7
février 2009 Le Rapport Anti-Empire
OBAMA :
un
changement (de rhétorique) auquel on peut croire ou une rhétorique de
l'espoir !
BLUM William

J’ai toujours dit que quels que soient les changements qui pourraient
se produire en matière de politique intérieure, tels que ceux que nous avons déjà
constatés en matière d’environnement et d’avortement, l’administration Obama ne
procédera à aucun changement significatif en matière de politique étrangère des
Etats-Unis. Il en faudrait pourtant peu pour soulager les souffrances imposées
régulièrement à l’humanité par l’Empire Américain. Et dans la mesure où il est
possible de connaître l’opinion d’Obama sur un sujet controversé, il semblerait
bien qu’il soit un partisan de l’Empire.
La bulle Obama aurait déjà du
éclater avec les multiples frappes aériennes US au Pakistan au cours des premiers
jours de son mandat. Le Pentagone informa la Maison Blanche de ses plans et la
Maison Blanche ne formula aucune objection. Alors les bombes sont tombées – ainsi
que le premier crime de guerre d’Obama.
Les dizaines de victimes étaient,
bien sûr, tous des méchants, y compris les femmes et les enfants. Comme toujours
avec ces bombardements, nous ne connaîtrons jamais les noms des victimes – et
si ça se trouve, même au Pakistan ils n’en savent rien – ni quels étaient leurs
crimes qui méritaient la peine de mort. Un pauvre Pakistanais a probablement gagné
une coquette somme en racontant aux autorités qu’un méchant vivait dans la maison,
là-bas. Et tant pis pour tous ceux qui avaient le malheur de vivre sous le même
toit que le méchant. En admettant bien sûr que le méchant vivait effectivement
dans la dite maison, là-bas.
Le nouveau secrétaire de la Maison Blanche,
Robert Gibbs, refusa de répondre aux questions relatives aux frappes aériennes,
en déclarant « je n’aborderai pas ce sujet. » (1) Mais où avons-nous déjà entendu
ça ?
Après de nombreux bombardements ces dernières années, un porte-parole
des Etats-Unis ou de l’OTAN déclara avec solennité : « nous regrettons les pertes
en vies humaines. » Ce sont là les mêmes paroles que celles prononcées à maintes
reprises par l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA), mais la différence est que
les actions de l’IRA sont qualifiées de « terroristes ».
J’aurais bien
voulu être un Obamaniaque. J’envie leur enthousiasme. Voici, sous forme d’une
lettre ouverte au Président Obama, quelques uns des « changements auxquels on
peut croire » dans la politique étrangère qui réussiraient à convaincre un incroyant
comme moi.
IRAN
Fichez leur la paix. Il n’y a pas de « problème
iranien ». Ils ne représentent une menace pour personne. Ca fait des siècles que
l’Iran n’a pas envahi de pays. Non, le Président Ahmadinejad n’a PAS menacé Israël.
Arrêtez de patrouiller avec des navires de guerre américains au large de leurs
côtes. Arrêtez d’arraisonner leurs bateaux pour vérifier s’ils transportent des
armes pour le Hamas. (Ceci est généralement considéré comme un acte de guerre.)
Arrêtez d’utiliser des groupes d’opposants pour les espionner et lancer des attaques
terroristes à l’intérieur du pays. Et pourtant, malgré tout cela, vous trouvez
encore le culot pour déclarer : « si des pays comme l’Iran étaient prêts à desserrer
le poing, ils trouveraient chez nous une main tendue. » (2)
L’Iran a
autant le droit d’armer le Hamas que les Etats-Unis ont le droit d’armer Israël.
Et il n’y a aucune loi internationale qui dit que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne,
la Russie, la Chine, Israël, la France, le Pakistan et l’Inde ont droit à l’arme
nucléaire mais pas l’Iran. L’Iran a toutes les raisons du monde de se sentir menacé.
Allez-vous continuer à fournir de la technologie nucléaire à l’Inde, qui n’a pas
signé le traité de non-prolifération, tout en brandissant des menaces de sanctions
et de guerre contre l’Iran, signataire du traité ?
RUSSIE
Arrêtez d’encercler ce pays avec de nouveaux membres de l’OTAN. Arrêtez de fomenter
de nouvelles révolutions « colorées » dans les anciennes républiques et satellites
soviétiques. Arrêtez d’armer et de soutenir la Géorgie dans ses tentatives de
bloquer l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, régions scissionnistes
sur la frontière Russe. Arrêtez de placer des systèmes anti-missiles chez les
voisins de la Russie, la République Tchèque et la Pologne, sous l’absurde prétexte
de décourager une attaque de missiles Iranienne. C’était aussi la Tchécoslovaquie
et la Pologne que les Allemands ont utilisé pour défendre leurs ambitions impérialistes
– les deux pays furent envahis sous prétexte que les Allemands qui y habitaient
étaient maltraités. En tous cas, c’est ce qu’ils disaient.
« Le gouvernement
des Etats-Unis a commis une grosse erreur après le démantèlement de l’Union Soviétique,
» a dit l’année dernière l’ancien dirigeant Soviétique Mikhaïl Gorbatchev. « A
l’époque, le peuple Russe était vraiment euphorique par rapport aux Etats-Unis
et c’était vraiment le pays préféré pour beaucoup de Russes. » Mais, ajouta-t-il,
les Etats-Unis ont manœuvré avec agressivité pour étendre l’OTAN et ont paru se
délecter des faiblesses de la Russie. (3)
CUBA
Rendre les voyages
plus faciles et autoriser l’envoi d’argent, c’est très bien (si, comme prévu,
vous le faites), mais cela n’est rien en comparaison de la nécessité de mettre
fin à l’embargo. En 1999, Cuba a entamé une procédure légale contre les Etats-Unis
pour un montant de 181,1 milliards de dollars en compensation des pertes économiques
et des pertes en vies humaines subies pendant prés de 40 ans d’agressions. La
plainte tenait Washington pour responsable de la mort de 3478 Cubains et de 2099
autres blessés et estropiés. Dix ans plus tard, ces chiffres n’ont pas baissé.
Les effets négatifs, parfois paralysants, de l’embargo se font rsentir dans tous
les domaines de la vie quotidienne à Cuba.
En plus de la fermeture de
la prison de Guantanamo, la base militaire adjacente installée en 1903 par l’armée
américaine devrait être démantelée et le territoire rendu à Cuba.
Les
Cinq cubains, emprisonnés aux Etats-Unis depuis plus de 10 ans et coupables uniquement
d’avoir tenté d’empêcher le terrorisme fomenté aux Etats-Unis contre Cuba, devraient
être libérés. Il y avait en fait dix cubains arrêtés ; cinq savaient parfaitement
qu’il n’y avait aucune justice à attendre devant un tribunal américain et ont
plaidé coupable pour obtenir des réductions de peines. (4)
IRAK
Libérer à mort le peuple Irakien… A moins d’un retrait total de toutes les forces
US, militaires et sous-traitants, la fermeture de toutes les bases militaires
et des centres de détention et de torture, rien ne pourrait garantir une véritable
fin de l’intervention US et le début d’une véritable souveraineté pour l’Irak.
Là, toute suite, sans attendre. Tout le reste n’est que manœuvres politiciennes
et impérialisme au quotidien.
Après six ans de guerre, les Irakiens ont
perdu tout ce qui avait de la valeur pour eux. Selon le Washington Post en 2007
: « il est courant d’entendre chez les Irakiens lassés par la guerre que la situation
était meilleure avant l’invasion menée par les Etats-Unis en 2003. » (5) La bonne
nouvelle, c’est que le peuple irakien a 5000 ans d’expérience dans en matière
d’organisation de sociétés. On devrait leur en donner l’occasion.
ARABIE
SAOUDITE
Exigez devant le monde entier que ce gouvernement entre dans
le 21eme siècle (ou du moins le 20eme), ou alors que les Etats-Unis cessent de
faire semblant d’être préoccupés par les droits de l’homme, des femmes, des homosexuels,
des libertés religieuses, des libertés civiques. La famille Bush, elle, entretenait
de vieilles relations financières avec la classe dirigeante saoudienne. Quelle
sera votre excuse à vous si vous mainteniez le statu quo ?
HAITI
Réinstaurez au poste de président Jean Bertrand Aristide, en exil depuis que les
Etats-Unis l’ont renversé en 2004. Et pour nous faire pardonner de nos péchés,
donnez au peuple Haïtien beaucoup, beaucoup d’argent et d’aide.
COLOMBIE
Arrêtez de fournir une aide militaire à un gouvernement qui depuis des
années est intimement mêlé aux escadrons de la mort, à la torture, au trafic de
drogue ; ce pays détient le record du monde d’assassinats de candidats progressistes
aux élections, de syndicalistes, de militants des droits de l’homme. Cela ne vous
interpelle-t-il pas quelque part que ce pays soit le plus proche allié des Etats-Unis
dans toute l’Amérique latine ?
VENEZUELA
Hugo Chavez a peut-être
la langue bien pendue mais il ne représente aucune menace sinon pour le système
capitaliste au Venezuela et, comme modèle, ailleurs en Amérique latine. Et il
a toutes les raisons du monde pour en vouloir à la politique étrangère des Etats-Unis,
sans parler du rôle joué par Washington dans le coup d’état qui l’a renversé en
2002. Si vous ne comprenez pas pourquoi Chavez n’aime pas beaucoup les actions
menées par les Etats-Unis dans le monde, je pourrais vous fournir une bibliographie.
Cessez le soutien à l’opposition de Chavez via l’Agence de Développement
International (US-AID acronyme anglais – NDT) et le « National Endowment for Democracy
» (NED), et autres agences gouvernementales étasuniennes. Les diplomates américains
ne devraient pas fréquenter les Vénézuéliens qui trament des coups d’état contre
Chavez pas plus qu’ils ne devraient interférer avec les élections.
Expulsez
Luis Posada Carriles de la Floride et envoyez le au Venezuela, qui demande son
extradition pour l’organisation de l’attentat contre un avion de ligne Cubain
en 1976 qui a coûté la vie aux 73 passagers et membres d’équipage. Extradez le,
jugez le aux Etats-Unis, ou bien arrêtez de parler de guerre contre le terrorisme.
|
| Et
essayez de ne pas répéter ces bêtises sur la dictature au Venezuela. Ce pays est
plus libre que les Etats-Unis. Par exemple, on y trouve une véritable presse d’opposition,
chose qui n’existe pas aux Etats-Unis. Si vous ne me croyez pas, essayez de me
citer un seul quotidien américain ou chaîne de télévision qui a pris clairement
position contre les invasions US de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Yougoslavie,
de Panama, de la Grenade ou du Vietnam. Ou contre seulement deux de ces invasions
? Contre une seule ? Y’en a-t-il un seul qui soutienne le Hamas ou le Hezbollah
?
Il y a quelques semaines, le New York Times a publié un article sur
une possible attaque israélienne contre l’Iran. On y lit « Plusieurs détails sur
cette opération secrète ont été omis de notre article à la demande de hauts officiels
de l’administration et des services de renseignement US, afin de ne pas mettre
en péril les opérations en cours. » (6)
Hélas, Mr President, parmi d’autres
remarques désobligeantes, vous avez déjà accusé Chavez d’être « une force qui
a freiné le progrès de la région. » (7) Cette déclaration est si contraire à la
vérité, si contraire au simple bon sens, si hypocrite au vu de l’histoire des
Etats-Unis en Amérique latine, que je désespère de vous voir un jour vous libérer
du carcan idéologiques qui a entravé tous les présidents américains du siècle
passé. Autant l’inscrire directement dans votre serment d’investiture : un président
doit se montrer agressif contre tout pays qui aurait clairement rejeté l’idée
que Washington serait le sauveur du monde. Vous avez fait cette remarque lors
d’une interview accordée à Univision, le principal media vénézuélien d’opposition
implacable au gouvernement de Chavez. A quel progrès régional faisiez-vous allusion
? A l’état policier de la Colombie ?
BOLIVIE
Demandez aux diplomates
américains, aux volontaires de Peace Corps, aux étudiants de Fullbright, aux officiers
de la DEA (agence de lutte antidrogue – ndt) et cesser d’espionner et de fomenter
la subversion en Bolivie. En tant que premier président noir des Etats-Unis, vous
devriez cultiver une empathie envers le premier président indigène de la Bolivie.
Félicitez le président Bolivien Evo Morales pour sa victoire décisive au référendum
sur la modification de la constitution qui protège les droits des peuples indigènes
et, pour la première fois, instaure la séparation de l’église et de l’état.
AFGHANISTAN
Il s’agit peut-être du peuple le plus misérable de la terre,
sans aucun espoir en vue tant que les puissances du monde continueront de bombarder,
envahir, renverser, occuper et massacrer leur terre. L’armée américaine prévoit
de jeter 30.000 jeunes américains supplémentaires sur le champ de bataille et
construit en ce moment huit grandes bases militaires dans le sud du pays. N’est-ce
pas de la folie ? Si cela a un sens pour vous, alors je vous propose d’inaugurer
votre mandat de président en accompagnant les militaires qui sont chargés d’informer
les parents américains que leur fils vient de mourir dans un endroit appelé Afghanistan.
Si vous nous sortez de ce cauchemar, vous pouvez aussi cesser de bombarder
le Pakistan. Quittez le pays, même si c’est pour le laisser entre les mains des
terribles Talibans. Eux au moins peuvent offrir un peu de sécurité aux misérables
de ce pays, et il parait que les Talibans d’aujourd’hui ne soient pas tous des
intégristes.
Mais d’abord, fermez la prison de Bagram et les autres camps
de détention, qui sont pires que Guantanamo.
Et arrêtez de faire semblant
que les Etats-Unis s’intéressent au sort du peuple Afghan et pas au pétrole ou
aux gazoducs qui pourraient contourner la Russie et l’Iran. Les Etats-Unis cherchent
à remplir le vide de pouvoir apparu en Asie Centrale après la dissolution de l’Union
Soviétique et à affirmer la domination de Washington sur une région qui contient
la deuxième plus grande réserve de pétrole et de gaz naturel au monde. Est-ce
que l’Afghanistan sera votre Irak ?
ISRAEL
Voici la tâche la
plus difficile pour vous, mais où vous pourriez marquer aussi le plus de points.
En annonçant qu’Israël n’est plus le 51eme état de l’Union vous vous attirerez
toute la colère du lobby le plus puissant du monde et de ses nombreux partisans
fortunés, ainsi que celle de la Droite Chrétienne Fondamentaliste et aussi d’une
bonne partie des médias. Mais si vous désirez réellement la paix entre Israël
et la Palestine vous devez supprimer toute aide militaire à Israël, sous toutes
ses formes : matériel, logiciel, personnel, financier. Et arrêtez de dire au Hamas
qu’il doit reconnaître Israël et renoncer à la violence si vous ne dites pas à
Israël qu’il doit reconnaître le Hamas et renoncer à la violence.
COREE
DU NORD
Bush avait déclaré ce pays membre de « l’axe du mal », et qualifié
Kim Jong Il de « pygmée » et « d’enfant gâté mal élevé ». (8) Mais vous pourriez
essayer de comprendre le point de vue de Kim Jong Il. Il a vu comment les agences
de l’ONU sont allés en Irak pour désarmer le pays que les Etats-Unis ont ensuite
envahi. La conclusion logique n’est pas de désarmer, mais de passer à la dissuasion
nucléaire.
AMERIQUE CENTRALE
Arrêtez de vous mêler des élections
au Nicaragua, El Salvador et Guatemala, année après année. La Guerre Froide est
terminée. Et même si vous ne pouvez pas défaire les horreurs perpétrées par les
Etats-Unis dans la région dans les années 80, vous pouvez au moins être gentil
avec les immigrants qui viennent ici pour échapper aux conséquences engendrées
par cette terrible époque.
VIETNAM
Lors de votre discours d’investiture,
vous avez fièrement parlé de ceux « qui nous ont porté sur le chemin tortueux
de la prospérité et de la liberté… Pour nous, ils se sont battus et ils sont morts,
dans des lieux comme… Khe Sanh. » C’est donc ça votre opinion, réfléchie et sincère,
que les 58.000 soldats américains morts au Vietnam, alors qu’ils étaient eux-mêmes
en train de tuer un million de Vietnamiens, sont morts pour notre prospérité et
notre liberté ? Seriez-vous prêt à défendre cette idée sans formuler des platitudes
?
Vous pourriez aussi réfléchir à ceci : pendant toutes les années qui
ont suivi la guerre du Vietnam, trois millions de Vietnamiens ont souffert de
maladies et de difformités provoquées par les épandages américains d’un produit
chimique mortel, l’Agent Orange, et ils n’ont eu droit à aucun soin médical de
la part des Etats-Unis, aucune réparation écologique, aucune compensation. Et
les Etats-Unis n’ont toujours pas présenté officiellement leurs excuses.
KOSOVO
Arrêtez de soutenir le gouvernement le plus gangstérisé au monde,
spécialisé dans l’enlèvement, le trafic d’organes, le trafic de drogues, la traite
des femmes, divers actes de terrorisme et le nettoyage ethnique des Serbes. Ce
gouvernement ne serait jamais au pouvoir si l’administration Bush ne les avait
pas considérés comme des alliés naturels. Partagez-vous ce point de vue ? Une
résolution de l’ONU, numéro 1244 adoptée en 1999, réaffirme la souveraineté et
l’intégré territoriale de l’ancienne République Fédérale de la Yougoslavie dont
le successeur reconnu est la présente Serbie, et précise que le Kosovo doit rester
dans la Serbie. Pourquoi avons-nous une gigantesque et permanente base militaire
dans ce minuscule pays autoproclamé ?
OTAN
A l’origine créée
pour protéger l’Europe contre une invasion (mythique) Soviétique, l’organisation
est devenue une armée occupante en Afghanistan. Mettez fin à cet anachronisme
historique, ce que le dirigeant russe Vladimir Poutine a appelé « le cadavre nauséabond
de la guerre froide ». (9) Vous pouvez le faire simplement en quittant l’organisation.
Sans les Etats-Unis et ses actions militaires incessantes et ses ennemis officiellement
désignés, l’organisation n’aurait plus de prétexte pour exister, et c’est la seule
chose qui lui reste. Quant aux autres membres, il a fallu les bousculer, les menacer
et les corrompre pour leur faire envoyer des troupes en Afghanistan.
ECOLE DES AMERIQUES
Les pays d’Amérique latine ne se font pratiquement
jamais la guerre, ni entre eux ni contre un autre pays. Alors pour quelles guerres
formez-vous leurs officiers ? Pour les guerres livrées contre leur propre peuple.
Fermez cette école (dont le nom a été changé pour protéger les coupables) située
à Fort Benning, Géorgie, que les Etats-Unis ont utilisée pour former deux générations
d’officiers latino-américains professionels dédiés à à renverser les gouvernements
progressistes, aux escadrons de la mort, à la torture, à la répression de l’opposition
et à d’autres activités aussi charmantes. Les Britanniques disent que l’Empire
fut fondé sur les terrains sportifs d’Eton. Les américains peuvent dire que le
chemin vers Abou Ghraib, Guantanamo et Bagram a débuté dans les salles de cours
de l’Ecole des Amériques.
TORTURE
Vos ordres concernant ce sujet
très important font plaisir, mais ils sont encore incomplets. Ils déclarent que
les nouveaux standards bannissant la torture s’appliquent à tout « conflit armé
». Mais que se passera-t-il si votre administration décide que les futures opérations
contre le terrorisme ne font pas partie d’un « conflit armé » ? Et aucune mention
n’est faite des enlèvements (« rendition ») – enlever un homme dans la rue, le
jeter dans une voiture, lui mettre une cagoule, lui arracher les vêtements, lui
mettre des couches, l’enchaîner sous tous les angles, l’envoyer dans un pays étranger
pour lui faire subir des tortures. Pourquoi ne pas simplement bannir toute forme
de torture, qu’elle soit exercée par des américains ou des sous-traitants ? Définitivement.
Il ne suffit pas de déclarer que vous êtes contre la torture ou que les
Etats-Unis « ne torturent pas » ou « ne tortureront pas ». George W. Bush disait
régulièrement la même chose. Montrez que vous n’êtes pas George W. Bush en faisant
enquêter sur les responsables de torture, même si cela implique l’inculpation
d’un bon nombre de criminels de guerre de l’administration Bush.
Les
choses ont mal démarré lorsque vous avez nommé l’ancien fonctionnaire de la CIA
John O. Brennan comme votre principal conseiller en matière de lutte contre le
terrorisme. Brennan a qualifié les “enlèvements” d“outil vital” et il a salué
les techniques d’interrogation de la CIA qui auraient permis de recueillir des
informations “vitales”. (10) Où aviez-vous donc la tête, Barack ?
Abdelbaset
Ali Mohmed al Megrahi
Libérez ce libyen qui est en prison en Ecosse où
il purge une peine de prison à vie après avoir été piégé par les Etats-Unis et
accusé de l’attentat contre le vol 103 de la PanAm en décembre 1988, qui a coûté
la vie à 270 personnes au-dessus de l’Ecosse. C’est l’Iran qui était derrière
cet attentat, organisé en guise de représailles pour l’avion commercial iranien
abattu par les Etats-Unis en juillet, qui a coûté la vie à 290 personnes – pas
la Libye, que les Etats-Unis ont accusée pour des raisons politiques. (11) Une
nation ne peut faire preuve de plus de cynisme. Megrahi croupit dans une prison
et il est en train de mourir d’un cancer, mais les Etats-Unis et la Grande Bretagne
refusent de le libérer. Ce serait trop embarrassant que d’avouer 20 années de
mensonges.
M. Le Président, il y aurait encore beaucoup de choses à faire
pour réparer notre politique étrangère si vous voulez réellement être pris au
sérieux en tant que leader moral, comme Martin Luther King Jr : il faudrait bannir
l’usage de l’uranium appauvri, les bombes à fragmentation, et autres armes terrifiantes
; rejoindre la Cour de Justice Internationale au lieu de tenter de la saboter
; demander pardon pour des tas de raisons en plus de celle invoquée pour le Vietnam
; et beaucoup d’autres choses encore.
Vous savez ce qu’il vous reste
à faire si vous désirez réellement apporter un peu de bonheur dans ce monde triste,
rendre l’Amérique crédible et sympathique, arrêter de créer des armées de terroristes
anti-américains et gagner le coeur de gens comme moi.
Savez-vous que
vous pourriez éliminer tous les déficits aux Etats-Unis, fournir un système de
santé gratuit et une éducation universitaire gratuite à chaque américain, financer
un nombre incalculable de programmes sociaux et culturels, simplement en mettant
fin aux guerres en Irak et en Afghanistan, en vous abstenant de déclencher de
nouvelles guerres et en fermant les plus de 700 bases militaires du Pentagone
? Considérez une telle action comme la dividende de la paix promise aux Américains
une fois la Guarre Froide terminée, et qu’on attend toujours... Que diriez-vous
de leur en faire cadeau maintenant, M. Président ? Il n’est pas trop tard.
Mais voilà, vous êtes dédié à l’Empire, et l’Empire se dédie à la guerre. Dommage.
William BLUM
Traduction VD pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info
Article original http://killinghope.org/bblum6/aer66.html
Notes
(1) Washington Post, January 24, 2009 (2) Interview with al
Arabiya TV, January 27, 2009 (3) Gorbachev speaking in Florida, South Florida
Sun-Sentinel, April 17, 2008 (4) http://www.killinghope.org/bblum6/polpris.htm
(5) Washington Post, May 5, 2007, p.1 (6) New York Times, January 11, 2009
(7) Washington Post, January 19, 2009 (8) Newsweek, May 27, 2002
(9) Press Trust of India (news agency), December 21, 2007 (10) Washington
Post, November 26, 2008
(11) (en anglais) http://www.killinghope.org/bblum6/panam.htm
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