Question à Marie NDiaye : « Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?»

Marie NDiaye :

« Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants - ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux.

Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : "La droite, c'est la mort". Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus. »









Devoir de Réserve et Privilège du Grotesque…

Paradoxe.

En pleine transe médiatique sur la célébration des vingt ans de la chute du Mur de Berlin, de la « Victoire de la Liberté sur l’Oppression »…

Ne voilà-t-il pas, qu’en France, un député - maire du parti au pouvoir se fait le chantre du « ferme ta gueule » à l’encontre des artistes, des écrivains. Du moins de ceux qui ne pensent pas dans « la ligne du parti ».

Comme le beaujolais, c’est le « stalinien nouveau » qui débarque…

Fier comme Artaban, il demande au Ministre de la Culture de ramener à la raison Marie NDiaye, exigeant l’imposition d’un « devoir de réserve ». Qui n’est que l’obligation de se taire. Cette artiste aurait « diffamé » la France et ses dirigeants.

Non. Ce n’est pas une chanteuse quittant la France pour se réfugier en Suisse. Crachant sur son système fiscal, son impôt sur la fortune, ses institutions et ses valeurs. Notamment une de celles inscrites sur ses bâtiments et ses documents publics : la Solidarité, à défaut de Fraternité.

C’est une romancière, vivant à Berlin, qui vient d’obtenir un de nos plus médiatiques prix littéraires, le Goncourt.

Diabolisée pour avoir dit tout haut ce que pensent, à présent, les français dans leur majorité. Même ceux qui avaient voté pour Sarkozy et son parti, enthousiastes devant l’image véhiculée par les médias d’un homme neuf, leur promettant « d’aller chercher la croissance avec les dents ».

Ignorant, alors, que ses dents seraient vigoureusement limées jusqu’aux gencives par les lobbies, et autres prédateurs de la collectivité, rompus à ce genre d’exercice : banques - assurances, pétroliers - gaziers - atomistes, chimie - pharmacie, béton - télécoms, agro-industrie – grande distribution, “complexe” militaro - industriel…

Face à un président-monarque édenté au bout de deux ans, quoi de plus normal pour un peuple floué que d’exprimer son ressentiment pour les uns, son écœurement pour les autres…

Après tout, en quoi Marie NDiaye a-t-elle tort de dire qu’elle trouve la France " monstrueuse dans son flicage et sa vulgarité " ?… D’estimer que certains ministres se comportent en monstres froids, et de les citer : Besson, Hortefeux ?…

Quitter la France pour s’installer avec sa famille à Berlin où la vie intellectuelle est plus libre, plus créatrice, qu’en France où tout est verrouillé par la même caste ?… Où est le mal ?…




Somme toute, elle ne s’est pas installée dans un paradis fiscal, mais demeure dans les frontières de l’Union Européenne. C’est son droit. Dire qu’elle l’a fait dès l’élection de Sarkozy, par détestation, et alors ?…

Sa position a le mérite de la franchise et de la clarté. :

« Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus. »

Cela change de la langue de bois du monde de l’édition !

Mais, pour la caste au pouvoir : inadmissible. D’où les réactions, révélatrices de sa fureur.


Le grotesque de pareille posture est riche d’enseignement.

Confirmant la tendance liberticide des oligarchies en Occident. Sous prétexte de terrorisme, d’ultra-gauchisme, de l’honneur du drapeau, du "secret défense", de l'identité nationale, des dirigeants ou des petits pois...

Une résurgence de ce contre quoi nous, nos ancêtres, nous sommes battus pendant des générations : l’autocratie, l’absolutisme. Car cet « élu », dans sa gesticulation, brandit à bout de bras un symbole : une « lettre de cachet ».

Obsession de ces nouveaux marquis, perruqués, poudrés, enrubannées, de privilèges et de passe-droits. Staliniens en bas de soie, confits d’arrogance, descendant de leurs chaises à porteur : neutraliser la liberté d’expression.

Liberté fondamentale, représentée par ceux qui disent ce qu’ils pensent, et pensent ce qu’ils disent. Ceux qui n’encensent pas les « puissants », ne courbent pas l’échine devant l’importance qu’ils s’octroient. Qui ne se taisent pas, quand ils le leur ordonnent.

Ces petits marquis tenant dans leur mépris un Molière, un Cyrano ou un Voltaire. Se permettant de les faire bastonner par leurs laquais, pour avoir manifesté leur indépendance d’esprit. Qui le leur rendaient bien.

Alors, une Marie NDiaye rejetant l’intimidation des oligarques… Qui plus est : une femme… Ciel : une française « black » !

Fi donc !… Quel toupet !…

Ces marquis s’en étranglent de rage. Rêvant d’une bonne bastonnade, au moins médiatique.

Comme au bon vieux temps. Assurés de l’impunité due à leur rang… N’ayant plus pour légitimité le devoir de leur charges et obligations, mais uniquement celui du privilège de leur naissance ou, aujourd’hui dans notre monarchie élective, de leur réseau incrusté dans l’appareil d’Etat.

Ploutocratie triomphante allant jusqu’à octroyer, dans le cynisme, les sinécures les plus plantureuses à leurs rejetons. Fussent-ils stupides, incompétents, la nullité incarnée derrière leur masque de « beaux parleurs ».

Ronronnant, se célébrant, se congratulant, chimpanzés sur leurs perchoirs s’épouillant à tour de rôle, en direct sur TV et radios, qui nous les servent et resservent en boucle. Notre steak-frites politique quotidien.

Non contents de détenir la quasi-totalité des médias, transformés en arme de propagande massive, ils entendent étouffer toute velléité d’esprit critique, de liberté d’expression.

Dans cette posture, s’exhale la flagornerie du courtisan amidonnant les dentelles de ses suzerains et protecteurs. Dans un zèle où s’expriment les pulsions irrépressibles, démagogiques, entremêlées, de la délation-diabolisation et du culte de la personnalité.

Comment ne pas comprendre, et partager, la nausée de Marie NDiaye ?

Au-delà du constat, que faire ?…

Pour neutraliser cette graine de dictature phagocytant nos institutions et nos libertés, ces politiciens professionnels, passant leur temps à satisfaire, non pas les intérêts de la collectivité mais ceux des lobbies, d’une richissime minorité. Heureux de grappiller les miettes de leur festin. Beuglant que la France est "en faillite", après avoir déversé des milliards dans la poche des banquiers...

Tant et si bien que dans le « cinquième pays le plus riche du monde », comme s’en glorifie le président, des centaines de milliers de français ne peuvent ni travailler, ni se loger, ni se soigner, ni manger à leur faim. Ni se chauffer en hiver, beaucoup chaque année, sans abri, crevant de froid dans nos rues et parcs publics...

Eux, par contre, cumulant tous les droits. A commencer par celui de dire n’importe quoi. De raser des pays, tuer des milliers de gens, sur fondement de mensonges. De couvrir les tortures et crimes contre l'humanité les plus abjects, dans la bonne conscience.


Là, comme par enchantement, leur "conscience" n’y trouve rien « d’excessif ».

Avançons. Dépassons le stade du diagnostic pour aborder celui de l’action. Même si les mises en place paraissent lointaines.

Réduire cette engeance, rend impératif le renforcement de notre droit constitutionnel.

Oui. Inscrire dans la Constitution de notre pays, dans celle de l’Union Européenne aussi, qu'être « élu du peuple», n’est pas un privilège, un avantage, octroyés par des citoyens ignares, mais un devoir à accomplir dans l’intérêt de tous.

Pour cela, en stipulant dans un article spécifique :

i) Limiter tout mandat électif à, seulement, deux mandats successifs pour éviter ces rentes de situation de politiciens vivant grassement, pendant des décennies, aux frais d'une République qu'ils prétendent "en faillite".

ii) Interdire tout cumul de mandats électifs. Un élu serait uniquement soit député ou maire, soit sénateur ou maire, etc. Pour éradiquer ces mille-feuilles de sinécures, trustés par les mêmes familles ou clans, du conseil communal au conseil général ...

iii) Imposer la transparence totale sur tous les marchés publics via les accès directs par Internet, avec téléchargements gratuits, pour les copies des marchés publics dès leur ouverture. Pour casser les ententes lucratives sur la répartition des marchés, l'octroi occulte de marges ne se justifiant pas. Notamment dans les dépassements de travaux.

Je sais, me direz-vous, aucun de nos partis, avec leurs dinosaures et éléphants, n’est en mesure d’inclure ces dispositions dans son programme électoral.

L'Histoire tranchera, en ce cas. Comme toute fin de cycle, Ancien Régime, républiques précédentes, la V° République vermoulue, implosera sous le poids de ses dysfonctionnements. Ce sera à la VI° République d'inclure, n’en doutons pas, ces exigences indispensables dans sa nouvelle Constitution, restituant le contrôle de nos institutions aux citoyens de ce pays.


Le débat sur l'identité nationale c'est cela, en fait : sommes-nous des veaux ou des citoyens ?...


Marquis, éléphants ou dinosorauses, à l'ego boursouflé, ne se rendent pas compte qu’ils vivent le crépuscule de la V° République.


Tellement bornés, infatués de leur mégalomanie, ils ne sont même pas capables d’effleurer le pressentiment du marquis de Dreux-Brézé trottinant dans les couloirs des Tuileries, essoufflé sur ses talonnettes, interrogeant Louis XVI, alors que grondait la colère du peuple :

« Sire, est-ce une révolte ou une révolution ?… »

Auteur : webmaster du site A contre Courant.










Jean-Yves Cendrey,
mari de Marie Ndiaye,
réagit aux attaques de Raoult





Le débat sur l'identité nationale a déjà fait des petits, petits soldats de l'aigle élyséen, ce drôle d'oiseau qui tient du paon pour la vanité et du coq nain pour l'agressivité.

Le sous-sergent Raoult, pioupiou gonflé de bile et de billevesées, bachi-bouzouk à béret, a tiré le premier.

Tous les observateurs lui ont dit qu'il avait mis à côté, à l'exception notable d'un ministre de la Culture bradée et de la Communication flageolante qui, après quarante-huit heures de réflexion la tête dans le sable (méthode recommandée par Nicolas Sarkozy en pleine drague ultranationale : « C'est avec cette politique de l'autruche qu'on laisse le champ libre à tous les extrêmes »), a pondu un communiqué si hasardeux qu'il ne relève de rien d'autre que du tourisme textuel.

Agacé par les moqueries et même les inquiétudes sur sa capacité cérébrale, le sous-sergent Raoult a pris du plus gros calibre, a ficelé ensemble Noah et Thuram et NDiaye pour s'en faire une cible immanquable, énorme, toute noire sur le fond bleu de l'UMP. Et il a de nouveau fait feu, et sa vieille pétoire lui a explosé à la figure, lui arrachant un râle de raciste déconfit et le peu de cervelle qu'il avait.
Raoult, grand brûlé de la Sarkomania

Hospitalisé en urgence au service des grands brûlés de la sarkomania, il gît sur son lit de douleur.

Dans ses délires paranoïaques il voit des noirs encore plus noirs que Marie NDiaye remporter des prix littéraires, Dany Laferrière le Médicis, Lyonel Trouillot le Wepler, et cela aggrave son Etat.

Voilà le sous-sergent rongé par une épouvantable maladie de peau. Une maladie fort contagieuse, qui nécessiterait que Xavier Bertrand mette le malade à l'isolement. Mais Xavier Bertrand, avec une rare inconséquence, n'a rien fait d'autre depuis le verdict du Goncourt qu'adresser ses « sincères félicitations » à Marie NDiaye (j'ai son bristol sous les yeux).

 





Désormais, tandis que son parti enfile les gants de l'ambiguïté et le masque des libertés républicaines, le pauvre sous-sergent devra compter sur Marine le Pen, De Villiers et l'aigle élyséen, pour laver son honneur avec la cendre de ses échafaudages xénophobes.
Sur le plateau du Vercors, un pur discours de guerre civile

Du coup, moi qui depuis deux ans et demi avais tourné le dos à ce qui se passait outre-Rhin, loin de l'Allemagne où je vis, j'ai éprouvé le besoin de regarder la France contemporaine au fond de ses yeux chassieux.

Je suis ainsi tombé sur une scène que j'ai cru tirée d'archives archaïques, et qui ne datait en vérité que du 12 novembre 2009.

Dans l'austère paysage du Vercors, sur un immense parvis de pierre grise, face à des porteurs de drapeaux au garde-à-vous, il y avait l'aigle élyséen, raide comme un poteau d'exécution promis à ses ennemis de l'intérieur, encadré de deux enfants de petite taille, ces derniers massacrant a capella ce qui m'a semblé être La Marseillaise, sans que je puisse affirmer qu'il s'agissait effectivement des paroles de Rouget de Lisle et non pas de la dernière chansonnette du Rougeaud du Raincy, grand abreuveur de sillons avec le sang impur des envahisseurs.

Ensuite, ce que j'ai entendu ne faisait pas de doute : il s'agissait d'un pur discours de guerre civile, tout bleu de terre franche comme le pain volé aux Français, tout blanc de haine envers chômeurs et étrangers, tout rouge du pourpre de la chrétienté inquisitoriale et totalitaire (un rouge qui se marie à merveille avec le jaune diarrhéique des amitiés scientologues du discoureur).
C'était une promesse électorale, et celle-là il la tenue

C'était aussi bouffon que glaçant. La France était poussée vers l'avenir dans le fauteuil roulant du pétainisme, et elle bavait, et faisait sous elle.

Mais, de fait, c'était une promesse électorale, et celle-là du moins se trouvait tenue. Une ancienne promesse du Front national, une promesse d'ostracisme. Elle avait été faite au cours d'un meeting de l'UMP, durant la campagne présidentielle de 2007.

L'aigle de l'époque n'était pas encore couronné, mais déjà paon flambard et coq nain de très basse-cour. Souvenez-vous
de l'agité-des-épaules (si je disais « du bocal », ce ne serait qu'une insulte au chef de l'Etat qu'il n'était pas encore, certes, mais je préfère lâchement me dispenser de cette bonne vieille saillie pour éviter d'être poursuivi jusqu'à Berlin et traîné devant les tribunaux et roué de coûts) qui soulevait d'enthousiasme et de rire les militants UMP, tous debout dans les baignoires d'un théâtre (des baignoires où aucun Mahométan ne se serait risqué à égorger un mouton) et applaudissant
ces mots : »…d'ailleurs si y en a qu'ça gêne d'être en France…(rires) qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays
qu'ils n'aiment pas (rires). »

La messe n'était pas encore dite, mais c'était tout comme. Marie NDiaye et moi avons taillé la route, et notre carburant n'était nullement la peur mais un violent dégoût. A ceux qui s'inquiètent de voir le prix Goncourt 2009 nuire à l'image
de la France à l'étranger, qu'ils se rassurent, le mal est fait, et irréparable jusqu'en 2012, « Casse-toi pôve con ! »
étant passé par là.

Dernier livre paru : « Honecker 21 » (éd. Actes Sud).