La construction de l’impunité par la propagande
George W. Bush devrait-il être arrêté à Calgary, en Alberta, et jugé pour crimes internationaux ?
par Anthony J. Hall*


Pendant de trop longues années, quelques sociologues ont battu le haut du pavé en participant à une campagne de propagande visant à dénigrer toute critique de la politique des États-Unis en l’assimilant à une fascination pathologique des masses pour le complotisme. Les temps changent. Lors de la prestigieuse conférence annuelle de sociologie de l’université de Winnipeg, le 6 mars 2009, le professeur Anthony J. Hall s’est interrogé sur l’impunité de l’administration Bush que lui procure le tabou du 11-Septembre. Nous reproduisons la version développée de son intervention.



10 mars 2009





De graves allégations criminelles planent autour de l’ex-président des États-Unis, George W. Bush, et de l’actuel président du Soudan, Omar al-Bashir. À la fin du mois de février 2009, il a été rapporté que la Cour pénale internationale basée à La Haye se prépare à émettre un mandat à l’encontre d’al-Bashir au sujet de sa culpabilité présumée à des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Alors que ces documents étaient en cours de préparation contre le chef de l’État du Soudan, l’ex-président Bush se préparait à lancer une série de conférences rémunérées débutant à Calgary, en Alberta (Canada) le 17 mars. La visite de Bush dans la capitale pétrolière de l’Alberta fait figure de test de la cohérence et de l’authenticité de la positon « sans équivoque » du gouvernement canadien, selon laquelle « le Canada n’est pas et ne deviendra pas un refuge sûr pour les personnes impliquées dans des crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou autres actes répréhensible. »

Le contraste entre les traitements accordés à Bush et à al-Bashir ont été mis en évidence quasiment par inadvertance, par Geoffrey York, un collègue avec qui je m’entretenais souvent quand nous étions tous les deux correspondants réguliers du quotidien Globe and Mail il y a presque 20 ans, sur les péripéties d’affaires autochtones du Manitoba qui, à maintes reprises, devinrent des sujets captant l’attention nationale. Dans son reportage sur les charges retenues contre al-Bashir, York écrivait : « Pour la première fois dans l’histoire, un tribunal pénal international s’apprête à émettre un mandat d’arrêt contre le chef d’un État, l’accusant d’orchestrer une campagne de meurtres, de tortures et de viols. » Le journaliste estimait que l’initiative de la CPI « serait saluée par beaucoup comme un signe que personne n’est au-dessus de la loi. »

Ce contraste frappant entre le traitement d’al-Bashir et celui de Bush sert à clarifier la division qui existe dans le monde entre des criminels (ou présumés tels) en deux grandes catégories, l’une constituée par une petite élite essentiellement au-dessus des lois et l’autre par des gens pas suffisamment riches ni assez influents pour s’affranchir de la force coercitive de la loi. Ce n’est pas sans ironie que je suis arrivé à cette conclusion. D’une part, la décision de la CPI d’engager des poursuites contre al-Bashir, ainsi que d’ouvrir un véritable procès contre le chef de guerre congolais Thomas Lubanga Dyilo en janvier 2009, sont les signes d’une transformation majeure de la CPI. Le tribunal n’est plus un simple porte-voix pour l’expression vide de nobles idéaux, mais plutôt un lieu de véritable engagement visant à assujettir la règle du meurtre, de la mutilation et de l’intimidation à l’autorité supérieure du droit.

D’autre part, en désignant par sa première action juridique la responsabilité de potentats locaux dans ces régions de l’Afrique qui souffrent, là même où souvent dominent les cartels des matières premières et leurs régimes clientélistes, la CPI a surtout souligné l’hypocrisie de l’Occident qui protège ses propres seigneurs et profiteurs de guerre au sein du complexe militaro-industriel de toute responsabilité juridique pour les actes de violence de ses agents : beaucoup de ceux qui régulièrement planifient, instiguent, financent, arment, facilitent et s’engagent dans cette exploitation appartiennent à ce que l’on appelle le secteur privé. En effet, le double standard promu par la CPI dans le choix de ses objectifs en matière de poursuites n’est que la répétition sur la scène internationale de la grande duplicité du système de justice pénale aux États-Unis.

Comme l’illustre crûment la proportion inéquitable et scandaleusement élevée de Noirs parqués dans les prisons privatisées de la superpuissance déclinante [1], les forces de l’ordre et la justice, de toute évidence, font montre d’efforts disproportionnés pour criminaliser les Afro-américains pauvres, en prenant soin d’exclure de leur attention les habitants des banlieues pavillonnaires à la peau claire et les enclaves plus rares encore de l’extrême richesse. Les autorités en charge de l’application du nouveau droit international se limiteront-elles à poursuivre les responsables de gangs dans le ghetto continental de l’Afrique tout en regardant ailleurs quand il s’agit de réseaux criminels plus globaux dont les sièges sont situés en Amérique du Nord, en Europe, en Israël, et, de plus en plus, en Chine, en Inde et en Russie.

Si la renommée d’Omar al-Bashir est loin d’être internationale, George Bush est l’un des hommes les plus connus dans le monde. En effet, tout au long des huit années de sa présidence désastreuse, Bush a réussi à se rendre odieux à l’ensemble de la planète. Il est largement détesté pour ses décisions politiques ainsi que pour l’assortiment de faucons bellicistes, de corsaires du capital, de propagandistes du mensonge, d’évangéliques fanatiques, d’usuriers, de dérangés défenseurs de la torture, et de généraux psychotiques qui formaient son proche entourage [2]. Une proportion importante de l’opinion publique mondiale voit cet homme discrédité comme l’incarnation de quelque chose de bien pire qu’un exécrable dirigeant. Ils considèrent le 43e président des États-Unis comme un individu grossier, irrespectueux des lois. En effet, beaucoup voient à juste titre Bush comme un déviant pathologique qui nourrissait le fantasme délirant que la puissance de sa fonction lui donnait tout pouvoir pour autoriser les forces armées de son pays et de compagnies de mercenaires privées à commettre massacres, disparitions et tortures les plus graves et d’une amplitude génocidaire.

Cette vision très populaire s’appuie sur un nombre croissant d’études juridiques d’universitaires qui utilisent des éléments de preuve déjà disponibles dans la sphère publique pour établir que George Bush et ses subalternes ont violé de nombreuses lois nationales et internationales, y compris les Conventions de Genève et les instances de l’ONU interdisant la torture. Philippe Sands, Francis Boyle [3]et le professeur Michael Mandel de l’Osgood Hall Law School, trois des juristes internationaux les plus actifs, ont démontré que George Bush et son cabinet de guerre avaient transgressé le droit international, à de très, très nombreuses reprises. De fait, la liste est longue des juristes qui cherchent à amener l’ex-président américain devant la justice. Avec son nouveau livre, The Prosecution of George W. Bush for Murder, Vincent Bugliosi, ancien procureur dans l’affaire Charles Manson, ajoute sa voix à la foule [4].

Compte tenu de la substance et de l’étendue de la documentation déjà assemblée pour inculper Bush et nombre de ses principaux lieutenants pour des crimes nationaux et internationaux, la capacité de l’ex-président à franchir les frontières internationales pour donner des discours dans des lieux comme Calgary est un indicateur du malaise juridique des organismes d’application de la loi. Le rôle de ces organismes est-il de protéger la propriété et le prestige des riches de l’incursion des marginalisés et des démunis ? La loi n’est-elle pas une simple vue de l’esprit si elle ne peut pas restreindre l’utilisation abusive de la violence aux fins d’enraciner les privilèges et d’intimider la dissension ? Les autorités de la Couronne au Canada ou le ministère public dans d’autres pays se lèveront-ils afin de démontrer leur respect pour la puissance de la loi et son application uniforme au président comme à l’indigent, aux colons comme aux autochtones, aux Blancs comme aux Noirs ? Comment pouvons-nous transcender les codes, souvent racistes, contenus dans la rhétorique de la loi et de l’ordre, et les élever aux normes requises par le respect de la primauté du droit ?

Donnera-t-on jamais sa chance à l’épanouissement de la vérité dans un procès qui verrait, non seulement Bush, mais aussi Richard Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Condoleezza Rice et d’autres rendre des comptes pour leurs décisions et leurs actions dans la conduite de guerres d’agression. En tant que principaux stratèges, les industriels de l’armement et du pétrole, les propriétaires de sociétés de mercenaires, et leurs lobbyistes et propagandistes, la plupart de ces individus ont contribué à édifier les plans de ce projet pour un nouveau siècle américain, c’est-à-dire la privatisation de notre économie basée sur la terreur et les fausses justifications pour les soi-disant « guerres préventives ». Un an avant le 11 Septembre, le PNAC annonçait le besoin « d’un nouveau Pearl Harbor », afin de produire le climat d’hystérie nécessaire à la réalisation des objectifs de ses sponsors. Le plus ambitieux d’entre tous était la création d’un prétexte pour prendre le contrôle des ressources pétrolières en Irak et dans tout le Moyen-Orient.
Imaginer le monde régi par le droit international

Depuis plusieurs générations, le principe a été établi que tous les peuples du monde et leur gouvernement doivent reconnaître l’intérêt commun de la compétence universelle lorsqu’il s’agit de traiter de la plus haute forme de criminalité. À son retour d’Afrique en 1890, George Washington Williams, un missionnaire noir des États-Unis, a contribué à établir la pensée légale dans cette direction. Comme Williams cherchait des mots assez évocateurs pour décrire les effroyables violations des droits de l’homme dont il avait été témoin dans l’État dit libre du Congo du roi Léopold, il trouva l’expression « crimes contre l’humanité ». En 1944, un juif polonais qui avait échappé à l’horreur nazie en Europe, s’appuya sur son expérience pour renforcer le vocabulaire de la criminalité internationale. Raphael Lemkin a inventé la notion de « génocide », afin de faire avancer le projet d’essayer de traiter des crimes si graves qu’ils compromettent la survie d’une partie de la famille humaine. Dans le monde entier, Lemkin a cherché à ce qu’il ne puisse y avoir d’immunité, ni de refuge, pour ceux qui sont impliqués dans l’élimination de groupes nationaux, ethniques, raciaux ou religieux ; mécanismes auxquels il ajoute aussi le génocide culturel. Lemkin a contribué à aider les délégations à l’Organisation des Nations Unies à établir, en 1948, la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide. Ce pilier fondamental du droit international n’a été adopté par les États-Unis qu’en 1989.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement états-unien a brièvement été perçu comme le principal champion du principe que ceux qui commettent les cas les plus élevés de criminalité internationale doivent être tenus responsables individuellement en tant que personnes. Cette brève convergence du pragmatisme et de l’idéalisme a été mise en œuvre dans les processus juridiques de Nuremberg et de Tokyo, où certains des dirigeants de l’Axe défait ont été jugés devant des tribunaux militaires internationaux. En décrivant ses objectifs au président états-unien Harry Truman, le procureur général du gouvernement des États-Unis à Nuremberg Robert Jackson, a expliqué que le moment était venu d’établir clairement « que la guerre d’agression est illégale et criminelle ». A son avis, une telle activité, y compris les campagnes « d’extermination, d’asservissement et de déportation de civils », constituaient des « crimes internationaux » pour laquelle « les individus sont responsables ». En présentant son argumentation devant les juges, Jackson a souligné l’importance d’aller au-delà de toutes les anciennes lignes de défense qui avaient fourni une « immunité pour pratiquement toutes les personnes impliquées dans les plus grands crimes contre l’humanité et la paix ». « Un aussi vaste domaine d’irresponsabilité » ne pourrait plus être « toléré » parce que « la civilisation moderne met des armes de destruction illimitées dans les mains des hommes. »

Le vocabulaire utilisé par les juges de Nuremberg dans la détermination de la peine des condamnés nazis souligne que « le fait de déclencher une guerre d’agression n’est pas seulement un crime international ; il est le crime international suprême qui se distingue des autres crimes de guerre seulement en ce sens qu’il renferme tout le mal accumulé de l’ensemble. » Les attendus de Nuremberg ont été affinés et adoptés en 1950 par l’Organisation des Nations Unies comme principes qui incluent, précisément, la nature même des actes illégaux connus pour avoir eu lieu, par exemple, à Abou Ghraïb et à Guantanamo sous la présidence de George W. Bush. Les principes de Nuremberg divisent la criminalité internationale en trois catégories : les crimes contre la paix, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Un de ces principes stipule que : « le fait que l’auteur d’un crime international a agi en qualité de chef d’État ou de fonctionnaire ne dégage pas sa responsabilité en droit international. » [5].

Bien que la Cour pénale internationale soit un nouvel ajout récent à l’infrastructure juridique du droit pénal international, elle s’appuie sur des espoirs, des idéaux et des traditions qui ont de profondes racines dans beaucoup de sociétés en quête de justice. En dépit de tous ses problèmes et lacunes, la CPI est la meilleure expression d’une tentative visant à implémenter un grand nombre des proclamations les plus émouvantes de l’humanité annonçant l’égale dignité de chaque vie humaine telle que définie dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. La CPI a été créée à la suite d’une étude des Nations Unies pour devenir une véritable entité lors du Statut de Rome en 1998. Le tribunal a acquis une forme institutionnelle en 2002. Il compte actuellement 108 États membres, dont le Canada, avec 40 États supplémentaires en passe de ratifier le Statut de Rome.

Les gouvernements de la Russie, de l’Inde et de la Chine s’opposent à la cour. Le président Bill Clinton a signé le traité de Rome au nom de son gouvernement mais le président Bush a annulé la signature de son prédécesseur en 2002 dans le cadre de ses vastes et multiples efforts visant à exclure les États-Unis de plusieurs accords multilatéraux. La CPI demeure-t-elle le meilleur espoir pour l’avenir, ou le lamentable échec des États à ce jour pour défendre et faire respecter la primauté du droit international nous conduit-il à un stade où l’humanité doit essayer autre chose ? Sommes-nous arrivés à un point dans l’évolution de la communauté mondiale, où il devient envisageable, voire nécessaire, de commencer à mettre en place les structures d’une véritable juridiction dont les fonctionnaires appliqueraient leur compétence pour arbitrer et faire appliquer le droit pénal international par l’expression d’une certaine forme de citoyenneté partagée de l’humanité ?
Calgary et le Congo

Il y a beaucoup plus en jeu que ce que l’on discerne immédiatement de la décision de George Bush d’accepter une invitation à s’adresser à un parterre de chefs d’entreprise réunis à Calgary par la Chambre de Commerce locale. Selon David Taras, un professeur de sciences politiques à l’université de Calgary, il faut y voir une stratégie de l’ancien président des États-Unis pour entamer le processus de réhabilitation de son image auprès du public dans ce centre urbain « très conservateur et pro-américain ». Certains ont surnommé Calgary la « Houston du nord », un surnom qui ne rend pas compte du caractère réel de la ville. Calgary est en effet quasiment une colonie de Houston et de Dallas, économiquement et, dans une certaine mesure, politiquement et culturellement. Une forte proportion de ses habitants ont émigré du Texas ou ont des parents qui ont fait le voyage vers le nord depuis l’État de l’ancien gouverneur Bush. Calgary est la base politique et la circonscription du gouvernement minoritaire de l’actuel dirigeant du Canada, le Premier ministre Stephen Harper. En 2001, Harper et certains de ses proches conseillers de la province ont clairement affiché leurs positions pleines de préjugés quand ils ont préconisé la construction d’un « pare-feu » autour de l’Alberta afin de protéger ses ressources pétrolières et ses agences de l’autorité constitutionnelle du gouvernement national du Canada.

Au cours des huit dernières années, Harper a agi plus ou moins comme le principal détenteur de la marque de fabrique Bush dans sa gouvernance du Canada. En tant que leader de l’opposition, Harper a réprimandé le Premier ministre Jean Chrétien de ne pas engager les troupes canadiennes dans l’invasion anglo-US et l’occupation de l’Irak. Harper a travaillé en étroite collaboration avec l’ancien Premier ministre de l’Alberta, Ralph Klein, en s’opposant au protocole de Kyoto sur le changement climatique mondial. Les deux ont repris à leur compte le discours politique développée par la société de conseil et relations publiques, Burson-Marsteller. La branche de cette société à Calgary est la National Public Relations, dont les « chargés de communication verts » ont créé des organisations de façade, telles que la Canadian Coalition for Responsible Environmental Solutions.

David Frum a été l’un des zélateurs les plus frappants de l’axe idéologique qui relie l’Alberta aux idées et au staff de la Maison Blanche de Bush. Avant que Frum ne devienne l’un des principaux propagandistes de la « guerre contre la terreur » de George Bush [6] cette icône des néoconservateurs avait gagné ses galons en travaillant au magazine libertaire Alberta Report de l’évangéliste Ted Byfield. Frum est largement crédité à droite pour avoir contribué à renouveler la condamnation de « l’Empire du Mal » de Ronald Reagan, par l’élaboration de la formule « l’Axe du Mal ». George Bush la rendit célèbre en l’incluant à sa propagande de guerre d’agression dans son discours présidentiel sur l’État de l’Union en janvier 2002.

Par conséquent, de nombreuses forces de l’histoire convergent dans la manière dont Bush sera reçu par les fonctionnaires de l’immigration et du ministère de la Justice quand il atterrira à l’aéroport international de Calgary. Le 23 février 2009, une organisation portant le nom d’avocats contre la guerre a averti des fonctionnaires, y compris le Premier ministre Harper et le chef de l’opposition de Sa Gracieuse Majesté, que « George W. Bush, ancien président des États-Unis et commandant en chef des forces armées états-uniennes, est une personne soupçonnée de torture et autres violations flagrantes des droits humains, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, de manière crédible. » Se référant à des dispositions très précises de la loi sur l’immigration et de ses sections particulières relatives aux crimes contre l’humanité et crimes de guerre, les juristes ont précisé pourquoi Bush ne devrait pas être autorisé à entrer dans le pays. Ils continuent en expliquant que, si Bush est autorisé à pénétrer sur le territoire canadien, alors il devrait être arrêté par des agents de police canadiens. À l’appui de ces assertions, les juristes citent de nombreuses sources, y compris des éléments de preuve tiré d’un rapport interne de l’armée US terminé en juin 2008 par le général Antonio Taguba. Ils ont également cité certaines des conclusions rendues en février 2009 par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Manfred Nowak. Ce responsable de l’ONU écrit : « Nous possédons tous les éléments de preuve qui établissent que les méthodes de torture utilisées dans les interrogatoires par le gouvernement des États-Unis ont été spécialement ordonnés par l’ancien ministre de la Défense américain Donald Rumsfeld .... Il est évident que ces ordres ont été donnés en pleine connaissance par les plus hautes autorités des États-Unis. »




Il existe de nombreux aspects canadiens à la prolifération mondiale de la torture, aux restitutions extraordinaires, aux incarcérations injustifiées, aux refus d’une procédure régulière et à d’autres violations flagrantes des droits humains qui dans la plupart des cas impliquent, d’une manière ou d’une autre, la Maison-Blanche de George Bush. La gendarmerie royale du Canada, le ministère canadien des Affaires étrangères et le Service canadien du renseignement de sécurité sont impliqués avec l’ensemble des branches du gouvernement états-unien dans les événements qui ont conduit à l’emprisonnement et à la torture en Syrie des citoyens canadiens Maher Arar, Abdullah Almalki, Ahmed El-Maati et Muayyed Nureddin. La terreur d’État qui s’abattit sur ces personnes constitue une petite partie du régime de non droit transnational résultant de l’affirmation illégale du président des États-Unis de sa compétence juridictionnelle sur toute personne, partout dans le monde, qui serait désignée par le pouvoir exécutif des États-Unis comme combattant ennemi illégal. Ce terme de « combattant ennemi illégal » est une expression inventée par les conseillers de George Bush comme un dispositif linguistique permettant au gouvernement voyou des États-Unis de se soustraire à la juridiction de droit international ou même à sa propre législation.

Michael Keefer, de l’université de Guelph, a soigneusement étudié le zèle du gouvernement de Stephen Harper à reproduire la stratégie de George W. Bush pour amplifier le rôle de la sécurité nationale étatique en jouant jusqu’à l’hystérie la carte de la menace de l’existence supposée d’une cellule terroriste islamiste locale dans la région du Grand Toronto. Keefer a montré la façon dont la GRC a utilisé des « taupes » rétribuées qui reçurent plusieurs millions de dollars pour la fabrication d’un fiasco lorsque les « accusations se sont évaporées ». L’affaire a littéralement « implosé » après que la GRC eût créé les conditions politiques pour que le Premier ministre Harper puisse diffuser en 2006 la version canadienne des théories hallucinatoires de George Bush au sujet de la « haine » imaginaire que l’islam vouerait aux libertés occidentales. La débâcle fut sévère, mais probablement pas assez pour ne pas détruire les vies de jeunes gens traumatisés et ce bien qu’ils soient sortis libres du tribunal. Selon Keefer, cet épisode consistait essentiellement dans son ensemble en « une opération de propagande concoctée pour renforcer la frauduleuse opération de manipulation psychologique que constitue la guerre contre le terrorisme ayant suivi le 11-Septembre ».

Le rôle des gouvernements canadien et états-unien en tant que partenaires dans des violations flagrantes des droits de l’homme et du droit international est illustré de façon transparente dans le cas du citoyen canadien Omar Khadr [7]. Khadr était un enfant soldat de quinze ans en Afghanistan lorsque les forces américaines l’arrêtèrent après un incident violent au cours duquel le jeune garçon fut blessé deux fois. Peu de temps après cet épisode litigieux, Khadr fut transféré dans le tristement célèbre camp X-Ray de Guantanamo à Cuba. Le Premier ministre Stephen Harper a utilisé l’affaire pour affirmer publiquement sa volonté de subordonner la souveraineté du Canada à la culture de domination militaire de l’Amérique de George Bush. À la différence des dirigeants des autres pays occidentaux qui sont intervenus avec succès pour faire libérer leurs citoyens de Guantanamo, Harper s’est fait un point d’honneur de ne pas demander aux autorités américaines, le retour d’Omar Khadr dans son pays de naissance.

Le général canadien Roméo Dallaire, qui prit part à des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, a fait des observations sur l’importance de l’affaire Omar Khadr comme une expérimentation par les gouvernements canadien et états-unien de décisions de ne pas respecter les lois internationales interdisant la poursuite des enfants soldats. Dallaire a écrit : « Nous permettons aux États-Unis de juger un enfant soldat canadien devant un tribunal militaire dont les procédures violent les principes fondamentaux de la justice. » Le général a fait état de « preuves irréfutables de malfaisances des États-Unis », d’« altérations » de preuves par des fonctionnaires, et de diverses formes d’abus à l’encontre d’Omar Khadr, y compris des menaces de « viol et de mort ». Dans l’affaire Omar Khadr, Dallaire accuse le gouvernement du Canada de se rendre complice d’« un affront aux droits de l’homme et au droit international. »

Le mépris de tous les principes reconnus du droit états-unien et international à Guantanamo Bay et à Abou Ghraïb seront presque certainement vus par les générations futures comme définissant des marqueurs de l’infamie des deux mandats de la présidence de George W. Bush. Un certain nombre de juristes militaires ont démissionné de leur poste à Guantanamo, dégoûtés, y compris le colonel Morris Davis, le procureur en chef. Un whistler blower (dénonciateur, NdT) plus récent est le lieutenant-colonel Darrel Vandeveld, ex-procureur. Comme rapporté dans le Globe and Mail, le 2 mars 2009, Vandeveld a condamné les « traitements sadiques », les « abus » et le « simulacre » de justice appliqué à Khadr et aux autres détenus dans le « désordre sans nom » de Guantanamo. C’est le « goulag de notre époque », a déclaré Amnesty International. « Je ne pouvais pas croire que les Américains pouvaient faire cela » a déclaré Vandeveld, en prévision de témoignage, qu’il pourrait très bien être appelé à donner devant un tribunal de droit national ou international.

La poursuite de la persécution dans un goulag états-unien d’un jeune homme appréhendé alors qu’il était un enfant soldat jette une ombre étrange et révélatrice sur la poursuite concomitante de l’inculpation de Thomas Lubanga Dyilo par la CPI à La Haye. Lubanga a été accusé de recruter et de déployer des enfants soldats dans l’Est du Congo. De nombreuses sociétés minières canadiennes et états-uniennes font parties, en bonne place, des sociétés occidentales (Amérique du Nord, Europe et Afrique du Sud) qui contribuent à alimenter les conflits où des enfants soldats sont régulièrement déployés. Les enfants soldats continuent d’être incorporés par ceux qui aux deux bouts de la chaine profitent des meurtres de masse et du chaos dans une zone qui a connu, de loin, le plus grand génocide depuis la Seconde Guerre mondiale.

Grâce à leur position commune sur l’affaire Omar Khadr, George Bush et Stephen Harper n’ont-ils pas transgressé le même droit international que Lubanga est maintenant accusé d’avoir violé ? Alors que nous approchons de la fin de la première décennie du XXIe siècle, pourrait-il y avoir une preuve plus flagrante de l’anarchie cultivée au plus haut niveau de nos gouvernements ? Que reste-t-il à dire quand un ex-président états-unien, l’actuel Premier ministre canadien et un chef de guerre congolais peuvent tous les trois être accusés du même mépris pour les lois internationales interdisant le recrutement et la poursuite pénale des enfants soldats ?
Confronter les mensonges du 11 Septembre

Il n’est pas difficile d’imaginer les principaux arguments de la défense, si George W. Bush, Richard Cheney, Donald Rumsfeld et d’autres de leur sorte faisaient face à leurs accusateurs dans une cour de justice. La base de leur défense serait presque certainement à trouver dans leur affirmation que leur pays avait été attaqué en 2001 par un ennemi extérieur utilisant des tactiques tellement audacieuse et inattendue que les terroristes islamiques ont réussi à prendre par surprise l’ensemble du complexe militaro-industriel, ainsi que l’énorme machinerie de la sécurité nationale. A partir de là, les avocats de la défense soutiendraient que les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, ainsi que toutes les autres actions, y compris celles qui ont eu lieu dans la baie de Guantanamo et à Abou Ghraïb, ne peuvent être interprétées comme les éléments d’une guerre d’agression. Elles ne devraient pas être considérées comme faisant partie d’un plan coordonné d’agression militaire dont les juges de Nuremberg ont statué il y a longtemps qu’il constitue « le crime international suprême qui se distingue des autres crimes de guerre seulement en ce sens qu’il renferme tout le mal accumulé de l’ensemble. »

Suite à cette argumentation, les avocats de la défense affirmeraient que tout ce qui s’est produit lors de la guerre (juste et civilisée) contre le terrorisme ne doit pas être interprété comme une guerre d’agression. Au contraire, ces actions devraient être considérées comme une forme d’auto-défense nécessaire, ou, peut-être comme des actions préventives entreprises par précaution avec l’espoir de sauver les civils innocents de la menace violente des extrémistes islamistes. Que nous en soyons conscients ou pas, nous sommes tous continuellement bombardés du message que nous avons de bonnes raisons de craindre la sauvagerie des terroristes, un message soigneusement élaboré par les praticiens de ce qu’on appelle « la gestion des perceptions » pour jeter une suspicion constante sur l’ensemble du monde arabe et musulman. En effet, la mythologie populaire de la guerre contre le terrorisme forme l’élément essentiel sur lequel se fonde l’économie de la terreur qui a alimenté la croissance de l’énorme complexe militaro-industriel tout au long de la présidence des Etats-Unis de George W. Bush. Le vieil ennemi du temps de la Guerre froide n’existant plus, un nouvel ennemi était nécessaire. Des entreprises telles que Blackwater, la société de mercenaires d’Eric Prince, ont été en mesure de prospérer dans le même moule privatisé comme ce fut le cas pendant la guerre sainte (ou djihad) capitaliste contre « l’Empire du Mal » soviétique.

En contre-interrogatoire des témoignages citant le 11-Septembre comme la principale justification des mesures qui ont été prises au nom de la guerre contre la terreur, un procureur pourrait affronter Bush et les autres de la manière suivante. Il ou elle pourrait citer à comparaître certains responsables US, dont la négligence et/ou l’incompétence supposées ont conduit à l’échec qui a permis aux terroristes d’atteindre leurs objectifs pourtant bien protégés. Le procureur pourrait demander des éclaircissements sur ce qui s’est passé à ces fonctionnaires dont les malversations et les erreurs ont causé des défaillances sans précédent, par exemple, ceux en charge du renseignement, du contre-espionnage, de la sécurité dans les aéroports, de la défense aérienne et de l’application des lois sur l’immigration. Savoir si tous les fonctionnaires incompétents furent virés ? Si certains ont été réprimandés ? Si quelqu’un avait démissionné ? L’accusé répondrait « Non ». Le procureur demanderait alors : « Pourquoi donc ? »

Si les meurtres de masse et la destruction occasionnés le 11/9 sont imputables à un échec massif de la sécurité nationale, pourquoi personne n’a-t-il assumé la responsabilité ou été tenu pour responsable d’éléments précis de ce prétendu échec ? Et quid de la propre responsabilité de George W. Bush dans la débâcle ? Pourquoi le Président lui-même n’a-t-il pas immédiatement pris en charge la crise en allant à Washington au lieu de fuir au fin fond de l’Amérique dans son avion Air Force One, laissant Richard Cheney, l’ancien PDG de Halliburton, en charge des opérations dans le bunker sous la Maison-Blanche au cours de la fatidique journée du 11 septembre 2001 ?

Les manquements les plus graves concernant les événements du 11/9 ne sont pas le fait des agences de renseignement des États-Unis, des services de sécurité des aéroports, du NORAD, etc. Au contraire, l’incapacité la plus profonde et la plus sombre à nous protéger de ces ennemis qui nous menace le plus est à chercher du côté des journalistes, des grands médias, des professeurs et des universités qui les (nous) emploient. C’est nous qui avons, dans la très grande majorité des cas, choisi de renoncer à notre scepticisme et, avec lui, à notre éthique professionnelle ainsi qu’à nos responsabilités. Dans l’ensemble, notre classe et notre caste continuent à répondre aux événements du 11-Septembre d’une manière expéditive plutôt que rationnelle. Comme je le vois, par conséquent, il s’agit d’une trahison en masse des intellectuels, qui constitue le plus important résultat sous-jacent de la poursuite de la fraude connue sous le nom de « guerre contre le terrorisme ». La guerre contre la terreur continue à être produite, promue et vendue au public dans la plus agressive campagne de guerre psychologique jamais entreprise. Combien d’entre nous se font complices de cette noire machination par leur silence, le facteur principal qui permet la continuation de guerres d’agression justifiées au nom de la théorie officielle du complot du 11-Septembre, aussi infondée que dépourvue de preuves ?

Ce n’est pas mon intention, ici et maintenant, de déconstruire les mensonges et les crimes de la Maison Blanche de Bush ou, plus récemment, de la dissimulation par le Président Obama des éléments clés sur la vérité de ce qui s’est passé le matin du 11 septembre 2001. Je me suis d’ailleurs essayé à une telle déconstruction, mais pas de manière aussi exhaustive, experte et professionnelle que d’autres ont pu le faire. Je pourrais citer des dizaines, voire des centaines, de solides contributions scientifiques visant à rassembler des preuves spécifiques examinant par le menu et en grand détail ce qui s’est probablement et certainement passé, ainsi que ce qui n’a absolument pas eu lieu, ce matin lumineux de la fin de l’été 2001. Ces nombreuses contributions sont en grande partie dans le domaine public et sont facilement accessibles à l’ère de Google et de You Tube.

Alors que nombreux sont ceux qui ont déplacé les repères dans la compréhension de ceux qui sont engagés dans la quête de vérité, la contribution d’un universitaire en particulier, se distingue par la remarquable combinaison de sa portée, de sa précision et de son attention aux détails. Je crois que je parle pour beaucoup de collègues qui dans un large consensus s’accordent sur le fait que le professeur de théologie David Ray Griffin a plus que gagné le titre de doyen de ce que l’on appelle le « 9/11 Truth mouvement » [8]. Je mets au défi quiconque de lire une partie de la petite bibliothèque de livres et d’articles qu’il a écrits sur les divers aspects du 11 Septembre et de ne pas développer un mépris total pour la version officielle du complot. Compte tenu de ce que Griffin et d’autres ont déjà publié, il ne subsiste pas la moindre crédibilité à l’idée que la frappe sur le Pentagone et la pulvérisation des trois tours à structure d’acier du World Trade Center ont été causés par une poignée de Saoudiens seulement armés de cutters, disposant d’une formation sommaire au pilotage et d’un intense zèle djihadiste.

Récemment, est née la branche la plus professionnelle des sceptiques du 11-Septembre qui est le fait de l’infatigable Richard Gage, fondateur de l’association « Architects and Engineers for 9/11 Truth » forte de 600 membres (architectes et ingénieurs). Gage en réunissant une grande masse d’études techniques et en la vulgarisant, a établi au-delà du doute raisonnable que les tours aux puissantes structures en acier ne se sont pas écroulées du fait des crashes des avions de ligne, des incendies de kérosène et de la gravité, mais à cause de démolitions contrôlées. Toutes les trois se sont effondrées sur leur empreinte, peu ou prou à la vitesse de la chute libre.

Tout aussi récemment, j’ai étudié attentivement la profonde et abondante érudition affichée dans le livre du Canadien Peter Dale Scott, The Road to 9/11 : Wealth Empire and the Future of America [9]. Cet ouvrage, évalué par ses pairs, est publié par University of California Press située à Berkeley. Scott s’appuie sur des décennies d’enquête sur le fonctionnement interconnecté des compagnies pétrolières, des cartels de la drogue, des opérations de contre-espionnage, des banques et de la politique, et son volume met en évidence une collaboration aussi étroite que longue entre Dick Cheney et Donald Rumsfeld, laquelle culmine avec leurs apparitions et disparitions étranges dans les jours qui ont précédé et suivi le 11/9. Comme les travaux de Nafeez Mosaddeq Ahmed [10], le livre de Scott présente beaucoup d’éléments de preuve qui démontrent que le croquemitaine d’al-Qaïda a été impliqué de l’intérieur dans le fonctionnement de la sécurité nationale US, et ce dès son incorporation dans les moudjahidine parrainés par le duo CIA-ISI. Commençant comme des acteurs clés dans les opérations financières de la défunte Banque de crédit et de commerce international (BCCI) fondée à Lahore, les personnages destinés à assumer leurs rôles au sein d’al-Qaïda ont contribué à faire avancer le processus de transformation du terrorisme en une entreprise et en une opportunité politique pour les nombreux marchands de peur. Je recommande en particulier le chapitre 10 du livre de Scott, intitulé « Al-Qaïda et les élites états-uniennes ». Les sous-parties de ce chapitre comprennent des expressions comme « Les agents des États-Unis, les compagnies pétrolières et al-Qaïda », « Les États-Unis et al-Qaïda en Azerbaïdjan », « Unocal, les Taliban et ben Laden en Afghanistan », « Al-Qaïda, l’Armée de libération du Kosovo et le pipeline transbalkanique »,« Al-Qaïda et le complexe pétrolier, militaire et financier ».

Je pourrais terminer par un plaidoyer en faveur d’une enquête parlementaire au Canada sur la véracité de l’interprétation du 11-Septembre, qui continue de mettre en danger la vie de nos soldats en Afghanistan. Je pourrais terminer en soulignant l’échec journalistique de la CBC (Canadian Broadcasting Corporation, la radio nationale, NdT) ou la propagande pour les guerres d’agression qui a proliféré en particulier dans les médias commerciaux. Comme l’a révélé l’enquête sur la CIA de l’après-Watergate, des « agents » recrutés dans les grands médias ont longtemps été utilisés par des organismes de la sécurité nationale (de l’État) afin de propager des campagnes de désinformation dont le but véritable est de booster les affaires de gens comme la famille Bush, une dynastie de profiteurs de guerre. Je pourrais illustrer certains de mes arguments en pointant vers les sites ridicules de Can West Global, et surtout celui du Nation Post. Je citerai seulement le titre d’un article où des bloggeurs anonymes se voient attribué beaucoup d’espace dans ce journal pour attaquer mon travail. Que font les rédacteurs de ce journal quand ils titrent « S’attaquer aux théoriciens du complot du 11-Septembre » sinon défendre le mythe de la guerre contre le terrorisme en occultant tout débat ?

Nombreuses sont les façons dont je pourrais conclure, mais je choisis en fait de terminer ce texte avec quelques réflexions sur George Bush, le droit international et le livre remarquablement bien accueilli de Naomi Klein intitulé La Stratégie du choc : la montée du capitalisme du désastre [11]. À travers le prisme de son interprétation keynésienne, Klein observe de nombreux pays au cours des dernières décennies. Pour ce faire, elle présente par exemple l’argument très convaincant que les modestes programmes de redistribution qui avaient été incorporées aux économies nationales et à l’économie mondiale en général n’ont pas survécu aux incursions du « capitalisme du désastre ». Nos relations matérielles ont été soumises aux chocs répétés de l’hyper privatisation pendant les périodes où nous avons été les plus vulnérables aux effets désorientant de traumatismes manufacturés ou induits naturellement.

Comme l’auteur le reconnaît dans son livre, les événements du 11 Septembre constituent l’exemple type de sa thèse centrale. Le choc des images de l’effondrement des tours a créé le prétexte pour l’invasion de l’Irak et la hâte du régime de Bush pour exploiter ce que Klein appelle le « marché du terrorisme ». L’Irak devait être un prototype pour démontrer que « le boulot de l’État n’est pas de fournir la sécurité, mais de l’acheter au prix du marché ». En outre, la violence en Irak a aidé à stimuler la culture de la peur et de la haine en Amérique du Nord qui renforce la montée de ce que Klein nomme « l’industrie de la sécurité de la patrie ».

Comme la plupart des auteurs qui écrivent sur la guerre contre le terrorisme, Klein aborde les attentats du 11 Septembre du bout de l’orteil pour arriver indemnes sur un terrain professionnel plus sûr. Pour elle, cette zone plus sûre consiste à documenter la façon dont Bush, Cheney, Rumsfeld, Paul Bremer, et les autres architectes et ingénieurs de la privatisation de l’économie de la terreur ont exploité le 11 Septembre pour faire progresser leur ordre du jour politique. Mais éludant quasiment le sujet de ce qui s’est réellement passé le jour du Grand Choc, Klein s’incline devant le mantra « des échecs de la sécurité le 11-Septembre ». Klein emmène alors ses lecteurs dans sa très originale et importante analyse économique de l’Irak, le « Ground Zero » de la guerre contre le terrorisme.

Je crois comprendre la décision journalistique de Naomi. Je considère cela comme un compromis nécessaire, si elle voulait conserver un espoir de faire connaître son très utile travail sur les médias au Canada et aux États-Unis ainsi qu’auprès de jeunes militants dans le monde entier. Mais je pense que Klein est trop bien informée pour ne pas être méfiante de l’alibi de « l’échec de la sécurité » avancé par le régime Bush. Si mon intuition est vraie, que faut-il dire au sujet de la gravité du climat de paranoïa si même Naomi Klein s’autocensure, plutôt que de prendre le risque de rejoindre les groupes marginalisés « des théoriciens du complot » ? L’adhésion de Klein à des tabous sur le 11 Septembre est-elle similaire à celle de Noam Chomsky et des producteurs de médias sinon progressistes, comme par exemple, ZMag, The Nation, et Democracy Now ? Ou Barrie Zwicker a-t-il raison quand il affirme que des forces malveillantes sont à l’œuvre pour répéter dans le contexte de la soi-disant guerre contre le terrorisme, les techniques de désinformation et de guerre psychologique qui avaient cours pendant la Guerre froide ?

La rhétorique du discours d’espoir et de changement du Président Obama ne transcendera pas les discours de haine et les crimes de haine qui continueront à se multiplier aussi longtemps que le public détournera son regard de la vérité sur l’événement dont le contenu a été déformé pour justifier les crimes internationaux qui continuent à être perpétrées au nom de la guerre contre le terrorisme. Tant que cette fraude n’est pas exposée (reconnue), l’obscénité continuera probablement et George Bush franchira les frontières internationales pour donner des discours grassement rémunérés. Néanmoins, nous nous efforcerons de faire ce que nous pouvons le 17 mars en faisant de la visite de l’ancien président américain à Calgary un test pour savoir si nous sommes gouvernés par la règle du droit ou par la règle de la désinformation, du copinage et de la puissance militaire.



Anthony J. Hall

professeur d’études sur la mondialisation
à l’université de Lethbridge (Canada)




























George W. Bush,
Héritier de l’Holocauste juif






Au moment où un George W. Bush en fin de mandat, le dos au mur face à l’échec catastrophique de sa politique, dénonce devant la Knesset, en tant que “apaiseurs de nazis” (Le Monde du 19 mai 2008) les opposants à la guerre d’Irak et tous ceux qui s’élèvent d’avance contre les projets démentiels toujours en cours chez les néo-conservateurs et les faucons du Pentagone de bombarder les installations nucléaires de l’Iran (cherchant du même coup, selon les commentateurs, à disqualifier le candidature à la présidence de Barack Obama), il n’est sans doute pas sans intérêt de rappeler que cela ne fait pas si longtemps qu’on a commencé à tirer de l’ombre épaisse du passé l’ahurissante constatation que la fortune de la famille Bush serait intimement liée à l’Holocauste juif. Voilà donc une véritable leçon d’histoire alternative susceptible d’éclairer aussi les égarements du présent…







Alors que le scandale Enron a été depuis longtemps dévoilé au grand jour, un autre scandale financier de grande dimension touchant de près la famille de George W. Bush est passé plus qu’inaperçu, relégué dans les coulisses sordides de l’histoire.
Le 19 avril 2001, le Président George W. Bush a passé une partie de la journée du souvenir de l’Holocauste dans la Rotonde du Capitole en compagnie de survivants de l’Holocauste, de vétérans alliés et de leurs familles. Lors de la cérémonie qui comprenait des prières juives et un récital de chants chantés dans les camps par les victimes de l’Holocauste, le Président Bush, apparaissant presque mal à l’aise, a lu une déclaration qui disait en substance que “la conscience forçait l’humanité à se rappeler ce qui s’était passé” et que “le dossier avait été conservé et préservé”. Le dossier, déclara George W. Bush, de ce qui restait le pire acte de génocide de l’histoire humaine, “n’avait pas résulté de l’initiative d’hommes cruels et sans instruction, mais d’acteurs humains qui se considéraient comme cultivés et bien éduqués, des hommes de la modernité, tournés vers l’avenir. Leur crime montra au monde que le mal peut se glisser et se dissimuler au sein des environnements les plus civilisés. Finalement, seule la conscience peut y faire barrage.”

Mais alors que le George W. Bush embrassait publiquement à Washington la cause de la communauté des survivants de l’Holocauste, lui et sa famille leur cachent un dossier secret vieux de plus de cinquante ans touchant aux faits et gestes de Prescott Bush, son grand-père. Selon des documents secrets des services de renseignement néerlandais et des archives du gouvernement des États-unis, le grand-père du président Georges W. Bush, Prescott Bush, a en effet réalisé pendant la seconde guerre mondiale de très considérables bénéfices grâce aux dividendes du travail forcé dans le camp de concentration d’Auschwitz. George W. Bush est un héritier en ligne directe de ces bénéfices de l’Holocauste qui ont été placés en 1980 dans un trust aveugle (compte anonyme auprès d’un fidéicommissaire) par son père, l’ancien président Georges Herbert Walker Bush.

Tout au long des décennies de vie publique de la famille Bush, la presse américaine s’est évertuée à ignorer ce fait historique: à travers la Union Banking Corporation (UBC), Prescott Bush, en association d’affaires avec l’industriel allemand Fritz Thyssen, a contribué à financer Adolf Hitler lui-même, avant et pendant la deuxième guerre mondiale. Cela a pourtant été évoqué pour la première fois dès 1994 par John Loftus et Mark Aarons dans leur ouvrage La guerre secrète contre les Juifs: comment l’espionnage occidental a trahi le peuple juif.

Le gouvernement américain sait que de nombreuses entreprises américaines comme Standard Oil, General Motors et la Chase Bank ont aidé Adolf Hitler, et qu’elles ont été punies après Pearl Harbor. Mais comme le journaliste du New York Times Charles Higham le découvrit bien plus tard, et le publia dans son livre Commercer avec l’ennemi: le complot de l’argent américain nazi entre 1933-1945 (1983), “le gouvernement étouffe tout cela durant et même après la guerre”.
Pourquoi ce silence ?

Selon Charles Higham, le gouvernement américain a cru qu’”un scandale public aurait affecté radicalement la morale publique, causé des grèves générales et peut-être provoqué des mutineries dans les troupes sous le drapeau”. Higham prétend que le gouvernement pensait qu’en jugeant et en emprisonnant les coupables, il aurait été impossible pour les directions de ces entreprises de participer à l’effort de guerre. Cependant, la banque de Prescott Bush ne finançait pas seulement Adolf Hitler. Il existait un lien d’affaires particulier beaucoup plus profond que ne l’imaginaient Higham et Loftus lorsqu’ils ont publié leurs livres. Un dossier secret néerlandais divulgué par un officier néerlandais du renseignement, ainsi que des archives du gouvernement américain ayant récemment fait surface, confirment absolument, selon John Loftus, le lien direct entre Bush, Thyssen et les profits générés par le génocide d’Auschwitz.
Les relations d’affaires entre Prescott Bush et Fritz Thyssen sont beaucoup plus directes que l’on ne l’avait précédemment soupçonné et écrit. L’information révèle comment Prescott Bush et l’UBC, qu’il dirigeait directement, ont fait des bénéfices sur l’Holocauste. On peut donc affirmer que les survivants de l’Holocauste et les communautés embrigadées dans le Service de Travail Obligatoire sont en position, individuellement ou collectivement, de poursuivre en justice les héritiers de la fortune de Prescott Bush, à commencer par George W. Bush lui-même. Pour comprendre le tableau complet de la façon dont Prescott Bush a profité de l’Holocauste, il est nécessaire de retourner à l’année 1916, où tout a commencé.

L’après première guerre mondiale: L’empire Thyssen bat de l’aile.

En 1916, August Thyssen mesure la gravité de la situation. La Grande Guerre est en train d’échapper à tout contrôle, de saper les ressources allemandes et de saigner à blanc l’économie. Le gouvernement et l’entreprise Thyssen sont presque ruinés. Avec ses 50.000 employés et sa production annuelle de 1.000.000 de tonnes d’acier et de fer, l’entreprise est en train de s’écrouler sous la pression des commandes de guerre. En tant que fournisseur principal de l’armée allemande, August Thyssen saait que l’Allemagne serait vaincue si les Etats-Unis entrent en guerre. À 74 ans, August Thyssen sait aussi qu’il manque de temps. Son premier né, “prince” Friedrich (Fritz) Thyssen, a été formé dans les meilleures écoles de commerce de l’Europe de l’époque et est destiné à hériter de la fortune de son père estimée à 100.000.000 dollars, et d’un empire industriel situé à Muehlheim dans la Ruhr. En plus de Fritz, de grands projets ont également été échafaudés pour le second fils, Heinrich. Au début de la guerre, Heinrich Thyssen a discrètement changé de nationalité, d’allemand devenant hongrois, et a épousé l’aristocrate hongroise Baronne Margrit Bornemisza de Kaszon. Il change son nom contre celui de Baron Thyssen Bornemisza de Kaszon.
Alors que la fin de la première guerre mondiale se profile, August Thyssen ouvre la banque Voor Handel en Scheepvaart à Rotterdam. La Hollande neutre est alors le lieu idéal hors des frontières de l’Allemagne pour blanchir les avoirs de la banque August Thyssen de Berlin. Mais la guerre se termine bien plus tôt que ne l’a prévu Thyssen et ce qui se trame alors prend le “Rockfeller de la Ruhr” au dépourvu. Le 10 novembre 1918, les socialistes allemands prennent le pouvoir à Berlin. Le matin suivant à 5h, ce qu’il restait de l’Allemagne se rend aux Alliés, mettant officiellement fin à la Grande Guerre. “Au moment de l’Armistice et de la signature du Traité de Versailles, mon père et moi étions profondément attristés devant le spectacle de l’abjecte humiliation de l’Allemagne”, rappellera plus tard Thyssen dans son autobiographie, J’ai financé Hitler.

Après la guerre, comme la nourriture vient à manquer, le chaos s’abat sur l’Allemagne. L’hiver menace une nation affamée quand, le 7 décembre 1918, la ligue des Spartakistes socialistes vient frapper à la porte de la Villa Thyssen avec une milice armée. August et Fritz sont arrêtés et traînés de prison en prison à travers l’Allemagne durant plusieurs jours. Le long du chemin, ils sont alignés contre des murs dans des simulacres d’exécution destinés à les terroriser. Cela fait son effet. Quand ils sont relâchés, les deux Thyssen sont horrifiés du nouveau climat politique de leur Allemagne bien-aimée. Ils ne peuvent pas accepter que l’Allemagne se rende responsable de sa propre mort. Tous les problèmes du pays, ressentent les Thyssen, “ont presque toujours été attribués à des étrangers”. Il en concluent, ainsi que beaucoup de leurs compatriotes, que ce sont bien entendu les Juifs qui sont derrière le mouvement socialiste dans le monde entier. Le jeune frère de Fritz, le Baron Thyssen Bornemisza de Kaszon, déménage pour sa part de façon tout à fait inaperçue à Rotterdam et devient le principal propriétaire de la banque voor Handel en Scheepvaart. La seule chose dont ont désormais besoin les Thyssen est une filiale américaine pour leur établissement.

Les années 20: les relations d’affaires se nouent.

Averell, le fils du Baron du chemin de fer E.H. Harriman, ne veut pas entendre parler de chemins de fer. Son père se résout alors à lui confier une entreprise d’investissement, W.A. Harriman & Company, à New York. E.H. engage aussi la personne la plus qualifiée du pays pour conduire l’opération, un certain George Herbert Walker. Averell engage lui son petit frère Edward Roland “Bunny” Harriman comme vice-président.

En 1920, George Herbert Walker a déjà édifié une fortune dans le Missouri. Charismatique ancien champion de boxe poids-lourds, il a tout d’un pitbull humain. Il profite de la vie au maximum, possède plusieurs maisons sur la côte Est et un des plus luxueux appartements de Manhattan. Ses hobbies sont le golf, la chasse, boire du scotch et tabasser ses fils. Elsie Walker, l’une de ses petit-filles, le dépeint comme un “vieux salaud coriace” peu aimé par ses enfants. C’est aussi un bigot religieux qui haït les catholiques, même si ses parents l’ont élevé pour en être. Selon d’autres sources, il n’aime pas non plus les Juifs.
En 1922, Averell Harriman fait le voyage de l’Allemagne pour installer une filiale W. A. Harriman & Co à Berlin. Pendant son séjour en Allemagne, il rencontre pour la première fois la famille Thyssen et donne son accord pour les aider à réaliser leur projet de création d’une filiale américaine.

L’année suivante, une Allemagne déjà gravement blessée sombre davantage dans la crise. Le gouvernement ne trouve aucune solution et se divise alors que le pays pourrit de l’intérieur. Avec des grèves générales et une production quasi inexistante, rappelle plus tard Fritz Thyssen, “nous étions au nadir de l’inflation. A Berlin, le gouvernement était en perdition. Il était financièrement ruiné. L’autorité s’effondrait. En Saxe, un gouvernement communiste avait été formé et la terreur Rouge, organisée par Max Hoelz, régnait dans tout le pays. Le Reich allemand était désormais sur le point de s’effondrer.”

En octobre 1923, un Fritz Thyssen désespéré rend visite à l’un de ses héros, qui se trouve également être parmi les grands héros de l’armée allemande, le général Erich Ludendorff. Pendant le gouvernement socialiste de Berlin, en 1918, Ludendorff organisa la résistance militaire contre les socialistes et les industriels ont contracté une grande dette de reconnaissance envers lui. Quand Thyssen rencontre Ludendorf, ils évoquent la faillite de l’économie allemande. Thyssen prend un ton apocalyptique, estimant que le pire était encore à venir. Ludendorff n’est pas de cet avis. “Il y a encore un espoir”, dit Ludendorff, “Adolf Hitler et le parti National-Socialiste”. Ludendorff respecte énormément Hitler. “Il est le seul homme qui ait actuellement un sens politique”. Il encourage Thyssen à rejoindre le mouvement nazi et Hitler. “Va l’écouter un jour”, enjoint-il à Thyssen. Thyssen suit le conseil et se rend à plusieurs réunions d’Adolf Hitler. Il est fasciné. “Je réalisais ses dons d’orateur et sa capacité à galvaniser les masses. Ce qui malgré tout m’impressionna le plus fut l’ordre qui régnait lors de ses réunions, la discipline presque militaire de ces partisans”.
Thyssen s’arrange pour rencontrer Hitler et Ludendorff en privé à Munich. Hitler confie à Thyssen que le mouvement nazi connait des problèmes financiers, qu’il ne grandit pas suffisamment vite et qu’il n’est pas encore suffisament puissant au niveau national. Hitler a besoin d’autant d’argent que possible pour repousser la conspiration communiste/juive contre l’Europe. Il prévoit une monarchie allemande de type fasciste avec une force de travail nationale sans syndicat ni possibilité de grève. Thyssen est enchanté par ce programme. Il donne à Hitler et Ludendorff 100.000 marks or (environ 25.000 dollars) pour financer le parti nazi naissant. D’autres industriels notoires de l’acier et du charbon suivent bientôt l’exemple de Thyssen. De nombreux leaders des affaires en Allemagne soutiennent également l’agenda secret anti-syndicat d’Hitler. Certains font leurs dons simplement parce qu’ils redoutent d’être laissés à l’écart si Adolf Hitler parvient à prendre réellement le pouvoir. Beaucoup d’entre eux l’abandonnent d’ailleurs après son coup d’État raté de 1923. Alors qu’Adolf Hitler passe une courte période en prison en écrivant Mein Kampf, les Thyssen, à travers de la banque Voor Handel en Scheepvaart, ouvrent en 1924 aux USA la Union Banking Corporation (UBC).

L’Union Banking Corporation.

Début 1924, Hendrick J. Kouwenhoven, directeur général de la banque Voor Handel en Scheepvaart, se rend à New York pour rencontrer Walker et les frères Harriman. Ensemble, ils fondent la Union Banking Corporation dont le siège est situé à la même adresse que la société Harriman & Co, 39 Broadway Street. Comme l’économie allemande retrouve sa santé entre le milieu et la fin des années 20, Walker et l’entreprise d’Harriman vendent des bonds allemands d’une valeur de plus de 50.000.000 dollars à des investisseurs américains qui bénéfient ainsi du boom économique allemand. En 1926, August Thyssen meut à l’âge de 84 ans. Fritz est maintenant le patron de l’une des plus grandes familles industrielles d’Europe. Il cré la United Steel Works (USW), plus grand conglomérat industriel de l’histoire allemande. Thyssen place Albert Volger, l’un des industriels les plus influents, au poste de directeur général de l’USW. Thyssen nomme aussi au conseil d’administration Fredich Flick, un autre poids lourd des grandes familles allemandes. Flick posséde des industries de charbon et d’acier dans toute l’Allemagne et la Pologne et aspire à investir dans l’empire Thyssen. L’une de ses principales motivations dans cette gigantesque fusion des rois du charbon et de l’acier est de supprimer les mouvements socialistes et syndicaux.

Cette même année 1926, à New York, George Walker décide de donner à son nouveau beau-fils, Prescott Bush, un immense coup de pouce. Walker fait de Bush l’un des vice-présidents de Harriman & Co. Ce dernier embauche nombre de ses camarades de la classe 1917 de Yale, dont Roland Harriman et Knight Wooley. Ces trois-là ont été de proches compères à Yale et sont tous membres de la confrérie Skull and Bones (Crâne et Os), une mystérieuse et sulfureuse société secrète universitaire. Au delà de l’ambiance confraternelle, Harriman & Co est aussi le lieu d’un travail acharné et personne ne travaille davantage que Prescott Bush. En fait, Walker a engagé Bush pour l’aider à superviser la nouvelle United Steel Works de Thyssen et Flick. Une partie de l’empire USW est constitué par la Consolidated Silesian Steel Corporation et la Upper Silesian Coal and Steel Company (Société commerciale d’acier de Silésie et Compagnie de charbon et d’acier de haute Silésie réunies) situées, comme leurs noms l’indidique, en Silésie (Pologne). Thyssen et Flick paient Bush et Walker généreusement, mais chaque centime gagné est mérité. Le nouvel arrangement d’affaires leur plait financièrement à tous et les talents collectifs des quatre hommes ainsi que leur rapide ascension ahurit le monde des affaires.





Au même moment, Adolf Hitler et le parti nazi sont ruinés. Depuis la reprise économique de l’Allemagne, les membres et les donations se sont asséchés, obligeant le mouvement nazi à mettre de l’eau dans son vin. En 1927, Hitler a désespérément besoin de cash; son parti croûle sous les dettes. Hitler demande à son secrétaire Rudolf Hess de faire cracher le sympathisant nazi et riche homme d’affaires Emil Kirdorf. Ce dernier rembourse la dette d’Hitler cette année-là, mais l’année suivante, il n’a plus assez d’argent pour contribuer. Hitler a les yeux rivés sur le gigantesque Palais Barlow situé dans Briennerstrasse, la partie la plus aristocratique de Munich. Il veut absolument convertir ce palais en siège du parti nazi et changer son nom en “Maison Brune”, mais son prix de vente est trop élevé pour lui. Hitler demanda à Hess de contacter Thyssen. Après avoir pris connaissance de son appel, Thyssen sent que c’est le moment d’accorder une seconde chance à Hitler. Par l’intermédiaire de la banque Voor Handel en Scheepvaart, il fait le nécessaire pour permettre à Hitler d’entrer en possession du Palais. Thyssen déclarera plus tard que le montant de sa contribution s’est élevé à 250.000 marks, mais les leaders nazis prétendirent eux que la réfecton seule coûta plus de 800.000 marks (environ 2 millions d’Euros d’aujourd’hui). Sans se soucier de la dépense, Hitler et Thyssen deviennent de proches amis après l’achat de la Maison Brune. A ce moment-là, aucun des deux ne sait encore à quel point cette maison allait devenir influente l’année suivante, en 1929, lorsque la grande dépression s’abat sur le monde. Avec la reprise allemande partie en fumée, Hitler voit s’allonger devant sa porte la queue des industriels tous prêts à lui donner de l’argent.
Les années 30: l’ascension d’Adolf Hitler — Thyssen et Bush le financent.


Thyssen essayera plus tard de prétendre que ses week-ends passés en compagnie d’Adolf Hitler et de Rudolf Hess dans ses châteaux du Rhin n’avaient pas de portée personnelle mais étaient strictement professionnels, et qu’il n’approuvait pas la plupart des idées du leader nazi, mais le journaliste R. G. Waldeck, qui séjourna avec Thyssen dans une station thermale de la Forêt Noire dans les années 20-30, se rappelle les choses différemment. Selon Waldeck, Thyssen croit en Hitler. Il parle d’Hitler “chaleureusement” et déclare que les nazis sont “des hommes nouveaux” qui rendront l’Allemagne puissante. Avec la dépression qui saigne l’Europe, le large soutien financier de Thyssen rend inévitable l’ascension d’Hitler au pouvoir.
Le grande dépression ébranle Harriman & Co. L’année suivante, la firme fusionne avec l’entreprise londonienne Brown/Shipley. Brown/Shipley garde son nom mais Harriman & Co en change pour Brown Brothers, Harriman. La nouvelle entreprise déménage au 59 Wall Street alors que l’UBC reste au 39 Broadway. Averell Harriman et Prescott Bush constituent une société de portefeuille appelée The Harriman 15 Corporation. Une des sociétés dans laquelle Harriman détient des titres est la Consolidated Silesian Steel Company. Les deux tiers de la société appartiennent à Friedrich Flick tandis que Harriman détient le reste.
En décembre 1931, Fritz Thyssen adhère officiellement au parti nazi, le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, Parti national-socialiste des travailleurs allemands). Quand Thyssen intégre le mouvement, le NSDAP est déjà en train d’atteindre une taille critique en Allemagne. Les discours et la personnalité charismatiques du jeune leader politique, la dépression économique et le soutien de la banque Voor Handel en Scheepvaart de Thyssen contribuent de concert à l’ascension météorique de la popularité d’Hitler auprès de la population allemande. En septembre 1932, Thyssen invite dans son château un groupe de riches et importants hommes d’affaires de l’élite industrielle allemande afin qu’ils rencontrent Adolf Hitler. Ils passent des heures à le questionner et il répond à toutes leurs questions avec “la plus grande satisfaction”, se rappelle Thyssen. L’argent afflue des cercles industriels, en grande partie grâce à “l’attitude monarchiste” d’Hitler sur les questions de travail et de classe. Mais en novembre, les électeurs allemands se lassent des tendances anti-démocratiques d’Hitler et se tournent vers le parti communiste, lequel gagne le plus de sièges lors des élections de l’automne. Les nazis subissent une perte considérable de 35 sièges au Reichstag, mais comme ils sont déjà en train de négocier secrètement avec Hindenberg une alliance consacrant un partage du pouvoir, lequel amènera finalement Hitler à se proclamer lui-même Führer, les votes des électeurs allemands restent politiquement lettre morte. En 1934, Hindenberg meurt et Adolf Hitler prend le contrôle total de l’Allemagne. En mars, il annonce ses projets de construction d’un vaste système autoroutier. Il veut relier le Reich entier grâce à un plan routier étendu sans précédent interconnectant les principaux ports. Hitler veut certes réduire le chômage mais, bien davantage, il a besoin de nouvelles routes permettant des manoeuvres militaires rapides. Il veut aussi moderniser sérieusement la machine militaire allemande. Le Fuhrer met en oeuvre la “renaissance de l’armée allemande” et passe un contrat avec Thyssen et l’United Steel Works pour la refonte de ses équipements. L’empire sidérurgique de Thyssen est désormais bel et bien le coeur d’acier froid de la nouvelle machine de guerre nazie, ouvrant épouvantablement la voie à la seconde guerre mondiale et à ses dizaines de millions de morts en Europe et au delà.


Les bénéfices du conglomérat géant de Thyssen et Flick s’élèvent à plusieurs centaines de millions de dollars en 1934. La banque Voor Handel en Scheepvaart et la UBC de New York engrangent aussi d’énormes bénéfices. Prescott Bush devient directeur général de l’UBC et prend en main la gestion quotidienne du nouveau plan économique allemand. Les actions de Bush dans l’UBC atteignent un niveau maximal grâce au nouvel ordre allemand d’Adolf Hitler. Plus la production augmente, plus le rapprochement amical entre les deux hommes s’accroit.


Le 19 mars 1934, Prescott Bush donne à Averell Harriman un exemplaire du New York Times du jour. Le gouvernement polonais est en train de retirer la Consolidated Silesian Steel Corporation des mains des “intérêts allemands et américains” en raison “d’une mauvaise gestion, d’emprunts excessifs, d’une comptabilité fictive et d’un risque de sécurité”. Le gouvernement polonais exige des propriétaires de la société, qui compte pour plus de 45% de la production d’acier de la Pologne, qu’ils payent la totalité des impôts qu’ils doivent au pays. Bush et Harriman engagent alors l’avocat John Foster Dulles pour les aider à couvrir toutes les irrégularités pouvant être mises à jour en cas d’investigation minutieuse. L’invasion de la Pologne par Hitler en 1939 clôture le débat sur la Consolidated Silesian Steel Corporation. Les nazis retirent la participation du gouvernement polonais dans la société de Thyssen Flick et Harriman et dressent des plans pour le remplacement des travailleurs salariés. Hitler promet à Staline qu’ils se partageront la Pologne et pourront ainsi utiliser les prisonniers soviétiques comme esclaves dans les usines polonaises. La promesse d’Hitler ne se matérialisera jamais et il va finalement envahir la Russie.


Les années 40: les affaires, comme d’habitude.
La Consolidated Silesian Steel Corporation était située près de la ville polonaise de Oswiecim, l’une des régions les plus riches en minéraux. C’est là qu’Adolf Hitler installe le camp de concentration d’Auschwitz. Quand le projet de faire travailler les prisonniers soviétiques tombe à l’eau, les nazis transfèrent les Juifs, les communistes, les tsiganes et les autres populations minoritaires dans le camp. Les prisonniers d’Auschwitz capables de travailler sont expédiés vers trente sociétés différentes, dont l’une est l’immense Consolidated Silesian Steel Company. “Personne n’avait auparavant fait le lien entre la Consolidated Silesian Steel Corporation, Auschwitz et Prescott Bush”, selon John Loftus. “C’était cependant la raison pour laquelle Auschwitz avait été construit précisément là. Les dépôts de charbon pouvaient être transformés soit en charbon, soit en additifs pour le gazole d’aviation”. Mais même si la Consolidated Steel de Thyssen et Flick est leur propriété, les invasions d’Hitler dans toute l’Europe les effraient, leur rappelant les mauvais souvenirs de la première guerre mondiale. Thyssen et Flick revendent donc la Consolidated Steel à l’UBC. Sous le contrôle administratif total de Harriman et Bush, la société devient la Silesian American Corporation (Société américaine de Silésie), elle-même partie de l’UBC et du portefeuille financier de Harriman. Thyssen déménage en Suisse, et plus tard en France, pour se prémunir de la terreur qui allait bientôt être déchaînée par la machine de guerre nazie qu’il a largement financé.
Une partie du contingent du Serice de Travail Obligatoire en Pologne est directement “gérée par Prescott Bush”, selon un agent des services de renseignements néerlandais. En 1941, le travail forcé est le moteur principal de la machine de guerre nazie. Les ressources du bassin riche en acier et en charbon de la Pologne jouent un rôle essentiel dans l’invasion de l’Europe par Hitler. Selon Higham, Hitler et la confrérie des hommes d’affaires américains “ne recherchaient pas seulement une alliance d’intérêts pour la durée de la seconde guerre mondiale, mais soutenaient l’idée d’une paix négociée avec l’Allemagne qui excluerait toute réorganisation de l’Europe sur des bases démocratiques. Cette alliance établirait après-guerre un État policier qui placerait la confrérie en position d’autonomie financière, industrielle et politique”.


Six jours après Pearl Harbor et la déclaration de guerre des États-Unis, à la fin de l’année 1941, le Président Franklin D. Roosevelt, le ministre des finances Henry Morgenthau et le ministre de la justice, le Général Francis Biddle, signent le Trading with the Enemy Act (Loi sur le Commerce avec l’ennemi) qui interdit tout partage d’intérêt financier avec les ennemis de guerre des États-Unis. Prescott Bush continue néanmoins de mener ses affaires comme d’habitude, aidant à l’invasion nazie de l’Europe et fournissant des ressources en armement qui vont être utilisées contre les soldats américains.


Le 20 octobre 1942, le gouvernement américain se lasse finalement de Prescott Bush et de ses arrangements d’affaires avec Thyssen et les nazis. Durant l’été, le New York Times dénonce Bush et Thyssen, qu’il surnomme même “l’ange d’Hitler”. Quand le gouvernement américain prend connaissance des livres de compte de l’UBC, il découvre que la banque de Bush et de ses actionnaires “détenait les bénéfices des membres de la famille Thyssen, propriété de nationaux d’un pays désigné comme ennemi”. Pour mémoire, la liste des autres actionnaires de l’UBC est alors: E. Roland Harriman: 3991 parts; Cornelis Lievense: 4 parts; Harold D. Pennington: 1 part; Ray Morris: 1 part; H.J. Kouwenhoven: 1 part; Johann G. Groeninger: 1 part. Les livres de compte de l’UBC dévoilent aussi les milliards de dollars et les centaines de de sociétés en portefeuille capitalisés par les Thyssen. Le gouvernement américain réalise que l’UBC n’est que la partie visible de l’iceberg. Le 17 novembre 1942, il confisque la Silesian American Corporation mais ne poursuit pas Bush pour les raisons que Highman a relevées plus haut. Les entreprises sont autorisées à travailler sous couverture du Bureau de protection de la propriété étrangère et sous condition de ne pas aider le régime nazi. En 1943, alors qu’il posséde toujours ses parts, Prescott Bush démissionne de l’UBC et aide même à collecter de l’argent pour des causes liées à la guerre, à titre de président du Fonds national de guerre.


Après la guerre, le gouvernement néerlandais commence à enquêter pour savoir où se trouvent certains bijoux de la famille royale hollandaise volés par les nazis. Ils commencent à regarder dans les livres de compte de la banque Voor Handel en Scheepvaart où ils découvrent des documents sur la transaction de la Silesian American Corporation. Ils interrogent l’administrateur de la banque, H. J. Kouwenhoven qui, choqué par la découverte, se rend à New York pour en informer Prescott Bush. Selon les services de renseignements néerlandais, Kouwenhoven rencontre Bush peu après Noël 1947. Deux semaines plus tard, Kouwenhoven meurt, apparemment d’une crise cardiaque.


Les années 50: Bush vend ses parts de l’UBC
En 1948, la vie de Fritz Thyssen est ruinée. Après avoir été emprisonné par les nazis, il est de nouveau emprisonné par les Alliés et interrogé, mais pas complètement, par les enquêteurs américains. Thyssen et Flick sont obligés de payer des réparations et condamnés pour l’atrocité de leurs crimes contre l’humanité. Le 8 février 1951, Fritz Thyssen meurt dans l’amertume en Argentine, à l’âge de 78 ans. Il est furieux de la façon dont il a été traité par l’Europe après la guerre et par la façon dont l’histoire va le retenir comme étant le plus important et éminent financier d’Adolf Hitler. Quand Thyssen meurt, l’administration des biens étrangers rend les avoirs de l’Union Banking Corporation aux Harriman. Les autres actionnaires se font rembourser leurs parts et liquident tranquillement le reste du prix du sang de l’UBC.


Prescott Bush reçoit 1,5 millions de dollars pour ses actions de l’UBC. Cet argent lui permait d’aider son fils, Georges Herbert Walker Bush, à s’installer pour créer sa première entreprise, l’Overby Development Company. Il est aussi utile quand Prescott Bush laisse tomber le monde des affaires pour entrer dans la sphère publique en 1952, lors d’une campagne sénatoriale couronnée de succès dans le Connecticut. Le 8 octobre 1972, il meurt d’un cancer et son testament est promulgué peu après.


En 1980, quand George H.W. Bush est élu vice-président, il place l’héritage de son père dans un trust aveugle. Ce trust est géré par son vieil ami et partenaire de chasse aux cailles, William “Stamps” Farish III. Le choix de Farish par George H.W. Bush pour gérer la fortune de la famille montre qu’il sait sans doute très bien d’où provient une partie de l’argent. Le grand-père de Farish, William Farish Jr., qui plaida “non coupable” le 25 mars 1942 pour conspiration avec l’Allemagne nazie alors qu’il était à l’époque président de la Standard Oil dans le New Jersey, a été accusé publiquement par le Sénateur Henry Truman d’être un “traitre” et un profiteur de la machine de guerre nazie. Standard Oil avait en effet investi des millions dans IG Farben, laquelle ouvrit une usine à gaz à Auschwitz en 1940. Les millions dont William “Stamps” Farish III hérita étaient encore plus entâchés de sang que ceux de George H.W. Bush. La piste aux indices de l’UBC sera en sûreté pendant les 12 années de mandat présidentiel de ce dernier.


Cela fait soixante ans que l’un des plus gros scandales de blanchiment d’argent du XXe siècle a pris fin et nous commençons seulement aujourd’hui à découvrir les véritables dessous des cartes historiques de cette période capitale de l’histoire du monde. Une histoire que les survivants de l’Holocauste supplient à l’humanité de “ne jamais oublier”. John Loftus croit que l’histoire livrera un jour son verdict sur Prescott Bush au même titre que sur Thyssen. “Il est déjà scandaleux que la famille Bush collecte de l’argent pour que Thyssen lance Hitler dans les années 20, mais aider l’ennemi en temps de guerre est carrément une trahison. La banque de Bush a aidé les Thyssen à faire en sorte que l’acier nazi tue des soldats alliés. Mais aussi maléfique qu’est le financement de la machine de guerre nazie, l’aide et le soutien de l’Holocauste est quelque chose de pire, un cercle de l’enfer encore plus profond. Les mines de charbon de Thyssen ont utilisé des esclaves juifs pour réaliser des profits. Il y a six millions de squelettes dans le placard de la famille Thyssen, et une multitude de questions historiques et criminelles auxquelles il reste à répondre sur la complicité de la famille Bush.”


La famille Bush doit reverser au moins 1,5 million de dollars dans le fond de réparation de l’Holocauste le plus approprié. Puisque Prescott Bush est mort, le seul moyen de compenser, pour les principaux héritiers de ses biens, est de s’amender auprès des ex-esclaves survivants et des familles des esclaves qui moururent dans les mines de charbon de Bush et de Thyssen. Si la famille de George W. Bush se refuse à réparer l’engagement de Prescott Bush dans l’Holocauste, c’est comme si elle niait l’Holocauste en même temps que son propre rôle dans un des tournants les plus noirs de l’histoire de l’humanité.


Auteur : Toby Rogers, mardi 20 mai 2008
URL : http://www.republique-des-lettres.fr/10418-george-w-bush.php

Samedi 14 Mars 2009

http://911truth-sherbrooke.org/2008/11/29/george-w-bush-heritier-de-l%E2%80%99holocauste-juif/












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