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: http://miltondassier.over-blog.com/article-27468127.html
17 février
2009 La Martinique comme la Guadeloupe appartient à la Caraïbe, grève
et révolte sous le souffle de l’Amérique latine.
BLEITRACH Danielle, HARPON
Marc
Hier samedi 14 février, Marc Harpon, le collaborateur de notre
blog a téléphoné pour nous donner des nouvelles de la Martinique. Marc est un
jeune enseignant d’une vingtaine d’années, c’est son premier grand mouvement et
il est de surcroît le représentant à la Martinique du Parti de la gauche, à ce
titre malgré la préparation de concours imminents il participe à tous les meetings,
il rencontre les forces politiques d’extrême-gauche et voici les impressions qu’il
a tenues à me dicter sur ce qui se passe dans l’île, cet article est donc parti
de ses observations et de notre discussion sur la situation politique originale
que connaissent “les Antilles françaises”. Toute ses interrogations sur les indépendantistes
“officiels”, leur trahison et dans le même temps la montée des idées d’autonomie,
d’indépendance avec la remise en cause en profondeur d’un système, un capitalisme
hérité de l’esclavage, un colonialisme perpétué sous d’autres formes, une volonté
d’auto-organisation, font songer à ce souffle qui balaye l’Amérique latine…
Marc commente la situation et les conditions dans lesquelles il recueille l’information
: “je n’ai pas de télé, pas de radio, pas d’internet. J’essaye de collecter les
informations en particulier dans les meetings. Ce qu’il faut bien comprendre c’est
que les nouvelles du monde ne nous arrivent plus en dehors de ce qui concerne
la Guadeloupe, vaguement la Réunion et nous savons qu’un meeting de soutien se
prépare à Paris, ce serait bien s’il y en avait d’autres dans d’autres villes
de France, nous avons besoin de votre solidarité. Mais c’est une impression étrange,
nous ne nous passionnons que pour ce qui se passe ici dans les îles, nous sommes
le centre du monde“. Mais il me parle aussi de son grand père qui a peur du désordre
et pendant qu’une bonne partie de la population se bat, d’autres s’inquiètent
de ne pas être approvisionnés en essence, les rumeurs courent, un grand classique
du genre… Et là-dessus, il y a l’annonce de ces troupes de CRS et même de militaires
envoyés dans les “départements rebelles”…
Une participation sans précédent
et de nouveaux “militants”
Marc a encore la tête pleine d’un meeting
qui a eu lieu le vendredi soir devant la maison des syndicats. Il est 20h30, 21
heures peut-être. Les négociateurs syndicaux sortent pour parler à la foule qui
est trés enthousiaste et trés remontée contre les médias qui mentent sur ce qui
se passe en Martinique et en Guadeloupe. Les négociateurs, les dirigeants syndicaux
qui prennent la parole ne sont pas des gens connus, il n’y a pas ici de personnage
de la taille D’Elie Damoto le dirigeant charismatique de la Guadeloupe, qui d’ailleurs
a envoyé un message de soutien au meeting de ce soir qui a été salué par des cris
d’enthousiasme. Mais si ces dirigeants sont peu connus c’est parce qu’encore aujourd’hui
les chaînes de télévision et les radios de l’île sont mobilisés par les “officiels”,
ceux qui déjà avant la grève étaient omniprésents. Ces dirigeants sont des gens
responsables, des syndicalistes en qui la foule présente a confiance.
Marc m’explique que jamais on a vu en Martinique de tels rassemblements, jeudi
5 février ils étaient plus de 15.000, lundi 9 février, ils se sont retrouvés 27.000
dans les rues de Fort de France (1). Il me dit à titre de comparaison qu’en octobre
73 jusqu’en 1974, la Martinique a connu une longue grève avec des événements dramatiques
puisqu’un jeune homme est mort, à son enterrement il y avait 10.000 personnes,
aujourd’hui ce chiffre a triplé. Il me décrit la foule autour de lui, celle qui
tous les jours se rassemble, défile, c’est un majorité de jeunes et de femmes.
Alors qu’avant la grève les rassemblements de protestation quel qu’en soit le
sujet étaient peu nombreux et regroupaient souvent des militants hommes d’un certain
âge, là c’est une tout autre population que l’on croyait incapable de bouger,
totalement aliénée. Ce sont des personnes “sans culture politique” mais qui font
de la politique, il y a bien sûr les revendications sur la vie chère mais cela
va plus loin, on entend parler de révolution socialiste et aussi beaucoup d’autonomie
et même d’indépendance.
Marc me décrit de ces nouveaux militants dont
la présence l’a frappé, cette femme qui tient une pancarte qui reformule en francs
les prix en euros.
La revendication indépendantiste et “la trahison de
Mariejeanne”
La revendication autonomiste, voire indépendantiste est
également présente sur les pancartes : “on va les foutre dehors… La martinique
nous appartient”(2) Marc Harpon dans son compte-rendu sent une contradiction entre
la force de cette revendication indépendantiste et autonomiste et la manière dont
les indépendantistes traditionnels la traduisent voir selon lui la trahissent.
En effet, les élus de la Martinique ont lancé un appel à la raison au
Collectif du 5 février, au 9° jour de la grève générale qui paralyse l’île. Le
président de Région a demandé la suspension du mouvement mais la poursuite des
négociations. Alors que la Martinique est totalement paralysée par la grève générale
depuis 9 jours maintenant, les élus de l’île ont lancé un appel à la raison au
Collectif du 5 février(3). Le président du conseil régional, Alfred Marie-Jeanne,
a demandé aux syndicats de suspendre la grève tout en poursuivant les négociations(4).
Des appels en ce sens ont aussi été lancés par le député-maire de Fort-de-France,
Serge Letchimy, celui de Trinité, Louis-Joseph Manscour et le député Alfred-Almont.
Tous les élus ont insisté sur les conséquences sanitaires de la grève. Les agents
hospitaliers ne peuvent plus rejoindre leur poste faute de carburants et le matériel
commence à manquer disent-ils.
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| Marc
harpon explique que cette prise de position d’Alfred mariejeanne est vécue comme
une véritable trahison. Déjà, selon lui, les “indépendantistes” diffusent des
tracts qui ne correspondent pas à la fièvre de la population, à ses exigences,
il n’y est question que de statut, d’assemblée unique, cela passe au-dessus de
la tête de tous les gens qui font une politisation rapide sur d’autres bases.
Donc il y a à la fois une exigence d’autonomie, voir d’indépendance et un discours
des indépendantistes “officiels” qui ne cadre pas avec ce que pense les gens.
Et l’appel de Mariejeanne qui est le même que celui lancé par la député
UMP de la Guadeloupe Lucette Michaux-Chevry est vécu comme une trahison, cela
nous dit Marc a “fait un effet monstre” ici. Parce qu’au même moment il y avait
un changement dans le discours du patronat, de l’Etat et de jego. Jusqu’ici la
tonalité générale avait été “on comprend”. Mais depuis vendredi la situation s’est
durcie et le thème est devenu “assurer la liberté du travail”, on insiste sur
les conditions sanitaires, les difficultés vécues par les gens.
Sans
vouloir interpréter ce qui se passe dans les Antilles, il me semble qu’il faut
les resituer dans le contexte en plein mouvement de la Caraïbe qui s’arrime à
une Amérique latine elle même en pleine évolution politique. Il faut bien comprendre
que pour toute la région de la Caraïbe (anglopphone et hispanophone), les Antilles
françaises sont considérées comme des Colonies et la France comme la dernière
puissance coloniale de la zone. Il y a de plus en plus à partir du Caricom (antilles
anglophones) et de Cuba, un mouvement tendant à l’unification de la Caraïbe et
ses liens avec l’Amérique latine par le biais du Venezuela. La revendication indépendantiste
a évolué et place comme nous le voyons en porte à faux les indépendantistes traditionnels
qui privilégient de plus en plus les jeux politiciens.
Cette situation
qui se durcit et qui risque de déboucher sur une répression sous prétexte d’assurer
la liberté du travail ou d’empêcher la dégradation de la situation sanitaire montre
l’inquiétude du gouvernement français face à un processus qu’il ne contrôle plus.
Comme au même moment le LPK de Guadeloupe quittait la table dees négociations
et Sarkozy a annoncé vendredi matin la mise en place d’un conseil interministériel
de l’outre-mer. Il a reconnu que la crise révèle un profond problème de société
mais on ne peut manquer d’être frappé par l’absence totale de mesures adaptées(5).ce
qui laisse ouverte bien sûr la solution répressive. Voici d’ailleurs deux photos
que l’on vient de m’envoyer et qui témoignent de l’envoi aujourd’hui même de troupes
de CRS sur la Martinique.
Une atmosphère d’auto-organisation
Face à ce monde politique, politicien incapable de prendre la mesure d’une crise
violente, ce qui est frappant selon Marc harpon est la responsabilisation de la
foule et celle des syndicalistes qui dirigent le collectif du 5 février 2009.
Dans le meeting auquel a participé Marc, les syndicalistes face à l’intransigeance
de l’Etat et du patronat ont fait des propositions en particulier pour le ravitaillement
en carburant et sur le plan de la nourriture autant que sur celui des ordures.
Les syndicalistes sortaient d’une réunion de négociation entre les élus,
le collectif et le préfet. Ils ont dénoncé l’attitude des élus, y compris comme
nous l’avons vu celle de Mariejeanne. Les syndicalistes ont proposé des amendements
aux 39 propositions de jego. Le prefet renvoit aux commisssions, en ce qui concerne
la commission des prix qui devrait permettre aux mariniquais de récupérer leur
pouvoir d’achat. Réunie l’après-midi ça a été un dialogue de sourds, la grande
distribution tenue par les békés veut constituer une liste d’articles, alors que
les syndicalistes veulent des “classes d’aliments”.
Pour le ravitaillement
en carburant, certes l’essence manque mais la distribution est assurée pour que
l’essentiel passe, en particulier la priorité des priorités est le sanitaire,
les hopitaux, tout en s’assurant gréviste ce secteur fonctionne. la décision prise
par les syndicats est d’alimenter le plus grand nombre de points avec un rationnement
à 30 euros. De même est organisé le rammassage des ordures pour éviter les épidémies.
Enfin à l’exemple de ce qui se passe en Guadeloupe si la grande distribution
est bloquée sont favorisés les petits marchés, où les producteurs locaux viennent
au contact direct de la population. An nou soutyen pwodiksyon péyi-a manmay, sé
avenir alimentaire nou an !
Comme me l’a déclaré Marc au téléphone :
dis bien que ce sont des gens responsables qui pensent à la population qui leur
fait confiance. Nous vivons une situation riche et intense. Ce serait bien qu’il
y ait en france, dans beaucoup de villes des réunions de soutien et la dénonciation
de la propagande des médias.
reportage de Marc Harpon
mis en
forme par Danielle Bleitrach
ARTICLE ORIGINAL http://socio13.wordpress.com/2009/02/15/un-vent-nouveau-venu-de-lamerique-latine-souffle-t-il-sur-les-antilles-par-marc-harpon-et-danielle-bleitrach/
(1) La Martinique selon le recensement de 2006 a 397.732h pour 1128km2, soit une
densité de population de 353 habitant au Km2 (France 105)
(2) La Martinique
est une région monodépartementale (Région et Département à la fois). L’île est
divisée en 4 arrondissements, 34 communes et 45 cantons. La Martinique constitue
avec la Guadeloupe, située à environ 150 km plus au nord, et la Guyane située
sur le continent Américain au nord de l’Amérique du Sud, les départements français
d’Amérique (DFA). La région de la Martinique est également une des régions ultrapériphériques
de l’Union européenne.La préfecture de la Martinique est Fort-de-France. Les trois
sous-préfectures sont Le Marin, Saint-Pierre et La Trinité.
(3) L’État
français est représenté en Martinique par le préfet de région (Ange Mancini, prise
de fonction le 18 juillet 2007) et trois sous-préfets (Paul Laville au Marin,
Joseph Monlouis à Saint-Pierre et Christiane Ayache à La Trinité.) Les deux exécutifs
de la Martinique sont le président du conseil régional, Alfred Marie-Jeanne et
le président du conseil général Claude Lise.
(4) Alfred Mariejeanne est
à l’origine du mouvement indépendantiste martiniquais créé en 1978. Dès 1974,
il parle de nation et de droit à l’autodétermination.En 1990, il assouplit ses
revendications et réclame une assemblée unique (l’assemblée régionale unifiée
: ARU) douée de pouvoirs législatifs et réglementaires. Sa nouvelle stratégie
paye et il finira par être elu député de la Martinique en 1997, et devenir président
du Conseil régional.Le 19 décembre 1999, il signe avec Antoine Karam(socialiste),
président du Conseil régional de Guyane et Lucette Michaux-Chevry(UMP), présidente
du Conseil régional de la Guadeloupe, “La déclaration de Basse-Terre”. Dans cette
déclaration, les trois présidents de régions réclamaient un statut de région autonome
pour la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique.Aux élections législatives de juin
2007, Alfred Marie-Jeanne est réélu confortablement Député de la 4e circonscription
de la Martinique avec 26 673 voix (68,46%). Il arrive en tête dans les 13 communes
que compte la circonscription et distance son adversaire de l’UMP, André Lesueur
de 14 384 voix. Alfred Marie-Jeanne siège à l’Assemblée nationale depuis le 26
juin 2007, dans le groupe de la gauche démocrate et républicaine.
(5)
L’annonce a été faite en conseil des ministres ce matin après la communication
d’Yves Jégo sur la situation sociale en Martinique et en Guadeloupe. Le chef de
l’Etat, à qui de nombreux Antillais ont reproché de n’avoir pas évoqué leur situation
lors de son intervention télévisée du 5 février, a estimé que l’Etat devait être
plus juste que jamais en précisant “qu’il n’était au service d’aucun groupe, d’aucune
catégorie sociale.” Nicolas Sarkozy a reconnu que la crise sociale aux Antilles
traduit “au-dela du pouvoir d’achat, un problème plus profond de société” et qu’il
faudrait une meilleure répartition des richesses. Le président de la République
a réitéré son souhait de voir l’économie outre-mer s’ouvrir d’avantage à la concurrence.
On voit l’absence d’intervention à la hauteur des enjeux puisque le conseil interministériel
de l’outre-mer mis en place “sans délai” ne se réunira pas avant plusieurs mois
pour faire des propositions sur la rénovation de la politique de l’Etat en Outre-Mer.
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