ce qui permet de ne pas trop engager lorganisation. Si, comme ce fut le
cas, on sent sexprimer à la base une grande combativité, qui
laisse augurer une mobilisation de grande ampleur et de longue durée, les
directions passent au tableau suivant, dit «de la rodomontade», qui
consiste à faire les bravaches dans le registre «Nous naccepterons
jamais que
», «Nous sommes déterminés à
aller jusquau bout» et «Si le gouvernement refuse de nous entendre,
alors
» , tout en tempérant autant quelles peuvent
lardeur de leurs troupes. À cette fin, le procédé le
plus efficace, parce que le plus hypocrite, cest de corseter le mouvement
dans la camisole de lagenda institutionnel, et de casser la dynamique offensive
en subordonnant toute initiative aux échéances fixées par
le pouvoir (rencontres avec des ministres, discussions au Parlement, déclarations
du chef de lÉtat, etc.). Lardeur des troupes étant ainsi
constamment freinée par la pusillanimité des chefs, la grande bataille
annoncée se réduit sans surprise à une succession de «journées
daction» consacrées pour lessentiel à des défilés
plan-plan et de journées dinaction consacrées à polémiquer
stérilement sur le nombre des manifestants et à guetter les symptômes
dun essoufflement annoncé jour après jour par les médias.
Devant tant de mollesse et dincurie chez des dirigeants visiblement vaincus
avant de se battre, on ne sait plus sil faut parler dincompétence
ou de connivence. Des deux sans doute, puisque la mascarade a, entre autres avantages,
celui de ne pas bousculer les plans dun PS qui préfère attendre
paisiblement son retour aux affaires.
Pendant
ce temps, le pouvoir poursuit imperturbablement sa sale besogne, pas le moins
du monde impressionné par un mécontentement dont il sait navoir
rigoureusement rien à redouter, assuré quil est du légalisme
de «partenaires» acquis au respect inconditionnel du désordre
établi, et du légitimisme dun électorat trop borné
pour comprendre quil est tombé dans la nasse où on voulait
le faire entrer : une foule de gens atomisés, abêtis et domestiqués,
qui se croient toujours des citoyens quand ils ne forment plus quune masse
de manuvre livrée aux manipulations politiciennes des deux fractions
de la bourgeoisie régnante en concurrence pour le pouvoir.
Les
moins pitoyables ne sont pas ceux qui, pour sauver la face, se donnent la satisfaction
fantasmatique davoir «gagné la bataille de lopinion»
et se préparent à prendre leur «revanche» en 2012. En
quoi faisant ? En élisant DSK qui milite inlassablement au FMI pour défendre
les damnés de la Terre ?
Parions
que cette menace épouvantable fait déjà pleurer les banquiers
de rire.
Alain Accardo
Chronique initialement parue dans le journal
La Décroissance, du mois de décembre 2010.
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : De
notre servitude involontaire (2001), Introduction
à une sociologie critique (2006), Journalistes
précaires, journalistes au quotidien (2006), Le
Petit Bourgeois Gentilhomme (2009). Un recueil de textes Engagements. Chroniques
et autres textes (2000-2010) paraîtra en janvier 2011.
Auteur
: Alain Accardo - Source : Jura Libertaire