Les
élus locaux montent en masse au créneau. Inédit.
Dans
le même temps, et là est la nouveauté quil sagit
de relever, une pétition demandant à la justice française
de ne pas avaliser la requête espagnole était signée par environ
180 élus de la région, de divers bords politiques, au premier rang
desquels le sénateur-maire centriste de Biarritz, M. Didier Borotra (MoDem),
les députés Jean Lassalle (MoDem) et Noël Mamère, le
conseiller régional PS François Maïtia (4) et les conseilleurs
généraux Alain Iriart (Abertzale), Kotte Ecenarro (PS), Jean Louis
Caset (maire MoDem), de nombreux maires et conseillers municipaux.
Lors de
leur conférence de presse, les responsables dAskatasuna étaient
présents, entre autres, Xabi Larralde, porte-parole de Batasuna et Anaiz
Funosasont interpellé les élus qui nont pas pris position,
comme Mme Alliot-Marie, et deux de ses proches bien-aimés, MM. Poulou,
député UMP et Peyuco Duhart (Saint Jean de Luz). « Ils se
sont cachés derrière la justice, ils ont aujourdhui une responsabilité
dans le devenir dAurore Martin ».
Chez les élus locaux,
l « affaire » Aurore Martin a provoqué des prises de
position dune ampleur peu commune, pour ne pas dire sans précédent,
surtout sur un thème politique. Cela dans une région où ces
élus appartiennent majoritairement à la majorité au pouvoir.
Doù lintérêt de les citer assez largement.
(Quasi)
unanimité des élus du Pays Basque
Le
vendredi 17 décembre, M. Max Brisson, vice-président (UMP) du Conseil
général, réuni à Pau, sest officiellement prononcé
contre lextradition dAurore Martin.
« Je combats avec la
plus grande fermeté les engagements politiques dAurore Martin, mais
je naccepte pas davantage quune jeune Française soit extradée
pour ses convictions politiques et son appartenance à un parti qui nest
pas interdit en France (
) Le délit d'opinion n'existe pas en France
et la France doit protéger tous ses concitoyens, mêmes ceux qui développent
des idées radicales, pour peu qu'ils les expriment dans le cadre de l'état
de droit ». « J'ai toujours accepté les extraditions de citoyens
espagnols vers leurs pays, a dit encore Max Brisson, je ne peux accepter qu'il
en soit de même pour une citoyenne française.»
Jean-Pierre
Mirande (Mauléon) a réclamé «un profond respect de
la démocratie. Or, Batasuna est autorisé en France. Notre rôle
est de défendre cette démocratie. » Le conseiller général
de Tardets, Michel Arhancet, « pensait que les Droits de l'Homme existaient
encore ». Kotte Ecenarro (conseiller général d'Hendaye) veut
faire entendre les voix de gauche et rappelle avoir «soutenu Aurore Martin
dès le début.»
Le
Basco-béarnais Jean Lassalle (conseil général d'Accous) a
rappelé «le processus de paix engagé par ETA et le gouvernement
espagnol. Je n'imagine pas que l'on puisse être poursuivi pour des prises
de position en plein processus de paix. » Guy Mondorge (Anglet) évoque
«des droits du citoyen plus que des Droits de l'Homme » alors que
Christophe Martin (Bayonne) ne comprend pas davantage que l'on puisse être
condamné «pour ses opinions ». Monique Larran (Bayonne) pointe
«l'absence de délit vis-à-vis de la loi française»
et Jean-Jacques Lasserre, vice président MoDem du Conseil général,
souhaite « une main tendue à l'heure où la France et l'Espagne
connaissent un moment de la vie sociale et politique particulier.»
«
Les conseillers « béarnais » sont restés silencieux,
un silence remarqué autour d'une question basque. Un silence sans doute
synonyme de soutien » (S.O) Le 20 décembre, une très large
majorité du Conseil régional dAquitaine, réuni en séance
plénière autour dAlain Rousset (PS), a adopté une motion
dans laquelle il demande au gouvernement français de ne pas procéder
à lexécution du mandat européen.

Photo
de P.Bernière à St-Jean Pied de Port
Ils
ont dit
DIDIER BOROTRA : « Je trouve scandaleuse la position
du gouvernement français qui s'apprête à livrer à Espagne
une jeune femme de nationalité française. La France n'a pas à
extrader une de ses concitoyennes pour un motif uniquement compréhensible
en Espagne. Qu'Aurore Martin nait pas envie d'aller devant l'Audience
nationale me paraît être la moindre des choses. Un gouvernement se
doit de défendre ses ressortissants. Quand je vois comment notre pays bataille
pour récupérer des Français emprisonnés au Mexique
ou au Tchad par exemple, je trouve inacceptable de livrer une jeune femme pour
des faits qui ne sont pas répréhensibles en France. On ne peut pas
lenvoyer dans un processus d'accusation pour quelque chose qui n'est pas
un délit chez nous. Cela relève dun mépris du droit
des citoyens. Aurore Martin a entièrement raison de ne pas se soumettre
».
JEAN
LASSALLE : « Je constate sans apporter de jugement de valeur qu'Aurore Martin
a décidé de se cacher(
). J'ai lu sa lettre d'explication,
elle m'a parue le fait d'une personne intelligente et déterminée,
qui ne manque pas de courage. Qui plus est, elle rend hommage à la «
solidarité » basque. Au fond, je dirais qu'elle en arrive là
car on ne lui laisse pas d'autre choix, c'est la prison ou la prison ».
« Ce qui me tient à cur c'est la perspective possible d'un
processus de paix. Je pense que les États ont chaque fois intérêt
à jouer le jeu
Il faut faire très attention à ce qu'en
Europe l'on ne retourne pas vers des réflexes nationalistes et partant
de là des mégas problèmes. Ceci est un sujet de réflexion
que je tâcherai d'approfondir
»
MICHEL VEUNAC : Au nom de
son groupe, Forces Aquitaine, le conseiller régional Michel Veunac (MoDem)
a fait une intervention, lors de la séance plénière du 20
décembre, sur l'affaire Aurore Martin. « Nous ne partageons en rien
des idées et des engagements politiques d'Aurore Martin. Bien au contraire,
nous les combattons et avons toujours dénoncé les ambiguïtés
de Batasuna par rapport à l'intolérable violence terroriste d'ETA,
dont l'interruption définitive est la condition première et
non négociable du retour à la paix civile en Pays basque. Mais nous
ne pouvons accepter qu'une citoyenne française soit extradée et
livrée aux autorités judiciaires d'un autre pays, fut-il un pays
ami, pour ses convictions politiques et son appartenance à un parti interdit
en Espagne mais autorisé en France », a notamment déclaré
l'élu centriste biarrot.
Des
eurodéputés aussi
Parmi les eurodéputés solidaires
dAurore Martin, figurent les Français José Bové, Catherine
Grèze, François Alfonsi, Malika Benarab-Attou, Karima Delli, Michèle
Rivasi et Marie-Christine Vergiat, mais aussi des élus flamands, irlandais,
suédois, lettons et belges
Ils dénoncent les « déviances
» du mandat d'arrêt européen et rappellent que « la liberté
d'opinion doit rester une liberté fondamentale ».
Mais
ainsi que la souligné Askatasuna, au-delà des déclarations,
« il va falloir des actes ». Quelle est la marge de manuvre
des élus ? « Nous disons cest bien, a ajouté Askatasuna,
mais quallez vous faire maintenant, vous qui avez des responsabilités
politiques et des carnets dadresses bien remplis ? »
A
Saint Jean Pied de Port, on pouvait lire sur des pancartes brandies par des manifestants
« Douze ans de prison pour des idées, ça suffit ! »,
en français et en basque.

Notes
(1)-
« Le Journal du Pays Basque », quotidien généraliste
en français de 16 pages, qui dès mercredi publiait un texte de mediapart.fr,
consacrait à nouveau la une de ses éditions datées jeudi
23/12 à « laffaire » Aurore Martin, qui « trouve
un écho international ». Page 16, la météo (eguraldia)
annonçait « Temps maussade, mais vent du sud ». Le site est
en trois langues, français, basque et espagnol.
(2)- Une fois le document de la Cour de cassation officiellement entre les mains
de la Cour dappel de Pau, la justice française a ensuite théoriquement
10 jours pour remettre la personne visée aux autorités étrangères
ayant réclamé lextradition. « Des interventions politiques
pourraient-elles troubler le calendrier de ce scénario juridique ? »,
interrogeait Sud-Ouest (18 décembre). Scénario encore plus «
troublé » par la « disparition » de la militante basque.
Lundi
20 décembre, on ignorait si les autorités françaises avaient
communiqué à leurs homologues espagnols laval donné
par la justice française au mandat darrêt européen lancé
par la Audiencia Nacional de Madrid, instance chargée du sort dAurore
Martin.
La
décision de la justice française survient au moment où en
territoire espagnol la gauche abertzale radicale liée à Batasuna
a jeté les bases d'un nouveau parti qui «répondra aux exigences
de la loi anti-terroriste dite « loi des partis», celle qui permit
l'interdiction de Batasuna en 2003. Le nouveau parti en gestation devrait
être présenté en janvier par la gauche abertzale qui attend
un cessez-le-feu (imminent) « permanent et vérifiable » d'ETA.
Son leader actuel Rufi Etxeberria le confirmait jeudi au fil dune interview
accordée à Radio Euskadi.
Hasard
du calendrier, la cour d'assises spéciale de Paris a condamné le
17 décembre l'un des anciens dirigeants les plus connus dETA à
vingt ans de réclusion (dont deux tiers de sûreté). Il s'agit
de Mikel Albisu « Antza » qui avait été arrêté
le 3 octobre 2004 à Salies-de-Béarn (Béarn) au côté
de sa compagne Soledad Iparaguirre « Anboto », laquelle a été
condamnée à la même peine.
Cependant,
l'avocat général avait requis trente ans de prison pour les deux
« hauts dignitaires d'ETA » selon ses propres mots. Les juges sont
donc restés en-deçà de ses réquisitions, tout comme
dans le cas des huit autres accusés, parmi lesquels Peio Alcantarilla (10
ans, 15 ans requis) qui avait « reconnu », sous les tortures de la
garde civile l'interrogeant en Espagne, que sa maison d'Urrugne (Nord) avait été
« financée par ETA ». Les juges français ont préféré
ne pas tenir compte de ces éléments du dossier correspondant aux
déclarations de Peio Alcantarilla, qui avaient été transmises
par le juge Andreu de l'Audiencia Nacional. Le juge madrilène a refusé
de se présenter comme témoin à la Cour d'assises de Paris
en prétextant « être de garde » la semaine dernière.
Ce que la Cour n'a visiblement guère apprécié. Dans ses commissions
rogatoires, le juge Andreu disait que l'opération « Antza »
du 3 octobre 2004 avait été préparée avec la collaboration
de l'Espagne. Or celle-ci n'a livré aucun élément sur ce
point précis. Pas plus d'ailleurs que les responsables français
de la lutte antiterroriste chargés de l'enquête venus témoigner
à la barre, selon le quotidien Sud Ouest.
Selon
les explications de lavocat de la défense, Me Jean-François
Blanco (l'autre avocat de la défense était Me Xantiana Cachenaut),
le caractère « exceptionnel » ( il ne faut pas dire «
clément ») de la décision des juges repose sur deux éléments,
que Sud Ouest a soulignés : dune part l'attitude de la justice espagnole
qui a exigé une « coopération totale » de son homologue
française dans le cadre de la coopération policière et judiciaire
franco-espagnole, mais ne rend pas la pareille.
Et
d'autre part le fait que la pratique de la torture (pas exceptionnelle même
si elle n'est pas systématique) a été posée «
avec beaucoup de force » selon les mots de la défense. Notamment
par le biais de données figurant dans le rapport 2004 d'Amnesty International
pour l'Espagne (année de l'arrestation des 10 accusés), lequel faisait
état de 739 plaintes dont 116 émanant de migrants.
«
Lénoncé de verdict a surpris jusqu'aux avocats de la défense
et peut-être les accusés eux-mêmes », daprès
Sud Ouest qui titrait lundi 20 décembre sur cinq colonnes « ETA :
verdict exceptionnel ».
(3)- Comme on le sait, seuls des militants basques de nationalité espagnole
résidant en France ont été extradés en Espagne, accusés
dappartenir à des formations réputées proches de lETA.
Mais Aurore Martin n'est pas la première militante française à
faire l'objet d'un mandat. Plusieurs personnes l'ont précédée,
dont Yves Machicotte, Amaia Rekarte et Aritza Galarraga de lorganisation
Segi en 2004, suivis de Jean-François Lefort d'Askatasuna en 2005, de Conchi
Iglesias en 2007
Les juges de la cour d'appel ont rejeté chaque fois
la demande espagnole les concernant. Segi et Askatasuna, comme Batasuna, sont
interdites en Espagne et légales en France.
(4)-
François Maïta, conseiller général de Saint Jean Pied
de Port a eu loccasion de déclarer : « On veut faire un exemple,
lancer une mise en garde à, lintention de Batasuna Iparralde (du
Nord). Aurore Martin n'est pas une terroriste, elle n'est pas dans la logique
des actions armées d'ETA ! Les faits retenus contre elle se sont produits
durant la dernière trêve d'ETA (2006-2007), période d'espoir
dont José Luis Zapatero fut l'un des acteurs aux parlements espagnol et
européen (
) Cette extradition serait très choquante ».
