
Comment
expliquer la chute du mur de Berlin ?
Par
Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Depuis
des mois, la propagande politique dans le monde capitaliste tourne à plein régime
à l’occasion du 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin le 9 novembre
1989. À cette occasion, des cérémonies et des festivités ont été organisées un
peu partout en Europe notamment dans la ville de Berlin qui a accueilli, entre
autres, les deux caniches de l’impérialisme, Lech Walesa, l’ancien électricien
des chantiers de Gdansk et Mikhaïl Gorbatchev. Si l’on tente une psychanalyse
de l’événement, nous dirons que derrière l’hystérie médiatico-politique, se cache
une angoisse névrotique provoquée par un capitalisme sénile et comateux et par
un système impérialiste en état de décomposition avancé. À en croire les sirènes
de la propagande capitaliste, notre monde est devenu, depuis la chute du mur de
Berlin et la dislocation du bloc de l’Est, plus libre et plus démocratique. Dire
que le monde est devenu plus libre et plus démocratique après la chute du mur
de Berlin, c’est une bonne blague à 1 euro. Allez demander aux millions de chômeurs
de l’ex-RDA, aux ouvriers roumains de DACIA, aux millions de chômeurs américains
et européens, aux millions de spoliés, d’exploités et de bénéficiaires de la soupe
populaire et des banques alimentaires,(on croirait au XIXè siècle), s’ils sont
devenus plus libres depuis la chute du mur de Berlin. Quant à ceux qui claironnent
à longueur de journée et qui croient dur comme fer à la fin du socialisme, ils
vont un peu vite en besogne et prennent leurs désirs pour des réalités, car ils
sont tout simplement victimes de la propagande capitaliste dont le travail a consisté
plus précisément depuis la chute du mur de Berlin à enfoncer à coup de marteau
dans la tête des masses l’idée de la fin du socialisme et du communisme. La fin
de l’histoire de Francis Fukuyama avec le triomphe définitif du capitalisme sur
le socialisme, c’est plutôt une pure affabulation et une histoire drôle que l’on
raconte aux enfants pour les endormir. Dans cet article, nous allons proposer
notre propre lecture de la chute du mur de Berlin, une version, à n’en pas douter,
différente de celle véhiculée par la machine de propagande capitaliste. LA
CHUTE DU MUR DE BERLIN, SÉQUENCE DE LA POLITIQUE DE CONTAINMENTEn
faisant de la chute du mur de Berlin tout un symbole, la propagande officielle
vise à exploiter l’événement à son profit pour atteindre deux buts psychologiques
inavoués : (1) renforcer davantage les dispositifs répressifs et policiers dans
les pays capitalistes tout en dissertant sur la soi-disant liberté retrouvée après
la chute du mur de Berlin ; (2) cacher l’incapacité des dirigeants des États capitalistes
à faire face à la crise chronique et endémique de leur système. Aux dernières
nouvelles en provenance d’outre-Atlantique, les Etats-Unis ont perdu en un an
7 millions d’emplois et le groupe d’investissement CIT a fait faillite avec une
perte de 71 milliards de dollars et une dette estimée à 65 milliards de dollars.
Ils n’arrêtent pas de nous dire que tout va bien Madame la Marquise. Franchement,
nous avons du mal à croire qu’un mur en béton fasse l’objet de tant de tapages
et de tintamarres médiatiques. Nous l’avons tous compris, on n’a pas besoin de
devins attitrés comme à l’époque des Babyloniens, pour déchiffrer le sens de l’événement
célébré en grande pompe à Berlin : le monde capitaliste nargue les esprits en
cherchant à faire croire que la loi de la jungle est la seule voie qui est ouverte
au genre humain. En examinant les choses de plus près, on découvre que la chute
du mur de Berlin est en elle-même un événement insignifiant voire même un non-événement
au regard d’autres événements qui ont bouleversé la donne et précipité la dislocation
du bloc de l’Est. D’abord, la construction du mur de Berlin le 13 août 1961 n’a
jamais entravé ni la circulation des hommes ni celle des marchandises entre d’une
part, les deux Allemagne et d’autre part entre l’ex-RDA et les Etats capitalistes
de l’Ouest. Ce qui a fait de la chute du mur de Berlin un événement et un symbole,
c’est la propagande politique capitaliste dont le travail consiste à déformer
et à interpréter les faits et les événements d’une façon tendancieuse et erronée.
Ainsi la chute du mur de Berlin n’est-elle en réalité qu’une surperproduction
hollywoodienne dont la mise en scène et la réalisation ont été assurées par la
machine de propagande américaine et européenne. Deux
événements majeurs peuvent être considérés comme annonciateurs de la fin imminente
du socialisme est-européen. Le premier événement a eu lieu le 10 septembre 1989
quand la Hongrie avait laissé franchir les frontières autrichiennes aux 12 000
« réfugiés politiques » en majorité originaire de l’ex-RDA. Le deuxième événement
majeur est intervenu deux jours plus tard, c’est-à-dire le 12 septembre 1989,
avec l’arrivée de Solidarnosc au pouvoir en Pologne qui revient ainsi à la loi
de la jungle capitalisme qui régnait dans ce pays avant la Seconde Guerre mondiale.
D’autres événements de moindre importance ont marqué la fin du socialisme existant
comme l’assassinat de l’ancien président roumain Nicolae Ceausescu et de sa femme
Helena dans une cour d’école près de Bucarest le 24 décembre 1989 ou la réunion
à Malte le même mois, entre George Bush Senior et Mikhaïl Gorbatchev, une réunion
qui rappelle curieusement la conférence de Yalta (4-11 février 1945) tenue entre
Roosevelt, Staline et Churchill. La fissuration du « rideau de fer » a réellement
commencé le 10 septembre 1989 et non pas le 9 novembre 1989 et le monde capitaliste
aurait dû fêter sa victoire à la Pyrrhus non pas un 9 novembre mais un 10 septembre. Pour
bien apprécier la portée réelle de la chute du mur de Berlin, il faudra replacer
cet événement dans le cadre de la politique de l’endiguement ou de containment
dont les principes avaient été énoncés et définis par les deux discours de Harry
Truman le 12 mars 1947 et de Winston Churchill à Fulton. La politique de containment
a pour but de contenir l’expansion communiste soviétique en Europe et dans le
reste du monde par une série d’alliances militaires et économiques. Une fois la
Seconde Guerre mondiale terminée, les dirigeants Américains ne sont pas allés
par quatre chemins pour affirmer haut et fort leur credo, celui d’en finit avec
le pouvoir soviétique et du communisme non seulement sur le continent européen
mais dans les autres régions du monde. D’abord, les Etats-Unis n’ont jamais reconnu
le statu quo en Europe orientale et centrale et leur objectif avoué a toujours
été la « libération » par n’importe quel moyen des peuples est-européens du «
joug » et de « l’oppression » soviétique. Mais sur les manières et les moyens
de contenir la puissance soviétique, les dirigeants américains n’étaient pas tous
sur la même longueur d’onde, car il y avait les « durs » et les « réalistes ».
En effet, au camp des réalistes partisans des négociations avec l’Union soviétique
pour l’évacuation de l’Armée Rouge d’Europe centrale et orientale, s’opposèrent
les partisans de l’option militaire voire l’option nucléaire pour en découdre
avec le pouvoir soviétique. Parmi les durs, figurait, entre autres, Foster Dulles
qui, lors de la campagne présidentielle de 1952 et après une longue conférence
avec Eisenhower en août, dénonça le containement comme dépendant de l’espoir que
« les dictatures communistes seraient tellement assouvis avec 800 millions de
personnes qu’ils resteraient là où ils étaient ». Pour Dulles, tabler sur
cette hypothèse irréaliste était suicidaire pour les Etats-Unis qui devaient tout
faire pour détacher la Russie de ses satellites en brisant l’Union soviétique
de l’intérieur. Pour George Kennan, la diplomatie (au sens de négociation) était
inutile avec les Soviétiques et il pensait qu’il valait mieux avoir « une confrontation
avec eux maintenant que plus tard ». Cette politique de containment visant à encercler
l’Union soviétique par des bastions militaires et économiques installés sur le
pourtour des frontières soviétiques a été traduite notamment par la création de
l’Alliance Atlantique Nord en avril-juin 1949 et par la résurrection de la puissance
économique et militaire de l’Allemagne de l’Ouest devenue en mai 1955, lors de
la Conférence de Paris, membre à part entière de l’OTAN. Huit jours plus tard,
en riposte à l’OTAN et à l’entrée de l’Allemagne dans l’Alliance Atlantique, le
Pacte de Varsovie était signé groupant la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Albanie,
la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie. La politique de containment s’est illustrée
également par la lutte contre l’influence de l’Union soviétique en Méditerranée
avec la formation du pacte de Bagdad dirigée contre l’Egypte nassérienne qui s’était
alignée sur la position soviétique après la conclusion d’un contrat egypto-tchécoslovaque
de fourniture d’armement. Le
mur de Berlin n’est donc pas tombé tout seul dans une nuit étoilée sous la pression
de peuples opprimés assoiffés de liberté et de démocratie comme le prétend la
propagande capitaliste; il a tout simplement cédé sous la pression de saboteurs
et de comploteurs extérieurs et intérieurs, soutenus et financés par le gouvernement
américain, la CIA, les services secrets occidentaux et par une myriade de groupements
et d’institutions agissant souterrainement dont le seul but était de combattre
le communisme tant à l’intérieur du continent européen que dans d’autres zones
de la planète notamment en Amérique latine considérée jadis et même aujourd’hui
comme la chasse gardée et l’arrière cour(backyard) de l’impérialisme américain.
Mais si les saboteurs et les comploteurs ont réussi leur coup en faisant tomber
le mur de Berlin, c’est parce que les conditions s’y prêtaient cette fois-ci et
pas les autres fois, c’est-à-dire les effets de la guerre psychologique menée
contre l’Union soviétique et le bloc de l’Est dans le cadre de la politique de
containment commençaient à se faire sentir. Sans une longue et intense guerre
psychologique, il serait impossible d’expliquer le phénomène de dissidence, le
revirement idéologique et la reconversion à l’anticommunisme et à l’archéo-libéralisme
d’une partie de l’ancienne nomenklatura communiste. C’est la guerre psychologique
menée par l’Occident contre l’Union soviétique et les pays de l’Est qui a entraîné
l’émergence d’une nouvelle force centrifuge viscéralement anticommuniste et foncièrement
hostile aux régimes socialistes en place. Ce phénomène de reconversion d’intellectuels,
on le trouve également dans les pays capitalistes où une bonne partie de l’intelligentsia
occidentale a elle aussi viré de bord et elle a été contamineé par le virus anticommuniste
et archéo-libéral. Aux Etats-Unis, par exemple, les principaux théoriciens de
la révolution conservatrice étaient des anciens marxistes et des militants communistes
durant les années 1950 et 1960. 
Célébration
à Paris du 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin sur la place de la Concorde,
le lundi 9 novembre 2009.LE
FAUX CONCEPT DE LA GUERRE FROIDEAujourd’hui
le concept de la guerre froide est employé à tort et à travers sans se demander
s’il recouvre ou exprime une réalité politique avérée. Disons le tout de suite,
le concept de la guerre froide est un faux concept, car il a été inventé de toutes
pièces pour maquiller les visées belliqueuses de l’Occident et la croisade capitaliste
contre le communisme et l’Union soviétique. D’abord, qui dit guerre dit budget
militaire et la soi-disant guerre froide a servi de prétexte aux Etats-Unis pour
augmenter vertigineusement leurs dépenses militaires. Par exemple, dans les deux
années qui suivirent le début de la soi-disant guerre froide, le budget américain
de la défense a explosé atteignant la somme de 50 milliards de dollars au lieu
de 13 milliards de dollars à la sortie de la guerre, soit une augmentation de
325%. L’expression de guerre froide a été employée pour la première fois par un
journaliste américain, Walter Lippmann qui, dans une série d’articles publiés
en septembre 1947, proposait aux dirigeants anglo-saxons sa propre vision des
relations Est-Ouest et ainsi que des solutions pour en finir avec la présence
soviétique en Europe centrale et orientale. Face aux partisans de la ligne dure
avec l’Union soviétique, Lippmann était plutôt partisan des thèses réalistes en
partant de l’idée que l’Union soviétique était affaiblie par la guerre et qu’elle
était plus encline à négocier le départ de son armée d’Europe de l’Est qu’à chercher
la confrontation avec ses anciens alliés, notamment les Etats-Unis. Alors que
Lippmann préconisait la voie de la négociation comme seul moyen pour faire partir
l’Armée rouge de l’Europe centrale et orientale, les dirigeants occidentaux attendaient
impatiemment et travaillaient dur pour l’effondrement de l’Union soviétique grâce
au renforcement de la politique de containment qui étouffera l’Union soviétique
de l’extérieur plutôt qu’à encourager des forces saines de l’intérieur. Pour eux,
la politique de containment promettait d’être doublement avantageuse, car elle
renforcerait l’Ouest tout en encourageant le pouvoir soviétique, déjà dangereusement
tendu, à s’étendre encore un peu plus et peut-être à aller encore un peu plus
loin, précipitant par là son effondrement final. Si
nous disons que le concept de la guerre froide est un faux concept, c’est tout
simplement pour faute de belligérants, car, pour qu’il y ait guerre, il faut au
moins deux parties belligérantes, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis et de
l’Union soviétique du fait qu’il n’y avait qu’une seule partie qui cherchait désespérément
la guerre, les Etats-Unis d’Amérique. D’ailleurs, l’Union soviétique n’avait strictement
aucun intérêt, ni stratégique, ni politique ni militaire à provoquer des tensions
et à entrer en conflits ouverts avec qui que ce soit et surtout pas avec les Etats-Unis
et cela pour trois raisons principales. Primo, à la sortie de la Seconde Guerre,
l’Union soviétique était un pays exsangue économiquement et humainement avec ses
20 millions de morts. Secondo, l’Union soviétique n’était pas assez puissante
militairement pour affronter les Etats-Unis qui étaient déjà une puissance nucléaire.
Tercio, l’Union soviétique cherchait absolument une période de répit pour consolider
ses positions tant à l’intérieur de ses frontières et sa zone d’influence que
sur la scène internationale. L’histoire des relations politiques et diplomatiques
d’après-guerre montre que l’Union soviétique avait adopté un profil bas en multipliant
les gestes conciliants envers les Occidentaux. Même Staline, quelques mois avant
sa mort, disait que la victoire finale du communisme n’impliquait pas nécessairement
un conflit armée entre l’Est et l’Ouest. Alors qu’en même temps les partisans
de la guerre totale contre le communisme et l’Union soviétique faisait rage aux
Etats-Unis avec le maccarthysme. Quelques jours après la mort de Staline, Malenkov
déclarait qu’il n’existait pas de différend qui ne pût être réglé d’une manière
pacifique. Le 1er juin 1952, Moscou renonçait officiellement à ses revendications
territoriales sur deux districts anatoliens ; le 8 juin le contrôle interzones
de l’Autriche prenait également fin. Le 26 janvier 1955, Moscou mit fin à l’état
de guerre avec l’Allemagne, couronné par une visite du chancelier Adenauer le
13 juin. Le 19 septembre, l’Union soviétique restitua à la Finlande l’enclave
de Porkkala. Nouvelle concession soviétique, la signature à Vienne le 15 mai 1955,
du « traité d’État » par lequel prenait fin l’occupation de l’Autriche, laquelle
s’engageant à son tour à rester neutre et à refuser toute union politique ou économique
avec l’Allemagne. Toutes ces initiatives positives de l’Union soviétique plaidaient
en faveur d’une politique d’apaisement et de normalisation avec l’Occident et
non pas de tensions et de confrontation. Où sont-elles les velléités guerrières
de l’Union soviétique dans tous ces gestes que l’on vient d’énumérer ? En fait,
ce sont les Etats capitalistes dirigés par les Etats-Unis qui étaient emmurés
dans leurs certitudes et dans ce qu’ils considéraient comme leur chasse gardée,
l’Europe orientale et centrale. A cet égard, il faudra dissiper un malentendu,
concernant l’avènement des démocraties populaires en Europe centrale et orientale.
La propagande politique capitaliste affirme que les démocraties populaires et
les régimes socialistes nés en Europe centrale et orientale après la Seconde Guerre
mondiale ont été imposées par la torture, la terreur, l’arbitraire et les jugements
sommaires.
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À cette affirmation, on peut opposer deux objections : la première objection,
c’est que tout pouvoir, quelque que soit sa nature, soit-elle la plus démocratique,
est fondé d’abord et avant tout sur la violence et celui qui prétend le contraire
qu’il montre un seul exemple où un pouvoir a été fondé d’une manière pacifique
et contractuelle. La deuxième objection, que l’Union soviétique aidât les communistes
est-européens à prendre le pouvoir, c’est un fait mais cette prise de pouvoir
n’a pas été faite avec l’ aide d’une force étrangère envahissante ayant des visées
impérialistes. Avant la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique ne visait
pas à l’annexion de territoires en Europe centrale et orientale et Staline n’avait
pas programmé l’invasion des pays de l’Est pour y imposer des gouvernements communistes
en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Roumanie, en Albanie « ex-satellite d’Hitler
», en Hongrie, en Bulgarie et en République démocratique allemande. Alors que
Ronald Reagan et George Bush junior avaient envoyé les troupes américaines pour
envahir la Grenade en 1983, l’Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003. L’Armée Rouge
s’est retrouvée devant le fait accompli dans les pays de l’Est dont les territoires
avaient servi de lieu de passage à l’armée nazie du Troisième Reich pour détruire
l’Union soviétique et le pouvoir communiste. Ce sont donc les impératifs de la
guerre qui ont poussé les Soviétiques à entrer en Europe de l’Est. D’ailleurs,
les États capitalistes n’étaient pas du tout mécontents et ils voyaient bien au
contraire d’un bon œil l’invasion des pays d’Europe de l’Est par l’armée du troisième
Reich, car il comptait sur Hitler pour faire le sale travail, pour conjurer la
menace du communisme soviétique et pour débarrasser finalement le continent européen
du communisme. Ce que ne disent pas la propagande politique capitaliste et les
manuels d’histoire, c’est grâce à l’Armée Rouge que les démocraties populaires
d’Europe orientale et centrale ont été libérées de l’occupation nazie et il était
donc normal que l’Union soviétique cherchât à aider les partis communistes des
zones occupées par l’Armée Rouge à conquérir le pouvoir et à y établir sa propre
zone d’influence. Les Etats-Unis et les Occidentaux ont bien leurs zones d’influence
en Afrique, en Amérique latine et au Moyen Orient, pourquoi refuseraient-ils ce
droit à l’Union soviétique? 
Célébration
à Paris du 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin sur la place de la Concorde,
le lundi 9 novembre 2009.CHUTE
DU MUR DE BERLIN :
AVATAR D’UNE GUERRE PSYCHOLOGIQUELa
propagande capitaliste répète à qui veut l’entendre que la chute du mur de Berlin
et la dislocation du bloc de l’Est sont l’expression d’un rejet du socialisme
et du communisme par les peuples est-européens. C’est ce que disent les journalistes
des mass medias, les propagandistes attitrés et les intellectuels des supermarchés
mais la réalité est tout autre chose. Les peuples est-européens ont-ils réellement
rejeté le socialisme ? On ne peut qu’en douter, car les peuples est-européens
sont là pour faire uniquement de la figuration et ils sont incapables de discerner
entre leurs propres intérêts et ceux de leurs oppresseurs. Toutefois, il convient
d’apporter une légère nuance à cette affirmation concernant les peuples est-européens
du fait que ces derniers ont vécu sous deux systèmes sociaux différents et ils
ont eu le loisir de comparer entre les avantages et les inconvénients de l’un
et de l’autre. Ce qui n’est pas le cas des peuples dans les pays capitalistes
qui n’ont jamais eu cette occasion historique pour comparer par eux-mêmes entre
deux systèmes sociaux et idéologiques différents puisqu’ils vivent depuis
deux siècles sous le règne et la domination de la bourgeoise. Ceux qui ont vécu
sous un régime socialiste avant de basculer dans le capitalisme sauvage ont pu
voir la différence entre un système socialiste qui leur assurait la sécurité de
l’emploi de la naissance à la mort et un capitalisme sauvage synonyme de chômage
de masse et d’insécurité psychologique permanente due plus précisément à l’insécurité
d’emploi. Les personnes interrogées dans les sondages d’opinion rarement publiés
ou divulgués en Occident avouent avoir été leurrées par la propagande politique
de Free Europe et de Voice of America qui leur présentaient l’Occident comme un
havre de paix et de liberté. A titre d’exemple, le quotidien américain USA Today
a publié le 11 octobre 1999 un sondage dans lequel 51% des Allemands de l’est
disent regretter le temps d’avant la chute du mur de Berlin et affirment que l’Occident
qu’ils ont découvert n’est pas celui décrit par la Radio Free Europe et la voix
de l’Amérique. Ceux
qui ont contribué à la chute du mur de Berlin et à la dislocation du bloc de l’Est,
ce ne sont pas les peuples est-européens eux-mêmes qui, comme tous les peuples
de la terre, n’ont fait que suivre le mouvement, mais une minorité de privilégiés
appartenant à l’ancienne nomenklatura communiste. À force de matraquage et de
viol psychique, cette minorité ex-communiste finit par céder aux sirènes de la
propagande capitaliste diffusée par radio Free Europe et par la Voix d l’Amérique.
Ce phénomène de reconversion d’anciens communistes à l’anticommunisme et à l’archéo
libéralisme a commencé d’abord par le mouvement de dissidence avant de toucher
une grande partie des cadres des partis communistes et de la nomenklatura communiste.
Ce qui explique le revirement idéologique de cette minorité, c’est sa position
privilégiée par rapport aux autres couches sociales notamment par son niveau de
vie moyen, son degré d’instruction et sa culture moyenne. Car il faut bien savoir,
une propagande n’agit pas sur des individus incultes et sur des pauvres démunis
matériellement, socialement et intellectuellement. Ceux qui sont les plus sensibles
à la propagande, ce sont généralement ceux qui ont fait des études secondaires
ou universitaires, ceux qui possèdent un minimum vital et qui n’ont pas beaucoup
de soucis concernant leurs moyens d’existence. Autrement dit, pour que la propagande
soit efficace, il faut que ceux à qui elle s’adresse aient une certaine aisance
matérielle, un certain niveau d’instruction et une culture moyenne. Dans les pays
occidentaux, c’est donc à cette catégorie sociale médiane, souvent appelée classe
moyenne, que s’adresse la propagande et c’est parce qu’elle est la masse la plus
réceptive aux thèmes et aux symboles véhiculés par les propagandistes. C’est d’ailleurs
cette expérience dans la manipulation des foules et des masses en Occident qui
a servi de laboratoire aux concepteurs et aux planificateurs de la guerre psychologique
contre les pays socialistes en ciblant en particulier cette masse moyenne que
formait la nomenklatura communiste. Les révolutions de velours qui ont eu lieu
dans les républiques soviétiques recrutaient parmi des jeunes, des étudiants et
des intellectuels. La
guerre psychologique menée contre les l’Union soviétique et les pays socialistes
a démarré dès 1945 lorsque les Présidents Harry Truman et Dwight Eisenhower décidèrent
de transformer les agences de propagande créées durant la Seconde Guerre mondiale
en leur assignant une nouvelle mission, combattre l’Union soviétique et les démocraties
populaires de l’Est et les mouvements d’émancipation dans les pays du Tiers-monde.
Ainsi, des hommes et des réseaux travaillant jadis pour l’Allemagne nazie ont-ils
été recrutés et enrôlés dans les nouveaux services de propagande états uniens
pour fournir des études et des renseignements sur l’Union soviétique et les pays
de l’Est. On peut citer à titre d’exemple, l’organisation Gehlen, constituée et
dirigée par Reinhold Gehlen et financée par la CIA. Gehlen qui appartenait à la
Reichwehr depuis 1920, avait été nommé chef de la section d’espionnage de l’Armée
allemande sur le front russe en 1942 où il obtint à quarante-trois ans le grade
de général de division. Après la guerre, le général Gehlen fut fait prisonnier
par les Américains et on lui confia le commandement autonome d’une armée d’espions
avec un état-major choisi personnellement pour organiser l’espionnage dans la
zone soviétique d’Allemagne pour le compte des Etats-Unis. Gehlen recevait 6 millions
de dollars par an pour
financer ses opérations. Son organisation comprenait l’élite de l’ancien corps
de contre-espionnage de l’armée allemande et des agents de diverses nationalités
éparpillées en Europe Orientale et dans les Balkans. Pour
pouvoir retourner une partie de la nomenklatura communiste, la propagande capitaliste
a mené un long travail de sape psychologique s’étalant sur une quarantaine d’années.
Cette guerre psychologique a employé des techniques extrêmement sophistiquées
combinant subversion, sabotage, opérations spéciales, guérilla, espionnage, pressions
politiques, culturelles, économiques. Ces différentes techniques de guerre psychologique
étaient adaptées et modifiées en fonction de chaque situation mais elles avaient
au début des ratés. Par exemple, c’est la technique de propagande blanche ou ouverte
qui a fait échouer les tentatives des réformes de Wladdyslaw Gomulka en Pologne
et d’Imre Nagy en Hongrie en 1956 quand Radio free Europe et Voice of America
appelaient ouvertement les populations polonaises et hongroises aux soulèvements
contre les gouvernements communistes en place. C’est cette propagande ouverte
qui a donné des alibis a l’Union soviétique pour envoyer ses chars à Budapest
et pour écraser le soulèvement hongrois. Là où la propagande de Radio free Europe
s’est démasquée comme une propagande blanche ou propagande ouverte, c’est quand
Imre Nagy avait appelé le 24 octobre 1956 les populations hongroises au calme,
à l’ordre et à la discipline alors que quelques jours plus tard, le 31 octobre
1956, l’expert militaire de radio free Europe proclamait « le ministère de la
Défense et le ministère de l’intérieur sont encore aux mains des communistes.
Ne laissez pas durer cette situation. Combattants de la Liberté. N’accrochez pas
vos armes au mur. Pas un morceau de charbon, pas une goutte d’essence pour le
gouvernement de Budapest tant que l’Intérieur et la Défense ne sont pas entre
vos mains ». Deuxième
exemple de technique de propagande blanche. En été 1980, lors des grèves des chantiers
polonais de Gdansk, alors que le gouvernement polonais cédait à toutes les revendications
des ouvriers, Radio Free Europe, en langue polonaise, la BBC et Radio France internationale,
devenues les porte-voix de Solidarnosc, du MKS de Gdansk du KOR de Jacek Kuron
incitaient les grévistes à continuer leur mouvement de protestation en leur disant
en substance « Tenez bon, continuez la grève, le monde entier est à vous ». Dès
les premiers jours de grève d’août 1980, la propagande blanche capitaliste a tout
fait pour pousser à un affrontement sanglant entre le pouvoir et les grévistes.
Cette propagande blanche s’est révélée comme en Hongrie et en Pologne en 1956
contreproductive puisqu’elle a conduit finalement le pouvoir à l’état d’urgence
décrété par le général Jaruselski en décembre 1980. Au
fil du temps, la propagande blanche trop visible et contreproductive se transforme
progressivement en propagande noire ou grise plus discrètes et plus insidieuses
consistant à mener des actions de sabotage à l’intérieur des frontières de l’adversaire
communiste. Aujourd’hui, il est de notoriété publique que la ville de Berlin grouillait
d’espions américains, français, anglais qui renseignaient leurs directions opérationnelles
sur des actions subversives et de sabotage à mener à l’intérieur de l’ex-RDA et
dans d’autres pays du bloc de l’ancien bloc communiste. La ville de Berlin a été
souvent le théâtre d’actions de sabotage et de subversion comme par exemple, le
plastiquage de transformateurs d’électricité, le sabotage d’usines, la dégradation
de bâtiments publics, le sabotage de ponts et de voies de communications, l’empoisonnement
de 7000 vaches dans une coopérative de production de lait et de fromage est-allemande,
la tentative d’empoisonnement des cigarettes, le sabotage d’une rencontre internationale
pour la jeunesse à Berlin-est par l’envoi de faux billets et de fausses invitations
etc. D’ailleurs les actions subversives menées contre l’ex-RDA et à Berlin-est
remontent au tout début de la création de la RDA quand les Occidentaux avaient
poussé en juin 1952 des émeutiers armés de pierres à ravager les bureaux du gouvernement
en appelant la population berlinoise à descendre dans les rues et à réclamer la
démission du gouvernement communiste. Cette action subversive des émeutiers fut
sévèrement réprimée par les chars russes stationnés alors à Berlin. Pour
augmenter l’efficacité de ses actions, la guerre psychologique était amenée à
connaître le terrain psychologique des groupes qu’elle cherche à influencer psychiquement.
Lorsque le propagandiste ignore le terrain psychologique de l’adversaire, il obtient
l’effet inverse et sa propagande manque ses buts. Pour ce faire, il a fallu étudier
à fond les mythes, les symboles, les stéréotypes, les schèmes généraux de la culture
des sociétés est-européennes. Ce sont les disciplines académiques qui ont été
mises à contribution pour fournir des études et des travaux sur l’Union soviétique
et les pays de l’Est. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs institutions
et fondations américaines ont créé des centres de recherches spécialisés dans
l’étude de l’Union soviétique et des États socialistes. Par exemple, en 1947,
la Fondation Carnegie finança la création du Russian Research center, suivie de
la fondation Ford et de la Fondation Rockefeller qui fournirent des fonds aux
universités aux Etats-Unis et à l’étranger pour aider des chercheurs et pour financer
des centres de recherches sur les pays de l’Est. La Fondation Rockefeller a même
subventionné la création en France de la VI section de l’école pratique des hautes
études devenue plus tard l’Ecole pratique des hautes études en sciences sociales(EHESS)
produisant des travaux sur la Chine, la Russie et les pays de l’Est. Les innombrables
travaux et études produits par ces institutions et centres de recherche ont permis
aux stratèges de la propagande occidentale de connaître et de cerner de plus près
la psychologie de l’individu ainsi que les mythes courants, les opinions et les
stéréotypes des groupes à mobiliser. Aujourd’hui, des questions se posent pour
savoir si le pape Jean Paul I n’a pas été empoisonné pour élire à sa place un
pape polonais dont la mission était de réveiller et de réactiver le catholicisme
en Pologne pour en faire un moyen de lutte contre le communisme. En tout cas,
le pape Jean Paul II et l’Eglise polonaise ont joué un rôle déterminant dans le
renversement du gouvernement communiste en Pologne et dans d’autres pays du bloc
de l’Est. Par
ailleurs, les stratèges de la guerre psychologique ont eu recours à la sociologie
des conflits et des crises politiques, à l’interaction stratégique, à la dynamique
de l’action collective et aux logiques de mobilisation multisectorielles. La sociologie
des conflits et des crises politique a fourni aux stratèges de la guerre psychologique
les armes et les technologies de mobilisation et de désectorisation de l’espace
social. Les principes de la désectorisation de l’espace social et des mobilisations
multisectorielles ont été mis en oeuvre lors des grèves de l’été polonais en 1980
quand les dirigeants du MKS et du KOR, aidés et conseillés par des experts occidentaux
de la guerre psychologique, cherchaient par des rumeurs répandues, à étendre la
grève des chantiers de Gdansk à d’autres secteurs d’activités et à d’autres villes
polonaises pour provoquer un soulèvement général contre le gouvernement communiste.
Cette même tactique de désectorisation et de mobilisations multisectorielles a
également été appliquée et mise en œuvre dans d’autres pays de l’Est après la
chute du mur de Berlin et lors des révolutions des velours dans les ex-républiques
soviétiques. CONCLUSIONPour
savoir pourquoi le monde capitaliste fête aujourd’hui en grande pompe les 20 ans
de la chute du mur de Berlin, il faudra revenir à la période ayant précédé la
dislocation du bloc de l’Est. Dire que le monde capitaliste était en crise avant
la chute du mur de Berlin est tout simplement une tautologie, car le capitalisme
est inséparable de ses crises permanentes et chroniques. Personne n’est capable
de dire quand le capitalisme est en crise et quand il ne l’est pas, car quand
le capitalisme n’est pas en crise, des millions de chômeurs sont jetés sur les
pavés. Dire, par ailleurs que la chute du mur de Berlin symbolise le triomphe
définitif de la liberté sur la tyrannie communiste, c’est plutôt une bonne blague
à un euro. La chute du mur de Berlin a redonné au Capital américain et européen
une bouffée d’air frais en récupérant une zone de 650 000 km2, c’est-à-dire une
zone correspondant aux superficies de la France, de la Suisse, de la Belgique
et du Danemark. En récupérant ainsi cette zone de 650 000 km2 qui étaient jadis
sous l’influence de l’union soviétique, les capitalistes ont épargné à l’Europe
et au monde une guerre meurtrière et destructrice. Car il faut savoir, quand le
Capital n’a plus son oxygène pour respirer, c’est-à-dire, ses marchés et ses matières
premières, il devient, comme un lion affamé, un fou furieux et dangereux pour
l’humanité toute entière. En
faisant main basse sur les 650 000 km2 récupérés après la chute du mur de Berlin,
le capital a ouvert sur le continent européen, une zone franche de réglementation
libre du travail. Grâce à ces 650 000 km2 conquis sur l’union soviétique, le Capital
respire provisoirement grâce à la délocalisation de certains segments de la ligne
de production et à la modification des conditions de travail. La délocalisation-segmentation
peut ainsi se caractériser par une substitution de techniques favorisant l’utilisation
abondante de main d’œuvre et conduisant surtout à son usure précoce. Deux avantages
sont retirés de cette délocalisation: l’un se traduit en terme de coût (bas salaires),
l’autre en terme de productivité(détérioration des conditions de travail). Cette
stratégie de segmentation-délocalisation a pour but de compenser une baisse de
la rentabilité moyenne du capital et pour surmonter cette baisse tendancielle
que rencontre l’accumulation du capital, il était nécessaire de procéder à une
redéfinition des conditions d’exploitation de la force de travail. La possibilité
de trouver ailleurs des conditions meilleures pour exploiter la main-d’oeuvre
permet d’alléger les difficultés que l’accumulation du capital rencontre. La possibilité
de segmenter les lignes de production en adaptant les technologies aux conditions
moyennes de production tend à homogénéiser les conditions de travail vers le bas.
La possibilité d’obtenir des conditions de travail plus favorables au capital
en délocalisant des segments de production constitue une menace réelle sur des
salariés des pays capitalistes du centre, car la menace de délocaliser peut conduire
à une détérioration des conditions de travail, à une stagnation et à une baisse
des salaires réels. La chute du mur de Berlin a été un cadeau du ciel offert aux
multinationales capitalistes qui sont à la recherche de zones franches où règne
seulement la loi de la jungle avec des conditions de travail moyenâgeuses et une
main-d’oeuvre abondante, corvéable et exploitable à volonté. Allez demander aux
ouvriers roumains de chez DACIA qui gagnent un salaire mensuel de 240 s’ils croient
toujours au paradis terrestre promis par la radio free Europe et la Voix de l’Amérique
et s’ils vivent sous le régime de la liberté depuis la chute du mur de Berlin. Faouzi
Elmir, pour Mecanopolis
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