LA
CFDT ET M. CHÉRÈQUE, EN PRIVÉ
Auteur : Jacques Cotta,
via Solidaires PACA - Source : Solidaires
dimanche 16 novembre
2008
Compte
rendu de la rencontre organisée le 27 mars 2007, entre le leader de la
centrale et le cercle patronal « ETHIC », dirigé par Mme Sophie
de Menthon.
Extrait
du livre de Jacques Cotta, « Riches et presque décomplexés
» (Fayard), p 125.
Quelques
jours après le petit-déjeuner en compagnie de deux cents membres
dEthic et de François Bayrou, mon téléphone sonnait.
On me demandait si je désirais participer à un remake, cette fois-ci
au Cercle interallié et en compagnie de François Chérèque.
Le
leader de la CFDT face à des patrons déterminés à
la veille de la présidentielle sur des thèmes sociaux, politiques
et économiques ne pouvait laisser indifférent. Mais une mauvaise
surprise mattendait, la veille dudit petit-déjeuner : un contrordre
fut donné dans des termes qui ne pouvaient quaiguiser ma curiosité
: -Sophie de Menthon vous fait dire que si cela ne tenait quà elle
il ny aurait pas de problème, mais cest M. Chérèque
qui pose comme condition labsence de tout journaliste.
-
Même en demeurant discret ?
-
Même, nous sommes désolés. Il nous a dit que cétait
une condition absolue à sa venue.
Le
lendemain matin, je décide de passer outre. Je gravis les marches du Cercle
interallié, passe le petit perron de lentrée surmonté
dune imposante et néanmoins gracieuse marquise, ignore un valet de
pied en jaquette noire et gilet rouge et pénètre dans le petit salon
réservé pour le leader de la CFDT.
Étonnement
de la secrétaire dEthic préposée aux badges, air confus
de ma part, incompréhension feinte pour obtenir enfin lautorisation
de minstaller dans un coin de la salle avec engagement strict de ne pas
piper mot. Devant une assistance très réduite comparée à
celle venue assister à la prestation du leader de lUDF, Sophie de
Menthon accueille linvité :
-
Cher François Chérèque, cest un grand plaisir. Mais
laissez-moi vous dire, à vous qui avez eu par le passé le courage
de soutenir des réformes difficiles, que je déplore labsence
de la presse. Vous auriez dû au contraire médiatiser au maximum cet
événement, vu limportance de votre discours.
-
Merci de maccueillir. Et commençons donc par la presse. Jai
demandé à ce quelle ne soit pas présente car jai
décidé de vous parler franchement, sans détour, directement.
Entre nous, sans journalistes, ce sera plus simple !
-
Pour nous confier des secrets ? plaisante la salle.
Je
connaissais la connivence qui peut exister entre les partenaires sociaux. «
Les réunions à répétition rapprochent », dit-on.
Mais là, il sagit de tout autre chose. François Chérèque
promet le discours de la vérité comme sil se trouvait dans
une réunion de famille quil ne faudrait pas perturber.
Durant
une heure, je vais de surprise en surprise. Le leader de la CFDT réserve
à ses hôtes très satisfaits un discours des plus politiques.
« Léconomie est poussive » et « le premier des
problèmes concerne linvestissement » car nous « navons
pas décliné les objectifs de Lisbonne ».
-
Plus clairement ? demande Sophie de Menthon.
-
Les réformes de la recherche, des régimes sociaux, des retraites,
de lassurance-maladie, de la santé, des hôpitaux nont
pas été accomplies. En une phrase, François Chérèque
fait siennes lensemble des mesures qui ont pesé dans le vote négatif
du peuple français le 29 mai 2005.
Mais
quimporte, la salle communie. Il aborde ensuite « lorganisation
du marché du travail », « lexistence de la précarité
», mais aussi dune « trop grande rigidité pour les entreprises
». Il dénonce le développement de la sous-traitance comme
« facteur daugmentation des inégalités ».
-
Dinégalité pour qui ? demande un curieux dans la salle. Jattends
une réponse syndicale. Surprise !
-
Pour les petites entreprises, répond du tac au tac le leader de la CFDT.Je
me tourne vers mon voisin de table :
-
Je croyais quil parlait des employés. Pour un syndicaliste il est
assez ouvert, non ?
-
Oui, mais si les entreprises ne vont pas bien, les employés non plus. Ce
qui compte, cest lentreprise, et lui, il a compris !
Au
micro, François Chérèque en est à la dénonciation
de « la culture du conflit », condamne « la CGT qui pousse à
la grève dans les ports de Marseille », ou « FO qui fait la
loi chez les communaux », « la nécessité dy imposer
une CFDT qui aujourdhui y a des problèmes ».
-
Comment ? questionne Sophie de Menthon.
-
Par tous les moyens !
-
Je suis troublée, vous reprenez nos positions, que nous exprimons publiquement,
intervient la présidente dEthic.
Galvanisé,
Chérèque annonce la nécessité de « faire évoluer
le contrat de travail », de ne « pas opposer la flexibilité
à la rigidité », de réaffirmer « lattachement
à lEurope » alors que « nous avons mis le drapeau bleu
blanc rouge le jour anniversaire du traité de Rome, ce qui était
lamentable ».
-
Reste la méthode ? demande Sophie de Menthon.
Alors
le président de la CFDT parle de « représentativité
». Il a déjà rencontré à plusieurs reprises
« les conseillers de Sarkozy et le candidat lui-même » avec
qui ils sont « plutôt tombés daccord ». Il faut
« reconnaître les syndicats dans les entreprises », et non plus
au niveau national indépendamment des élections à la base.
-
Atomiser linterlocuteur, cest ça quil faut, me glisse
à loreille mon voisin attentif.
François
Chérèque, comme sil lui répondait en écho, développe
lexemple de Renault. « Sil ny a pas de licenciement »,
cest uniquement parce que « les ouvriers prennent aujourdhui
les jours qui correspondent aux 35 heures de 2008 ». À linverse,
à Sandouville, « la production est à flux tendu », donc
« ils font 42 heures par semaine ».
-
En discutant à la base, la flexibilité sorganise et simpose
delle-même.
-
Pourquoi, avec ce discours, êtes-vous au premier rang dans les manifestations
?
-
Jai manifesté contre le CPE car le ministre avait été
ridicule dans la forme. Mais sur le fond, nous sommes bien sûr daccord
pour revoir le contrat de travail.
Dans
la salle on est au bord de lapplaudir.
-
Votre différence nest pas assez marquée avec la CGT, insiste
Sophie. Même si Thibault est assez positif, il existe des possibilités
de débordement.
-
Sur le terrain, cest parfois compliqué, mais plus on va vers lentreprise,
je vous le répète, plus les salariés acceptent tout cela.
Prenez laccord Bosch sur le temps de travail. II y a 200 accords du même
type, mais personne nen parle. Laissons les choses se faire dans les entreprises,
il y a une adaptation !
* Vous avez des priorités ?
-
La protection sociale sera le gros morceau. Il faut finir le travail sur les retraites
après ce qui a été commencé sur les régimes
spéciaux. Puis reconnaître que les CDD en lieu et place des CDI,
cest trop paralysant. Donc redistribuer vers lassurance chômage
qui sera plus sollicitée. Enfin, la sous-traitance, dossier difficile...-
* Pas tant que cela, intervient un des vingt membres dEthic installé
dans la salle.
-
Si, par exemple, prenez Airbus. À vous je le dis : lÉtat na
pas à mettre un sou. Il faut faire à Airbus ce qui a été
fait à Boeing ! Augmenter et développer la sous-traitance et mettre
tout cela en concurrence.
-
Mais vous y êtes arrivé sur les retraites ? Cétait bien
plus chaud, non ?
Le
leader syndicaliste en serait presque à bicher.
-
Vous accepteriez dêtre ministre du Travail de Nicolas Sarkozy ou de
Ségolène Royal ?
-
Non, je suis beaucoup plus utile à la place que joccupe. Je peux
faire de la pédagogie. Ségolène a compris sur les retraites,
par exemple, et elle nest plus pour labrogation de la loi Fillon.
En mettant la gauche face à ses contradictions, on aboutit au discours
de Villepinte où la candidate socialiste fait de la dette sa priorité
et reconnaît léconomie de marché. Mais pour cela, il
faut être là où je suis.
-
Puisquon est entre nous, vous voterez pour qui ?
-
Je peux vous dire que nous avons vu tous les candidats, outre lextrême
droite ou lextrême gauche. Surtout les deux principaux et Buffet par
respect pour elle et aussi parce que sur des notions comme la flexisécurité,
elle serait sans aucun doute daccord. Dailleurs, lextrême
gauche a aussi fait un pas. Elle reconnaît le marché et la décentralisation.
-
Vraiment ?
-
Mais oui, Arlette a pris un coup de vieux, vous savez !
Dans
la salle on sesclaffe.
-
Vous voyez bien le mal que jaurais eu si la presse avait été
présente.
-
Pour qui voteriez-vous donc ? insiste Sophie de Menthon.
-
Nous ne donnons jamais de consigne à la CFDT.
-
En privé ?
-
Sarkozy nous a présenté un calendrier pour les réformes et
moi et ça me va très bien. On sy met dès juillet.
Sourire
de Sophie de Menthon et satisfaction de la salle.
....
Les
photos viennent du site dETHIC : le mouvement des patrons enthousiastes
!Le lobby des patrons cool"
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Un
document qui date, mais qui est toujours d'actualité. Et qui fait froid
dans le dos.
Voilà
derrière qui on défile.
emcee
Auteur
: Jacques Cotta, via Solidaires PACA - Source : Solidaires
Commentaire
:
Et oui ! La CFDT a été faite et financée par la
CIA, mais la CIA a acheté bien des communistes après avoir mis dans
sa poche la plupart des socialistes.Dans
un autre genre et façon eurpéaniste, une étude sur Bernard
Thibault serait bienvenue, ce serait très différent de Chérèque,
dans la forme, mais dans le fond...
C'est
rien qu'un panier de vendus ! Et au niveau de la traitrise : même poids
!
Le
tort du mouvement de protestation contre les retraites a été de
se ranger derrière ces salauds ! La discipline, ça fait l'armée
mais ça tue la Vie !