Sarkozy
face aux mobilisations populaires

mercredi 11 février 2009 par le CDATM
Voici quelques jours, Nicolas Sarkozy était l’invité d’une émission
intitulée « face à la crise ». Comme l’a précisé le « journaliste » David Pujadas,
l’objectif est de donner « des explications et des réponses à toutes les questions
[que les français-e-s] se posent sur la crise, le climat économique et sur [la]
politique [du président] ».
Explications ? Réponses ? Dès les 30 premières
secondes, David Pujadas donne le ton en parlant de « climat économique ». On apprend
dès lors que « le monde change », que la crise est une « aventure » qui « s’abat
sur nous » et qu’elle est en particulier tombée sur les jeunes. Bien que l’inquiétude
des français soit un « phénomène naturel », qu’ils se rassurent, « nous avons
évité la catastrophe »… Comme si la crise arrivait par hasard, sans rapport avec
les choix politiques et économiques désastreux des dernières décennies…
Et si c’était le capitalisme qui était responsable de la crise ? Loin d’une telle
question profondément dérangeante pour ceux qui ont largement profité des vices
inhérents au capitalisme, cette question-là n’a pas été posée. Au contraire, les
mensonges consensuels ont été de mise, afin d’anesthésier la contestation montante...
« La première exigence est une exigence de vérité »
Alors que
le gouvernement a mobilisé 320 milliards pour « sauver » les banques, le Président
assure aux français que « pour l’instant, à la minute où je parle, cela ne leur
a pas coûté un centime d’euro (…) pas un, pas un seul ». Il ajoute que sur cette
somme globale, 25 milliards ont été réellement prêtés aux organismes financiers
et produiront 1,4 milliard d’euros d’intérêts qui seront « exclusivement » investis
dans le social. La crise serait donc, selon notre président, un formidable investissement
pour trouver les moyens de financer des mesures sociales. On croit rêver !
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| Si
la première exigence de Nicolas Sarkozy est de dire la vérité aux français, alors
il aurait dû expliquer que le coût du sauvetage des banques est supporté par l’Etat
qui creuse sa dette publique pour cela. Fin 2008, elle atteint 1 285 milliards
d’euros, et ce sont essentiellement les personnes modestes qui en supportent le
coût. Par ailleurs, le président a assuré que la politique de sauvegarde des banques
a été réalisée dans le but de préserver leur épargne. Mais alors la nationalisation
des banques, en récupérant le coût de cette opération sur le patrimoine des grands
actionnaires et des administrateurs, n’aurait-elle pas offert une garantie bien
plus grande ? La nationalisation permettrait de disposer d’un outil complet et
efficace, d’« un instrument public pour financer des projets socialement utiles,
respectueux de l’environnement, générateurs d’emplois et de revenus, tout en garantissant
l’épargne des particuliers [1] ».
« Qu’appelez-vous
le modèle social ? »
Cette question, c’est Nicolas Sarkozy
qui la pose à David Pujadas. Celui-ci, pris au dépourvu, répond : « la protection
sociale par exemple ». Depuis des années, les différents gouvernements au
pouvoir ont privatisé de nombreux services publics, et aujourd’hui le gouvernement
s’attaque à la Poste. Ces politiques réduisent la qualité des services auxquels
la population française a accès, favorisent l’augmentation des prix et renforcent
les inégalités d’accès à des services essentiels. Au contraire, une des réponses
fortes à la crise aux multiples facettes (sociale, environnementale…) serait la
promotion de biens et de services publics, garantissant non seulement les droits
fondamentaux de chaque individu mais assurant par là-même une relance de l’économie
par des activités socialement utiles.
Dans le domaine de l’emploi aussi,
les inégalités s’accroissent dangereusement. Le maintien d’un taux de chômage
élevé va alors permettre de maintenir une pression sur les travailleurs et leurs
salaires et ainsi garantir au patronat une main d’œuvre flexible, docile et bon
marché. Rappelons qu’entre 1998 et 2006, les 10% les mieux payés ont eu une augmentation
de salaire de 8,2% en moyenne (pour les 0,1% les mieux payés c’est 68,9%), contre
0,9% pour les 10% les moins bien payés#. Quant à notre président, qui s’insurge
à raison contre les bonus distribués aux banquiers qui ont perdu des sommes exorbitantes,
il s’est octroyé une généreuse augmentation de salaire de 140%...
Très
à l’écoute des revendications patronales, le président français veut « réhabiliter
le travail » et affirme que « le partage du travail est une erreur historique
» alors qu’il n’a jamais été mis en place en France. La réforme des 35 heures
n’était pas la mise en place d’une politique de partage du temps de travail, car
aucune obligation d’embauche compensatoire n’a été mise en place. Au contraire,
la réduction radicale du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches
compensatoires permet d’améliorer les conditions des travailleuses et travailleurs,
de créer de l’emploi et d’assurer le financement des retraites par l’augmentation
du nombre de personnes cotisantes, sans allonger la durée de cotisation et repousser
la limite d’âge du départ à la retraite. C’est une des alternatives à mettre en
place pour sortir de la crise en offrant à tous des conditions dignes. La meilleure
solution, sans aucun doute, pour « réhabiliter le travail ».
« La rupture
n’a jamais été un objectif, c’est tout juste un moyen »… tout comme les mobilisations
ou les révolutions !
A la question « Vous n’avez pas peur d’une crise
sociale, d’un embrasement ? », Nicolas Sarkozy répond que « des manifestations
en France, il y en a très souvent, c’est une constante de notre pays », et ajoute
: « mon devoir est d’écouter les gens qui manifestent. On est en démocratie, mais
je dois aussi écouter ceux qui ne manifestent pas ». Laurence Parisot, présidente
du MEDEF, estime quant à elle que « la crise est comme une tempête et (…) qu’il
est de peu d’efficacité de protester contre la tempête. On fabrique de l’appauvrissement
quand on fait grève pendant toute une journée. Cela coûte cher et ruine la réputation
de la France. »
C’est sans doute une bonne preuve que les récentes mobilisations
sont extrêmement importantes : elles ont rassemblé énormément de personnes de
milieux sociaux différents, tout en étant politiquement radicales et largement
anticapitalistes. Les élites restent sourdes aux protestations pour continuer
à imposer la logique dont ils tirent profit. Alors comment se faire entendre ?
Faut-il une grève générale pour que soit pleinement exercé le pouvoir (et la solidarité)
des travailleurs et des travailleuses ? Soit. Nous n’avons rien à perdre et tout
à gagner !
Faut-il rappeler les révoltes qui ont toujours lieu en Grèce
? Ce mouvement de la « génération des 700 euros » a rencontré une solidarité dans
le monde entier, avec des manifestations de soutien partout en Europe (Croatie,
France, Angleterre, Italie, Allemagne, Espagne…), aux Etats-Unis, en Colombie,
en Argentine, en Arménie… et même en Sibérie [2]. Faut-il rappeler que les
étudiants, les enseignants et les parents d’élèves sont dans la rue depuis plusieurs
mois ? Que la mobilisation du 29 janvier a rassemblé 2 millions de personnes ?
Faut-il rappeler que les revendications anticapitalistes fleurissent en plein
hiver et sont portées par un nombre croissant de personnes que la crise a aidé
à comprendre l’escroquerie du capitalisme ?
Nicolas Sarkozy n’a sûrement
pas, non plus, entendu la déclaration de l’assemblée des mouvements sociaux lors
du forum social mondial qui s’est tenu à Belém et qui réunissait plus de 100 000
personnes. Ecoutez l’embrasement qui vient… : « « Pour faire face à la crise,
il est nécessaire d’aller à la racine du problème et d’avancer le plus rapidement
possible vers la construction d’une alternative radicale qui en finisse avec le
système capitaliste et la domination patriarcale (….) Nous, les mouvements sociaux
sommes face à une occasion historique pour le développement d’initiatives d’émancipation
à l’échelle internationale. Seule la lutte sociale des masses peut sortir les
peuples de la crise. Pour impulser cette lutte, il est indispensable de développer
un travail de conscientisation et de mobilisation à la base. Le défi pour les
mouvements sociaux est d’arriver à organiser la convergence des mobilisations
globales à l’échelle de la planète et de renforcer notre capacité d’ac tion en
favorisant la convergence de tous les mouvements qui cherchent à résister à toutes
les formes d’oppression et d’exploitation ».
Pauline
Imbach (CADTM, www.cadtm.org)
[1] Eric Toussaint, Pour sortir de la
crise, en finir avec le capitalisme, novembre 2008, www.cadtm.org/spip.php ?article3911 |
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