7 février 2009 Le Rapport Anti-Empire

OBAMA :

un changement (de rhétorique)
auquel on peut croire
ou une rhétorique de l'espoir !



BLUM William







J’ai toujours dit que quels que soient les changements qui pourraient se produire en matière de politique intérieure, tels que ceux que nous avons déjà constatés en matière d’environnement et d’avortement, l’administration Obama ne procédera à aucun changement significatif en matière de politique étrangère des Etats-Unis. Il en faudrait pourtant peu pour soulager les souffrances imposées régulièrement à l’humanité par l’Empire Américain. Et dans la mesure où il est possible de connaître l’opinion d’Obama sur un sujet controversé, il semblerait bien qu’il soit un partisan de l’Empire.

La bulle Obama aurait déjà du éclater avec les multiples frappes aériennes US au Pakistan au cours des premiers jours de son mandat. Le Pentagone informa la Maison Blanche de ses plans et la Maison Blanche ne formula aucune objection. Alors les bombes sont tombées – ainsi que le premier crime de guerre d’Obama.

Les dizaines de victimes étaient, bien sûr, tous des méchants, y compris les femmes et les enfants. Comme toujours avec ces bombardements, nous ne connaîtrons jamais les noms des victimes – et si ça se trouve, même au Pakistan ils n’en savent rien – ni quels étaient leurs crimes qui méritaient la peine de mort. Un pauvre Pakistanais a probablement gagné une coquette somme en racontant aux autorités qu’un méchant vivait dans la maison, là-bas. Et tant pis pour tous ceux qui avaient le malheur de vivre sous le même toit que le méchant. En admettant bien sûr que le méchant vivait effectivement dans la dite maison, là-bas.

Le nouveau secrétaire de la Maison Blanche, Robert Gibbs, refusa de répondre aux questions relatives aux frappes aériennes, en déclarant « je n’aborderai pas ce sujet. » (1) Mais où avons-nous déjà entendu ça ?

Après de nombreux bombardements ces dernières années, un porte-parole des Etats-Unis ou de l’OTAN déclara avec solennité : « nous regrettons les pertes en vies humaines. » Ce sont là les mêmes paroles que celles prononcées à maintes reprises par l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA), mais la différence est que les actions de l’IRA sont qualifiées de « terroristes ».

J’aurais bien voulu être un Obamaniaque. J’envie leur enthousiasme. Voici, sous forme d’une lettre ouverte au Président Obama, quelques uns des « changements auxquels on peut croire » dans la politique étrangère qui réussiraient à convaincre un incroyant comme moi.


IRAN

Fichez leur la paix. Il n’y a pas de « problème iranien ». Ils ne représentent une menace pour personne. Ca fait des siècles que l’Iran n’a pas envahi de pays. Non, le Président Ahmadinejad n’a PAS menacé Israël. Arrêtez de patrouiller avec des navires de guerre américains au large de leurs côtes. Arrêtez d’arraisonner leurs bateaux pour vérifier s’ils transportent des armes pour le Hamas. (Ceci est généralement considéré comme un acte de guerre.) Arrêtez d’utiliser des groupes d’opposants pour les espionner et lancer des attaques terroristes à l’intérieur du pays. Et pourtant, malgré tout cela, vous trouvez encore le culot pour déclarer : « si des pays comme l’Iran étaient prêts à desserrer le poing, ils trouveraient chez nous une main tendue. » (2)

L’Iran a autant le droit d’armer le Hamas que les Etats-Unis ont le droit d’armer Israël. Et il n’y a aucune loi internationale qui dit que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine, Israël, la France, le Pakistan et l’Inde ont droit à l’arme nucléaire mais pas l’Iran. L’Iran a toutes les raisons du monde de se sentir menacé. Allez-vous continuer à fournir de la technologie nucléaire à l’Inde, qui n’a pas signé le traité de non-prolifération, tout en brandissant des menaces de sanctions et de guerre contre l’Iran, signataire du traité ?


RUSSIE

Arrêtez d’encercler ce pays avec de nouveaux membres de l’OTAN. Arrêtez de fomenter de nouvelles révolutions « colorées » dans les anciennes républiques et satellites soviétiques. Arrêtez d’armer et de soutenir la Géorgie dans ses tentatives de bloquer l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, régions scissionnistes sur la frontière Russe. Arrêtez de placer des systèmes anti-missiles chez les voisins de la Russie, la République Tchèque et la Pologne, sous l’absurde prétexte de décourager une attaque de missiles Iranienne. C’était aussi la Tchécoslovaquie et la Pologne que les Allemands ont utilisé pour défendre leurs ambitions impérialistes – les deux pays furent envahis sous prétexte que les Allemands qui y habitaient étaient maltraités. En tous cas, c’est ce qu’ils disaient.

« Le gouvernement des Etats-Unis a commis une grosse erreur après le démantèlement de l’Union Soviétique, » a dit l’année dernière l’ancien dirigeant Soviétique Mikhaïl Gorbatchev. « A l’époque, le peuple Russe était vraiment euphorique par rapport aux Etats-Unis et c’était vraiment le pays préféré pour beaucoup de Russes. » Mais, ajouta-t-il, les Etats-Unis ont manœuvré avec agressivité pour étendre l’OTAN et ont paru se délecter des faiblesses de la Russie. (3)

CUBA

Rendre les voyages plus faciles et autoriser l’envoi d’argent, c’est très bien (si, comme prévu, vous le faites), mais cela n’est rien en comparaison de la nécessité de mettre fin à l’embargo. En 1999, Cuba a entamé une procédure légale contre les Etats-Unis pour un montant de 181,1 milliards de dollars en compensation des pertes économiques et des pertes en vies humaines subies pendant prés de 40 ans d’agressions. La plainte tenait Washington pour responsable de la mort de 3478 Cubains et de 2099 autres blessés et estropiés. Dix ans plus tard, ces chiffres n’ont pas baissé. Les effets négatifs, parfois paralysants, de l’embargo se font rsentir dans tous les domaines de la vie quotidienne à Cuba.

En plus de la fermeture de la prison de Guantanamo, la base militaire adjacente installée en 1903 par l’armée américaine devrait être démantelée et le territoire rendu à Cuba.

Les Cinq cubains, emprisonnés aux Etats-Unis depuis plus de 10 ans et coupables uniquement d’avoir tenté d’empêcher le terrorisme fomenté aux Etats-Unis contre Cuba, devraient être libérés. Il y avait en fait dix cubains arrêtés ; cinq savaient parfaitement qu’il n’y avait aucune justice à attendre devant un tribunal américain et ont plaidé coupable pour obtenir des réductions de peines. (4)

IRAK

Libérer à mort le peuple Irakien… A moins d’un retrait total de toutes les forces US, militaires et sous-traitants, la fermeture de toutes les bases militaires et des centres de détention et de torture, rien ne pourrait garantir une véritable fin de l’intervention US et le début d’une véritable souveraineté pour l’Irak. Là, toute suite, sans attendre. Tout le reste n’est que manœuvres politiciennes et impérialisme au quotidien.

Après six ans de guerre, les Irakiens ont perdu tout ce qui avait de la valeur pour eux. Selon le Washington Post en 2007 : « il est courant d’entendre chez les Irakiens lassés par la guerre que la situation était meilleure avant l’invasion menée par les Etats-Unis en 2003. » (5) La bonne nouvelle, c’est que le peuple irakien a 5000 ans d’expérience dans en matière d’organisation de sociétés. On devrait leur en donner l’occasion.

ARABIE SAOUDITE

Exigez devant le monde entier que ce gouvernement entre dans le 21eme siècle (ou du moins le 20eme), ou alors que les Etats-Unis cessent de faire semblant d’être préoccupés par les droits de l’homme, des femmes, des homosexuels, des libertés religieuses, des libertés civiques. La famille Bush, elle, entretenait de vieilles relations financières avec la classe dirigeante saoudienne. Quelle sera votre excuse à vous si vous mainteniez le statu quo ?

HAITI

Réinstaurez au poste de président Jean Bertrand Aristide, en exil depuis que les Etats-Unis l’ont renversé en 2004. Et pour nous faire pardonner de nos péchés, donnez au peuple Haïtien beaucoup, beaucoup d’argent et d’aide.

COLOMBIE

Arrêtez de fournir une aide militaire à un gouvernement qui depuis des années est intimement mêlé aux escadrons de la mort, à la torture, au trafic de drogue ; ce pays détient le record du monde d’assassinats de candidats progressistes aux élections, de syndicalistes, de militants des droits de l’homme. Cela ne vous interpelle-t-il pas quelque part que ce pays soit le plus proche allié des Etats-Unis dans toute l’Amérique latine ?

VENEZUELA

Hugo Chavez a peut-être la langue bien pendue mais il ne représente aucune menace sinon pour le système capitaliste au Venezuela et, comme modèle, ailleurs en Amérique latine. Et il a toutes les raisons du monde pour en vouloir à la politique étrangère des Etats-Unis, sans parler du rôle joué par Washington dans le coup d’état qui l’a renversé en 2002. Si vous ne comprenez pas pourquoi Chavez n’aime pas beaucoup les actions menées par les Etats-Unis dans le monde, je pourrais vous fournir une bibliographie.

Cessez le soutien à l’opposition de Chavez via l’Agence de Développement International (US-AID acronyme anglais – NDT) et le « National Endowment for Democracy » (NED), et autres agences gouvernementales étasuniennes. Les diplomates américains ne devraient pas fréquenter les Vénézuéliens qui trament des coups d’état contre Chavez pas plus qu’ils ne devraient interférer avec les élections.

Expulsez Luis Posada Carriles de la Floride et envoyez le au Venezuela, qui demande son extradition pour l’organisation de l’attentat contre un avion de ligne Cubain en 1976 qui a coûté la vie aux 73 passagers et membres d’équipage. Extradez le, jugez le aux Etats-Unis, ou bien arrêtez de parler de guerre contre le terrorisme.






Et essayez de ne pas répéter ces bêtises sur la dictature au Venezuela. Ce pays est plus libre que les Etats-Unis. Par exemple, on y trouve une véritable presse d’opposition, chose qui n’existe pas aux Etats-Unis. Si vous ne me croyez pas, essayez de me citer un seul quotidien américain ou chaîne de télévision qui a pris clairement position contre les invasions US de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Yougoslavie, de Panama, de la Grenade ou du Vietnam. Ou contre seulement deux de ces invasions ? Contre une seule ? Y’en a-t-il un seul qui soutienne le Hamas ou le Hezbollah ?

Il y a quelques semaines, le New York Times a publié un article sur une possible attaque israélienne contre l’Iran. On y lit « Plusieurs détails sur cette opération secrète ont été omis de notre article à la demande de hauts officiels de l’administration et des services de renseignement US, afin de ne pas mettre en péril les opérations en cours. » (6)

Hélas, Mr President, parmi d’autres remarques désobligeantes, vous avez déjà accusé Chavez d’être « une force qui a freiné le progrès de la région. » (7) Cette déclaration est si contraire à la vérité, si contraire au simple bon sens, si hypocrite au vu de l’histoire des Etats-Unis en Amérique latine, que je désespère de vous voir un jour vous libérer du carcan idéologiques qui a entravé tous les présidents américains du siècle passé. Autant l’inscrire directement dans votre serment d’investiture : un président doit se montrer agressif contre tout pays qui aurait clairement rejeté l’idée que Washington serait le sauveur du monde. Vous avez fait cette remarque lors d’une interview accordée à Univision, le principal media vénézuélien d’opposition implacable au gouvernement de Chavez. A quel progrès régional faisiez-vous allusion ? A l’état policier de la Colombie ?

BOLIVIE

Demandez aux diplomates américains, aux volontaires de Peace Corps, aux étudiants de Fullbright, aux officiers de la DEA (agence de lutte antidrogue – ndt) et cesser d’espionner et de fomenter la subversion en Bolivie. En tant que premier président noir des Etats-Unis, vous devriez cultiver une empathie envers le premier président indigène de la Bolivie. Félicitez le président Bolivien Evo Morales pour sa victoire décisive au référendum sur la modification de la constitution qui protège les droits des peuples indigènes et, pour la première fois, instaure la séparation de l’église et de l’état.

AFGHANISTAN

Il s’agit peut-être du peuple le plus misérable de la terre, sans aucun espoir en vue tant que les puissances du monde continueront de bombarder, envahir, renverser, occuper et massacrer leur terre. L’armée américaine prévoit de jeter 30.000 jeunes américains supplémentaires sur le champ de bataille et construit en ce moment huit grandes bases militaires dans le sud du pays. N’est-ce pas de la folie ? Si cela a un sens pour vous, alors je vous propose d’inaugurer votre mandat de président en accompagnant les militaires qui sont chargés d’informer les parents américains que leur fils vient de mourir dans un endroit appelé Afghanistan.

Si vous nous sortez de ce cauchemar, vous pouvez aussi cesser de bombarder le Pakistan. Quittez le pays, même si c’est pour le laisser entre les mains des terribles Talibans. Eux au moins peuvent offrir un peu de sécurité aux misérables de ce pays, et il parait que les Talibans d’aujourd’hui ne soient pas tous des intégristes.

Mais d’abord, fermez la prison de Bagram et les autres camps de détention, qui sont pires que Guantanamo.

Et arrêtez de faire semblant que les Etats-Unis s’intéressent au sort du peuple Afghan et pas au pétrole ou aux gazoducs qui pourraient contourner la Russie et l’Iran. Les Etats-Unis cherchent à remplir le vide de pouvoir apparu en Asie Centrale après la dissolution de l’Union Soviétique et à affirmer la domination de Washington sur une région qui contient la deuxième plus grande réserve de pétrole et de gaz naturel au monde. Est-ce que l’Afghanistan sera votre Irak ?

ISRAEL

Voici la tâche la plus difficile pour vous, mais où vous pourriez marquer aussi le plus de points. En annonçant qu’Israël n’est plus le 51eme état de l’Union vous vous attirerez toute la colère du lobby le plus puissant du monde et de ses nombreux partisans fortunés, ainsi que celle de la Droite Chrétienne Fondamentaliste et aussi d’une bonne partie des médias. Mais si vous désirez réellement la paix entre Israël et la Palestine vous devez supprimer toute aide militaire à Israël, sous toutes ses formes : matériel, logiciel, personnel, financier. Et arrêtez de dire au Hamas qu’il doit reconnaître Israël et renoncer à la violence si vous ne dites pas à Israël qu’il doit reconnaître le Hamas et renoncer à la violence.

COREE DU NORD

Bush avait déclaré ce pays membre de « l’axe du mal », et qualifié Kim Jong Il de « pygmée » et « d’enfant gâté mal élevé ». (8) Mais vous pourriez essayer de comprendre le point de vue de Kim Jong Il. Il a vu comment les agences de l’ONU sont allés en Irak pour désarmer le pays que les Etats-Unis ont ensuite envahi. La conclusion logique n’est pas de désarmer, mais de passer à la dissuasion nucléaire.

AMERIQUE CENTRALE

Arrêtez de vous mêler des élections au Nicaragua, El Salvador et Guatemala, année après année. La Guerre Froide est terminée. Et même si vous ne pouvez pas défaire les horreurs perpétrées par les Etats-Unis dans la région dans les années 80, vous pouvez au moins être gentil avec les immigrants qui viennent ici pour échapper aux conséquences engendrées par cette terrible époque.

VIETNAM

Lors de votre discours d’investiture, vous avez fièrement parlé de ceux « qui nous ont porté sur le chemin tortueux de la prospérité et de la liberté… Pour nous, ils se sont battus et ils sont morts, dans des lieux comme… Khe Sanh. » C’est donc ça votre opinion, réfléchie et sincère, que les 58.000 soldats américains morts au Vietnam, alors qu’ils étaient eux-mêmes en train de tuer un million de Vietnamiens, sont morts pour notre prospérité et notre liberté ? Seriez-vous prêt à défendre cette idée sans formuler des platitudes ?

Vous pourriez aussi réfléchir à ceci : pendant toutes les années qui ont suivi la guerre du Vietnam, trois millions de Vietnamiens ont souffert de maladies et de difformités provoquées par les épandages américains d’un produit chimique mortel, l’Agent Orange, et ils n’ont eu droit à aucun soin médical de la part des Etats-Unis, aucune réparation écologique, aucune compensation. Et les Etats-Unis n’ont toujours pas présenté officiellement leurs excuses.

KOSOVO

Arrêtez de soutenir le gouvernement le plus gangstérisé au monde, spécialisé dans l’enlèvement, le trafic d’organes, le trafic de drogues, la traite des femmes, divers actes de terrorisme et le nettoyage ethnique des Serbes. Ce gouvernement ne serait jamais au pouvoir si l’administration Bush ne les avait pas considérés comme des alliés naturels. Partagez-vous ce point de vue ? Une résolution de l’ONU, numéro 1244 adoptée en 1999, réaffirme la souveraineté et l’intégré territoriale de l’ancienne République Fédérale de la Yougoslavie dont le successeur reconnu est la présente Serbie, et précise que le Kosovo doit rester dans la Serbie. Pourquoi avons-nous une gigantesque et permanente base militaire dans ce minuscule pays autoproclamé ?

OTAN

A l’origine créée pour protéger l’Europe contre une invasion (mythique) Soviétique, l’organisation est devenue une armée occupante en Afghanistan. Mettez fin à cet anachronisme historique, ce que le dirigeant russe Vladimir Poutine a appelé « le cadavre nauséabond de la guerre froide ». (9) Vous pouvez le faire simplement en quittant l’organisation. Sans les Etats-Unis et ses actions militaires incessantes et ses ennemis officiellement désignés, l’organisation n’aurait plus de prétexte pour exister, et c’est la seule chose qui lui reste. Quant aux autres membres, il a fallu les bousculer, les menacer et les corrompre pour leur faire envoyer des troupes en Afghanistan.

ECOLE DES AMERIQUES

Les pays d’Amérique latine ne se font pratiquement jamais la guerre, ni entre eux ni contre un autre pays. Alors pour quelles guerres formez-vous leurs officiers ? Pour les guerres livrées contre leur propre peuple. Fermez cette école (dont le nom a été changé pour protéger les coupables) située à Fort Benning, Géorgie, que les Etats-Unis ont utilisée pour former deux générations d’officiers latino-américains professionels dédiés à à renverser les gouvernements progressistes, aux escadrons de la mort, à la torture, à la répression de l’opposition et à d’autres activités aussi charmantes. Les Britanniques disent que l’Empire fut fondé sur les terrains sportifs d’Eton. Les américains peuvent dire que le chemin vers Abou Ghraib, Guantanamo et Bagram a débuté dans les salles de cours de l’Ecole des Amériques.

TORTURE

Vos ordres concernant ce sujet très important font plaisir, mais ils sont encore incomplets. Ils déclarent que les nouveaux standards bannissant la torture s’appliquent à tout « conflit armé ». Mais que se passera-t-il si votre administration décide que les futures opérations contre le terrorisme ne font pas partie d’un « conflit armé » ? Et aucune mention n’est faite des enlèvements (« rendition ») – enlever un homme dans la rue, le jeter dans une voiture, lui mettre une cagoule, lui arracher les vêtements, lui mettre des couches, l’enchaîner sous tous les angles, l’envoyer dans un pays étranger pour lui faire subir des tortures. Pourquoi ne pas simplement bannir toute forme de torture, qu’elle soit exercée par des américains ou des sous-traitants ? Définitivement.

Il ne suffit pas de déclarer que vous êtes contre la torture ou que les Etats-Unis « ne torturent pas » ou « ne tortureront pas ». George W. Bush disait régulièrement la même chose. Montrez que vous n’êtes pas George W. Bush en faisant enquêter sur les responsables de torture, même si cela implique l’inculpation d’un bon nombre de criminels de guerre de l’administration Bush.

Les choses ont mal démarré lorsque vous avez nommé l’ancien fonctionnaire de la CIA John O. Brennan comme votre principal conseiller en matière de lutte contre le terrorisme. Brennan a qualifié les “enlèvements” d“outil vital” et il a salué les techniques d’interrogation de la CIA qui auraient permis de recueillir des informations “vitales”. (10) Où aviez-vous donc la tête, Barack ?

Abdelbaset Ali Mohmed al Megrahi

Libérez ce libyen qui est en prison en Ecosse où il purge une peine de prison à vie après avoir été piégé par les Etats-Unis et accusé de l’attentat contre le vol 103 de la PanAm en décembre 1988, qui a coûté la vie à 270 personnes au-dessus de l’Ecosse. C’est l’Iran qui était derrière cet attentat, organisé en guise de représailles pour l’avion commercial iranien abattu par les Etats-Unis en juillet, qui a coûté la vie à 290 personnes – pas la Libye, que les Etats-Unis ont accusée pour des raisons politiques. (11) Une nation ne peut faire preuve de plus de cynisme. Megrahi croupit dans une prison et il est en train de mourir d’un cancer, mais les Etats-Unis et la Grande Bretagne refusent de le libérer. Ce serait trop embarrassant que d’avouer 20 années de mensonges.

M. Le Président, il y aurait encore beaucoup de choses à faire pour réparer notre politique étrangère si vous voulez réellement être pris au sérieux en tant que leader moral, comme Martin Luther King Jr : il faudrait bannir l’usage de l’uranium appauvri, les bombes à fragmentation, et autres armes terrifiantes ; rejoindre la Cour de Justice Internationale au lieu de tenter de la saboter ; demander pardon pour des tas de raisons en plus de celle invoquée pour le Vietnam ; et beaucoup d’autres choses encore.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous désirez réellement apporter un peu de bonheur dans ce monde triste, rendre l’Amérique crédible et sympathique, arrêter de créer des armées de terroristes anti-américains et gagner le coeur de gens comme moi.

Savez-vous que vous pourriez éliminer tous les déficits aux Etats-Unis, fournir un système de santé gratuit et une éducation universitaire gratuite à chaque américain, financer un nombre incalculable de programmes sociaux et culturels, simplement en mettant fin aux guerres en Irak et en Afghanistan, en vous abstenant de déclencher de nouvelles guerres et en fermant les plus de 700 bases militaires du Pentagone ? Considérez une telle action comme la dividende de la paix promise aux Américains une fois la Guarre Froide terminée, et qu’on attend toujours... Que diriez-vous de leur en faire cadeau maintenant, M. Président ? Il n’est pas trop tard.

Mais voilà, vous êtes dédié à l’Empire, et l’Empire se dédie à la guerre. Dommage.

William BLUM

Traduction VD pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

Article original
http://killinghope.org/bblum6/aer66.html


Notes

(1) Washington Post, January 24, 2009
(2) Interview with al Arabiya TV, January 27, 2009
(3) Gorbachev speaking in Florida, South Florida Sun-Sentinel, April 17, 2008
(4) http://www.killinghope.org/bblum6/polpris.htm
(5) Washington Post, May 5, 2007, p.1
(6) New York Times, January 11, 2009
(7) Washington Post, January 19, 2009
(8) Newsweek, May 27, 2002
(9) Press Trust of India (news agency), December 21, 2007
(10) Washington Post, November 26, 2008

(11) (en anglais) http://www.killinghope.org/bblum6/panam.htm









Les trois fautes de Barack Obama
en Afrique

par Luc Mukendi*, Damien Millet*, Jean Victor Lemvo*, Emilie Tamadaho Atchaca*, Solange Koné*, Victor Nzuzi*, Sophie Perchellet*, Aminata Barry Touré*, Ibrahim Yacouba*, Éric Toussaint*

Barack Obama poursuit le relookage des États-Unis. Dans un discours prononcé à Accra devant le parlement ghanéen, il a tendu la main aux Africains et s’est engagé à les aider à vaincre le sous-développement. Comme les messages précédents au Caire ou à Moscou, cette rhétorique a séduit les médias atlantistes —enfin soulagés de faire la promotion d’un empereur sympathique—, mais a fortement déplu aux intéressés. Des responsables du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM) analysent ce discours paternaliste.

Après le sommet du G8 en Italie, le président états-unien Barack Obama s’est envolé pour l’Afrique avec un prétendu cadeau : une enveloppe de 20 milliards de dollars à distribuer sur 3 ans, afin que les « généreux » donateurs des pays riches « aident » à réduire la faim dans le monde. Alors que la promesse d’éradiquer la faim est faite régulièrement depuis 1970, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié un rapport le mois dernier indiquant que le nombre de personnes sous-alimentées a passé le cap du milliard, soit 100 millions de plus durant l’année écoulée. Au même moment, le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) tirait la sonnette d’alarme et annonçait qu’il devait réduire les rations distribuées au Rwanda, en Ouganda, en Éthiopie, en Corée du Nord et au Kenya (pays d’origine de la famille paternelle d’Obama), principalement en raison de la réduction de la contribution des États-Unis, son principal bailleur de fonds [1].

Au-delà d’un effet d’annonce de la part du président Obama, qui vient s’ajouter à une longue liste de vœux pieux n’ayant permis en rien d’améliorer la situation à l’heure actuelle, il convient de rappeler que le montant de l’aide de 20 milliards sur 3 ans représente moins de 2 % de ce que les États-Unis ont dépensé en 2008-2009 pour sauver les banquiers et les assureurs responsables de la crise.

Ainsi, après avoir tendu la main aux « amis musulmans » lors du discours du Caire (tout en continuant en coulisse de déstabiliser la région du Moyen-Orient) [2], après avoir tendu la main aux « amis russes » (tout en gardant ses positions sur le bouclier anti-missiles en Europe de l’Est), Obama tend la main aux « amis africains » (tout en gardant sa casquette néocoloniale bien vissée sur la tête) [3].

Quand Obama déresponsabilise les pays riches

La longue allocution d’Obama à Accra, au Ghana [4], fait suite à une série de rencontres avec ses homologues étrangers. Sous le prétexte de refonder les relations états-uniennes vis-à-vis du reste du monde, Obama a encore une fois excellé dans l’art de prôner l’ouverture et le changement, tout en continuant d’appliquer les funestes politiques de ses prédécesseurs [5].

Dès le début, il déclare qu’il « revient aux Africains de décider de l’avenir de l’Afrique ». Pourtant, alors que cette déclaration frappée du sceau du bon sens met tout le monde d’accord, ce n’est toujours pas le cas dans la réalité, et l’action des pays du G8 est déterminante depuis un demi-siècle pour priver les peuples africains de leur souveraineté. Obama n’oublie pas de rappeler qu’il possède « du sang africain dans les veines », comme si cela donnait automatiquement plus de force et de légitimité à son discours. En tout cas, le message est clairement posé : le colonialisme dont leurs ancêtres ont été les victimes ne doit pas constituer une excuse pour les Africains. Il y a là de fortes similitudes avec le discours que le président français Nicolas Sarkozy avait prononcé à Dakar quelques mois après son élection [6], discours qui avait soulevé une vague de protestations méritées à laquelle Obama semble miraculeusement échapper pour l’instant… Mais nous comptons bien réparer cette injustice !

Très vite, Obama déresponsabilise l’Occident sur l’état actuel du développement du continent. En déclarant que « le développement dépend de la bonne gouvernance » et que « c’est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s’acquitter », il part du faux constat que la pauvreté qui règne en Afrique est principalement due à la mauvaise gouvernance et aux libres choix des dirigeants africains. En somme, c’est la faute des Africains. Rien de plus erroné !

Avec des affirmations comme « l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats », le président Obama occulte le rôle central des pays riches dans l’évolution de l’Afrique. Et notamment celui des institutions financières internationales, FMI et Banque mondiale en tête, ces puissants outils de domination des grandes puissances qui organisent la soumission des peuples du Sud. Cela se fait par l’intermédiaire de politiques d’ajustement structurel (abandon des subventions aux produits de première nécessité, réduction drastique des dépenses publiques, privatisation d’entreprises publiques, libéralisation des marchés, etc.) qui empêchent la satisfaction des besoins fondamentaux, répandent une misère galopante, accroissent les inégalités et rendent possibles les pires horreurs.

Quand Obama compare l’incomparable

Pour appuyer ses dires, Obama compare l’Afrique à la Corée du Sud. Il a d’abord expliqué qu’il y a cinquante ans, quand son père a quitté Nairobi pour étudier aux États-Unis, le Kenya avait un PNB par habitant supérieur à celui de la Corée du Sud, avant d’ajouter : « On a parlé d’héritage du colonialisme et d’autres politiques mises en place par les pays riches. Sans vouloir minimiser ce facteur, mon propos est de dire que la Corée du Sud, en travaillant avec le secteur privé et la société civile, a réussi à mettre en place des institutions qui ont garanti la transparence et la responsabilité. » Tous ceux qui lisent attentivement nos publications n’ont pas manqué de s’étrangler !

Car la prétendue réussite économique de la Corée du Sud5 s’est faite à l’encontre des recommandations imposées par la Banque mondiale à la plupart des autres pays en développement. Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’en 1961, la dictature militaire au pouvoir en Corée du Sud a bénéficié de dons importants de la part des États-Unis pour un montant de 3,1 milliards de dollars. C’est plus que l’ensemble des prêts de la Banque mondiale aux autres pays du tiers-monde pendant la même période ! Grâce à ces dons, la Corée du Sud n’a pas eu à s’endetter pendant 17 ans (1945-1961). Les emprunts extérieurs ne deviendront importants qu’à partir de la fin des années 1970, une fois l’industrialisation de la Corée bien avancée.

 




Tout a donc commencé en Corée par une dictature à la poigne de fer qui a appliqué une politique étatiste et très protectionniste. Cette dictature a été mise en place par Washington à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. L’État a imposé une réforme agraire radicale où les grands propriétaires terriens japonais furent expropriés sans indemnisations. Les paysans sont devenus propriétaires de petites parcelles de terres (équivalentes à 3 hectares maximum par famille) et l’État a mis la main sur le surplus agricole, autrefois empoché par les propriétaires japonais quand la Corée était une colonie nipponne. La réforme agraire a soumis les paysans à de fortes contraintes. L’État fixait les prix et les quotas de production, ne permettant pas le libre jeu des forces du marché.

Entre 1961 et 1979, la dictature militaire de Park Chung Hee fut soutenue par la Banque mondiale, bien que la Corée se refuse à suivre son modèle de développement. À ce moment, l’État planifiait d’une main de fer le développement économique du pays. La continuité de l’adoption de politique d’industrialisation par substitution d’importation et la surexploitation de la classe ouvrière sont deux des ingrédients de la réussite économique du pays. La dictature de Chun Doo Hwan (1980-1987) sera de même soutenue par la Banque mondiale, même si ses recommandations n’étaient toujours pas suivies (notamment concernant la restructuration du secteur automobile).

Ainsi, quand Barack Obama déclare que « la Corée du Sud, en travaillant avec le secteur privé et la société civile, a réussi à mettre en place des institutions qui ont garanti la transparence et la responsabilité », il omet de dire que le secteur privé était clairement orienté par l’État et que la dictature coréenne « dialoguait » avec la société civile à la force du fusil et du canon : l’histoire de la Corée du Sud de 1945 au début des années 1980 est jalonnée de massacres et de répressions brutales.

Il est également important de rafraîchir la mémoire de Barack Obama qui se réfère à l’exemple du Zimbabwe pour illustrer l’échec des Africains et à celui de la Corée du Sud comme modèle. L’année de l’accession du Zimbabwe à l’indépendance (1980) a été marquée par des soulèvements populaires contre la dictature militaire en Corée du Sud. Ils ont été réprimés dans le sang, plus de 500 civils ont été tués par les militaires avec le soutien de Washington. À cette époque, et ce depuis 1945, les forces armées sud-coréennes étaient placées sous le commandement conjoint américano-coréen, lui-même sous le contrôle du commandant en chef des forces des États-Unis en Corée du Sud. Les massacres perpétrés par l’armée sud-coréenne au mois de mai 1980 furent complétés par une répression de masse dans les mois qui suivirent. Selon un rapport officiel daté du 9 février 1981, plus de 57 000 personnes ont été arrêtées à l’occasion de la « Campagne de purification sociale » engagée depuis l’été 1980. Près de 39 000 d’entre elles ont été envoyées dans des camps militaires pour une « rééducation physique et psychologique ». En février 1981, le dictateur Chun Doo Hwan fut reçu à la Maison-Blanche par le nouveau président des États-Unis, Ronald Reagan. Est-ce cet exemple qu’Obama veut offrir au peuple du Zimbabwe et des autres pays d’Afrique ? 

La position géostratégique de la Corée fut un de ses atouts majeurs jusqu’à la fin des années 1980, lui permettant de ne pas tomber sous la coupe du FMI et de la Banque mondiale. Mais dans les années 1990, la situation géopolitique fut bouleversée suite à l’effondrement du bloc soviétique. Washington changea progressivement d’attitude envers les dictatures alliées et accepta de soutenir des gouvernements civils. Entre 1945 et 1992, la Corée du Sud a été sous régime militaire avec la bénédiction de Washington. Le premier opposant civil élu à la présidence lors d’une élection ouverte est Kim Youngsam, qui acceptait le Consensus de Washington et mit en place un agenda clairement néolibéral (suppression des barrières douanières, privatisations à la chaîne, libéralisation des mouvements des capitaux), ce qui plongea la Corée du Sud dans la crise économique du sud-est asiatique en 1997-1998. Entre temps, la Corée du Sud avait pu réaliser une industrialisation que les pays riches ont refusée à l’Afrique. On comprend alors combien l’exemple de la Corée du Sud est loin d’être convaincant et reproductible.

De surcroît, la pauvreté en ressources naturelles a paradoxalement favorisé le développement de la Corée du Sud car le pays a évité la convoitise des sociétés transnationales. Les E.tats-Unis considéraient la Corée comme une zone stratégique du point de vue militaire face au bloc de l’URSS, pas comme une source cruciale d’approvisionnement (comme le Nigeria, l’Angola ou le Congo-Kinshasa). Si la Corée avait été dotée de fortes réserves de pétrole ou d’autres matières premières stratégiques, elle n’aurait pas bénéficié de la part de Washington de la même marge de manœuvre pour se doter d’un puissant appareil industriel. Les États-Unis ne sont pas prêts à favoriser délibérément l’émergence de concurrents puissants dotés à la fois de grandes réserves naturelles et d’industries diversifiées.

Quand Obama exonère le capitalisme de ses fautes

À propos de la crise mondiale actuelle, Obama dénonce « les actions irresponsables de quelques-uns [qui] ont engendré une récession qui a balayé le globe ». Ainsi, il laisse penser que cette crise est due à l’irresponsabilité d’une poignée d’individus dont les excès auraient plongé le monde dans la récession. De la sorte, il éclipse la responsabilité de ceux qui ont imposé la déréglementation financière depuis presque trente ans, États-Unis en tête. Il serait plus exact de souligner le modèle de développement capitaliste productiviste, imposé aux forceps par les pays du Nord, comme étant la source des multiples crises actuelles qui, loin d’être seulement économiques, sont aussi d’ordre alimentaire, migratoire, social, environnemental et climatique.

Toutes ces crises ont pour origine des décisions prises par les gouvernements impérialistes du Nord, et principalement celui des États-Unis qui, contrôlant à la fois le FMI et la Banque mondiale, imposent des conditionnalités favorables à leurs intérêts et à ceux de leurs grandes entreprises. Depuis « l’indépendance » des pays africains, au virage des années 1960 pour la plupart, le FMI et la Banque mondiale agissent telles des chevaux de Troie pour favoriser l’appropriation des richesses naturelles du Sud et défendre l’intérêt des créanciers. En soutenant des dictatures aux quatre coins du monde (Mobutu au Zaïre, Suharto en Indonésie, Pinochet au Chili et tant d’autres), puis en faisant appliquer des politiques antisociales rigoureuses, les gouvernements occidentaux successifs n’ont jamais permis que soient garantis les droits humains fondamentaux de par le monde. Les expressions « droit à l’autodétermination », « démocratie », « droits économiques et politiques » ne sont pas des réalités en Afrique, contrairement au poids écrasant du service de la dette et aux complaintes des affamés.

À quand l’émancipation de l’Afrique ?

L’Afrique a été brisée par le système dévastateur de la traite des esclaves dans le cadre du commerce international triangulaire instauré par l’Europe et ses colons aux Amériques du 17e au 19e siècle. Puis elle a été mise totalement sous tutelle par le colonialisme européen de la fin du 19e siècle jusqu’aux indépendances. Ensuite, l’Afrique a été maintenue sous dépendance par l’intermédiaire du mécanisme de la dette et de l’aide publique au développement. Après les indépendances, elle a été livrée à des potentats (Mobutu, Bongo, Eyadema, Amin Dada, Bokassa, Biya, Sassou Nguesso, Idriss Déby…) qui la plupart du temps étaient ou sont protégés par les capitales européennes et Washington. Plusieurs hauts dirigeants africains qui voulaient un développement autonome et favorable à leur population ont été assassinés sur ordre de Paris, de Bruxelles, de Londres ou de Washington (Patrice Lumumba en 1961, Sylvanus Olympio en 1963, Thomas Sankara en 1987…). Les classes dominantes africaines et les régimes politiques qu’elles mettent en place ont très clairement leur part de responsabilité dans la poursuite des malheurs de l’Afrique. Le régime de Robert Mugabe au Zimbabwe en fait partie. Aujourd’hui, les peuples d’Afrique sont directement affectés par les effets de la crise mondiale dont l’épicentre se trouve à Washington et à Wall Street, révélatrice du fait que le capitalisme conduit à une impasse inacceptable pour les peuples. Les origines africaines de Barack Obama sont du pain béni pour les entreprises de son pays qui défendent des intérêts économiques très précis dans l’exploitation des matières premières de l’Afrique. Voilà une réalité qu’Obama balaie d’un revers de main, en poursuivant un discours paternaliste et moralisateur afin de convaincre les Africains de ne pas s’engager dans la lutte pour une indépendance authentique et un véritable développement garantissant enfin la pleine satisfaction des droits humains.







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