Thabo
Mbeki
Mercredi 4 Mai 2011

Thabo
Mbeki :
Qu'est
ce que le monde s'est trompé en Côte d'Ivoire !
Une
contribution de l'ancien président Sud-africain, M. Thabo Mbeki, parue
dans
le magazine Foreign Policy en date du 29 avril 2011, fait état de
léchec
des Nation Unies dans la crise ivoirienne et encourage les Africains
à
prendre en main la résolution de leurs propres conflits.
Le
second tour des élections présidentielles du 28 novembre 2010 en
Côte
dIvoire montés les uns contre deux autres de longue
date des opposants
politiques, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Pour cette
raison dune
importance stratégique, il était inévitable
que ce concours électoral
décide de lavenir à long
terme du pays. Toutes les personnes concernées
devraient avoir sondé
très au sérieux la question critique: Est-ce que les
élections
de 2010 ont crée les conditions permettant détablir la base
dun
meilleur avenir possible pour le peuple ivoirien?
Ce
qui na pas été fait
La
communauté internationale a insisté pour que la Côte dIvoire
mettre
fin à la crise et organise des élections démocratiques,
même si les
conditions nétaient pas réunies pour
mener de telles élections. Bien
quils aient su que cette proposition
était fondamentalement mauvaise, les
Ivoiriens ne pouvaient pas résister
à la pression internationale à la tenue
des élections.
Cependant,
la réalité objective est que les élections présidentielles
ivoiriennes
nauraient pas dû avoir lieu au moment où elles se sont tenues.
Il
était parfaitement prévisible quelles ne feraient que renforcer
le
conflit, même s'il a été suggéré quelles
y mettraient fin.
La
rébellion de 2002 en Côte dIvoire a divisé le pays en
deux parties,
avec le nord contrôlé par les rebelles des Forces
Nouvelles, qui a soutenu
Alassane Ouattara, et le sud aux mains du gouvernement
dirigé par Laurent
Gbagbo. Depuis lors, la Côte dIvoire
a eu deux gouvernements, deux
administrations, deux armées, et deux
leaders «nationaux».
Toutes
élections tenues dans ces circonstances enracinent inévitablement
les
divisions et les animosités représentées et aggravées
par la rébellion de
2002.
Les
défauts structurels qui se trouvaient à la base de la rébellion
de 2002
comprennent des questions inflammables telles que les tensions transnationales
qui
touchent en particulier la Côte dIvoire et le Burkina Faso, les
antagonismes
ethniques et religieux en Côte dIvoire, le partage du pouvoir
politique,
et laccès au pouvoir et aux opportunités socio-économiques.
À
cet égard, la communauté internationale a assidûment supprimé
une juste
appréciation des diverses allégations explosives qui,
à tort ou à raison,
ont informé et continueront dinformer
lopinion de la population partisane
de Gbagbo dans le sud de la Côte
dIvoire ainsi qu une grande partie
de lAfrique francophone
!
A
savoir que Ouattara est un étranger né au Burkina Faso, qui, avec
le
Président Blaise Compaoré du Burkina Faso, a été
responsable de la
rébellion de 2002, que son accession au pouvoir se
traduirait par la prise de
contrôle du pays en particulier par des étrangers
burkinabé, et que,
historiquement, Jusquici, il a été
prêt à faire avancer les intérêts
français
en Côte dIvoire.
Prenant
en compte tout cela, lUnion africaine a compris quune solution
durable
à la crise ivoirienne nécessitait un accord négocié
entre les deux
factions belligérantes, portant sur les questions interdépendantes
de la
démocratie, la paix, la réconciliation et lunité
nationales.
Après
de longues négociations à partir de 2002, les Ivoiriens ont convenu
que
lélection présidentielle ne se tiendrait pas avant que des
conditions
diverses aient été remplies. Il sagissait notamment
de la réunification du
pays, la restauration de ladministration
nationale à toutes les parties du
territoire ivoirien, et le désarmement
des rebelles et de toutes les milices et
leur intégration dans le mécanisme
de sécurité nationale, ceci au moins deux
mois avant la tenue
des élections présidentielles. Malgré le fait que rien de
tout
cela nait été honoré, les élections présidentielles
ont été
autorisées.
En
fin de compte, Ouattara a été installé comme président
de la Côte
dIvoire. Gbagbo, et son épouse Simone, ont fini
comme des prisonniers
humiliés. Beaucoup dIvoiriens sont morts
et ont été déplacés, de
nombreuses infrastructures
ont été détruites, et les animosités historiques
ont
été exacerbées à cette fin.
Beaucoup
de choses ont été radicalement faussées tout le long de la
route
jusquà ce résultat.
Les
accords portant sur ce qui aurait dû être fait pour créer les
conditions
délections libres et équitables ont été
volontairement et
dédaigneusement ignorés. Le Conseil constitutionnel
ivoirien (CC) est le seul
organisme habilité par la Constitution à
déterminer le vainqueur dans une
élection présidentielle
et à installer le président, avec la Commission
électorale
indépendante (CEI), chargée de transmettre les résultats
provisoires
au CC. Toutefois, ceux-là mêmes qui insistent sur le caractère
sacré
du droit fondamental à toute pratique démocratique, ont choisi de
façon
illégale de reconnaître le résultat provisoire annoncé
par un
président de la CEI tout seul, comme le résultat authentique
de lélection
présidentielle.
Comme
prévu par la loi, Gbagbo a contesté la régularité
des élections dans
certaines parties du pays, surtout dans le nord.
Le CC, à tort ou à raison, a
accepté la majorité
des plaintes déposées par Gbagbo, a identifié
dautres
irrégularités, a annulé les votes dans certains districts,
et a
déclaré Gbagbo vainqueur. Le président de la CEI
na pas pris ces
prétendues irrégularités en compte
et a décidé que Ouattara avait gagné.
Lenvoyé
de lONU, le Secrétaire général Ban Ki-moon, et son
collègues
sud-coréen, RSSG Young-jin Choi, ont également
déterminé que Ouattara avait
gagné, mais sur la base de
moins de voix que celles annoncées par la CEI,
après avoir déterminé
que certaines des plaintes déposées par Gbagbo
étaient
légitimes. En termes de suffrages exprimés pour les deux candidats,
la
CEI, le CC, et le représentant spécial de lONU ont fait trois
mesures
différentes.
Gbagbo
a proposé que pour résoudre cette question, qui porte sur
limportante
question de la volonté du peuple ivoirien, une commission
internationale
devrait être établie pour vérifier les résultats des
élections,
avec la condition préalable importante que lui et Ouattara doivent
accepter
la décision de la commission.
Cette
proposition a été rejetée par la communauté internationale
en
dépit du fait quelle aurait réglé le contentieux
électoral, sans recourir
à la guerre, et malgré le fait
que certains observateurs électoraux aient
émis des doutes quant
à léquité des élections, en particulier dans
le
nord de la Côte dIvoire.
Par
exemple, rapportant aux élections dans le Nord, la mission dobservation
électorale
de lUnion africaine dirigée par Joseph Kokou Kofigoh, ancien
Premier
ministre du Togo, indépendant de la société civile Société
Civile
Africaine pour la Démocratie et lassistance électorale
dirigée par
Seynabou Indieguene de Sénégal, et la coordination
des experts électoraux en
Afrique (CAEE) du Cameroun, Sénégal,
Bénin, Mali, Maroc, Gabon, Togo et
dirigée par Jean-Marie Ongjibangte
du Cameroun, tous ont sonné lalarme au
sujet des élections
dans le Nord.
Par
exemple, le CAEE a déclaré: "Après le partage dinformations
avec
dautres observateurs électoraux nationaux et internationaux,
nous vous
informons que le second tour de lélection présidentielle
en Côte
dIvoire a eu lieu au milieu des problèmes majeurs
dans différentes régions
du Nord ..."
Ces problèmes étaient le vol des urnes, larrestation des
représentants
des candidats, le vote multiple, le refus dadmettre des
observateurs
internationaux pour assister aux comptages des bulletins de vote,
et lassassinat
des représentants des candidats. A cet effet, nous déclarons
que
le second tour de scrutin na pas été libre, justes et transparents
dans
ces localités (nord).