17 mars 2009
Faut-il se remémorer
la "Shoah" tzigane
?
Fethi GHARBI
L’arrivée d’Hitler au pouvoir va
enclencher en Europe occupée une folie génocidaire appelée alors par les nazis
: "la destruction des vies inutiles". Dans toute l’Europe occupée, on entreprend
la traque du tzigane, d’abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L’extermination
des 5 à 600 000 nomades a lieu dans les différents camps de concentration.
En fait, la persécution commence avant l’arrivée des nazis dès 1933, la "stérilisation
eugénique", l’interdiction des mariages mixtes en 1934-1935 et enfin les premiers
enfermements au camp de Dachau, en 1936. A l’automne 1939 les déportations deviennent
massives ; et c’est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testent
le zyklon B, au camp de Buchenwald, en 1940. Ensuite commence l’extermination
à grande échelle en Europe occupée. La moitié de la population tzigane d’Europe
fut supprimée. L’extraordinaire dans cette affaire est que le nom des victimes
Tsiganes ne fut même pas mentionné durant le Procès de Nuremberg, alors que la
Shoah des juifs éclipsait toutes les autres horreurs !
En 1945, les nazis
se sont livrés encore à de multiples massacres sur les derniers Tziganes internés
dans les camps allemands. Les résistants tziganes qui avaient survécu, n’ont pu
bénéficier à la fin de la guerre, des promesses d’intégration sociale qui leur
avaient été faites. Ils ne trouvèrent personne pour les défendre. Le peuple tzigane
ne sait pas pleurer ; il subit en silence, que dis-je ! en chantant ! la morbidité
et les lamentations ne sont pas son point fort !
Sous le gouvernement
de Vichy, dès 1940, des Tziganes sont internés dans des camps de concentration,
à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées Orientales. En 1942 est créé
un camp d’internement réservé spécialement aux Nomades, celui de Saliers, dans
les Bouches-du-Rhône. Les Tziganes ont été systématiquement massacrés. 20.000
gazés pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Plus de 600000 Roms,
Kalderas, Manouches, ont péri dans les différents camps de concentration.
Les nazis voulaient exterminer le peuple tzigane tout comme le peuple juif, les
opposants politiques, les homosexuels, les témoins de jéovah, les noirs, les handicapés
et les malades mentaux dont un grand nombre a péri dans des camions et des chambres
à gaz.
L’extermination des Tziganes est un fait trop souvent oublié.
Pourquoi si peu de films documentaires ou livres sur le sujet ? Pourquoi lorsqu’on
parle de la seconde guerre mondiale on évoque généralement la seule shoah le seul
génocide juif et jamais ou presque le génocide tzigane ? En France, la shoah est
déjà largement enseignée au collège et au lycée. Pourquoi ne pas consacrer un
peu plus de lignes sur d’autres génocides et massacres dans les manuels scolaires
? Tziganes, amérindiens, traite des noirs, crimes coloniaux etc.
Ou doit-on
comprendre qu’il y a la prédominance d’une mémoire sur les autres.
Une
foule de questions qui demeurent sans réponses !
Depuis le Procès de
Nuremberg à nos jours, l’occident semble atteint d’une amnésie sélective.
En réalité cette situation n’a rien de fortuit, elle est le résultat de cette
vision manichéenne qui constitue le fondement même de la pensée occidentale. Les
juifs, en tant que pilier de la pensée et de l’histoire judéo-chrétienne, sont
de vrais interlocuteurs dans le sens linguistique du terme. Les juifs forment
le "tu", c’est l’alter-égo, une fois incriminé, haï, une autre valorisé. Par contre
le reste des humains forment le "il" c’est à dire des non-personnes, absentes
de l’acte de la parole, réduites à l’état d’objet. Peu importe qu’Hitler extermine
les homosexuels, les témoins de jéovah, les noirs, les handicapés, les malades
mentaux et les Tziganes, ce ne sont que des sous-hommes.
Dire qu’on nous
présente toujours Hitler comme une sorte d’extra-terrestre barbare qui est venu
agresser une civilisation harmonieuse où la chèvre et le chou font bon ménage.
On oublie que l’antisémitisme est un sentiment qui existait en Europe bien avant
le nazisme ainsi que l’esclavage, le génocide des amérindien, les exactions coloniales.
Hitler constitue l’état paroxysmique d’une civilisation malade. Une civilisation
qui souffre d’avoir cru détenir le Sens et la Vérité. Une civilisation où une
race s’est cru supérieure et se le croit encore et qui s’octroie le droit d’aliéner
le reste de l’humanité. Non, Hitler n’est pas un accident historique, c’est la
quintessence de l’eurocentrisme, c’est l’illusion universaliste en délire !
Il faut comprendre que du point de vue occidental la faute commise par Hitler
est d’avoir assimilé les juifs à l’altérité, de les avoir confondu avec les masses
déshumanisées du monde "non-civilisé". Malmener les juifs est toléré mais les
exterminer c’est ébranler les fondements idéologiques du monde occidental qui
sont de nature ethno-religieuse et non ethnique comme ont pu le croire les nazis.
Sautant sur l’occasion, les sionistes, médias et politiciens occidentaux
aidant, vont jouer avec excellence la partition de la victimisation. La "Shoah"
devient en quelque sorte une nouvelle religion dont les Ashkénaze, juifs européens,
constituent le noyau et la victime par excellence. Tous les autres génocides du
20eme siècle, même celui de Tziganes sont perçus comme de simples évènements historiques
vite oubliés. Le génocide des juifs est affublé de deux dénominations spécifiques
: la Shoah et l’Holocauste, deux noms propres, commençant par une majuscule, ce
qui leur confère une valeur absolue. La "Shoah", mot hébreux dont la singularité
fait qu’il soit perçu comme l’expression d’un phénomène unique, n’est pas un génocide
parmi d’autres mais le seul, l’unique, l’incomparable. L’"Holocauste" signifie
au sens propre, un sacrifice religieux où la victime est offerte à Dieu par quelque
sacrificateur. Le génocide des Juifs européens est donc vu, non pas comme un "holocauste"
ou l’"holocauste des Juifs européens", mais comme l’"Holocauste" dans le sens
absolu du terme. Il possède une connotation religieuse sacrificielle, attribuant
aux victimes un destin spécifiquement divin, sacralisant ainsi un fait historique
. L’unicité de la Shoah est brandie, devenant ainsi le symbole du "peuple élu".
Hegel dit bien que les juifs n’ont pas d’histoire, ils n’ont que des martyrs,
la Shoah se présente comme le superlatif de la martyrisation .
On retrouve
dans cette manière de penser la même obsession eurocentrique : on n’est pas seulement
détenteur exclusif de la connaissance, de la foi, de la civilisation , on est
aussi détenteur du malheur suprême, de la souffrance suprême. Les Ashkénazes se
présentent comme les seules victimes dotées d’humanité. A l’hypervictimisation
des juifs blancs d’ Europe répond une hyperculpabilisation de leurs cousins chrétiens
occidentaux. Les sionistes qui croient que les juif exterminés sont d’une nature
différente des autres génocidés de l’Histoire vont mettre en valeur ce privilège.
Il bénéficieront ainsi de l’absolution pour tous les crimes qu’ils vont commettre.
Le rêve de ces victimes exceptionnelles du nazisme sera l’extermination d’un autre
peuple, un peuple qui, en fait, n’en est pas un puisqu’il se situe hors des frontières
de la "civilisation". La Shoah constitue une autre facette de l’idéologie dominante
occidentale dans sa longue marche truffée de génocides, de colonisations et de
mépris de l’altérité. La victimisation a servi d’excuse à la colonisation de la
Palestine et d’écran aux différents épisodes d’épuration ethnique des autochtones.
On est en droit de se demander si la Shoah est la sacralisation de la souffrance
d’un peuple ou un vulgaire instrument de chantage servant à extorquer des fonds
au profit des organisation sionistes comme le démontre si bien Norman G. Finkelstein
dans son livre : « L’industrie de l’Holocauste : réflexions sur l’exploitation
de la souffrance des juifs ».
Étrange est le destin de ceux qui de victimes
se sont mués en bourreaux ! Faut-il laisser les Sioniste continuer à éclabousser
la mémoire de ceux qui ont souffert le martyr ? Faut-il qu’une bande d’assassins
se serve de la mémoire de ces martyrs pour martyriser des innocents ? Faut-il
que les juifs soient associés à une telle entreprise criminelle ?
Fethi
GHARBI