois, des réunions
ont été organisées, plus de 80.000 réunions, auxquelles plus de 3 millions de
travailleurs ont participé et où la mesure proposée a été débattue et où d’autres
mesures ont été proposées. La politique décidée reflétait l’opinion des travailleurs.
Ainsi, la mesure finalement adoptée imposait principalement les revenus des travailleurs
indépendants plutôt que les salariés. Ceci n’est qu’un exemple pour montrer comment
les consultations en masse et la participation des citoyens font de l’expérience
cubaine un cas à part.
Tous les Cubains peuvent voter à partir de
16 ans, et ils peuvent être désignés par leurs concitoyens dans les assemblées
populaires locales à partir de 18 ans. Les candidats sont donc choisis par des
organisations de quartier pour être élus au niveau municipal. C’est un processus
de dialogue au sein d’organisations populaires et locales. Il faut aussi noter
que les Cubains ont la possibilité de remettre en cause le mandat de leurs élus
s’ils estiment que le travail du représentant est insuffisant. Ce droit est exercé
lors de réunions périodiques, des sortes de sessions de comptes-rendus devant
la population, où les élus doivent rendre compte de leur mandat devant la population.
Mais permettez-moi de revenir au mouvement d’une démocratie électorale
à une démocratie politique, et ensuite vers une démocratie sociale et économique.
La démocratie devient politiquement plus séduisante lorsque des formes plus efficaces
et une représentation plus participative sont autorisées et encouragées. Lorsqu’il
y a un contrôle public du financement des élections, pas un contrôle privé par
ceux qui possèdent la société ; lorsque l’accès à l’information vitale est disponible
et accessible plutôt que cet accès limité que nous connaissons aux Etats-Unis
à travers les média dominants où nous apprenons très rarement ce qu’est réellement
l’opinion publique et uniquement lorsqu’elle va dans le sens des intérêts du corporations
; lorsque le rôle des lobbies est limité (aux Etats-Unis, le lobby du pétrole
a dépensé 83 millions de dollars l’année dernière et dépassera cette somme probablement
cette année en tentant d’infléchir la législation en leur faveur... l’industrie
pharmaceutique, la Chambre de Commerce, Phillip Morris et General Electric sont
parmi les plus gros lobbyistes cherchant à faire adopter des lois qui protégent
et favorisent le pouvoir privé, les profits des sociétés et les richesses des
privilégiés...), alors le lobby serait limité sauf dans le cas où son activité
serait menée dans l’intérêt du public et pas pour promouvoir des pouvoirs ou des
richesses privés.
La démocratie politique serait aussi une manière
de renforcer le pouvoir des corps législatifs chargés d’appliquer la volonté du
peuple, par le peuple, pour le peuple ; en accordant la possibilité de destituer
les candidats qui n’ont pas servi les intérêts du peuple ; où il existe des instruments
où le peuple peut exprimer ses préoccupations à travers des formes de consultations
collectives, de dialogues, de discussions et par référendum ; et où le pouvoir
est plus équitablement réparti. Pour certaines personnes aux Etats-Unis, cette
notion de démocratie « selon la volonté, par et pour le peuple » serait du délire,
mais elle ne fait pourtant que refléter une notion de démocratie assez proche
de Lincoln, et quoi de plus américain que Lincoln, n’est-ce pas ?
La démocratie prend plus de sens lorsque des formes plus participatives sont combinées
avec des formes électorales dans un contexte social qui reconnaît la citoyenneté
comme une composante d’un contrat social où le niveau de vie est mesuré sur la
capacité de la société à fournir les services essentiels et satisfaire les besoins
élémentaires : nourriture, loisirs, éducation, sécurité sociale, santé, logement,
culture et transports. En bref, la citoyenneté réelle s’enracine dans la justice
sociale, dans une société « dé-consumérisée », avec les même droits pour tous
parce que les gens sont à la base considérés comme les citoyens d’une démocratie
participative plutôt que des consommateurs dans un système de marché, basé sur
le profit, non démocratique et déshumanisé.
Dans une démocratie sociale,
la satisfaction des besoins fondamentaux ne dépend pas de la capacité à acquérir
des biens de consommation, mais est considérée comme un droit et un devoir social.
Cette forme de démocratie élimine les discriminations qui sévissent dans le système
de marchandisation néolibéral où les biens, les besoins fondamentaux et les services
ne sont accessibles qu’à ceux qui ont suffisamment d’argent et de pouvoir d’achat
au lieu d’être accessibles à tous en vertu de leur statut de citoyens et d’être
humains ayant souscrit à un contrat social satisfaisant et responsable pour tous.
C’est la dé-marchandisation décrite plus haut. Aux Etats-Unis, tous ces biens
et services dont j’ai parlé précédemment, qu’il s’agisse de l’alimentation, de
la santé, de l’instruction, du sport, etc. ne sont pas considérés comme des droits
fondamentaux, mais comme des privilèges et ne sont accessibles qu’à ceux qui peuvent
les acquérir sur le marché. Je dirais que c’est parfaitement anti-démocratique
et que cela conduit à la déshumanisation des populations et des relations sociales
parce qu’on ne satisfait pas les besoins de tous ceux qui ne vivent pas dans un
système qui vise à développer leurs capacités.
Cuba PARTIE II :
Rick Smith : Nous parlons de Cuba et pendant la pause musicale, le Professeur
Morris a fait une réflexion intéressante en entendant la chanson de John Lennon.
Pouvez-vous partager cette réflexion avec les auditeurs ?
Doug Morris
: Certainement, il s’agit de la chanson "Power to the people", de John Lennon.
A Cuba, la forme de démocratie s’appelle le "Pouvoir populaire". Dans des circonstances
terriblement difficiles, pleines de nombreux conflits et de contradictions, de
certains succès et de certains échecs, mais où rien n’est en aucune façon figé,
on peut dire qu’ils essaient, à Cuba, de créer une forme de pouvoir populaire
où la population peut contribuer, de façon importante et efficace, à influencer
les décisions et organiser la coexistence dans une société permettant de répondre
aux besoins et de développer pleinement les compétences de chacun.
RS : Donc, ils cherchent véritablement à être l’antithèse de l’Amérique ; Au lieu
d’être, comme nous, le société du "moi, je", il aspirent à être une société du
"nous".
DM : Il est indéniable qu’ils sont l’antithèse du modèle
néolibéral qui a été imposé au monde entier. Un des problèmes pour Cuba c’est
que Cuba est une île minuscule qui cherche à expérimenter une société de "peuple
d’abord", aussi bien sur le plan politique qu’économique et qu’elle essaie d’exister
dans un océan sans cesse croissant de capitalisme néolibéral mondial dont les
principes sont à l’opposé des valeurs que Cuba tente de mettre en oeuvre.
Et pas toujours avec succès. Cuba, ce n’est pas "Utopie" et en fait, Cuba ne veut
pas vivre dans l’utopie, ce qu’elle cherche à faire, c’est mobiliser la population
pour créer un ordre social du "peuple d’abord" autour de valeurs comme la justice
sociale, la recherche critique, le respect des autres, un meilleur niveau de vie,
évalué non pas d’après l’accumulation de biens matériels mais selon l’épanouissement
de l’être humain. Et créer, aussi, le plein emploi, avec un emploi valorisant,
des formes véritables d’égalité et de liberté - le genre de liberté qui donne
à chacun les connaissances nécessaires pour faire les choix essentiels dans la
vie - le respect de l’environnement, autour de notions de courage civique et de
souci profond du bien-être commun parce que tout le monde comprendra que l’épanouissement
libre de chacun est conditionné par et se nourrit de l’épanouissement libre de
tous et de chacun.
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Et
cela, c’est en contradiction totale avec les principes néolibéraux qui sont fondés
sur l’égoïsme, le profit, les privatisations, l’hyper-individualisme, la compétition
féroce, et la rapacité.
Tout ceci nous ramène à ce qui a été dit
précédemment sur les gens qui sont les « oubliés » du système aux US. Si on fait
fonctionner une société selon les principes néolibéraux, on a un nombre croissant
de gens qui vont se retrouver « oubliés » parce que la notion de bien commun et
de responsabilité mutuelle n’existe pratiquement pas.
Alors,
pour en revenir à la notion de démocratie, une véritable démocratie ne s’arrête
pas aux échéances électorales, elle doit développer des projets et créer des dynamiques
conduisant à la construction d’une société juste qui souhaite que tous les citoyens
soient informés, engagés et dynamisés. Cette société doit reconnaître et comprendre
les liens essentiels et réciproques qui existent entre les conditions sociales
et l’épanouissement personnel. Je ne veux pas dire que Cuba a réussi dans tous
ces domaines, ni qu’il n’y a à Cuba ni problèmes graves, ni erreurs, ni contradictions
au niveau politique, économique ou social, mais d’après ce que je vois, cette
lutte de Cuba pour développer une forme de démocratie plus authentique, que ce
soit au niveau social, économique ou politique, est essentielle au projet cubaine
de donner le pouvoir au peuple.
Et la démocratie économique fait
partie intégrante de ces projets et de leur dynamique. Et c’est peut-être, là,
la forme de développement de la démocratie la plus poussée, car elle est pratiquement
totalement absente aux Etats-Unis où l’économie est entièrement contrôlée par
des institutions tyranniques appelées entreprises privées, des institutions sur
lesquelles la population a très peu de contrôle, surtout depuis le programme néolibéral
de déréglementations - c’est-à-dire la suppression des possibilités pour les citoyens
de se défendre contre les pratiques de ces sociétés - et de privatisations - c’est-à-dire
les politiques qui permettent de donner la gestion de tous les espaces publics
aux intérêts privés, y compris l’espace concernant l’état d’esprit du citoyen.
(…)
Alors, finalement, je pense qu’on peut dire que,
parce cette expérience menée à Cuba apporte la notion d’une démocratie plus profonde
et plus large, grâce à laquelle les citoyens cubains peuvent participer davantage
à l’organisation de la société, à Cuba, la population a plus de pouvoir qu’aux
Etats-Unis
RS : Il y a une chose que je trouve très intéressante,
c’est que les médecins font partie des exportations cubaines les plus importantes.
Ils envoient des médecins au Venezuela, par exemple, en échange de pétrole. Ce
qui m’épate, c’est que c’est un pays qui ne s’est jamais soumis aux programmes
néolibéraux du FMI et de l’OMC. Ils sont restés eux-mêmes et ont trouvé des moyens
d’exister malgré toutes les pressions qu’ils ont subies. D’un côté, vous dites
que c’est une histoire incroyable, mais d’un autre côté, n’y a-t-il pas beaucoup
de gens qui souffrent de la pauvreté et de la famine ? On voit ça dans les médias
quand ils parlent de Cuba ; ils n’en disent jamais de bien. J’ai hâte de savoir
ce que vous en dites, mais votre version est-elle la bonne ?
D.M.
: Cela dépend de la façon dont vous évaluez la pauvreté. Cuba, c’est certain,
est un pays pauvre. Mais si la pauvreté n’est déterminée que par l’accès aux besoins
fondamentaux comme la nourriture, les soins médicaux, l’instruction, le logement,
l’éducation des d’enfants, les loisirs, … ; si nous prenons en compte le taux
de mortalité infantile à Cuba, l’espérance de vie et les mesures prises en matière
de développement durable (tous des domaines où Cuba égale ou dépasse les US) ;
si nous constatons également qu’à Cuba, on ne peut pas réaliser des profits grâce
à l’exploitation et aux souffrances des autres parce que c’est une société à but
non lucratif ; et si nous ajoutons à cela une distribution plus équitable, alors
la pauvreté à Cuba est d’un genre bien différent que celle qu’on rencontre dans
la plupart des autres pays pauvres qu’on appelle parfois les pays "en développement".
De plus, Cuba, pays pauvre, envoie à l’étranger plus de médecins
que tous les autres pays du monde réunis, d’après ce que j’en sais, et ces médecins
soignent les pauvres. C’est un des exemples de la façon dont procède Cuba pour
tenter de pallier les horreurs de la pauvreté à l’échelle internationale. Parmi
les autres exemples, il y a ceux qui enseignent l’alphabétisation et les spécialistes
en agriculture que Cuba envoie dans d’autres pays pour les aider à résoudre les
problèmes liés à la pauvreté. Et donc, une des questions qui vient à l’esprit
est : "Comment se fait-il que Cuba réalise autant de choses, alors qu’elle a si
peu de moyens ?". Et répondre à cette question nous conduirait à réfléchir sur
les avantages que représenterait une organisation différente de la société - c’est-à-dire
une organisation qui serait construite autour d’une démocratie économique, politique
et sociale.
La pauvreté au cours de la période la plus difficile
de la Période spéciale, où Cuba a perdu environ 85% de ses échanges commerciaux
pratiquement du jour au lendemain, où le PIB avait baissé d’environ 40% et où
l’apport calorique était descendu au niveau de celui d’Haïti, ça c’était la véritable
pauvreté, mais Cuba a survécu, et ce fait même montre la résistance de la révolution
cubaine. On pourrait dire qu’au cours de cette période terrible, Cuba a cherché
à aplanir les souffrances et aussi à s’assurer que ceux qui avaient le plus besoin
d’aide reçoivent cette aide en priorité.
A partir de 2005, l’économie
cubaine avait grosso modo retrouvé son niveau de 1989, avant le début de la Période
Spéciale. En 2005 le PIB avait augmenté de 12,5% ; en 2006, de 12% et en 2007
d’environ 7%. Cela comparé à l’augmentation moyenne en Amérique latine qui est
de 4 à 5%.
Dans le monde, il y a une personne sur cinq environ qui
vit dans le dénuement total. En Amérique latine environ 60% de la population vit
dans la pauvreté et une bonne partie de ceux-là vit dans le dénuement total. C’est
en Amérique latine, en dehors de Cuba, que les inégalités sont les plus profondes
du monde. On aurait bien du mal à trouver à Cuba des gens qui vivent dans le dénuement
total, en partie grâce aux programmes sociaux qui permettent d’avoir accès à la
nourriture, aux soins médicaux, à l’instruction etc. et c’est à Cuba que les indicateurs
d’inégalité sont les plus bas de toute l’Amérique latine.
Dans le
monde entier, il y a environ 100 millions d’enfants des rues. A Cuba, il n’y en
a aucun. Parmi le milliard de gens au minimum qui vivent dans le dénuement total,
la moitié sont des enfants. A Cuba, on investit énormément dans la jeunesse ;
et donc, là encore, on aurait bien du mal à trouver des enfants qui vivent dans
le dénuement total. 90 millions d’enfants vivent dans la pauvreté en Amérique
latine. 200 millions d’enfants dans le monde n’ont pas accès aux soins médicaux.
Il y a environ 115 millions d’enfants d’âge scolaire dans le monde qui ne vont
pas à l’école, et qui resteront probablement analphabètes. A Cuba, le taux d’alphabétisme
est de 100%, et pratiquement tous les enfants vont dans des écoles qui offrent
ce que certains considèrent comme la meilleure instruction au niveau élémentaire
de tout l’hémisphère sud.
Et donc, on ne voit pas à Cuba des enfants
qui souffrent de la faim comme cela se passe dans les autres pays pauvres. On
ne voit pas des personnes âgées se nourrir de boîtes pour chats pour survivre.
Aux Etats-Unis, il a 13 millions d’enfants qui vivent dans la pauvreté. Environ
10 millions d’entre eux n’ont pas de couverture médicale. Des millions d’enfants
américains vont dans des écoles où, au mieux, ils recevront une instruction très
médiocre. 50% des enfants dans la capitale du pays, Washington, vivent dans la
pauvreté.
On parle beaucoup ici du manque de liberté à Cuba, et il
n’y a pas certaines libertés. Par exemple, les Cubains ne sont pas libres de vivre
dans une société qui n’offre pas de couverture médicale à tous ses citoyens.
Les Cubains ne sont pas libres de vivre dans une société qui n’offre pas une excellente
instruction élémentaire à tous les enfants.
Les Cubains ne sont pas
libres de vivre dans une société où les relations internationales sont fondées
sur la domination et l’agression militaire. Les Cubains vivent dans une société
où les relations internationales sont fondées sur la solidarité et cela nous ramène
à la question de l’envoi de médecins, d’enseignants en alphabétisation, et de
gens qui travaillent dans le secteur agricole, à la fois des scientifiques et
des agriculteurs. L’envoi de ces derniers est très important parce que Cuba met
en œuvre actuellement une expérience en agriculture biologique qui marche très
bien et c’est une des raisons pour lesquelles Cuba est considérée comme le seul
pays au monde à avoir réuni les conditions minimales pour un développement durable.
Donc, Cuba est engagée dans une lutte interne pour créer une société
du "peuple d’abord", tout en se préoccupant de solidarité internationale. Les
relations internationales avec des pays comme le Venezuela permettent de s’assurer
que le projet social de Cuba fondé sur la dignité humaine, la sécurité sociale
et la réponse aux besoins des êtres humains se poursuit dans le contexte d’une
société pauvre qui vit depuis 50 ans maintenant sous la menace d’une agression
militaire américaine, du terrorisme américain et de la propagande américaine contre
Cuba, le blocus économique. Alors, oui, Cuba connaît la pauvreté, c’est sûr, mais
ce n’est pas la même pauvreté que celle qu’on rencontre dans tous les autres pays
d’Amérique latine.
RS : Pendant la pause musicale, nous parlions
d’une autre liberté à Cuba. Nous avons les congés parentaux aux Etats-Unis, mais
ils ne sont pas payés, or, à Cuba, apparemment, ils sont payés. Quand on y pense,
c’est une valeur familiale importante.
DM : Absolument, c’est une
valeur familiale essentielle. Par exemple, le congé de maternité à Cuba, qui a
également été élargi aux pères, assure aux mères 18 semaines de congé, six avant
la naissance et douze après la naissance à plein salaire et 40 semaines supplémentaires
à 60% du salaire, et elles retrouvent leur emploi. Il y a des garderies subventionnées
par l’état pour les enfants à partir d’un an. En 2003, ces congés ont été élargis
aux pères pour 60% du salaire pendant 40 semaines. Et donc, les couples peuvent
décider qui du père ou de la mère restera à la maison pour s’occuper des enfants.
Des lois sur le travail ont également été votées pour protéger les femmes des
activités ayant trait à leur travail qui pourraient être préjudiciables lors de
leur grossesse. Les femmes ont six jours de congés payés au cours de leur grossesse
pour assister à des séances de cours prénataux et pour subir des examens. Créer
des programmes sociaux pour aider les familles, c’est un investissement très important
pour les valeurs familiales.
Cuba a un contrat social qui s’appuie
sur quelque chose de très, très important. Tout contrat social devrait s’appuyer
sur le souci primordial du bien-être des enfants et Cuba veille à ce que chaque
enfant soit bien nourri, ait accès aux études, aux soins médicaux et Cuba considère
les enfants comme un investissement capital pour l’avenir. De plus, assurer l’accès
à l’emploi, et actuellement, avec ce projet visant à assurer pour tous un emploi
valorisant, la sécurité sociale, les services médicaux, la médecine générale,
ainsi que la médecine préventive, des études avec des formations diversifiées
(parmi lesquelles un nouveau programme d’"universalisation des études universitaires"
grâce auquel Cuba veut faire en sorte que chaque Cubain poursuive des études universitaires),
les programmes d’alphabétisation, l’aide sociale pour les malades, etc. toutes
ces mesures sont des engagements sociaux liés aux valeurs familiales, parce que
les valeurs que les familles préconisent ne sont pas coupées des valeurs encouragées
dans la société où vit et évolue la famille.
RS : Bien. Et maintenant
la GRANDE QUESTION. Sachant que nous semblons nous délecter du fait qu’il y a
dans notre pays 1300 milliardaires, combien y en–a-t-il à Cuba ?
DM : Zéro !
RS : Ah, là le problème …
DM : Les Cubains
vivent dans une société fondée sur le non-profit. C’est une différence de valeurs
primordiale. C’est pourquoi, peut-être, les gens ont une notion différente du
lien qui les rattache à la chaîne de l’activité humaine et pourquoi, on pourrait
dire que les valeurs familiales sont différentes à Cuba.
Aux Etats-Unis,
nous ne comprenons pas toujours ces liens qui nous rattachent à cette chaîne d’activité
humaine parce que nos relations sont essentiellement motivées par l’acquisition
de biens matériels et donc, nos relations avec les autres sont liées au prochain
produit qu’on va nous pousser à acheter. Cela n’est pas le cas à Cuba parce que
c’est une société qui n’est pas basée sur le profit, aussi, n’y a t il pas de
publicité pour des produits avec des messages publicitaires 24h/24 - 7j/7. En
fait, à Cuba, il n’y a pas de panneaux publicitaires pour des produits de consommation,
on ne voit que des panneaux qui célèbrent les réalisations de la révolution, ou
qui rappellent à la population les épreuves des Cinq de Cuba où on peut lire,
à juste titre, qu’ils sont "en prison aux Etats-Unis pour avoir lutté contre le
terrorisme". Les Cinq de Cuba sont en prison aux Etats-Unis depuis 10 ans maintenant
parce qu’ils s’étaient engagés dans la lutte contre le terrorisme.
Et donc, à Cuba, au lieu nouer des relations avec les produits de consommation,
les gens ont de plus grandes possibilités d’intégrer l’idée de nouer d’importantes
relations de solidarité avec les autres êtres humains, et tout ce que cela représente.
Encore une fois, je ne veux pas donner une image idyllique. Il y
a à Cuba, c’est certain, des problèmes graves mais, miraculeusement, il y a beaucoup
de ressorts dans la lutte à Cuba et ils ont trouvé des moyens pour poursuivre
ce projet dans des conditions très difficiles.
Question d’un auditeur
: Je voudrais savoir combien de temps il faudrait pour avoir la citoyenneté cubaine
et si le professeur Morris compte opter pour la nationalité cubaine ou rester
citoyen américain.
DM : je ne connais pas la réponse pour la première
partie de votre question. Quant à la seconde, c’est facile, je compte rester citoyen
américain.
RS : Bon, vous avez donné une vision très idyllique de
Cuba, quelque chose que la plupart des gens ne connaissent pas, moi y compris.
C’est, à vous entendre, un endroit extraordinaire. Alors pourquoi voit-on des
gens émigrer ? Pourquoi les gens cherchent-ils à en partir ?
DM :
il y a régulièrement des gens dans le monde qui quittent un endroit pour aller
s’installer ailleurs. Je suis sûr qu’il y a plein de gens qui partent de Pennsylvanie
tous les jours pour aller dans d’autres coins des Etats-Unis. Ces déplacements
sont en général motivés par des raisons économiques. Historiquement, quand des
pays pauvres bordent des pays riches, certains habitants des pays pauvres cherchent
à aller s’installer dans le pays riche dans l’espoir d’améliorer leurs conditions
économiques. Ce n’est pas une décision totalement irrationnelle dans ces circonstances.
Cuba est un pays pauvre, et elle est située près du pays le plus
riche de l’histoire humaine, les Etats-Unis. Et donc, il est logique que certains
Cubains souhaitent partir pour aller aux Etats-Unis.
Dans les médias
américains, il y a souvent un tas de reportages où on voit des Cubains partir
de Cuba et c’est présenté de façon à laisser entendre que les Cubains quittent
Cuba à cause des persécutions politiques.
Mais même à la SINA (Section
d’Intérêts Nord Américains) à la Havane, ils disent qu’ils ont du mal à trouver
de véritables cas de persécution politique quand ils traitent les demandes de
visas.
Dans les années 90, ils ont écrit que la plupart des gens
faisaient des demandes de visa pour échapper aux conditions économiques très détériorées.
Ils ont constaté que les cas concernant des violations des droits
de l’homme faisaient partie de la catégorie la moins consistante de leur programme
pour les réfugiés et qu’ils étaient souvent liés à des demandes frauduleuses.
Alors, l’émigration cubaine n’existe pas dans un vide historique. On entend rarement
dire qu’environ 600.000 Colombiens ont fui leur pays entre 1999 et 2002, ni que
plus de 500.000 personnes ont quitté l’Equateur à la même époque.
Comparé au reste de l’Amérique latine, le nombre de Cubains qui ont quitté l’île
légalement ou clandestinement est pratiquement certainement inférieur à ces chiffres,
que ce soit en valeur relative ou absolue. Et pourtant, le nombre de Cubains qui
émigrent est énorme dans l’esprit des gens à cause de la couverture médiatique
outrancière dont bénéficient les Cubains. Et donc nous entendons parler des Cubains
mais jamais des Salvadoriens, des Haïtiens, des Péruviens, etc. qui quittent leur
pays.
De plus, les Etats-Unis encouragent depuis longtemps l’immigration
cubaine, ce qui n’est pas le cas pour les autres pays. Radio Marti, une station
de radio de propagande US qui pousse les Cubains à émigrer, émet régulièrement
à Cuba. Au cours de la Période Spéciale, les Etats-Unis ont intensifié le blocus
en votant les lois Helms-Burton et Torricelli, toutes deux destinées à ruiner
l’économie cubaine, et qui, ensemble, avaient pour but de pousser les Cubains
à émigrer pour raisons économiques.
Cuba et les US ont signé un accord
d’immigration en 1994 exigeant que les US délivrent au moins 200.000 visas par
an. Le nombre de visas accordés par les Etats-Unis est en général très inférieur
à ce chiffre. La loi cubaine est claire en ce qui concerne l’immigration. Les
gens peuvent partir s’ils ont reçu du pays d’accueil les documents et les autorisations
réglementaires. Et puis, il y a le "Cuban Adjustment Act" Loi d’ajustement cubain.
A cause de cette loi de 1966, les Cubains bénéficient d’un traitement préférentiel
par rapports aux autres pays.
Les Cubains sont bien mieux accueillis
aux USA que tout autre émigrant d’Amérique latine et avec des conditions spéciales
réservées aux Cubains. Les Cubains ont des facilités pour obtenir un permis de
travail, un numéro de sécurité sociale, le statut de résident permanent aux USA.
Alors que les autres sont en général considérés comme des réfugiés économiques,
les Cubains sont placés dans la catégorie des réfugiés politiques selon les critères
américains et bénéficient de ce qui correspond à l’asile politique. Cette désignation
est essentiellement de la propagande US. Un réfugié politique doit apporter des
preuves solides qu’il vit dans la terreur d’être persécuté pour obtenir l’asile
politique aux USA, mais la persécution n’a pas grand-chose à voir avec la décision
finale quand il s’agit d’un cubain.
La persécution à Cuba comparée
à celle qu’ont connue beaucoup d’autres pays d’Amérique latine au fil des ans
est pratiquement imperceptible.
Quand les Haïtiens ont fui la dictature
militaire féroce et meurtrière soutenue par les Etats-Unis au début des années
90, ils fuyaient de toute évidence la répression politique et les persécutions.
La réponse typique a été de les renvoyer dans leur pays, parfois pour y être tués.
C’est pareil pour les Guatémaltèques dans les années 80, etc., etc. Il y a pléthore
d’exemples.
Alors que les immigrés cubains obtiennent l’asile politique
pratiquement à 100%, ceux des autres pays ne l’obtiennent que dans une minorité
de cas, bien en dessous de 50%. Contrairement aux autres, les Cubains n’ont pas
de besoins cruciaux. Les Cubains qui arrivent sur le sol américain reçoivent en
général des aides pour les besoins fondamentaux, pour les études, pour trouver
rapidement un emploi, pour accéder aux aides sociales et aux indemnités chômage,
etc.
On pourrait se demander également : Pourquoi autant de Mexicains
quittent-ils leur pays ? Pourquoi n’y a-t-il pas de "Mexican Adjustment Act",
ou de "Haitian Adjustment Act" ? Et si de telles lois existaient, combien d’Haïtiens
ou de Mexicains, sans parler des résidents de tous les autres pays d’Amérique
latine, partiraient pour les Etats-Unis ? De toute évidence, il y aurait des millions
de personnes qui franchiraient les frontières.
Alors, étant donné
tout ce qui est fait pour encourager les Cubains à partir, et à leur dérouler
le tapis rouge, on peut se demander : "Pourquoi donc y a-t-il si peu de Cubains
qui quittent Cuba ?"
Je pense que c’est aux jeux panaméricains de
1994 que les Etats-Unis ont procédé à un énorme matraquage publicitaire pour inciter
les Cubains à "passer à l’ouest". D’énormes contrats ont été proposés, il y avait
des panneaux publicitaires pour rendre l’offre très visible et très attractive.
Parmi plusieurs centaines de participants cubains, seuls quelques-uns ont choisi
de changer de camp. Signalons que 1994, c’était, au cours de la Période Spéciale,
le moment où les Cubains souffraient le plus. Des athlètes d’autres pays ont dit
aux Cubains que si les Etats-Unis leur avaient fait la même offre, pratiquement
100% d’entre eux auraient accepté.
Si on veut comprendre une partie
de la noirceur des desseins de la politique américaine, on peut se demander pourquoi
les Etats-Unis ont en général fait retourner les gens à des conditions de vie
épouvantables, vers des pays où les droits de l’homme étaient le plus bafoués,
où les gens sont dans un état santé pitoyable, où ils souffrent de malnutrition,
où ils sont parfois terrorisés par les escadrons de la mort, où ils n’ont pas
de toit, où la mortalité infantile est élevée, où il n’ont pas le droit à l’instruction,
etc. mais quand il s’agit de Cuba, le pays qui offre les meilleurs soins médicaux
et le meilleur système éducatif, le meilleur projet de reforestation, l’engagement
le plus sérieux en matière d’agriculture durable de toute la planète, un taux
de mortalité infantile et d’espérance de vie qui seront bientôt meilleurs que
ceux des Etats-Unis, une des meilleures recherches scientifiques de toutes les
Amériques, pourquoi donc, les Etats-Unis font-ils du zèle pour inciter les gens
à partir ? A nouveau, au centre de cela, je dirai, c’est parce que les Cubains
opposent leur projet le "peuple d’abord" à celui des Etats-Unis "le profit d’abord".
RS : Plus j’en apprends sur Cuba et plus je suis étonné de voir qu’ici
aux Etats-Unis, nous n’essayons pas de copier les meilleurs systèmes. Nous ne
cherchons pas à faire les choses différemment pour avoir des vies meilleures.
Nous avançons péniblement sur le même chemin qui mène à la même route qui nous
a conduits dans un mur dans le passé.
DM : Puis-je évoquer un tout
dernier point en rapport avec cela, où Cuba offre une alternative sur laquelle,
d’après moi, le monde devrait se pencher sérieusement ?
Il y a une
crise alimentaire mondiale de plus en plus grave. L’an dernier seulement, 100
millions de personnes supplémentaires se sont retrouvées dans des conditions de
famine, en plus des 800 millions d’autres qui souffrent de la faim de façon chronique.
Cuba tente actuellement une expérience de développement durable dans l’agriculture
qui est à nul autre pareil, me semble-t-il, dans aucun pays.
L’expérience
de Cuba, qui fait partie du projet pour une plus grande décentralisation et l’extension
de la démocratie, a pour origine une rationalité écologique qui comprend : le
contrôle des nuisibles par des moyens biologiques et l’utilisation d’engrais naturels,
en même temps que le remplacement des tracteurs (qui nécessitent l’utilisation
de carburant et détruisent l’environnement) par des engins tirés par des animaux
; la préservation des sols ; la décentralisation du contrôle et de la prise de
décision qui incite à davantage de participation locale ; la diversification de
la production agricole et les réajustements, même au tout petit niveau d’une seule
exploitation agricole ; la redistribution des terres aux agriculteurs ; un engagement
envers les petites exploitations qui incite à davantage de participation des travailleurs
; l’accroissement de la production et de l’enthousiasme et qui crée un sentiment
d’intégration ; des prix équitables pour les producteurs (contrairement au système
néolibéral qui lamine les petits agriculteurs dans le monde entier) sans augmentation
des prix sur le marché ; une participation locale plus importante qui permet d’utiliser
les connaissances de tous ; la création de coopératives organisées démocratiquement
; des programmes d’éducation environnementale dans les communautés rurales ; et
l’inversion du schéma habituel d’exode rural.
A Cuba, la migration
se fait des villes vers les campagnes. Tout ceci est réalisé dans le cadre de
l’engagement de Cuba dans son grand projet social humaniste. Alors que dans un
passé pas si lointain plus de 80% des exploitations agricoles étaient sous contrôle
de l’état, ce taux est tombé à moins de 15% avec le projet de décentralisation
et l’engagement de créer des petites exploitations agricoles de culture biologique
qui relient la terre aux êtres humains et les êtres humains à la terre et qui
encouragent la démocratisation de la production, de la distribution et de la consommation.
Alors, si cette révolution cubaine de l’agriculture biologique est
un modèle viable qui pourrait sensibiliser la population à la préservation de
l’environnement dans le monde entier, transformer notre façon de penser sur les
relations entre les personnes et l’environnement et entre les personnes et les
personnes, et peut être, à partir de là, pouvons-nous également faire naître une
conscience commune qui nous amènerait à réfléchir à d’autres formes d’organisation
politique et économique fondées sur des formes de démocratie véritable.
Istvan Meszaros, dans " The Power of Ideology", nous rappelle qu’à ce moment précis
de l’histoire humaine toute autre solution qu’une solution mondiale aux crises
et aux difficultés auxquelles nous sommes confrontés est véritablement inacceptable
parce que nos problèmes au niveau mondial sont si importants et multiples que
les conditions élémentaires de survie de l’être humain sur la planète sont sérieusement
compromises. Peut-être le modèle cubain, malgré tous ses conflits et ses contradictions,
peut-il nous inspirer pour que nous fassions naître une prise de conscience au
niveau mondial afin que les gens réalisent ce que disait Marti, à savoir que notre
"patrie, c’est l’humanité" et que nous nous mettions à construire des relations
en nous appuyant sur une autre maxime de Marti : "Du bien de tous pour le bien
de tous". Viva la revolucion !
Traduction VD et Des Bassines
et du Zèle pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info
VERSION
ORIGINALE
1ère partie http://www.dissidentvoice.org/2008/...
2ème partie http://www.dissidentvoice.org/2008/...
(*) Le US Interests Section, ou Section d’Intérets Nord Américains. Cuba et les
US n’ont pas de relations diplomatiques. Sous l’administration Carter, les deux
pays ont ouvert des « sections d‘intérêts » qui n’ont pas le statut d’ambassade.
Le Section des Etats-Unis à la Havane occupe un immeuble entier. La subversion,
ça demande du boulot.
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