Propos
scandaleux de la journaliste Françoise Laborde sur les cheminots samedi 7 février
2009
Les cheminots : privilégiés... et collabos
!
Selon Françoise LABORDE (Journaliste à France 2)
De Maurice SAMSON (Membre du BN/UFR et représentant retraités au CA/CPRP)
Françoise Laborde n’est pas seulement journaliste sur la chaîne France 2 de la
télévision publique, elle a aussi écrit un livre publié en 2008, juste après le
conflit sur les régimes spéciaux. Manifestement, cet ouvrage lui a permis de déverser
tout le fiel que lui inspirent les actions menées par les cheminots. Le moins
que l’on puisse dire c’est qu’elle n’a pas du tout apprécié que ces “privilégiés”
se mettent en grève pour défendre leurs droits et leur régime spécial de retraite
! Et pour couronner le tout, elle ose les traiter de collabos... Incroyable et
pourtant vrai !
Ainsi, dans cet ouvrage impérissable intitulé “ça va
mieux en le disant... !”, on peut lire aux pages 95 et suivantes :
«
Parfois, quand le découragement me saisit, à défaut de mensonges pour m’évader,
je me prends à rêver à la retraite... Oui, oui, moi aussi ! Comme tous ces heureux
bénéficiaires des régimes spéciaux, agents de la SNCF, d’EDF, de Gaz de France,
qui, vers cinquante ans, peuvent plier les gaules et attaquer une nouvelle vie
à leur guise, farniente ou seconde carrière. 5par parenthèse, je suis toujours
fascinée et perplexe en entendant des “jeunes” cheminots de trente-cinq ans expliquer
qu’ils ont précisément signé pour partir plus tôt se la couler douce. A leur âge,
je pensais à tout sauf à cette échéance qui me paraissait si lointaine !)
Pour défendre cet acquis non négligeable, ils font grève. Pendant dix jours, en
novembre 2007, ils ont paralysé le pays en clamant des mots d’ordre variés. Au
choix : pour défendre “l’intérêt du service”, les “acquis sociaux”, nos “futures
retraites”, que sais-je encore ? Alors que nous - salariés du privé ou assimilés
- cotisons déjà plus longtemps, avec des décotes bien plus substantielles !
Mensonges que tous ces slogans, mensonge que cette pseudo-solidarité : ils défendent
leurs avantages ! ça se comprend, mais pourquoi ne pas le dire ? Car l’intérêt
public, le sens du collectif, c’est bien autre chose ! La SNCF se targue d’être
un modèle de solidarité sociale, mais nul n’ose rappeler que les trains de la
mort qui emmenaient juifs et résistants vers les camps d’extermination n’ont jamais
été stoppés par des grévistes et sont toujours arrivés à l’heure, leur prestation
payée, rubis sur l’ongle, par les nazis. Sans les trains français, comment la
déportation aurait-elle pu avoir lieu ? Les cheminots héros de la Résistance dans
La Bataille du rail, voilà une imposture historique extrapolée et véhiculée par
les “camarades” après la guerre...
Rappelant cela, je sais que je vais
me faire des copains...
Le mensonge d’Etat ! Comment la France de Vichy
aurait-elle pu se montrer si efficace dans sa collaboration sans la police, la
magistrature, la fonction publique françaises - et ce qu’on n’appelait pas encore
les médias ? Voyez de Gaulle nommant un Jacques Chaban-Delmas, authentique héros
de la Résistance, lui, à Bordeaux, nid d’anciens collabos, mais aussi Papon préfet
de police, puis ministre, et un René Bousquet, chef de la police sous Vichy, reçu
en toute amitié par Mitterrand... Tout cela dit-on, est bien connu, mais si vite
oublié !
Et voici nos cheminots viennent semer la panique dans l’organisation
de la Coupe du monde de rugby à laquelle les amateurs du monde entier souhaitent
assister. Ironie du sort : le premier sponsor de la Coupe du monde est précisément
la SNCF, dont les trains risquent bien d’être bloqués ! Heureusement, ils ont
le bon goût d’attendre que la finale, le 20 octobre, soit passée pour mettre leurs
menaces à exécution. »
La SNCF et les trains
de la mort
A la suite de plaintes déposées contre la SNCF
en 2001 aux Etats-Unis, et de celle déposée par le député Vert européen Alain
Lipietz, l’avocat Arno Klarsfeld a publié un article dans le quotidien Le Monde
du 6 juin 2006 dont voici quelques extraits.
« Ces plaintes sont contraires
à la vérité historique. Elles souillent la mémoire des 1 647 cheminots fusillés
ou déportés sans retour, elles effacent le rôle des autorités allemandes, de l’Etat
français de Vichy et diluent la responsabilité de ceux qui furent chargés de la
déportation des juifs de France.
La SNCF était indiscutablement une entreprise
publique sous contrôle strict de l’Etat français et des autorités allemandes.
Elle était réquisitionnée pour chaque transfert d’internés juifs, comme l’ont
été d’ailleurs beaucoup d’individus ou sociétés dont le préfet a réquisitionné
les véhicules pour le transfert des juifs arrêtés vers un centre de rassemblement...
(...) La réquisition était un acte d’autorité de l’Etat auquel la SNCF ne pouvait
se soustraire, ni soustraire les wagons, la locomotive, le chauffeur et son mécanicien.
Pour les déportations, les trains étaient considérés allemands... (...)
c’est toujours le ministère des transports du Reich qui fournit les trains.
Aucun des déportés survivants qui ont relaté leur départ n’a accusé la SNCF ou
les cheminots. Ce n’est pas eux qui procédaient à l’embarquement, ni pour les
transferts, ni pour la déportation. (...)
Dans les témoignages des survivants,
les cheminots apparaissent comme ceux qui transmettaient les messages des déportés
aux familles. Parfois aussi, ils réussissent à intervenir et à sauver des déportés,
comme à Rozan, à Lille le 12 septembre 1942 pour les enfants, ou en août 1944,
quand ils parviennent à éviter de mettre à disposition du capitaine SS Aloïs Brunner
le dernier train qui aurait pu quitter le camp.
Peut-on reprocher aux
cheminots de n’avoir point saboté les voies ? C’était courir le risque d’une catastrophe,
et pour sacrifier délibérément des vies afin d’en sauver d’autres, encore fallait-il
être absolument certain qu’au terminus c’était la mort qui attendaient les juifs
déportés. Les cheminots français ne dépassaient pas la frontière franco-allemande.
Contrairement à ce qu’affirme les plaignants, la SNCF n’a pas été payée
par les Allemands pour la déportation. Déjà, le 15 juin 1942 à Berlin, quand il
est décidé à l’Office central de sécurité du Reich de déporter les juifs de France,
il est entendu que l’Etat français prendra à sa charge les frais de da déportation.
(...) »
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| Que
Madame Laborde n’aime pas les cheminots, c’est tout à fait son droit. Mais, quand
on est journaliste sur une chaîne de télévision du service public, un tel parti
pris concernant les actions des cheminots ne pose-t-il pas une question d’objectivité
dans la présentation de l’information ? Nous ne polémiquerons pas sur la définition
de “l’intérêt public”, ni sur celle des droits liés aux contraintes du service
public et à la pénibilité du travail dont bénéficient les personnels mis en cause,
un concept que Madame Laborde semble totalement ignorer... tant son aversion pour
les “fonctionnaires” est grande ! Mais peut être cette aversion n’est-elle que
l’expression zélée d’un militantisme politique très sarkozyste ? Au moment ou
la télévision publique est reprise en main par l’Elysée, ça peut servir ! Nous
n’insisterons pas non plus sur la très puissante grève du 18 octobre qui semble
être oubliée...
Mais que Madame Laborde falsifie l’histoire de la Résistance
et traite finalement les cheminots de collabos, c’est totalement inacceptable
! Non Madame Laborde, “les cheminots héros de la Résistance”, ce n’est pas une
fiction sortie de l’imaginaire du cinéaste René Clément, et encore moins “une
imposture historique extrapolée et véhiculée par les camarades après la guerre”,
c’est une réalité reconnue par la plupart des historiens... ainsi que par le Général
De Gaulle !
Faut-il rappeler à cette journaliste que la SNCF a été réquisitionnée
et mise à la disposition des Allemands par la Convention d’armistice signée par
Pétain ? Fau-il lui rappeler que les forces d’occupation étaient physiquement
présentes dans toutes les installations importantes de la SNCF et dans tous les
trains de la déportation ? Faut-il lui rappeler qu’à chaque prise de service le
personnel de conduite était escorté par un ou deux soldats allemands ? Faut-il
lui rappeler que tout mécanicien qui refusait de conduire un train de la déportation,
comme le fit Léon Bronchart, était licencié ?
Faut-il lui rappeler que
les (vrais) syndicats étaient interdits et donc clandestins ? Que toute action
de grève était fortement réprimée, les cheminots étant sous la contrainte des
lois de la guerre allemandes prévoyant la peine de mort ?
Faut-il lui
rappeler que Albert Deberdt et Henri Ployat, tous deux militants du syndicat CGT
clandestin, ont été fusillés le 15 septembre 1941 à Lille ? Que Jean Catelas,
secrétaire de l’Union des syndicats CGT des cheminots du Nord, a été guillotiné
le 24 septembre 1941 ? Que parmi les 27 fusillés de Châteaubriant il y avait un
retraité cheminot et deux fils de cheminots dont le jeune Guy Môquet ? Que Pierre
Sémard, dirigeant de la Fédération des cheminots CGT et administrateur de la SNCF,
a été livré par la police française aux allemands et fusillé le 7 mars 1942 ?
Que Georges Wodli, secrétaire général de l’Union Alsace-Lorraine, a été
pendu le 1er avril 1943 dans les locaux de la gestapo à Strasbourg ? Etc... Nous
ne pouvons citer tous ceux qui ont payé de leur vie leur engagement dans la résistance,
avec 1 647 cheminots assassinés, la liste serait très longue...
Faut-il
lui rappeler que, malgré la farouche répression dont ils étaient victimes, bon
nombre de cheminots ont participé activement à la résistance et qu’ils ont ainsi
désorganisé les approvisionnements allemands ? Faut-il lui rappeler que leurs
actions ont permis d’accélérer de manière décisive l’avancée des troupes alliées
?
Faut-il lui rappeler que le 10 août 1944, les cheminots ont déclenché
la grève insurrectionnelle qui va permettre la libération de Paris... et que cette
grève est la seule à être commémorée chaque année le 10 août à l’Arc de Triomphe
?
Faut-il rappeler à Madame Laborde que ces actions de résistance des
cheminots ont permis à la SNCF d’être la seule entreprise française à recevoir
la Légion d’honneur à titre militaire et la Croix de guerre avec palmes ? (1)
Certes, il n’est pas question de dire que tous les cheminots étaient
résistants ! Comme partout, il y avait des collabos à la SNCF, notamment dans
son état major, mais passer de quelques collaborations individuelles à une collaboration
collective des cheminots, c’est franchir le pas du détournement de l’histoire
!
Madame Laborde oublierait-elle que le patronat français privé, à l’image
de Louis Renault, a lui collaboré activement avec l’occupant nazi, fidèle au “plutôt
Hitler que le front populaire” cher à la bourgeoisie française ? Oublierait-elle
que “seule la classe ouvrière dans sa masse est restée fidèle à la patrie meurtrie”
comme l’a écrit François Mauriac ?
Par ses écrits, Madame Laborde ne
se limite pas à insulter les cheminots, elle souille la mémoire des 1 647 cheminots
fusillés ou déportés. Elle occulte totalement le rôle des autorités allemandes
et de Vichy comme l’a fort justement rappelé Arnaud Klarsfeld (que l’on ne peut
soupçonner d’être “un camarade” !) dans un article du journal “Le Monde” du 6
juin 2006 (voir encadré page présente).
Enfin, madame Laborde, ne manque
pas d’aplomb quand elle traite les cheminots de privilégiés, alors qu’elle possède
un château dans le Gers avec des chambres d’hôtes... que seuls les vrais privilégiés
peuvent s’offrir ! (2)
Le parti pris pour la classe dirigeante et son
anticommunisme primaire conduisent Françoise Laborde à une absence totale d’objectivité
historique. Avec de tels écrits, elle déshonore la profession de journaliste et
le service public. Elle ne mérite que notre mépris.
Françoise
LABORDE, une journaliste très engagée... à droite !
Françoise
(Maria) Laborde, née le 1er mai 1953 à Bordeaux, est une journaliste et présentatrice
de la télévision française. Après avoir réussi un DEA de droit, elle s’installe
aux Etats-Unis où elle obtient son diplôme à l’Univer-sité de Washington & Lee.
En 1979, elle part à Bruxelles, et collabore à la revue Euro-politique.
De 1982 à 1985, elle se spécialise dans l’économie et le social à RMC.
De 1985 à 1993, elle est chef du service économie puis rédac-trice en chef adjointe
de TF1. De 1993 à 1995, elle est chef du service économie de FR 3. Elle
arrive sur France 2 en 1995, devient rédactrice en chef de Télématin en 1997 et
présente depuis cette année-là Les 4 vérités. A partir de 1999, elle est
la remplaçante de la présentatrice des journaux télévisés du week-end. Depuis
2006, elle remplace Elise Lucet au journal de 13 h. Françoise Laborde est
vice-présidente du Press Club de France, un club qui se veut le “haut lieu de
la presse de l’entreprise et des institutions”, un club franchement à droite !
Elle est aussi membre du Haut-conseil à la coopération internationale.
Elle a écrit 9 livres...dont Les tribulations d’une femme d’aujourd’hui : ça va
mieux en le disant ! en 2008.
Françoise Laborde est chevalier national
du Mérite et officier du Mérite agricole. Pour service rendus... mais à qui ?
Enfin, elle possède le Château-Monastère de Saint-Mont dans le Gers,
où les tarifs des séjours en chambres d’hôtes débutent à partir de 3 000 €...
Un séjour que seuls ses amis peuvent s’offrir, ce qui n’est évidemment pas le
cas de ces “privilégiés” de cheminots retraités !
Maurice SAMSON
Membre du BN/UFR et représentant retraités au CA/CPRP
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