Ainsi,
pour 2010, l'Etat français a dû rajouter à un déficit
budgétaire de 149,7Mds d'€ (qui inclut les intérêts de
la dette à payer pour un montant de 42,5Mds d'€), les « amortissements »
des dettes à moyen et long terme arrivant à échéance
en 2010 pour un montant de 83Mds d'€. La charge de la dette (intérêts
à payer) représente 96% des engagements financiers. Le service de
la dette pour 2010 s'élève ainsi à 125,5 Mds d'€ (83+
42,5) . (voir tableau 3 ci-dessous.)

1995-2011,
le capital emprunté a déjà été remboursé
4,6 fois et il en reste encore 3 fois plus à rembourser !
En
1995, le stock de la dette publique s'élevait au 31 décembre à
431 Mds d'€. Fin 2011, le total cumulé des intérêts
servis et des capitaux remboursés s'élèvera lui, à
2 013Mds d'€, soit 4,6 fois plus qu'en 1995.
Dans le même temps, la dette
aura été élevée à 1 333 Mds d'€,
soit plus de 3 fois le montant de 1995.
Les
intérêts payés (658Mds d'€) représenteront plus
de 2 fois le total des dépenses du budget général (285,7Mds
d'.€ pour 2011).
La
dette publique représente 37% des dépenses publiques !
La
dette publique n'est pas le 2ème poste mais bien le 1èr. poste de
dépenses publiques depuis des années. Ce qu'on nous présente
comme « charge de la dette » ne représente que les
intérêts d'emprunts. Les présentations budgétaires
omettent d'afficher le capital remboursé, et ce n'est pas neutre.
Si
nos économistes patentés, les « personnes autorisées »
(pas par moi, se moquait le regretté Coluche), affichaient la réalité,
sans doute notre perception de la dette serait différente, sa contestation
prendrait des dimensions qui ne feraient pas plaisir aux dirigeants de l'Etat,
tout dévoué au service des créanciers.
Montant
en Mds d'€ ; en%

Le
« camembert » présenté par le ministère
du budget occulte totalement le capital remboursé.
Ce
n'est pas uniquement un choix technique de présentation comptable mais
un choix politique d'affichage.
Le
service de la dette, c'est autant de moins pour l'action publique en 2011 !
Plus
de 3 fois le budget de l'enseignement scolaire !
Près
de 4 fois le montant dédié aux pensions !
6
fois les sommes allouées à la recherche et à l'enseignement
supérieur !
8
fois le budget de la justice !
11
fois celui de l'écologie, l'agriculture et l'aménagement durable !
11,6
fois celui de la solidarité, l'insertion et l'égalité des
chances !
12.5
fois celui consacré au travail et à l'emploi !
Plus
de 18 fois le budget de la culture !
Comment
ne pas remettre en cause cette dette publique ?
Alors
qu'on supprime en France plus de 30 000 postes de fonctionnaires par an,
que l'Education Nationale est exangue, qu'on détruit les régimes
de retraites par répartition pour les livrer à la capitalisation
et aux assurances, que la recherche et l'enseignement supérieur souffrent
cruellement de manque de moyens, que la justice n'a plus les moyens de fonctionner,
que la mission « écologie » est totalement détournée
de son objet, que la mission « solidarité, insertion, égalité
des chances » relève de la déclaration d'intention, que
le budget consacré à celle du travail et de l'emploi ne permet pas
aux agents de faire leur travail correctement ni aux chômeurs de retrouver
un emploi, et que la culture reste superbement ignorée, hormis les expressions
de prestige ?
Publier
les vrais chiffres de la dette, une exigence citoyenne à satisfaire !
Les
éléments qui la constituent doivent être publiés.C'est
un exigence que nous avons envers tous les gouvernements . Les présentations
budgétaires ne doivent pas cacher l'ampleur du coût de la dette publique.
La dette est publique, sa réalité doit être montré
au public. De même, les bénéficiaires doivent être clairement
identifiés. LE CADTM réclame l'instauration d'un registre des détenteurs
de la dette et une totale transparence.
Rétablir
la vérité des chiffres, pour mieux annuler la dette !
Cette
dette publique est le produit direct des politiques néolibérales
pratiquées depuis le début des années 1980. C'est en son
nom que sont imposés les plans d'austérité qui frappe aujourd'hui
les peuples européens. La question du défaut de paiement est posée.
Mais
il serait dangereux d'attendre un défaut à l'initiative des créanciers.
A coup sur, le montant de la dette ne diminuerait pas et un nouveau plan d'austérité
accompagnerait sa restructuration au nom de « l'assainissement
des politiques budgétaires ».
Un
moratoire avec suspension du remboursement du capital et des intérêts
doit être prononcé à l'initiative du pays débiteur.
Aucun intérêt de retard ne doit être comptabilisé.
Une
commission d'audit citoyenne doit examiner si cette dette a été
contractée dans l'intérêt commun ou non. Les résultats
de ses travaux doivent être rendus publics et être appropriés
par les mouvements sociaux.
Sa
légitimité doit être examinée et un gouvernement véritablement
au service du peuple devra notifier l'annulation totale ou partielle comme le
droit international le permet. Ce sera un des enjeux des élections présidentielles
de 2012 en France. Les programmes des candidats doivent se situer clairement vis-à-vis
de cette question.
« Le
« service » des intérêts opère ensuite
un transfert de richesse au bénéfice des détenteurs des titres
de la dette », dit à juste titre Jean Gadrey sur son blog
pour Alternatives Economiques le 24 novembre dernier.
(http://alternatives-economiques.fr/....)
Annuler
la dette jugée illégitime est indispensable pour contribuer à
un réel transfert des richesses, mais cette fois en faveur de la grande
majorité de la population.
Pour
annuler, mobilisons nous à l'échelle européenne !
Mais
cette démarche ne sera possible que si elle est soutenue par une mobilisation
des peuples européens contre la dette et les plans d'austérité.
Il y a là un enjeu considérable.
Les tenants du pouvoir économique
sont en phase avec l'Union Européenne et la BCE pour faire payer la crise
aux salariés , aux jeunes et aux retraités.
En
réponse, le CADTM et son réseau Europe proposent à tous les
mouvements sociaux et tous les partis politiques qui, en Europe, sont convaincus
qu'il faut développer une riposte populaire face à l'offensive que
le Capital lance à la faveur de l'explosion de la dette publique, d'organiser
ensemble la bataille des idées et la mobilisation unie à l'échelle
europénne contre la dette et les plans d'austérité.
C'est
tous ensemble
et en même temps que nous devons lutter !
Auteur
: Pascal
Franchet - Source : CADTM