
5 mars 2009 Oser la désobéissance européenne BERNIER Aurélien photo
: greenpeace
Alors que tous les regards sont fixés sur la crise financière,
il s’opère en coulisses une nouvelle offensive pro-OGM au niveau européen, menée
tambour battant par la Commission. A quelques semaines du début des semis et à
quelques mois du renouvellement du Parlement, cette dernière multiplie les pressions
pour autoriser de nouvelles variétés de maïs génétiquement modifié, et surtout,
pour empêcher des États comme l’Autriche, la Hongrie ou la France de s’opposer
aux cultures transgéniques.
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première autorisation de mise en culture de plante génétiquement modifiée en Europe
fut accordée fin 1997. Moins de deux ans plus tard, un moratoire européen a été
instauré afin de compléter la législation communautaire. La publication en 2003
des règlements relatifs à la traçabilité et à l’étiquetage des produits alimentaires
contenant des OGM mit fin à cette interdiction temporaire et permit d’éviter les
foudres de l’Organisation mondiale du commerce. Dans l’intervalle, les surfaces
d’OGM ont progressé insidieusement, mais lentement. Elles dépassaient à peine
les 100 000 hectares en 2008, ce qui équivaut à moins de 1% de la production européenne
de maïs et marque donc un véritable échec commercial.
En fait, le vent
a tourné, et la situation n’est plus aussi favorable aux biotechnologies qu’à
la fin des années 1990. Un pays comme l’Autriche a engagé très tôt une guérilla
juridique pour interdire les OGM sur son territoire, entraînant dans son sillage
d’autres États. Si les mesures nationales d’interdiction se sont heurtées au mur
des institutions européennes, la Commission réclamant leur annulation de façon
systématique, les arguments ont pourtant fait leur chemin. De plus en plus sceptiques,
les États membres peuvent à présent réunir une majorité contre les positions pro-OGM
de la Commission. Ainsi, le 2 mars, le Conseil des ministres de l’environnement
rejetait par 282 voix sur 345 la demande de levée des moratoires hongrois et autrichiens
sur le maïs MON810 de la firme Monsanto.
Si cette stratégie défensive
a permis de gagner du temps, elle n’est pourtant pas viable sur le long terme.
Après avoir simplifié les procédures d’autorisation de mise en culture d’OGM avec
les règlements adoptés en 2003, après avoir introduit une tolérance de 0,9% d’OGM
dans les produits biologiques en janvier 2009, la prochaine étape pour la Commission
européenne devrait être une refonte des procédures d’évaluation de nature à évacuer
tout débat politique, laissant à la science officielle le soin de trancher en
faveur des biotechnologies.
Cette situation sur le cas emblématique des
OGM est à rapprocher du scandale du traité de Lisbonne. Les deux affaires prouvent
en effet que l’actuelle construction européenne vise tout simplement à abolir
la démocratie pour préserver le libre-échange, principal outil du capitalisme
néo-libéral. Le peuple peut bien dire « non » à un traité, il peut tout aussi
bien refuser à plus de 80% une technologie écologiquement et socialement dangereuse,
l’Union européenne ne déviera pas sa trajectoire d’un centimètre.
Puisque
chaque texte qui sort du Parlement, chaque décret ou arrêté se doit absolument
d’être euro-compatible, la conclusion est évidente. Un véritable gouvernement
de Gauche arrivant au pouvoir en France n’aurait d’autre solution que de pratiquer
la désobéissance européenne pour mettre en oeuvre ses politiques. Sur la seule
question environnementale, la désobéissance s’impose dans de nombreux domaines.
Il faut dénoncer la directive 2001/18 et le règlement 1829/2003 pour interdire
les OGM dans les champs et dans l’alimentation. Il faut dénoncer la directive
2003/87 instaurant le système de Bourse du carbone pour démanteler le marché des
droits à polluer et mener des politiques de lutte contre le changement climatique
sérieuses. Il faut refuser d’abonder le budget de la Politique agricole commune
tant que celle-ci financera une agriculture intensive détruisant la paysannerie
et les écosystèmes. Il faut dénoncer les directives sur les marchés publics afin
d’imposer la prise en compte de critères sociaux et environnementaux au lieu de
se soumettre à la libre-concurrence, plus que jamais synonyme de dumping. Bien
sûr, le raisonnement est tout aussi valable sur les questions sociales.
En 2005, la formidable campagne d’éducation populaire qui a accompagné le référendum
sur le Traité constitutionnel européen a permis aux citoyens de prendre conscience
d’une chose fondamentale : l’Europe qui se construit vise à déposséder les États
de tout pouvoir d’opposition aux politiques libérales, qu’elle impose envers et
contre tout. Cette Europe-là ne fera plus machine arrière. Les stratégies visant
à changer le cours de la construction européenne ayant échoué, il s’agit maintenant
de changer d’Europe, c’est à dire la reconstruire du sol au plafond. Changer d’Europe,
c’est oser à nouveau dire « non ». Au quotidien. Chaque fois qu’une mesure de
gauche se heurtera aux tables de loi de l’euro-libéralisme. Changer d’Europe commence
par la désobéissance. Alors, soyons prêts à désobéir, et affirmons-le !
Aurélien BERNIER
Secrétaire national du Mouvement
politique d’éducation populaire (M’PEP – www.m-pep.org)
Blog : http://abernier.vefblog.net/
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