Les
chemins de la mémoire sont parfois semés d’embûches

DANS
UNE JOLIE REGION, AU PIED DE LA CHAINE DES PYRÉNÉES, PAU
LE BEARN, ST PALAIS
PAYS BASQUE dimanche 8 février
2009,
par lera luis
Un
collège à St Palais porte le nom de Léon Bérard, une avenue (Cours) à Pau également,
un médaillon en bronze Place de la Déportation (sic), exposé face au Château sur
la façade Ouest du Parlement de Navarre porte l’inscription : « Léon Bérard, académicien
et homme politique de la IIIème République, né en Béarn ». Le texte gravé dans
la pierre révèle au passant curieux « Leon Berard Humaniste ». (re-sic).
Il y a trois ans, à St Palais, j’accompagnais Jean-Jacques, le réalisateur palois
du film « Mots.de Gurs » pour animer un débat. La séance de l’après-midi était
réservée aux scolaires, deux classes se partageaient la salle. Au cours du débat,
Jean-Jacques pose la question : « Savez-vous qui était Léon Bérard dont votre
collège porte le nom ? ». Après un silence, Jean Jacques lâche : « Un collabo
! ». Comme la plupart des enfants, je l’ignorais aussi...
C’est en 1977
que cette école de la République, sur les recommandations du Pdt du Conseil Général
en exercice, a adopté le patronyme d’une personnalité, certes, mais qui s’est
illustrée dans la collaboration avec le respect d’un serviteur zélé des théories
nazies. Loin s’en faut l’idée de nommer tous ceux, qui, en France, se sont vautrés
sur les divans de la collaboration. Et ce n’est pas Léon Bérard, aujourd’hui disparu,
qui motive l’écriture de cet avertissement, mais l’incompressible et absconse
absolution dont il a bénéficié malgré les devoirs de mémoire et les discours officiels
qui se targuent de traquer les silences. Qui se souviendrait encore de ce triste
personnage si quelques ordonnateurs ne l’avaient sorti de l’oubli. La tendance
veut, aujourd’hui, que l’on ne s’offusque pas : « Léon Bérard même sous les aphtes
les plus noirs de la collaboration... n’aurait jamais cassé trois pattes à un
canard. ». Les sociétés démocratiques grandissent en se libérant de l’hypocrisie
et de l’ignorance. Ce n’est pas à la morale du pardon d’arbitrer les défaillances
de la raison.
Léon Bérard, un diplomate peu ordinaire.
Il y a des anniversaires qui participent à perpétuer
les leçons de l’Histoire par des détours/retours ? inopinés...
Il y a soixante-douze ans, avec la victoire du « Frente Popular » en 1936, l’Espagne
renouait avec la République. L’agression fasciste de Franco contre le gouvernement
nouvellement élu met un terme, après deux années et demi de guerre, un million
de morts et cinq cents mille exilés, à ce qui aurait pu être le triomphe de la
justice sociale et la fin des velléités fascistes et nazies. L’issue, nous
la connaissons, vaincue, trahie par la non-intervention, l’Espagne antifasciste
s’effondre. La France dépêche un représentant de l’Etat, connu alors pour
ses sympathies franquistes, en Janvier 1939. Léon Bérard sera agréé par Franco.
« [...] Qu’il considérait comme un ami sûr de l’Espagne ». (nationaliste !)
L’historien Hugh Thomas considère que le gouvernement français donnait satisfaction
aux nationalistes sur tout les points... Léon Bérard, un président du Conseil
Général peu ordinaire.
« À Gurs, pendant ce temps, tout s’est dégradé
à commencer par les baraques que la pluie et le froid rongent inexorablement...
À l’origine, on avait « accueilli » les réfugiés. À la fin du printemps 1940,
on « héberge les indésirables ». À l’automne, après la promulgation du statut
des juifs (3 Octobre 1940), on « interne les Israélites ». Imperceptiblement,
sans à-coup, Gurs devient en Béarn le symbole même de l’arbitraire. Bientôt
viendra le temps de renoncement en renoncement, les Juifs seront livrés aux nazis.
» (Claude Laharie, Historien)
« On relèvera que les quatre premiers «
convois » (2212 hommes et femmes) sont partis d’Oloron pour l’extermination avant
le 11 Novembre 1942.
Cette date est importante car elle est
celle de l’occupation de la « zone libre » par les Allemands. Ces quatre «
convois » surveillés par les « gardes noirs » (la Gendarmerie Nationale) sont
donc partis de la zone relevant de Vichy, d’un lieu représenté par le sénateur
et président du Conseil Général Léon Bérard. En a-t-il été affecté ? Le 1er
Janvier 1943, alors que la fiction d’une « France Libre » conduite par Pétain
a volé en éclat, il réaffirme dans un discours à Rome sa fidélité au Maréchal.
» (Pierre Arette Lendresse, Historien)
« Gurs pose donc à l’évidence,
en des termes proprement français, le problème de « la solution finale de
la question juive ». » (Claude Laharie)
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| Léon
Bérard, un ambassadeur peu ordinaire.
Novembre 1940, nommé
par Pétain ambassadeur du Régime de Vichy au Vatican, il euvra à ce poste pour
que le Saint Siège n’émette aucune réserve sur les lois anti-juives promulguées
par le régime du Maréchal Pétain. Dans un rapport remis le 2 Septembre 1941 à
Pétain, Léon Bérard conclu « Il ne nous sera intenté nulle querelle pour le statut
des juifs ». Il démontre dans ce rapport combien son intercession avait pu être
efficace et commente sur la justesse de la seconde « loi portant sur le statut
des juifs » du 2 Juin 1941, il écrit : « Il est légitime de leur interdire l’accès
des fonctions publiques ; légitime également de ne les admettre que dans une proportion
déterminée dans les universités et dans les professions libérales. ». Il atteste
par ces mesures discriminatoires et xénophobes, la réalité du Régime de Vichy
qu’il représente : raciste et antisémite. Une Avenue (le Cours) Léon Bérard
En 1968, le Maire de Pau Sallenave octroie une rue à son nom, ce qui
n’était alors qu’un tracé devient progressivement, sous les hospices d’André Labarrère,
le Cours Léon Bérard : une percée dans un parcours verdoyant qui se profile jusqu’aux
portes de l’université (point de rencontre avec le bd Jean Sarrailh). Cependant,
la rencontre sur son trajet du rond point des « Droits de l’Homme » reste un paradoxe,
une stupidité politique, allez savoir...
L’énigme Léon Bérard trouve
une ébauche d’explication dans l’indulgence dont il a bénéficié jusqu’à la fin
de sa vie en 1960. Les invraisemblances de cette situation, c’est qu’après ses
forfaitures, ses défenseurs absolutoires ne s’embarrassent pas d’explications
mais prennent cependant bien soin de ne jamais nommer le délit. C’est dans
le Béarn « aimable » qu’il faut rechercher une partie de l’explication, celui
des « anciennes manières » de la IIIème République. Mais, cette amabilité, étonnamment,
ne connaît pas de clan, ni de camp politique, rien d’avéré. Juste un consentement
tacite, sorte de principe de solidarité où s’y confondent les classes politiques,
mais pas les classes sociales.
Il suffit pour nous en convaincre de constater
la garde prétorienne qui, par dépit du déshonneur, se lève pour recouvrer l’honneur
perdu, en protégeant ce fils prodigue. Le culte fait au dogme : la foi, le
pouvoir, la puissance, la richesse trouvent ses inspirations dans l’inconscient
collectif du respect à la soumission. Les titres et les hautes fonctions accumulées
par Léon Bérard n’en font-ils pas un personnage hors du commun ? N’est-il
pas à la fois, l’intellectuel et le politique béarnais le plus célèbre du XXe
siècle ? (Le Béarn ne fait pas l’exception, d’autres icônes à l’identique
peuplent les régions de notre douce France.)
Déboulonner l’icône Léon
Bérard Alexis Carrel, apôtre de l’Eugénisme, Richepense, esclavagiste,
Thiers, boucher de la commune, Mery, antisémite, tous débaptisés à
Paris.
Non seulement Léon Bérard n’a pas les qualités requises pour
qu’il soit admis à représenter par son nom les rues et les écoles de la République,
mais il en va du salut public, et du respect des victimes du fascisme et du nazisme
de débaptiser tous ceux qui ont eu des responsabilités dans la collaboration...
Dès que le rapport Bérard fut connu par les enseignants du collège de St Palais,
ils ont demandé que l’établissement cesse de porter ce nom. (Lettre du 15
Mars 2002 : [http://www.amnistia.net/librairi/amnistia/n29/college.htm]
- Léon Bérard, les Enquêtes interdites.)
Robert Garat, professeur d’histoire
et Géographie au collège Léon Bérard rappelle que « les circulaires de l’éducation
Nationale précisent que nous devons exercer le devoir de mémoire. A mes élèves
de 3ème, je parle de Résistance, des rafles et du Statut des Juifs. Et cela
dans un collège portant le nom...C’est une contradiction insoutenable... »
D’autres initiatives en France pour d’autres noms controversés les mêmes questions
reviennent toujours. Comment peut-on placer les lieux d’éducation sous la
tutelle symbolique de tel personnage ? Et ce n’est pas fini .
« Je ne
dis pas qu’il n’a pas été maréchaliste, mais cette chasse aux anciens fonctionnaires
de Vichy avec son lot d’anachronismes et de caricatures peut mener loin ! » souligne
Max Brisson, chargé de l’éducation au Conseil Général et agrégé d’histoire.
À St Palais, le Maire s’est prononcé par voie de presse contre le changement
de nom « pour ne pas réveiller les fantômes du passé ». « C’était un grand
homme...Pourquoi chercher la petite bête ? » (sic).
Franz Dusboscq, ancien
résistant, ex-président du Conseil Général plaide : « A part son inéligibilité
pour dix ans, il n’a pas été jugé à la Libération... Ne pourrait-on pas le
laisser reposer en paix ? »
Quant à André Labarrère (qui vient de nous
quitter) : « A propos de la rue Léon Bérard, [...] il faut avoir un peu de
tolérance malgré les évènements...mais nous allons étudier cela sereinement ».
L’avocat et historien Serge Klarsfeld, président de l’association « Fils
et filles des déportés juifs de France » adopte une position nuancée sur ces
controverses qui, dit-il, « traduisent une fixation de la mémoire sur Vichy
alors qu’il ne viendrait à personne l’idée de débaptiser un lycée St Louis
ou Voltaire qui étaient anti-juifs »...
Il est consternant de constater
que ces combats pour la mémoire se heurtent à des réponses souvent dilatoires.
« Ce n’est pas à l’ordre du jour. » « Salir la mémoire d’un homme arguant
des faits historiques non avérés... » (sic)
Léon Bérard, académicien
et ...ambassadeur du régime de Vichy auprès du Vatican de novembre 1940 à août
1944. Sa biographie est encore fièrement affichée sur le site Internet de
l’Académie française.
Ceux qui veulent faire bon usage de l’histoire
n’hésitent pas à la manipuler et si le mot est trop fort, je transige par une
autre association moins directe : « à l’aménager » ou, plus simplement la ménager.
Enfin faire bon ménage avec elle.
luis lera
P.S.
P.S.
: Léon Bérard est resté au service du Vatican de 1940 à 1944, mais il s’est bien
gardé de rentrer en France à la libération et a prolongé son séjour jusqu’en 1948.
Assuré d’une immunité..., il est rentré.
Et si la raison reprend ses
droits, pour le collège de Saint Palais, ainsi que la rue à Pau j’ose avancer
deux noms ; Hannah Arendt et Liza Fittko toutes deux “passées” par le camp
de Gurs. |
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