Une
civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement
est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux
à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation
qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. ... La civilisation
dite « européenne », la civilisation « occidentale »(...), déférée à la barre
de la « raison » comme a la barre de la « conscience », (...) est impuissante
à se justifier ; et, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant
plus odieuse qu’elle a de moins en moins de chance de tromper. L’Europe est indéfendable.
En soi cela n’est pas grave. Le grave est que «l’Europe» est moralement, spirituellement
indéfendable. Et aujourd’hui il se trouve que l’acte d’accusation est proféré
sur le plan mondial par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui
(...) s’érigent en juges. Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation
travaille à déciviliser le colonisateur, à l’ abrutir au sens propre du mot, à
le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, a la violence,
à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y
a à GAZA ou au VietNam : une tête coupée et un oeil crevé et -- qu’en Israël-France
on accepte (...), il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort,
une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer
d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces
mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces
prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de
cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé
dans les veines de l’Europe, et le progrés lent, mais sûr, de l’ensauvagement
du continent. Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable
choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires
inventent, raffinent, discutent autour des chevalets. (...) Oui, il vaudrait la
peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme
et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème
siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler
est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond,
ce qu’il ne pardonne pas a Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre
l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme
blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient
jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.
Et c’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop
longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une
conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait,
sordidement raciste. (...) Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique,
il y a Hitler. Et dès lors, une de ses phrases s’impose à moi :
« Nous aspirons
non pas à l’égalité mais à la domination.
Le pays de race étrangère devra
redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels.
Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités, mais de les amplifier et d’en faire
une loi. »
Cela
sonne net, hautain, brutal et nous installe en pleine sauvagerie hurlante.