Emmanuel
Ratier*
22/12/10 :: 10:13
Il n'y a pas que le
petit Nicolas !
Il y a tous les autres membres de la tribu
! Edifiant, instructif, révélateur. A lire.
Rarement
évoquée dans les médias, la complexe fratrie Sarközy
ne manque pas dintérêt. On y trouve en effet deux frères,
Guillaume et François, mais aussi un demi-frère, Pierre-Olivier
(dit Olivier) Sarközy, et une demi-soeur, Caroline Sarközy, épouse
Fournier. Ils occupent, en général, des positions éminentes,
voire dexception. Voici létonnante saga dune famille
très cosmopolite.
À
lorigine, il y a Pal Sarközy de Nagy-Bocsa (cf, avec plus de précisions,
nos portraits de Nicolas Sarközy dans F&D et dans lEncyclopédie
politique française, tome II). Né le 5 mai 1928 à Budapest
et déclaré comme protestant (mais sa mère était catholique),
ce hobereau, issu dune famille de petite noblesse (anoblissement le 10 septembre
1628) devait senfuir de Hongrie dans des circonstances mal connues. En 1948,
il sengagea dans la Légion étrangère à Baden-Baden,
pour venir en France, et devait réussir à se faire rapidement exempter
pour de fausses raisons médicales (grâce à un médecin
hongrois, ami de son père).
Il
épousa, en premières noces, Andrée (dite Dadu) Mallah, avocate
au barreau de Nanterre, née à Paris, le 12 octobre 1925, civilement
à Paris XVIIe, le 8 février 1950. Elle est la fille du chirurgien
urologue Benedict Mallah, juif de Salonique converti au catholicisme peu avant
son mariage, le 19 octobre 1917, avec Adèle Bouvier, infirmière
catholique (mariée en premières noces avec un infirmier militaire,
René Prost, mort pour la France le 2 mars 1916). Le mariage de Pal Sarközy
et dAndrée Mallah aurait été suivi dun mariage
religieux à St-François-de-Salles, mais il nen a pas été
retrouvé trace semble-t-il.
Pal
Sarközy quitte le domicile conjugal en 1959 et le couple divorcera rapidement.
Il se remariera, à une date non définie, avec Mélinda dEliassy,
née à Budapest le 16 avril 1942 (semble-t-il), fille dIvan
Eliassy et de Véronique Mallet (descendante des barons Mallet de Chalmassy),
décédée le 15 décembre 2004. Le couple, qui naura
pas denfant, divorcera également, et Pal Sarközy se remariera,
en 1964 ou 1966 (les dates divergent) avec Christine de Ganay, fille de Philippe
de Ganay et de Marie- Hélène Blanchy. Pal Sarközy divorcera
à nouveau et se remariera une quatrième fois (il est maintenant
marié avec la même femme depuis 40 ans). Après lélection
de son fils à lÉlysée, ce séducteur patenté
a publié un ouvrage aussi graveleux que hâbleur sur son itinéraire,
Tant de vie (Plon, 2010).
Pierre-Olivier
Sarközy de Nagy-Bocsa, dit Olivier Sarközy (voire Oliver Sarközy,
comme souvent écrit outre-Atlantique) est un demi-frère de Nicolas
Sarközy. Né en 1969, il est le fils de Pal Sarközy de Nagy-Bocsa,
le père de Nicolas Sarközy, et de sa troisième épouse,
Christine de Ganay. Sept ans après la naissance de Pierre- Olivier, sa
mère, qui avait rapidement divorcé de Pal Sarközy, se remariera,
le 28 juin 1976, avec un important diplomate américain, Frank G. (George)
Wisner, qui deviendra alors le beau-père de Pierre- Olivier Sarközy.
(NdL&I:
sur les relations intéressantes liant le jeune Sarkozy, souvent en vacances
chez son demi-frère et sa belle-mère Christine, dans la maison dun
ponte de la CIA, il est intéressant de lire lanalyse quen a
fait Thierry Meyssan dans "OPÉRATION SARKOZY : LES RELATIONS ANCIENNES
ET INTIMES DE NICOLAS SARKOZY AVEC LA CIA
ET AVEC LA MAFIA CORSE",
texte que nous remettons régulièrement sur TSS) )
Né
en 1938, Wisner fut plusieurs fois ambassadeur (Inde de 1994 à 1997, aux
Philippines en 1991-1992, en Égypte de 1986 à 1991, en Zambie de
1979 à 1982), sous-secrétaire dÉtat à la Défense
(1993-1994), membre du conseil dadministration dEnron, du Council
on Foreign Relations, de la Rand Corporation. Il était encore en poste
durant les années 2000 puisquil fut alors le représentant
spécial des États-Unis au Kosovo. Son père, Franck Wisner,
fut lun des fondateurs de lOSS puis un haut responsable de la CIA
en Europe durant la Guerre froide, qui participa notamment à la création
des fameux réseaux « Stay Behind » (dont le Gladio italien
fonctionna jusque dans les années 1980). (NdL&I: sa belle fille, Christine
de Ganay, est dailleurs lancienne secrétaire dAchille
de Peretti, garde du corps de De-Gaulle, fondateur du SAC, homme de confiance
du réseau Stay-Behind
et parrain de la mafia corse)
Olivier Sarközy
passera donc le reste de sa jeunesse et de son adolescence hors de France, notamment
en Zambie, en Égypte ou au Royaume-Uni. Il étudiera à luniversité
de St Andrews (Écosse), dont il sortira muni dun M.A. (with honors)
en histoire médiévale. Parfaitement bilingue, il rejoindra la banque
américaine dinvestissement Dillon, Read & Co, avant de passer,
trois ans plus tard, à la First Boston Corporation, puis au Crédit
suisse, où il touche le plus gros bonus (4 millions de dollars, plus un
salaire de 3,5 millions de dollars). Il y supervisera quelques-unes des plus grosses
fusions acquisitions de banque, notamment avec lachat de MNBA par Bank of
America pour 35 milliards de dollars.
En
2002, il est débauché par lUnion des banques suisses, où
il devient le principal conseiller en fusions acquisitions (à la tête
du « Financial Institutions Group »). Il sest imposé
comme lun des plus importants noueurs de « deal » de Wall Street,
ayant réalisé, en 2007, selon le classement Dealogic, des opérations
pour un montant de 514 milliards de dollars.
Il
a participé au financement de la campagne sénatoriale de Kathleen
Mac Farland, candidate républicaine, pour lÉtat de New York,
face à la démocrate Hillary Clinton. À noter que cest
lui qui organisera la première rencontre entre le président George
W. Bush et Nicolas Sarközy lorsque celui-ci nétait encore que
ministre de lIntérieur. Il fête la victoire de son frère
à Paris en mai 2007.
Après
la victoire électorale de son demi-frère, il connaît une nouvelle
promotion, étant embauché comme codirecteur des services financiers
du premier fonds dinvestissement mondial, le groupe Carlyle. Certains assurent
que le milliardaire canadien Paul Desmarais, protecteur de Nicolas Sarközy,
a sans doute joué un rôle dans cette embauche, en tant quadministrateur
de Carlyle, mais Pierre-Olivier Sarközy nen avait sans doute pas besoin.
Lors de son embauche, lagence Reuters citait le cofondateur de Carlyle David
Rubinstein : « (Olivier) a une carrière et un réseau incroyables,
qui aideront Carlyle à capitaliser sur les bouleversements dans le secteur
des services financiers et détendre notre présence sur cette
partie importante et croissante de léconomie mondiale. » Sa
spécialité est dinvestir dans des sociétés non
cotées en espérant de gros rendements et de grosses plus-values
lors de la revente ou de lentrée en bourse.
Le
groupe Carlyle est souvent considéré comme un « faux nez »
de la CIA, en raison de la présence, aux postes de commande, de nombreux
anciens espions (ou militaires de haut rang). On trouve (ou on a trouvé)
à son conseil dadministration ou parmi ses dirigeants des personnalités
aussi importantes que lancien premier ministre britannique John Major, lancien
président américain George Bush (père), qui fut également
directeur de la CIA, lancien secrétaire dÉtat James
Baker, lancien directeur de la CIA Frank Carlucci, lancien président
de la Bundesbank Karl Otto Pöhl, la famille Ben Laden, George Soros, loligarque
russe Mikhaïl Khodorkovsky, etc. Le fonds sest spécialisé
dans la prise de contrôle de sociétés darmement et de
médias (comme, un temps, en France, Le Figaro).
On
remarquera, remarquable hasard, que cest Frank Wisner, le beau-père
de Pierre-Olivier Sarközy, qui embauchera Frank Carlucci aux « opérations
spéciales » de la CIA.
Pierre-Olivier
Sarközy a épousé Charlotte Bernard, agrégée dhistoire
et auteur de livres pour enfants (dont il a eu deux enfants). Elle est la fille
dAlain Bernard, important producteur de films publicitaires (notice au Whos
Who), descendant lui-même de Michel Bernard, industriel de la métallurgie,
et de Suzanne Achillas Achillopullo. Par son père, elle est la nièce
du célèbre professeur de médecine Jean Bernard, membre de
lAcadémie française.
Le
couple est actuellement en instance de divorce. Leur seul appartement (650 m2)
newyorkais de lUpper East Side, à deux pas du Lycée français,
qui a servi de studio au photographe Richard Avedon, vient dêtre mis
en vente pour 10,5 millions de dollars. Mais le couple a bien dautres biens,
en particulier une importante collection dobjets dart et de tableaux
dartistes contemporains.
La
suite du divorce ne manquera pas dintérêt : le couple sest
marié officiellement à Nantucket (Massachusetts) en octobre 1997,
puis en décembre 1997, en France, très exactement à Neuilly,
sous les auspices de Nicolas Sarközy. Si la justice américaine considère
que le mariage qui prime est celui des États-Unis, il devra verser la moitié
de sa fortune à son épouse. Si le mariage français est retenu,
il naura rien à lui verser, hormis sans doute une pension alimentaire,
le mariage en France ayant été doublé par un contrat de séparation
de biens.
Extrêmement
discrète, Caroline Sarközy est certainement la moins connue de la
fratrie des Sarközy. Elle nen dispose pas moins dun grand entregent.
Élevée comme son frère à létranger, particulièrement
aux États-Unis, en Asie et au Proche-Orient, elle sest spécialisée
dans laménagement intérieur et la décoration, ayant
hérité ses talents de sa grand-mère, une proche de Christian
Dior et du créateur Jean Schlumberger. Son arrière-grand-père
américain fut gouverneur de la Caroline du Nord.
Partageant
son temps, notamment entre New York, Paris et Trouville, elle a épousé,
le 23 décembre 2000, François Fournier, divorcé (un enfant),
né le 11 avril 1950 à Neuilly (Hauts-de-Seine). Diplômé
de Sciences Po Paris, cet énarque (promotion Pierre Mendès France,
1976-1978) a été notamment directeur puis directeur exécutif
de Lehman Brothers Londres (1983-1987), directeur général de Lehman
Brothers Paris (1987-1991), associé gérant de Lazard Frères
(1994-1997), gérant de Rothschild Ingénierie financière de
marché (1997-1999), administrateur-délégué de HSBC
France depuis 2000, etc.
Né
le 3 (dautres généalogistes évoquent le 6) juin 1959
à Paris XVIIe, François Sarközy de Nagy-Bocsa est le frère
cadet de Nicolas Sarközy. Il est, comme lui, le fils de Pal Sarközy
et dAndrée Mallah. Passé par le Cours Saint-Louis et au Cours
Hattemer de Paris, il est médecin-pédiatre et titulaire dun
MBA de lInsead (Fontainebleau). Les liens sont étroits entre les
deux frères : Nicolas choisira François comme médiateur lors
dun conflit entre la mairie et lhôpital américain ; cest
chez lui que Nicolas recevra ses amis le soir de son discours « fondateur
» du 14 janvier ; cest toujours dans la propriété des
Alpilles de François que Nicolas se réfugiera plusieurs week-ends
pour se reposer ou travailler tranquillement durant la campagne électorale
de 2007.
Titulaire
dun DEA en physiologie respiratoire, François Sarközy de Nagy-Bocsa
fut major de linternat des hôpitaux de Rouen (1983), interne des hôpitaux
de Paris (1983- 1985 et 1987-1989), puis assistant au laboratoire de physiologie
respiratoire à lhôpital Trousseau (1989-1990), avant dentrer
chez le géant Roussel-Uclaf. Il y sera chef de projet international pour
les antibiotiques (1990- 1993), directeur du développement clinique international
(1994-1995), responsable du développement international (1995). Il passe,
en 1996, chez Hoechst Marion Roussel (qui donnera naissance à Aventis)
comme vice-président, directeur de la gestion du portefeuille et des projets
en développement international à Bridgewater (États-Unis).
De 1998 à 1999, il sera directeur médical et financier du groupe
pour la France. Par la suite, il sera PDG du Centre international de toxicologie
(1998- 1999), directeur médical pour la France dAventis (1999-2000).
Ayant
opté de se spécialiser en gériatrie (ce qui tombe bien puisque
son frère Nicolas a lancé un plan anti-Alzheimer), il passe alors
au cabinet de conseil en stratégie médicale AEC Partners, dont il
est associé (2001) et président depuis 2008 (et dAEC Partners
Inc., implanté aux États-Unis). AEC Partners est notamment conseil
de fonds dinvestissments financiers. Son principal client en France est
le syndicat français de lindustrie pharmaceutique, le LEEM.
Il
a également été vice-président (et demeure membre
du conseil de surveillance) de BioAlliance Pharma et appartient au conseil de
surveillance de Vesalius. Le Nouvel observateur (29 novembre 2007) et le Réseau
Voltaire (Arche de Zoé : que faisaient Nicolas, Cécilia et François
dans cette galère ?) révéleront les liens prétendus
ou supposés entre Paris Biotech, où il siège au comité
dévaluation, et lassociation LArche de Zoé, impliquée
dans le rapt denfants à adopter au Tchad.
Avec
le publicitaire François de La Brosse, président de Z-Groupe, ancien
responsable de la stratégie internet de Nicolas Sarközy durant la
campagne présidentielle puis à la présidence de la République,
ami personnel de Cécilia Ciganer-Albéniz (ex-Sarközy), il a
lancé, en 2008, la web télé longevitv.com, consacrée
au « bien vieillir » (largement financée par Sanofi, HSBC,
Lancôme, Nestlé, etc.), puis, en 2009, toujours avec La Brosse, achetezmieux.
tv, une web télé dédiée aux promotions et aux réductions.
Après
un premier mariage, dont il a eu une fille, Katinka (née en 1991), François
Sarközy de Nagy-Bocsa se remaria, en secondes noces, le 4 juillet 2001, avec
Sophie Garaudet, également connue sous le nom de Sophie Douzal-Sarközy,
directrice du bureau de presse Douzal-Sauvage (Douzal Communication ou Douzal
Sauvage Communication), membre du Comité Colbert.
Le
couple, qui a divorcé depuis lors, a eu deux enfants, Arpad (né
en 2002) et Anastasia (née en 2003). Il sest par la suite beaucoup
rapproché de Rachida Dati, lemmenant même réveillonner
le 31 décembre 2008 à lÉlysée, au grand déplaisir
de Carla Bruni-Sarközy (cf Belle-Amie, Michaël Darmon et Yves Derai,
Éditions du Moment, 2009).
Le
nom de Sophie Douzal est à nouveau apparu, étroitement associé
à celui de Rachida Dati, dans le cadre dune campagne de déstabilisation
de lépouse du président de la République si lon
en croit Michaël Darmon et Yves Derai dans Carla et les ambitieux (Éditions
du Moment, 2010).
Selon
ces derniers, Sophie Douzal et Rachida Dati estimaient que Carla Bruni constituait
le maillon faible de la présidence. Aussi farfelue quelle puisse
apparaître, leur idée est de ramener Cécilia Albéniz-Ciganer
à lÉlysée dans la perspective de la campagne présidentielle
de 2012. Elles se seraient alors employées à tenter de déstabiliser
les deux couples recomposés après le divorce présidentiel
de fin 2007, multipliant les rumeurs invérifiables. Rumeurs qui auraient
fini par alerter lÉlysée, entraînant une enquête
du contre-espionnage français.
Selon
les auteurs, Carla Bruni, sappuyant sur un rapport de police résumant
les investigations, aurait même appelé Sophie Douzal, lui déclarant
: « Je ne discute pas avec toi, je te dis que jai un dossier sous
les yeux. Tu tentends respirer ? Sache que tu mens comme tu respires ! ».
Elle aurait ensuite appelé Cécilia Attias (ex-Sarközy), lui
disant : « Madame, je dois vous dire que deux personnes avec lesquelles
vous êtes en contact ont un comportement inqualifiable à notre égard.
Il sagit de votre ex-belle-soeur Sophie et de Rachida Dati. » Un vrai
vaudeville
Dernier
frère, Guillaume Sarközy de Nagy-Bocsa, frère aîné
de Nicolas, est sans doute le plus connu, ayant envisagé de semparer
de la présidence du Medef. Né le 18 juin 1951 à Paris XVIIe,
il est passé par le Cours Saint-Louis et Janson-de-Sailly. Ingénieur
de lÉcole supérieure des travaux publics, il débuta
sa carrière, en 1974, au ministère de lIntérieur, comme
chargé de mission à la direction de la sécurité civile,
envisageant de faire une carrière chez les pompiers. Déçu,
il passe ensuite chez IBM, où il sera ingénieur commercial (1976-1979).
À
la suite de son mariage avec une riche héritière, fille damis
de sa mère et surtout fille dun industriel picard du textile, il
réoriente alors sa carrière, rejoignant, en 1979, lentreprise
de son beau-père (décédé peu après son mariage),
la société Tissage de Picardie, spécialisée dans les
tissus de grand luxe, comme directeur général. Il en sera PDG de
1981 à 2006. Entre-temps, il a divorcé (le couple a trois enfants,
dont lun vote LCR) en 1989, sendettant pour racheter lentreprise
à son ancienne épouse.
En
parallèle, il jouera un rôle important dans les organisations patronales
: il sera notamment président de la commission sociale de lUnion
des industries textiles (1992-1994), président du Syndicat général
de lindustrie cotonnière (1994-1997), président de lUIT
(2000-2006), président du Comité de liaison des industries de main-doeuvre
(2005-2006), membre du bureau exécutif du Medef (2000-2005), président
du groupe de propositions et dactions protection sociale du Medef (2002-2005),
vice-président du Medef à partir de 2004, président du Groupe
des fédérations industrielles (2004- 2006), vice-président
du conseil dadministration de la Caisse nationale dassurance-maladie
des travailleurs salariés et de lUnion nationale des caisses dassurance-maladie
(2004-2005), etc.
Tous
les espoirs paraissaient permis à celui qui était devenu le négociateur
du patronat en matière de protection sociale (et en particulier pour la
réforme des retraites) pour envisager la présidence du Medef en
2005, mais Nicolas Sarközy lui demandera de tempérer ses ardeurs,
afin de ne pas risquer dobérer ses chances délection
comme éventuel Premier ministre, et surtout comme candidat à la
présidence de la République.
Bien
quayant fait équipe avec Francis Mer, cette proximité politique
lui coûtera cher et il devra laisser la tête du Medef à la
bien pâlichonne Laurence Parisot, alors quil avait de bonnes chances
de succéder à Ernest-Antoine Seillière de Laborde (en particulier
avec la base du Medef), même si son entreprise était sur le point
de poser son bilan (elle se déclarera en cessation de paiements le 20 septembre
2005, à la suite de la chute de ses deux principaux clients, Boussac et
Laura Ashley).
En
2006, il réoriente encore une fois, contraint et forcé, sa carrière,
devenant président du directoire du groupe Résalliance conseil,
société spécialisée dans les ressources humaines et
loutplacement (la conduite de licenciement en français) et, la même
année, délégué général de Médéric,
acteur majeur de la protection sociale complémentaire, devenu le groupe
Malakoff Médéric en 2008 (18 % environ de parts de marché
pour la retraite Arrco et 23 % pour la retraite Agirc).
Aujourdhui,
Malakoff-Médéric est devenu, en quelques années seulement,
le n°1 des groupes paritaires de protection sociale, le n°2 de la retraite
complémentaire et le n°3 de la santé collective (selon le classement
de lArgus de lassurance). Le groupe a notamment profité de
la création de Pôle Emploi (fusion de lANPE et des Assedic)
décidée par Nicolas Sarközy : ses 50 000 salariés ont
adhéré, comme ceux de la Sécurité sociale (120 000
salariés), étant contraint de résilier leurs contrats avec
leurs mutuelles santé (à la suite dune réforme entrée
en pratique le 1er janvier 2009), les deux marchés ayant été
rempotés par Médéric-Malakoff. Le même groupe a également
remporté le nouveau marché très prometteur des 800 00 salariés
CHR (café-hôtellerie-restauration) qui démarrera en janvier
2011.
À
ce titre, Guillaume Sarközy est administrateur du Groupe MMA, de la Scor,
du groupe espagnol Adeslas, appartient au conseil de surveillance du Monde (il
préside dailleurs Le Monde prévoyance) et de Korian, premier
groupe privé dans le secteur de la prise en charge globale de la dépendance
temporaire ou permanente). Il est également membre du Haut Conseil pour
lavenir de lassurance-maladie depuis 2004.
Cette
double casquette, frère de Nicolas Sarközy qui a réformé
le système de retraites français et dacteur majeur de la protection
sociale complémentaire, a suscité nombre de réactions, certains
(tel le député PCF André Gérin) évoquant même
un « conflit dintérêt ».
Plus
sérieusement, de multiples facteurs (la démographie, lallongement
de la vie, la crise financière et économique, limmigration
non maîtrisée, les nouvelles mesures dâge de départ
à la retraite, etc.) vont entraîner le démantèlement
inéluctable et lasphyxie du système des retraites par répartition,
la baisse du niveau des pensions publiques, et donc le besoin pour les futurs
retraités de recourir à des assureurs privés. Ce, alors même
que Nicolas Sarközy assurait encore le 25 janvier 2010 sur TF1 : «
Je garantirai la pérennité du régime de retraite
Je
ne changerais pas le régime par répartition [
] par un régime
où chacun épargnerait de son côté. »
Or,
en janvier 2011, Guillaume Sarközy deviendra le président du conseil
de surveillance de Sevriena (le nom de la société est provisoire),
un fonds de pension à laméricaine, typique dun système
de retraites par capitalisation. Autrement dit, un fonds dinvestissement
réservé à lépargne salariale et à lassurance
retraite « supplémentaire », qui aspire à devenir le
géant de lassurance complémentaire en France.
Sevriena
a dailleurs tout pour y arriver, puisquil sagit dun «
joint venture » entre Malakoff-Médéric, la Caisse des dépôts
et consignations et la Caisse nationale de prévoyance, premier assureur
de personnes privées en France. Or, la CNP est elle-même, depuis
1991, une filiale (à 40 %) de la Caisse des dépôts et consignations,
un groupe public qui doit être « au service de lintérêt
général et du développement économique ». Ce
qui ne paraît guère être le cas en loccurrence, puisque,
par le biais de Sevriena, la CDC va développer la retraite par capitalisation
tout en gérant plusieurs caisses de retraite par répartition, comme
le très important Fonds de réserve des retraites. On peut donc sattendre,
dans les années à venir, à une explosion du chiffre daffaires
tant du groupe Malakoff-Médéric que de la société
Sevriena.
Divorcé
depuis 1989, Guillaume Sarközy sest remarié, le 20 mars 2004,
à Neuilly-sur-Seine, avec Christine Mulot, cadre de société,
sa compagne depuis plusieurs années. En charge du marketing chez Boussac,
Christine Mulot était devenue responsable du marketing de Tissage de Picardie.
______________
*Faits
& Documents N° 307 - 15 décembre 2010
http://www.faitsetdocuments.com/