Abel Santamaria
Samedi 25 Décembre 2010



Kaléidoscope d’un coup d’Etat planifié


/ Sarkozy en Afrique : Un voyage des plus suspects
Depuis nos révélations de la semaine dernière sur les préparatifs de la conspiration en vue de déstabiliser le régime Gbagbo, beaucoup, en particulier les commanditaires de l’Hexagone et leurs bras séculiers, déstabilisateurs patentés devant l’Eternel sont en émoi. Nous avons promis revenir sur la question car ils n’ont pas arrêté de jouer leur jeu trouble. Voici quelques interrogations qui prouvent qu’ils n’ont pas renoncé à leur ambition.




1- Le voyage de Sarkozy en Afrique

Selon des sources concordantes recueillies auprès de quelques chancelleries occidentales et amies, le voyage du Premier des Français au Gabon et surtout à Bamako (Mali) n’était pas fortuit. Loin s’en faut. D’abord au niveau du coup d’Etat planifié, l’exécution a foiré la semaine dernière, au grand dam des conspirateurs parisiens qui veulent en finir avec le «rebelle Gbagbo», celui qui tient tête à la «Grande France» comme Um Niobé et Sylvanus Olympio l’avaient fait en leur temps.

Sarkozy et son pouvoir ne peuvent accepter que ce qui fait que la France a encore voix au chapitre au sein de l’Union européenne soit amputé d’une de ses mamelles les plus juteuses.
La Côte d’Ivoire pèse pour près de 47% au sein de l’Uemoa, pire encore pour la France, au sein de la Bceao. Or, la Bceao avec son «compte d’opération » géré par le Trésor français sert aujourd’hui à gérer la catastrophique dette et déficit extérieur de la France. Laurent Gbagbo par son nationalisme intransigeant et sa volonté de faire de la Côte d’Ivoire un pays véritablement libre, indépendant économiquement et financièrement s’entend, risque selon leur calcul de mettre en péril la stabilité du pouvoir Sarkozy qui prend l’eau de toutes parts avec les pressions sociales et syndicales.

Faut-il rappeler que le déficit de la sécurité sociale française a été financé avec l’argent du binôme café-cacao ivoirien déposé à la Caisse des dépôts et de consignation jusqu’en 1980 ? La Côte d’Ivoire est donc un pays qui compte dans le dispositif de domination de la France et de son rayonnement dans le monde. Il est inadmissible pour la France d’être privée d’une telle manne financière par la faute de quelques nationalistes au pouvoir dans son ex-pré-carré. La France n’ignore pas que les potentialités aurifères de la Côte d’Ivoire sont inépuisables selon tous les experts en la matière ; ce qui aiguise évidemment l’appétit de tous les prédateurs des matières premières occidentaux.

L’assurance mâle que la France affiche dans les arènes internationales repose sur deux mamelles africaines aux richesses naturelles très significatives ; la Côte d’Ivoire et le Gabon. Or, si Sarkozy par intrigues a pu «dompter» le Gabon avec l’élection d’Ali Bongo, il éprouve beaucoup de mal à dompter «Gbi la panthère ivoirienne».

Pour que la France compte, il faut que la Côte d’Ivoire existe. Mais comment la vassaliser ? C’est toute la question. Certes le Niger n’est pas négligeable avec son uranium ; mais l’utilisation, donc son avenir semble compromis avec la guerre que l’environnement livre au nucléaire. Sarkozy et la «mafiafrique» n’ont donc pas le choix dans cette guerre. Le temps de la vraie-fausse indépendance de l’ancien pré-carré français continue.


 





2. le coup d’Etat planifié

Si l’éminence grise de l’Elysée sous de Gaulle, Jacques Foccart est bien mort de sa belle mort, ses successeurs qui sont entre autres Bruno Joubert et Bernard Kouchner (qui a créé au Quai d’Orsay un clan anti-Gbagbo) ont fait leur cette exclamation du Général de Gaulle en février 1960 : «Foccart, il faut réussir la décolonisation». Interprétation de Foccart lui-même : cette injonction terrible ne signifiait pas : «Il faut aider les peuples d’Afrique à prendre un bon départ dans leur indépendance», mais plutôt : «Quelle que soit la formule adoptée pour les divers pays nouvellement indépendants, nous devons préserver les intérêts de la France».

Kouchner, le Foccart de la France de Sarkozy, en est le maître d’œuvre. Cet humanitaire transformé étrangement en gendarme du monde est à l’œuvre. La France des intrigues ne peut changer. N’oublions pas que de Gaulle lui-même est venu au pouvoir en 1958 par un coup d’Etat : L’Opération Résurrection. Depuis Alger, la 5e République est née d’un coup d’Etat.

Seulement en face Gbagbo, un homme qui possède en la matière une expérience des situations en apparence désespérées.

La France toujours soucieuse de ses intérêts idéologiques, stratégiques, commerciaux et économiques a une peur bleue de Laurent Gbagbo, qui risque d’ouvrir la boîte à Pandore pour le réveil d’une nouvelle conscience africaine. Le prima de ses intérêts tant publics que privés commande en très grande partie ses rapports avec ses anciennes possessions. Elle privilégie toujours avec les élites africaines des rapports inégaux et sulfureux marqués du saut de la brutalité et des coups d’Etat. Voici ce qui commande aujourd’hui, leur attitude inadmissible vis-à-vis d’un homme comme Gbagbo, historien de son état et qui a vite compris que la seule indépendance, la vraie, c’est être maître de son destin. Sans brocarder l’hégémonie destructrice de l’Occident, il a su prendre les précautions pour préserver les intérêts de son pays. Pour mettre fin au règne d’une classe aristocratique de prébendiers, formée par Houphouët-Boigny. Gbagbo va donc devoir révolutionner et radicaliser la manière de gouverner. Tant sur le plan politique national qu’international. Face à cette aristocratie du goût qui tend aujourd’hui à se faire appeler opposition significative, Gbagbo oppose un principe de gouvernance qui veut que rien ne soit immuable que les droits inhérents et inaliénables du peuple ivoirien. Il n’en fallait pas plus pour considérer comme un crime de lèse-majesté sa volonté de sortir le pays de la nuit de l’exil.
Or, le pouvoir français atteint d’une infirmité presque naturelle qui explique son impuissance congénitale de faire sa mue. Il doit maintenant comprendre que le 21e siècle n’est pas le 20e siècle. Il ne doit plus continuer de voir l’ex-esclave ou l’ex-colonisé en termes de duplication, de dédoublement ou de vassalisation. Le voyage de Sarkozy en Afrique s’inscrit en droite ligne dans cette vision manichéenne des anciens colonisés. La conspiration préparée contre la Côte d’Ivoire et visant son leader tient à faire aboutir cette vision de la France. Sarkozy n’est pas parti fortuitement au Gabon. Il va pour sceller une amitié compréhensive et neutre vis-à-vis de ce qu’ils sont en train de préparer contre la Côte d’Ivoire. Depuis la fermeture de la base de Dakar, et plus ou moins du 43e Bima de la Côte d’Ivoire, les véritables troupes françaises prêtes à intervenir en Afrique en cas de coup tordu sont pré-positionnées à Libreville au Gabon. C’est pratiquement une tradition ancienne.

N’oublions pas l’aventure-fiasco de la France contre le régime du Béninois Kérékou lorsque les troupes de Bob Denard à l’époque ont décollé de Libreville pour atterrir à Cotonou.

Que Sarkozy dont la destination finale du voyage était Kigali à mille kilomètres à vol d’oiseau de Libreville désoriente son avion pour atterrir à Bamako, cela devait faire réfléchir plus d’un. Car à Bamako, se trouvait déjà Alain Joyandet ministre de la Coopération. Auparavant, Bernard Kouchner était déjà venu deux fois à Bamako en quinze jours. Comme si ce n’était pas suffisant pour l’otage français libéré, le Secrétaire général de l’Elysée, lui-même, Paul Guéant, a dû abandonner les dossiers les plus urgents de l’Elysée pour faire le saut de Bamako. Cela n’augure rien de bon si ce n’est l’achèvement de la planification d’un coup d’Etat contre la Côte d’Ivoire.

Faut-il rappeler que ce Français, dont nous tairons volontairement le nom, jouant le rôle de représentant des services spéciaux français en Côte d’Ivoire, a lui aussi fait le déplacement de Bamako.

Selon des sources concordantes auprès des chancelleries toujours, il a même rencontré le Président Sarkozy. Toujours selon ces mêmes sources, Sarkozy parti de Libreville et survolant les frontières de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso aurait téléphoné au Président Blaise Compaoré, le Facilitateur de la crise ivoirienne, pour aider à la finalisation du coup d’Etat en cour.

Même un membre éminent du Rhdp se vante auprès de ses militants d’avoir reçu un coup de fil téléphonique express de Sarkozy, l’encourageant à tenir bon dans leur odieuse entreprise.
Selon nos sources, ces différentes pressions exercées par le Premier des Français n’a pas trouvé d’écho favorable ni auprès du Facilitateur ni du Président malien. Si Sarkozy s’est donné la peine de faire le détour de Bamako alors qu’il était à peine à mille kilomètres de sa destination finale, s’il s’est donné la peine de faire en plus un vol de quatre mille kilomètres en plus pour atteindre cette destination, c’est que l’enjeu était sérieux. La seule hyper activité du Premier des Français ne justifie pas ce surplus de périple africain. Qu’il se ressaisisse pour ne pas encore dans quelque temps, dire «nous avons commis des erreurs graves» en se mordant les doigts. Le serpent n’est vraiment pas mort comme vous le dite chez vous.

3. La prise de conscience

Mais que les conspirateurs sachent, malgré leurs ardeurs insensées, malgré leur volonté de saper les fondements encore mal assurés de la paix, les Ivoiriens qui n’ont d’autre patrie que la Côte d’Ivoire ne resteront pas passifs. Ils savent très bien que ne pas se révolter contre ce grand complot serait demeurer des victimes expiatoires. Les Ivoiriens ne sauront laisser les bourreaux d’hier se porter bien, tuer, violer, voler, brûler les symboles de l’Etat impunément. Les innocents d’hier qui sont devenus des insomniaques par leur faute, ne veulent plus dormir mal. S’ils ont pu se débarrasser de la rancœur et pardonner aux bourreaux, en acceptant de souffrir le martyr des grands hommes, ils n’entendent plus continuer de mourir sur l’autel des ambitions personnelles de ces bourreaux. Les Ivoiriens sont toujours à se demander pourquoi on en veut toujours aux personnes qui vous font du bien.

Le sommeil de l’innocence n’est pas une voie ouverte pour assouvir des desseins funestes. Le complot ne passera pas. Malgré l’activisme du directoire.

Les leaders du Rhdp ont une conception très étrange de l’Histoire de la Côte d’Ivoire. Ils fonctionnent comme si l’Histoire de la Côte d’Ivoire commence (y a-t-il un commencement à l’Histoire, voire une fin ?) en octobre 2000. Il y a comme la Côte d’Ivoire n’existe que depuis dix ans, c’est-à-dire avec l’ère Gbagbo ?

Gaillardement, ils se sont libérés du poids de leur malfaisance pour déposer le fardeau sur la tête des victimes d’hier. Dispensés de tout remords, aveuglés par les ambitions personnelles pleines de souffre, ils se sont débarrassés de la nécessité de réparer leurs méfaits vis-à-vis du peuple ivoirien. Voilà de véritables kamikazes qui veulent aller directement au paradis mais en nouant leurs ceintures d’explosifs autour des reins de tierce personne. Pour eux, Gbagbo est l’agneau du sacrifice et la Côte d’Ivoire, le champ de leur expérimentation. Mais au contraire du Christ, qui s’était assumé librement par amour pour les Hommes, Gbagbo, lui, ne devrait pas avoir le choix, il doit être simplement le bouc émissaire qui, en victime expiatoire, doit les débarrasser de tous les péchés d’Israël.

Pas de châtiment pour les bourreaux prédateurs d’hier, pas de haine pour les tortionnaires d’hier, puisque la victime expiatoire est arrivée à l’auto-culpabilité.

Voici ce qu’on demande au leader de la Côte d’Ivoire et à son peuple.

Périls inédits, ils devraient accepter d’être confrontés à des dominations obscures, alarmés des violences insaisissables, embarqués dans des mutations imaîtrisées, des crimes politiques organisés par des réseaux criminels arborescents. Forts de leur certitude agressive, de leur barricadement idéologique, de leur dogmatisme qui sont le lot de leur quotidien, ils se croient en apparence les maîtres d’un jeu funeste dont en réalité ils ne sont que les marionnettes du moment.

Nous demeurons convaincus avec Gbagbo et son peuple, que face au passé, s’élève un avenir plein de lumière.

L’aube d’une nouvelle Côte d’Ivoire se prépare. Laurent Gbagbo refuse de se figer, de se cristalliser, de s’emprisonner dans un monde de perte qu’on veut lui imposer. Gbagbo navigateur parmi les navigateurs saura tenir droit contre vents et marrées la barre du bateau ivoirien qui n’est pas du tout ivre. Loin s’en faut.

Si Ouattara et ses complices pensent que les élections à venir qu’ils veulent à tout prix compromettre sont celles de leur moisson, on est en mesure de leur poser la question de savoir en quels champs ont-ils semé le grain et pour quelle saisons oubliées pour en être si sûrs.
Mais l’adage ne dit-il pas que «les sots ont ceci de commun avec les éponges qu’ils adhèrent toujours ».

Abel Santamaria

Samedi 25 Décembre 2010

http://news.abidjan.net/h/384526.html http://news.abidjan.net/h/384526.html















Côte d’Ivoire :

la guerre et l’ingérence militaire soulignent
et aggravent
l’échec de l’ONU et de la France


Auteur : Survie - Source : TLAXCALA




SurvieSurvie condamne fermement les agissements belliqueux dont l’ONU et les autorités françaises font preuve en Côte d’Ivoire et rappelle les manquements des prétendus « médiateurs » du conflit, qui ont laissé prévaloir le règne de la violence et de l’impunité.

La France et l’ONU ont finalement décidé d’intervenir directement dans le conflit ivoirien. Le scénario qui se joue en Côte d’Ivoire est un des pires qui pouvait avoir lieu. Il n’est pas possible de croire à cette heure que cette intervention armée onusienne et française, dont le seul but sera de remplacer un président contesté par un autre légitimé dans le sang, résoudra durablement la crise ivoirienne. Tous les protagonistes de cette crise, à commencer par les clans politiques et militaires qui s’affrontent depuis 10 ans pour le pouvoir sont responsables de cet enlisement et de la dérive criminelle qui s’accentue aujourd’hui. Mais les prétendus « médiateurs » du conflit ne sont pas en reste.

Les graves manquements de l’ONU

Le mandat de « protection des civils ivoiriens » et d’ « interdiction des armes lourdes » brandi avec opportunisme par l’ONUCI pour intervenir militairement à Abidjan ne peut faire oublier les graves manquements dont ces mêmes forces ont fait preuve, incapables de prévenir ou d’arrêter les massacres perpétrés à Abidjan, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et ailleurs, particulièrement à Duékoué. Dans la période précédente, l’ONU avait déjà renoncé à accompagner à son terme le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion, pourtant préalable aux élections et condition de leur certification, comme convenu dans les accords de Ouagadougou. Alors que le pays subissait encore les exactions de milices et forces armées (« loyalistes » ou « rebelles ») incontrôlées, le point focal de l’activisme diplomatique multilatéral a été l’organisation de l’élection présidentielle.

La partialité et l’ingérence de la diplomatie et de l’armée française

Dans une continuité historique marquée par une ingérence persistante et la volonté de conserver son d’influence militaire, économique et monétaire, la diplomatie française fait preuve depuis de nombreuses années d’une attitude partiale, voire partisane dans la crise ivoirienne, qui s’est renforcée à l’issue de l’élection présidentielle et de la contestation de ses résultats. Cette attitude est aujourd’hui particulièrement lourde de conséquences dans la mesure où il ne s’agit plus d’un positionnement sur un contentieux électoral mais bien d’une implication directe dans un conflit armé. Les militaires français de la force Licorne étaient les plus mal placés pour une action de maintien de la paix, au vu notamment des événements de 2004, où ils avaient ouvert le feu sur la foule devant l’Hôtel Ivoire.

 




Aujourd’hui, ce sont ces soldats qui, sous le paravent d’une légitimité onusienne très discutable et toujours sous commandement opérationnel français, contribuent à imposer par les armes à un pays déchiré son nouveau président. Les bombardements du palais présidentiel et de la Radio Télévision Ivoirienne par les hélicoptères français, outre leur côté particulièrement symbolique, outrepassent le mandat onusien. Cette intervention brutale illustre par ailleurs une fois de plus la toute puissance du pouvoir exécutif français dans le déclenchement d’une opération militaire si lourde de conséquences, en l’absence de tout contrôle parlementaire.

Une impunité toujours de mise

Quel que soit le résultat des urnes, Alassane Ouattara ne tire aujourd’hui sa légitimité que des armes, celles des rebelles et celles de l’ONU et de la France. Dès lors, il est difficile d’imaginer une issue pacifique à la situation actuelle. Ajoutons que l’unanimité, en France, pour dénoncer, avec raison, les crimes commis par les forces de Laurent Gbagbo, s’est accompagnée d’un aveuglement sur ceux, tout aussi graves, commis par le camp d’Alassane Ouattara. Il faudra pourtant en passer par la fin de l’impunité des uns et des autres qui règne depuis dix ans. Il est impératif que la Cour Pénale Internationale (CPI) s’empare de manière impartiale et complète de l’ensemble des crimes qui ont été commis en Côte d’Ivoire, comme cette cour le souhaite elle-même. Un processus de Vérité, Justice et Réconciliation doit dans le même temps être mis en œuvre en Côte d’Ivoire, comme le demande la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI).

Des acteurs de la société civile trop souvent écartés

Enfin, les deux camps qui s’affrontent aujourd’hui, en plus des aspects criminels, ont pour point commun d’avoir systématiquement écarté les acteurs de la société civile du jeu politique. Si la communauté internationale espère être crédible dans sa volonté affichée d’œuvrer pour la paix en Côte d’Ivoire, elle doit imposer la présence de la société civile ivoirienne dans tous les scénarios de transition.

L’association Survie demande :

* à nouveau le retrait définitif des militaires français de Côte d’Ivoire ;
* que la lumière soit faite sur l’implication de l’armée française et de l’ONU dans l’avancée vers Abidjan des ex-rebelles (dont certains pourraient s’être rendus coupables de crimes de guerre) ;
* que le parlement français exerce son contrôle sur l’opération Licorne, conformément aux dispositions prévues par la réforme de la Constitution de juillet 2008, et crée une commission d’enquête parlementaire sur l’ensemble de cette action depuis son déploiement en 2002 ;
* de conditionner les relations avec le nouveau pouvoir ivoirien à l’obligation de poursuivre les responsables des crimes commis dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et de les exclure de tout rôle politique.

Survie demande en outre :

* la publication du rapport du groupe d’experts de l’ONU chargé de surveiller l’embargo de 2004 sur les armes et diamants, dont celle-ci reste bloquée depuis septembre ;
* la saisine de la CPI pour l’ensemble des crimes commis en Côte d’Ivoire et la mise en œuvre d’un processus Vérité, Justice et Réconciliation, comme le demande la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI).

Merci à Survie
Source: http://survie.org/francafrique/cote-d-ivoire/article/cote-d-ivoire-la-guerre-et-l
Date de parution de l'article original: 06/04/2011
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4559
Auteur : Survie - Source : TLAXCALA










Vendredi 15 Avril 2011

Mme Simone Gbagbo,
la première dame de Côte d'Ivoire violée.




ELLE A ETE SEXUELLEMENT AGRESSEE. Nous le soupçonnions et l'avions même
avancé. Eh bien, nous venons d'apprendre (14 avril 2011, soir), d'une source
directe et très bien renseignée que Mme Simone Gbagbo a été bel et bien
l'objet de plusieurs attouchements sexuels lors de son arrestation et ceci
devant son mari, le président Gbagbo. Il faut donc que Ouattara et Sarkozy nous
confirment ou infirment cette information.

Ce matin (15 avril 2011) nous avons reçu un témoignage supplémentaire de la
part d'un compatriote de Côte d'Ivoire très proche du couple présidentiel.


Nous n'avons pas de mots pour décrire notre indignation face à cette
transgression de la cosmogonie africaine. Vu les rapports de force sur le
terrain, ce crime même s'il va être impuni, le sera d'une manière ou d'une
autre, tôt ou tard.

14 avril 2011
Komla KPOGLI
Web. http://lajuda.blogspot.com

Vendredi 15 Avril 2011







Quelle cause peut bien justifier de telles horreurs?

Si Laurent Gbagbo c'est le "boulanger" de la politique ivoirienne, Alassane Ouattara lui, c'est "le boucher" de la vie des ivoiriens.

Pour arriver au pouvoir l'homme est entrain de faire ce qu'il sait faire de mieux: une "boucherie humaine" en Côte-d'Ivoire. tuer , tuer, tuer, des civils innocents pour le simple fait qu'ils appartiennent à la même ethnie ou même région que Gagbo. Pour exemple à DUEKOUE. Regardez ce que font les rebelles de Ouattara. DES HORREURS.










Ave Gbagbo ! Ceux qui t'ont vu mourir te saluent...

D’aucuns ne comprennent pas qu’en plein XXIème siècle, il se trouve encore des Africains pour douter de la profondeur de l’amitié franco-africaine. L’amour que la France nourrit pour l’Afrique est pour le meilleur et pour le pire. Seules les ’’mauvaises langues’’ persistent à s’imaginer que dans cet attelage, la France s’arroge le meilleur en confinant l’Afrique au pire. Mais peut-être vaut-il mieux pécher par lucidité que par imbécillité. La Côte d’Ivoire donne en effet la pleine mesure de l’immense amour que la France des libertés, de la fraternité et de l’égalité nourrit pour l’Afrique : un amour un peu écarlate, il est vrai. Mais le rouge vif des roses ne symbolise-t-il pas l’éclat de l’amour qu’on témoigne à l’objet aimé?

L’amour de la France pour l’Afrique est donc si rouge et si vif qu’il se confirme comme un amour négrophage, si carnassier qu’il fait de la France une grande puissance hémophage.

Au nom de la démocratie françafricaine, nul n’aurait spontanément imaginé que la France eût simplement pu songer à assassiner près de 3000 jeunes Ivoiriens à Abidjan ! Mais ces chiffres circulent sur internet et sont disponibles dans certaines grandes Chancelleries. Cette nation de la fraternité ne saurait assassiner autant de frères humains : la France a donc seulement supprimé la vie à ces jeunes Africains proclamés criminels pour avoir osé soutenir le Président National qu’ils estiment avoir élu, contre un Président élu par la Communauté internationale. Ils sont passés de vie à trépas parce que le Napoléon nouveau est arrivé en France, et que tout crime africain de lèse Tricorne mérite d’être puni de mort par la Licorne.

Ici, les images d’un autre pays africain en lutte en 1945 remontent :

la Légion étrangère de France, de fort sanguinaire réputation, n’hésita pas à liquider 17.000 Algériens à Sétif et Constantine. Cette extermination massive fut activement maquillée et couverte pour la visite de Tixier, alors ministre français des Affaires Etrangères. En effet, préoccupé par les reportages de plus en plus précis des médias, et soupçonnant de mensonge les rapports orientés des autorités françaises en poste en Algérie, le ministre Tixier dut faire une descente en Algérie pour se faire une opinion personnelle et directe.
Les commanditaires français locaux de ce massacre durent subrepticement exhumer des milliers de corps des charniers pour les déplacer et les incinérer dans les fours à chaux d’un colon français de la place. Ces Français avaient appris une grande pratique des Nazis ; ils l’appliquaient aux Africains d’Algérie. Et pour ne pas perturber la bonne conscience de «la communauté internationale» d’alors, les rapports très officiels qui furent publiés conclurent qu’il y avait environ 103 colons français morts et 15.000 morts côté algérien. Ce rapport précisait que ces morts n’étaient pas dues à l’armée française d’occupation, que la France n’avait jamais eu à tirer sur qui que ce soit, mais que ces morts étaient la regrettable conséquence des émeutes que l’Algérie avait connues pour cause de famine! Par amitié, la France se proposa d’aider l’Algérie à éloigner le spectre d’une famine aussi meurtrière ! Il ne fallait surtout pas laisser éclater le scandale de cette boucherie : la France voulait présenter au monde une image angélique et vertueuse au moment où se mettait en place un organe aujourd’hui connu sous le nom de l’ONU.

Le hasard de l’histoire veut que 70 ans après, une autre Légion étrangère de France sévisse en Côte d’Ivoire ; et qu’Alain Juppé, un autre ministre français des Affaires étrangères, se mobilise et tente de divertir l’opinion internationale en la détournant du spectacle des milliers de cadavres d’Ivoiriens qui jonchent les rues d’Abidjan. Mais il se trouve cette fois que les cameras sont présentes : des journalistes et des cinéastes ont pris des images, et certaines puissances à veto au Conseil dit «de sécurité» en détiennent d’horribles et de bien embarrassantes pour l’angélisme affiché d’une France qui, pour ne pas plonger seule, n’a pas hésité à compromettre l’ONU.

C’est qu’il y a longtemps qu’en Côte d’Ivoire, la question n’est plus électorale. Il y a longtemps qu’elle n’est plus ni morale, ni éthique : la question est d’une obscène concupiscence, matérielle et mercantile. La France a voulu et a cru pouvoir se cacher derrière l’ONU. Elle avait des raisons de le penser, l’ONU étant cet organisme d’après guerre qui fut conçu par des Occidentaux, pour un Occident anxieux et impatient de se doter d’un instrument de protection de ses intérêts géostratégiques et hégémoniques de domination d’un monde qu’il s’était partagé. Aujourd’hui, hélas, l’ONU est bien nue ! Quant à la France qui espérait s’en couvrir, le giclement du sang des Ivoiriens est un torrent écarlate qui confirme l’idéologie sanglante que chante la Marseillaise. Mais de mémoire d’Ivoirien, l’on ne vit jamais un éléphant se cacher efficacement derrière une feuille de cacaoyer. La mise à nu de l’ONU a fini par mettre la France à découvert. Convoité pour ses richesses, un Peuple d’éléphants se retrouve pour ainsi dire sans défense, face à la furie paradoxalement et fort scandaleusement meurtrière de l’ONU. On aura donc vu cela : des ’’soldats de la paix’’ bombardant les institutions d’une nation membre de l’ONU, «au nom de la paix», «pour protéger des civils», en collusion avec un membre à veto du Conseil de … sécurité !

Il va sans doute falloir repenser tout cela, et sans doute tout rebaptiser; non seulement parce que nous autres Africains savons aujourd’hui qu’il n’y a pas de «soldats de la paix», mais parce que le Conseil présumé de sécurité ne sécurise visiblement que les intérêts des nations à veto, au détriment des peuples qui, de ce fait même, n’ont pas voix au chapitre à l’ONU.

De Gaulle se passait volontiers de cette Organisation quand les appétits de la France étaient contrariés par des principes onusiens. Et c’est ce «machin», comme il l’appelait, que les Etats Unis ont superbement ignoré quand il a fallu qu’un fils président des Etats Unis lave l’humiliation que Saddam Hussein avait infligée à son président de père. La belle «Busherie» qui a suivi à coup de mensonges médiatiques aura-t-elle inspiré la France – qui n’a pas supporté le camouflet que Laurent Gbagbo lui a donné, entre autres en refusant d’aller célébrer le cinquantenaire d’une indépendance qu’il persistait, lui, à revendiquer pour la Cote d’Ivoire ? En finir avec Saddam Hussein pour les uns au nom du père et au mépris de l’ONU. En finir avec Gbagbo pour les autres, au nom du pèze et en compromettant l’ONU. C’est sur fond de cette émotivité revancharde et ravageuse que l’Occident s’est autoritairement et arbitrairement engagé à décimer des populations non occidentales, au prétexte de démocratiser leurs pays.

Qu’il se trouve des Africains pour chercher à plaire à des Occidentaux est leur droit. Cela fait gagner quelques tapes condescendantes sur l’épaule et un peu d’avoine aux ânes. Et nous sommes nombreux sous les tropiques à avoir été dressés à de telles âneries. Mais tous ces massacres sur fond d’affective cupidité montrent que contrairement à ce que prétendit un Nègre évolué, l’émotivité n’est pas un monopole nègre. Bien plus, l’Occident hellène sait ce qu’est perdre la raison quand il s’aveugle de convoitise, s’éblouit à l’éclat des matières premières des autres peuples et s’enlise dans ses calculs de survie. C’est donc un peu trop rapidement que Senghor lui en aura abandonné l’exclusivité. Car les prouesses technologiques occidentales ne suffisent pas à convaincre de la grandeur humaine ; elles y parviennent d’autant moins que celles qui se déploient en Afrique crachent essentiellement la mort, multipliant le deuil, la désolation et les cimetières, tels du moins que les peuples de Côte d’Ivoire et de Libye sont en train de les expérimenter.

Emotive ? Pressée et stressée par la morsure de sa propre survie économique ? La France, pays européen de plus en plus pauvre, ne veut pas suivre l’Irlande et la Grèce dans les fourches caudines du FMI ou dans la galère humiliante de l’assistanat européen. La France qui vit essentiellement de son capital historique n’aura certainement pas oublié que l’Espagne aujourd’hui à genoux fut la première puissance maritime d’Europe au sillage de laquelle la France dut s’inscrire pour prospérer outre-mer. Et la France renoncerait à tous ses fromages pour ne pas devoir solliciter l’assistance conditionnée d’une Union européenne dont elle s’estime l’une des pièces maîtresses. Or cette France-là est parfaitement consciente qu’elle ne peut tenir ni la route, ni la moindre de ses ambitions de visibilité sans l’Afrique. La voici donc en train de craquer devant les sursauts somme toute récurrents de liberté, d’autonomie et même d’indépendance que lui opposent, chose intolérable, certains pays de son empire colonial. Le masque n’aura donc pas pu tenir. Il est tombé, et dans les flaques de sang du peuple ivoirien. Il ne fait pas bon le comprendre. Il ne fait pas bon le dire.

C’est pourquoi de plus en plus de Français apparemment sains de corps (pour l’esprit nous verrons) déclarent à temps et à contre temps que les Africains qui s’offusquent ou se révoltent sont victimes du «Complexe de colonisé»! Ils connaissent donc la psychologie. Ils ont même, pour certains, feuilleté Freud. Ils se doutent que s’il y a complexe, c’est à la suite d’un événement traumatisant, comme par exemple la colonisation. Les Français ont donc en France des psychothérapeutes dont il faudra sans doute augmenter les effectifs au regard de l’éclosion imminente des psychopathologies latentes. Mais il ne convient pas à nos amis de France qu’un lien soit établi entre ce qu’ils considèrent comme «complexe de colonisé» et l’événement traumatisant qu’est la colonisation à la française. Chacun peut donc s’étonner qu’en France, depuis bientôt 70 ans, l’on passe et repasse des images, des discours et autres témoignages pathétiques sur la Shoah, sans qu’aucun des Français donneurs de toutes ces leçons de savoir-penser n’ait encore reproché aux victimes du nazisme de cultiver quelque «Complexe de nazifié»! Est-ce à prétendre que les camps nazis de gazéification n’étaient pas un événement traumatisant ? Ou alors, comme l’affirmait le Haut Commissaire colonial Messmer, promu Premier ministre de France en récompense des sévices rendus, est-ce parce que «la capacité de souffrance» des Nègres est telle qu’ils ne pourraient avoir été traumatisés malgré toutes les horreurs que la colonisation française leur a infligées ?

’’Ce n’est pas la même chose’’ dirait l’impénitent Elkabach ! Car pour certains journalistes de France, tenir un micro et passer à l’antenne permet de banaliser impunément les assassinats qu’on veut, et de valoriser complaisamment les turpitudes qu’on peut, selon les besoins variables de la cause.

 





La manipulation et l’instrumentalisation de la presse de France pendant le génocide algérien se sont donc tranquillement reproduites pendant les expéditions mortifères de la Légion étrangère de France en Cote d’Ivoire. Ce sont des Français mêmes qui massacrent, qui liquident et qui cassent du nègre, sans doute pour satisfaire ce goût de sang et cette propension à l’hémophagie qu’exalte la Marseillaise ? Rouget son auteur, n’aura jamais aussi bien porté son nom…


La presse française s’est donc montrée à la hauteur du carnage ivoirien : le monde entier a observé qu’elle sait se délecter de charogne, et qu’elle se pourlèche les babines au spectacle de putréfaction dont la Licorne a pollué les terres, les villes et les rues de Cote d’ivoire. En son temps, pour d’autres raisons, François Mitterrand dénonça la dérive canine et carnassière de la presse française. Bérégovoy venait d’être poussé au suicide. La mort ; encore la mort ; toujours la mort. Mitterrand, coup de tonnerre, parla de «chiens». Seulement, il n’avait pas pris toute la mesure de l’anthropophagie des médias de sa France : un chien chasse, traque son gibier et le tue ; en revanche et bien moins efficace, l’hyène ne fait que dégoter les carcasses de proies tuées et abandonnées par d’autres prédateurs. Et ce sont bien les charognes humaines abandonnées par la Licorne qui font les beaux jours et les carrières de certains journalistes de France. C’est pour cela qu’avant de se rendre compte qu’ils sont devant des caméras, la plupart laissent libre cours à leur instinct de négrophages, et ne se ressaisissent que pour tenter, encore que maladroitement, de juguler l’incontinent épanchement de leurs fantasmes de négrophobes.


En effet, le seul décompte qu’ils savent faire des victimes porte curieusement sur les morts qu’ils attribuent au camp qui n’est pas celui de la Licorne. Soucieux de promouvoir cette nouvelle démocratie qu’il faudra bien nommer démocratie par balles,- Achille Mbembe proposait déjà la «démocratie du bazooka» - ils tentent de convaincre leurs auditeurs et téléspectateurs que les balles tirées par les Rebelles propulsés Républicains, et les obus de la Légion étrangère de France, sont à têtes chercheuses : ces munitions feraient le tri entre les civils et les militaires. Bien mieux encore, les balles françaises sauraient distinguer, parmi les civils, le pro Gbagbo du pro Ouattara. Elles se réserveraient donc de frapper les uns, pour ressortir des cases, revenir dans la rue, et continuer à rechercher les vraies cibles… Voilà pourquoi en Cote d’Ivoire, selon la presse de France, il n’y a de morts que victimes du seul et unique camp de Gbagbo… L’ONU même - sursaut de lucidité ou velléité de remords pour se racheter - a beau répéter que les hommes de Ouattara multiplient des hécatombes sur leur passage, rien n’y fait : d’où ce commentaire d’une chaîne française : « Le Président reconnu par la communauté internationale s’engage à faire toute la lumière sur les massacres qui sont perpétrés par les hommes de Laurent Gbagbo, et à punir les coupables »…Quand on vous dit qu’ils sont incomparables, nos journalistes de France : dans leurs reportages forcément objectifs, la Légion étrangère de France disposerait tout aussi intelligemment de balles et de mortiers intelligents à frappe sélective…


Et Laurent Koudou Gbagbo dans cette spirale ?

Assurément, Gbagbo n’aura pas de communion sans confession. Mais il aura joué un rôle déterminant dans la compréhension de la manière dont fonctionne la ’’Communauté internationale’’ via l’ONU et l’Union européenne. Gbagbo a servi de révélateur au sens chimique de ce terme. Sans doute se sait-il condamné. Mais le destin des révélateurs est de disparaître une fois le résultat de la réaction chimique connu. Et ce résultat, c’est d’avoir amené l’amitié franco africaine à révéler son vrai visage de négrophagie françafricaine. Aucun Africain, gouvernant ou gouverné, ne saurait plus prétendre qu’il n’a pas vu, ou qu’il n’a pas entendu. Ce ne sont pas les pâles dissertations des médias de France qui nous démentiront. Quand il s’agit de casser du nègre, tous les adjectifs qualificatifs sont bons pour disqualifier l’Afrique. Et tout un système politique, économique et social qui vit de la colonisation espère, à coup de blanchiment médiatique, faire oublier les nombreuses «guerres cachées» dont l’Afrique fut victime et dont de bien nombreuses générations d’Africains gardent de profondes séquelles.

Si donc l’amnésie est une vertu, qu’on veuille bien nous expliquer en quoi sont pertinents les multiples organismes, exhortations et institutions de mobilisation en faveur du devoir de mémoire sur ces innocents européens qui, il y a déjà 70 ans, furent massivement arrachés à l’affection des leurs. Qu’on veuille bien expliquer en quoi il est juste et bon que ceux qui se sont rendus coupables ou simplement complices de ces exactions soient encore culpabilisés, toujours traqués et si impitoyablement condamnés que toute velléité de négationnisme expose à des procès. Ceux qui vivent ainsi de leur histoire et qui la font vivre s’en estiment le droit et même le devoir. Nul ne le leur contestera. Mais qu’ils vivent aussi grassement de leur fonds de commerce historique en tentant de donner mauvaise conscience à ceux qui cherchent à faire valoir leur histoire à eux, relève d’une attitude que chacun pourra qualifier, mais qui n’est pas loin de l’abjection morale, pour avoir franchi toutes les étapes de la mauvaise foi et de l’hypocrisie. Mais nous comprenons bien que le complexe de colonisé soit consubstantiellement lié au complexe du colonisateur. Quelqu’un, quelque part, ne supporterait plus son visage de génocidaire colonial. La première thérapie pour le complexe de colonisateur consisterait sans doute à affronter le regard de ses victimes et la vérité de ses exactions, dans l’espoir de les exorciser. Mais certains, à l’évidence, n’ont pas le courage de leur histoire. Ils n’ont déjà pas montré qu’ils avaient le courage d’assumer leurs exactions. L’héroïsme colonial est un héroïsme de lâcheté. C’est cet héroïsme-là qu’on voit encore en 2011 se déployer dans les rues d’Abidjan.

La Côte d’Ivoire vient ainsi d’offrir un miroir non déformant à la «communauté internationale» et à l’ONU. Les puissants propriétaires du monde ont le loisir de s’y mirer et de s’y admirer. Ce qu’ils sont vient cependant de parler, de crépiter et d’exploser si fort à Abidjan qu’il n’est plus besoin d’écouter ce qu’ils disent. Nous autres Africains savons trop ce qu’ils sont pour encore nous arrêter à ce qu’ils déclarent. Il suffirait de consentir quelques instants d’attention à l’actuel Président de France parlant d’une Libye où flotterait le drapeau tricolore : «Je ne fais pas ça par plaisir. Je ne suis pas belliqueux. Que pouvais-je faire d’autre ? Il fallait tout faire pour éviter que Kadhafi rentre dans Benghazi en vainqueur. Ce n’était plus qu’une question d’heures. Ça fait quelque chose, quand même, de voir les drapeaux français à Benghazi. » (in Les Afriques, n° 154 du 30 mars 2011, Verbatim, p. 24).

Comment encore en douter ? La lorgnette est ajustée en même temps que le Tricorne napoléonien pour que la Licorne achève la besogne au nom de l’empire colonial à restaurer en Afrique. Tel est le rêve impérial de Nicolas Sarkozy : voir flotter le drapeau de France, surtout ailleurs qu’en terre de France, en tout cas partout où il y a prétexte à démocratie ou à protection des civils par ces bombardements et pilonnages intensifs qui devraient convaincre les plus sceptiques que Nicolas Sarkozy n’est «pas belliqueux».

C’est ce bellicisme et cette fougue de reconquête que certains dignitaires de France déplorent : Dominique de Villepin préconise une solution diplomatique et non militaire, et Laurent Fabius dénonce l’interventionnisme de la France. Tous s’indignent de voir la France en première ligne dans une dispute électorale que les Ivoiriens en particulier et les Africains en général ont les moyens de gérer.

Plusieurs siècles ont passé. Les noms de baptême ont changé ; « le fardeau de l’homme Blanc » perdure. Hier il s’appelait mission civilisatrice. L’Afrique a été saignée pour ainsi dire à blanc par une Traite dont les Blancs même n’osent plus parler. Aujourd’hui, les mêmes se donnent un nouveau fardeau, la mission démocratisatrice, dont le prétexte est de libérer les Africains des autocraties que les collusions françafricaines ont pourtant installées avec enthousiasme en Afrique, et que la France a bichonnées tant qu’elles sécurisaient ses intérêts. Mais seule la peinture a changé. Hier, des villages africains entiers ont été décimés et calcinés au nom de la ’’civilisation’’ occidentale. Aujourd’hui, les rescapés de ces génocides coloniaux sont massacrés en Afrique au nom des libertés et de ’’la démocratie’’ à l’occidentale.

Le fait, constant, n’est pas que l’Occident donne l’illusion de se soucier du bien être des peuples d’Afrique en lieux et place des dirigeants légitimes ou autoproclamés d’Afrique. Nous autres Africains savons que le chimpanzé n’est pas le frère du gorille. Ce qui est constant, c’est qu’à chacune de ses crises de civilisation, l’Occident s’arroge «une mission» au maquillage humaniste, humanitaire, et même philanthropique ; qu’il annonce bruyamment qu’il va «porter le fardeau» du bien-être des peuples non occidentaux au moment même où il s’organise pour faire porter à ces peuples le fardeau de la survie et du bien-être des peuples occidentaux.


Jusqu’ici, on savait la France négrophobe, le pays où le délit de faciès prospère et où les agents chargés de le sanctionner font carrière. Mais au moment même ou la France se dévoile, elle se confirme négrophage. Elle déploie donc en Cote d’Ivoire son vaste amour de prédateur pour sa proie, qui veut que l’un en survive au moment même où l’autre en crève. Car c’est désormais une question de vie ou de mort. Convenons que le monde aura connu une autre France : celle qui, malgré la morsure de ses carences économiques, de ses incertitudes morales complexifiées par la peur du lendemain, parvenait encore à dissimuler aux cameras sa haine et sa hargne, son bellicisme et son vampirisme socioéconomique. Ce n’est pas la moindre faiblesse que de se croire seul au monde et de ne voir que soi. Le narcissisme eurocentriste peut donc toujours se gargariser de sa propre image. C’est désormais une image écornée et maculée du sang des peuples qu’on s’arrogea hier le devoir de civiliser, mais qu’on n’aura travaillé qu’à décerveler et qu’à déciviliser. La démocratie la plus française restera donc toujours la meilleure. La déraison en serait simple si démocratie rimait avec négrophagie. C’est pour cela qu’hier comme aujourd’hui, et pour demain qui se penche sur les fosses communes d’Afrique, l’amitié franco africaine s’avère synonyme de négrophagie françafricaine.


Ave, Gbagbo ! Ceux qui t’ont vu mourir te saluent !

Car les dés sont jetés : «Pile !», ils te tuent. «Face !», tu es mort. Mais ce que les Africains ne pouvaient pas encore comprendre du jeu de l’ONU contre Patrice Lumumba ou Ruben Um Nyobe, ce que les Africains n’avaient pas bien saisi dans l’assassinat de Thomas Sankara, les Africains le comprennent aujourd’hui avec Laurent Koudou Gbagbo. La rage de survie économique et financière qui stresse la France pousse ladite France à ravager les peuples et les pays d’Afrique. Elle a réussi à embarquer dans les guerres de survie de l’Hexagone un jeune président Américain fils d’Afrique, au nom de la démocratie électorale. Son rêve d’empire à la Napoléon rappelle le mot de la mère à son empereur de fils : «Pourvou que ça doure». Car maintenant que la carte française est jouée et que les cartouches de l’ONU sont tirées, il faudra, demain, trouver d’autres munitions pour la mission démocratisatrice, en rattrapage de l’échec de la mission civilisatrice.


L’ONU avait une mission d’interposition pour sécuriser la vie. Voici que par France interposée, elle s’est dégradée et démentie en force offensive d’agression sur l’un de ses Etats membres. La voici donc bien nue, l’ONU. L’Afrique, qui devra à Gbagbo de l’avoir révélé, gagnera à en tirer les conséquences appropriées pour ses peuples, en dépit du silence assourdissant de certaines de ses institutions plus ou moins cosmétiques et manifestement influencées.


Ce sera cependant comme avec Empédocle au bord de l’Etna : ceux qui voudront bien suivre ses traces arriveront sans doute à retrouver ses sandales. Cependant de même qu’Empédocle avait déjà plongé dans l’inconnu de l’Etna quand on retrouva ses sandales, Gbagbo ne sera déjà plus là : bien des indices laissent penser que jamais il ne prétendit être une destination, et qu’il se sera perçu comme un simple et fort modeste panneau de signalisation. D’où qu’il lui soit donné de nous observer, Gbagbo persistera à indiquer une destination par-delà sa personne : «L’Afrique ? Continuez, c’est par là… »


Par Charly Gabriel Mbock in Saoti le 11 avril 2011










Lundi 18 Avril 2011

Côte d’Ivoire : Une centaine de personnes massacrées chez Gbagbo lors de l’assaut sur sa résidence
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Le capture du Président Gbagbo le 11 avril à sa résidence de Cocody-les-ambassades par les forces spéciales françaises de la Licorne, a été suivie par un véritable carnage, que certains voudraient passer sous silence.
Les forces nouvelles qui accompagnaient les forces françaises se sont livrées à un véritable carnage sur les personnes présentes.
Alors que la famille présidentielle (épouse, fils et filles, neveux, nièces, mère, dignitaires, etc..) était embarquée pour l’hôtel du Golf, les autres personnes présentes ont tout simplement été passées sommairement par les armées, séance tenante sur l’esplanade de la résidence.
Ce sont plus d’une centaine de personnes aux mains nues, qui ont ainsi perdu la vie ce jour-là.
Une enquête doit impérativement être ouverte sur ces crimes odieux à la résidence du président Gbagbo, car aucune résistance n’a été effectuée par aucune des personnes massacrées, dès lors que le Président avait été capturé par les français.
Plus rien ne justifiait alors la barbarie des hommes de Ouattara à la résidence présidentielle, qui a été pillée et mise à feu et à sang.
Les images parlent d’elles-mêmes sur l’horreur vécue par les personnes présentes.
La plus emblématique de ces personnes est le ministre de l’intérieur Désiré Tagro, qui a reçu une balle dans la bouche alors qu’il brandissait un mouchoir blanc en guise de reddition.
Sa mort ne doit également pas restée impunie et toute la lumière doit être faite pour que la réconciliation prônée par Ouattara soit effective.
Aujourd’hui, une semaine après la chute de Laurent Gbagbo, on continue à toujours tuer ses partisans et tous ceux se réclamant de son ethnie. Partout dans le pays, c’est la désolation et le Président Ouattara ne maîtrise ni ses hommes, ni aucun levier de l’état.
L’appel au travail lancé aujourd’hui lundi ne sera, à coup sûr, pas entendu.
Nous y reviendrons.
Eric Lassale

http://www.ivoirebusiness.net/?q=node/3304 http://www.ivoirebusiness.net/?q=node/3304












Thabo Mbeki
Mercredi 4 Mai 2011


Thabo Mbeki :

Qu'est ce que le monde s'est trompé en Côte d'Ivoire !

Une contribution de l'ancien président Sud-africain, M. Thabo Mbeki, parue
dans le magazine Foreign Policy en date du 29 avril 2011, fait état de
l’échec des Nation Unies dans la crise ivoirienne et encourage les Africains
à prendre en main la résolution de leurs propres conflits.


Le second tour des élections présidentielles du 28 novembre 2010 en Côte
d’Ivoire montés les uns contre deux autres de longue date des opposants
politiques, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Pour cette raison d’une
importance stratégique, il était inévitable que ce concours électoral
décide de l’avenir à long terme du pays. Toutes les personnes concernées
devraient avoir sondé très au sérieux la question critique: Est-ce que les
élections de 2010 ont crée les conditions permettant d’établir la base
d’un meilleur avenir possible pour le peuple ivoirien?

Ce qui n’a pas été fait

La communauté internationale a insisté pour que la Côte d’Ivoire mettre
fin à la crise et organise des élections démocratiques, même si les
conditions n’étaient pas réunies pour mener de telles élections. Bien
qu’ils aient su que cette proposition était fondamentalement mauvaise, les
Ivoiriens ne pouvaient pas résister à la pression internationale à la tenue
des élections.

Cependant, la réalité objective est que les élections présidentielles
ivoiriennes n’auraient pas dû avoir lieu au moment où elles se sont tenues.
Il était parfaitement prévisible qu’elles ne feraient que renforcer le
conflit, même s'il a été suggéré qu’elles y mettraient fin.

La rébellion de 2002 en Côte d’Ivoire a divisé le pays en deux parties,
avec le nord contrôlé par les rebelles des Forces Nouvelles, qui a soutenu
Alassane Ouattara, et le sud aux mains du gouvernement dirigé par Laurent
Gbagbo. Depuis lors, la Côte d’Ivoire a eu deux gouvernements, deux
administrations, deux armées, et deux leaders «nationaux».

Toutes élections tenues dans ces circonstances enracinent inévitablement les
divisions et les animosités représentées et aggravées par la rébellion de
2002.

Les défauts structurels qui se trouvaient à la base de la rébellion de 2002
comprennent des questions inflammables telles que les tensions transnationales
qui touchent en particulier la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, les
antagonismes ethniques et religieux en Côte d’Ivoire, le partage du pouvoir
politique, et l’accès au pouvoir et aux opportunités socio-économiques.

À cet égard, la communauté internationale a assidûment supprimé une juste
appréciation des diverses allégations explosives qui, à tort ou à raison,
ont informé et continueront d’informer l’opinion de la population partisane
de Gbagbo dans le sud de la Côte d’Ivoire – ainsi qu’ une grande partie
de l’Afrique francophone !

A savoir que Ouattara est un étranger né au Burkina Faso, qui, avec le
Président Blaise Compaoré du Burkina Faso, a été responsable de la
rébellion de 2002, que son accession au pouvoir se traduirait par la prise de
contrôle du pays en particulier par des étrangers burkinabé, et que,
historiquement, Jusqu’ici, il a été prêt à faire avancer les intérêts
français en Côte d’Ivoire.

Prenant en compte tout cela, l’Union africaine a compris qu’une solution
durable à la crise ivoirienne nécessitait un accord négocié entre les deux
factions belligérantes, portant sur les questions interdépendantes de la
démocratie, la paix, la réconciliation et l’unité nationales.

Après de longues négociations à partir de 2002, les Ivoiriens ont convenu
que l’élection présidentielle ne se tiendrait pas avant que des conditions
diverses aient été remplies. Il s’agissait notamment de la réunification du
pays, la restauration de l’administration nationale à toutes les parties du
territoire ivoirien, et le désarmement des rebelles et de toutes les milices et
leur intégration dans le mécanisme de sécurité nationale, ceci au moins deux
mois avant la tenue des élections présidentielles. Malgré le fait que rien de
tout cela n’ait été honoré, les élections présidentielles ont été
autorisées.

En fin de compte, Ouattara a été installé comme président de la Côte
d’Ivoire. Gbagbo, et son épouse Simone, ont fini comme des prisonniers
humiliés. Beaucoup d’Ivoiriens sont morts et ont été déplacés, de
nombreuses infrastructures ont été détruites, et les animosités historiques
ont été exacerbées à cette fin.

Beaucoup de choses ont été radicalement faussées tout le long de la route
jusqu’à ce résultat.

Les accords portant sur ce qui aurait dû être fait pour créer les conditions
d’élections libres et équitables ont été volontairement et
dédaigneusement ignorés. Le Conseil constitutionnel ivoirien (CC) est le seul
organisme habilité par la Constitution à déterminer le vainqueur dans une
élection présidentielle et à installer le président, avec la Commission
électorale indépendante (CEI), chargée de transmettre les résultats
provisoires au CC. Toutefois, ceux-là mêmes qui insistent sur le caractère
sacré du droit fondamental à toute pratique démocratique, ont choisi de
façon illégale de reconnaître le résultat provisoire annoncé par un
président de la CEI tout seul, comme le résultat authentique de l’élection
présidentielle.

Comme prévu par la loi, Gbagbo a contesté la régularité des élections dans
certaines parties du pays, surtout dans le nord. Le CC, à tort ou à raison, a
accepté la majorité des plaintes déposées par Gbagbo, a identifié
d’autres irrégularités, a annulé les votes dans certains districts, et a
déclaré Gbagbo vainqueur. Le président de la CEI n’a pas pris ces
prétendues irrégularités en compte et a décidé que Ouattara avait gagné.

L’envoyé de l’ONU, le Secrétaire général Ban Ki-moon, et son collègues
sud-coréen, RSSG Young-jin Choi, ont également déterminé que Ouattara avait
gagné, mais sur la base de moins de voix que celles annoncées par la CEI,
après avoir déterminé que certaines des plaintes déposées par Gbagbo
étaient légitimes. En termes de suffrages exprimés pour les deux candidats,
la CEI, le CC, et le représentant spécial de l’ONU ont fait trois mesures
différentes.

Gbagbo a proposé que pour résoudre cette question, qui porte sur
l’importante question de la volonté du peuple ivoirien, une commission
internationale devrait être établie pour vérifier les résultats des
élections, avec la condition préalable importante que lui et Ouattara doivent
accepter la décision de la commission.

Cette proposition a été rejetée par la communauté internationale – en
dépit du fait qu’elle aurait réglé le contentieux électoral, sans recourir
à la guerre, et malgré le fait que certains observateurs électoraux aient
émis des doutes quant à l’équité des élections, en particulier dans le
nord de la Côte d’Ivoire.

Par exemple, rapportant aux élections dans le Nord, la mission d’observation
électorale de l’Union africaine dirigée par Joseph Kokou Kofigoh, ancien
Premier ministre du Togo, indépendant de la société civile Société Civile
Africaine pour la Démocratie et l’assistance électorale dirigée par
Seynabou Indieguene de Sénégal, et la coordination des experts électoraux en
Afrique (CAEE) du Cameroun, Sénégal, Bénin, Mali, Maroc, Gabon, Togo et
dirigée par Jean-Marie Ongjibangte du Cameroun, tous ont sonné l’alarme au
sujet des élections dans le Nord.

Par exemple, le CAEE a déclaré: "Après le partage d’informations avec
d’autres observateurs électoraux nationaux et internationaux, nous vous
informons que le second tour de l’élection présidentielle en Côte
d’Ivoire a eu lieu au milieu des problèmes majeurs dans différentes régions
du Nord ..."

” Ces problèmes étaient le vol des urnes, l’arrestation des
représentants des candidats, le vote multiple, le refus d’admettre des
observateurs internationaux pour assister aux comptages des bulletins de vote,
et l’assassinat des représentants des candidats. A cet effet, nous déclarons
que le second tour de scrutin n’a pas été libre, justes et transparents dans
ces localités (nord). ”





Pour sa part, à ce jour, la mission d’observation électorale de la CEDEAO
n’a pas publié son rapport sur le deuxième tour de l’élection
présidentielle! Pourquoi ?

Il est clair que la Commission internationale indépendante proposée par
Laurent Gbagbo aurait pu être établie et habilitée à prendre une décision
définitive et contraignante sur ce qui s’était passé. Le temps nous dira
pourquoi cela n’a pas été fait!

En outre, le Représentant spécial de l’ONU a pris la décision
extraordinaire de dépasser son mandat en déclarant qui avait remporté
l’élection présidentielle, contrairement à ses attributions comme indiqué
par le Conseil de sécurité. Cette décision a positionné la Mission des
Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) en tant que partisan dans le conflit
ivoirien, plutôt qu’artisan de la paix neutre, à égale distance des parties
belligérantes.

A partir de cet instant, l’ONUCI n’avait pas d’autre choix que de
travailler activement pour l’installation de Ouattara en tant que président
du pays et la suppression de Gbagbo. En fin de compte, cela s’est
matérialisé dans l’utilisation flagrante de ses capacités militaires pour
ouvrir la voie aux Forces nouvelles afin de vaincre les forces pro- Gbagbo et la
capture Gbagbo, sous le prétexte sans vergogne de protéger les civils.

Bien que dans l’obligation de respecter son mandat de maintien de la paix,
qui consistait à maintenir les forces belligérantes à part, l’ONUCI n’a
rien fait pour arrêter l'avancée des Forces Nouvelles parties du nord au sud, et
jusqu’à Abidjan. Ni l’ONUCI , ni les forces françaises Licorne, tel que
mandaté par les Nations Unies, n’ont agit pour protéger les civils dans la
région de Duékoué, où, évidemment, la plus forte concentration
d’assassinat de civils a eu lieu! Cela rappelle l’incapacité de
l’Organisation des Nations Unies à mettre fin au plus catastrophique
assassinat et abus de civils dans l’est de la République démocratique du
Congo!

Les points de la réalité ivoirienne ont un certain nombre de conclusions
irréfutables.

Les conditions convenues pour la tenue d’élections démocratiques en Côte
d’Ivoire n’ont pas été créées. Malgré les fortes allégations de
fraudes électorales, la communauté internationale a décidé de ne mener
aucune vérification du processus et des résultats annoncés. Cela a laissé
sans réponse la question d’une importance vitale à savoir : qui a gagné les
élections, et les responsabilités de Ouattara dans les fraudes commises.

L’Organisation des Nations Unies a décidé d’abandonner sa neutralité en
tant que conciliateur et décidé d’être un belligérant partisan dans le
conflit ivoirien.

La France a utilisé sa place privilégiée au sein du Conseil de sécurité
afin de se positionner pour jouer un rôle important dans la détermination de
l’avenir de la Côte d’Ivoire, son ancienne colonie dans laquelle, entre
autres, elle a d’importants intérêts économiques. Elle a rejoint
l’Organisation des Nations Unies pour veiller à ce que Ouattara émerge en
tant que vainqueur dans le conflit ivoirien.

Cette initiative répond à des intérêts nationaux de la France,
conformément à ses politiques françafricaines, qui visent à perpétuer une
relation particulière avec ses anciennes colonies africaines. Cela est conforme
aux observations faites par l’ancien président français François
Mitterrand, quand il dit: «Sans l’Afrique, la France n’aurait pas
d’histoire au 21e siècle», ce que l’ancien ministre des Affaires
étrangères français Jacques Godfrain a confirmé quand il a dit: “Un petit
pays [France ], avec une petite quantité de force, nous pouvons déplacer une
planète à cause [de nos] ... relations avec 15 ou 20 pays d’Afrique... ”

L’UA n’est pas non plus sans reproche, car elle n’a pas su s’affirmer
pour convaincre tout le monde à travailler pour parvenir à la réconciliation
entre les Ivoiriens, et donc à une paix durable. Malheureusement, les
résultats qui ont été réalisés en Côte d’Ivoire consacrent un conflit
endémique dans ce pays. Ceci parce qu’elle a placé entre les mains
exclusives de la rébellion de 2002 le droit de déterminer de l’avenir du
pays, là où la situation objective exigeait et exige encore que les peuples de
Côte d’Ivoire s’ engagent les uns les autres comme égaux afin de
déterminer leur destinée commune.

Au cours de la décennie durant laquelle il a servi comme président de la
Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo n’avait aucune possibilité d’agir de son
propre chef pour réunifier le pays et réaliser la réconciliation entre ses
diverses populations, malgré l’existence d’accords négociés à cet
égard. Comme cela sera pour OUattara, car : en tant que président du pays, Ouattara ne réussira pas
à réaliser ces objectifs, en agissant de son propre chef, en dehors du
contexte d’un accord honnête avec les sections de la population ivoirienne
représentée par Gbagbo.

Ce qui devait arriver avait été prévu par l’ambassadeur des États-Unis
d’alors en Côte d’Ivoire, Wanda L. Nesbitt. En Juillet 2009, elle en
informait le gouvernement des États-Unis :

“Il semble maintenant que l’accord de Ouaga IV, [le quatrième accord de
l'accord politique de Ouagadougou, qui prescrit que le désarmement doit
précéder les élections], est fondamentalement un accord entre Blaise
Compaoré [Président du Burkina Faso] et Laurent Gbagbo à partager le
contrôle du nord jusqu’à après l’élection présidentielle, en dépit du
fait que le texte appelle les Forces Nouvelles à rendre le contrôle du nord au
gouvernement et à achever le désarmement complet deux mois avant les
élections..."

"Mais les 5.000 soldats des Forces Nouvelles qui doivent être « désarmés »,
et regroupés dans des casernes dans quatre grandes villes dans le nord et
l’ouest jusqu’à ce qu’une nouvelle armée nationale soit créée,
représentent une capacité militaire sérieuse que les FAFN [Forces Nouvelles]
ont l’intention de garder bien formée et en réserve jusqu’à la fin de
l’élection. La remise du pouvoir administratif des FAFN aux autorités
civiles du gouvernement était un pré-requis pour les élections, mais, comme
les voyageurs vers le nord (y compris le personnel des ambassades) confirment:
les FAFN conservent de facto le contrôle de la région en particulier quand il
s’agit de finances."

L’incapacité à résoudre les “pré-requis aux élections”
prédétermine leurs résultats. Les rebelles au «contrôle» du Nord, cité
par l’Ambassadeur Nesbitt, déterminait le résultat de l’élection
présidentielle de 2010. De même, c’était les “capacités militaires” de
la rébellion, dont l’Ambassadeur Nesbitt faisait mention, qui ont été
utilisées pour s’assurer que Ouattara devienne président de la Côte
d’Ivoire.

Il n’est pas étonnant qu’au plus fort de la crise post-électorale,
Laurent Gbagbo ait crié :
j’ai été trahi !

À la fin de tout cela, il y a de nombreuses victimes.




L’une d’entre elles est l’Union africaine. Les événements tragiques en
Côte d’Ivoire ont confirmé la marginalisation de l’union dans sa capacité
à résoudre les défis les plus importants d’Afrique.

Au lieu de cela, l’UA a affirmé la capacité des grandes puissances à
intervenir pour résoudre ses problèmes à l’aide de leurs capacités
différentes pour légitimer leurs actions en persuadant l’Organisation des
Nations Unies d’autoriser leurs interventions égoïstes.

L’ONU a gravement compromis son acceptabilité comme une force neutre dans la
résolution des conflits internes, comme celui en Côte d’Ivoire. Il sera
désormais difficile pour l’Organisation des Nations Unies de convaincre
l’Afrique et le reste du monde en développement que ce n’est pas un simple
instrument entre les mains des grandes puissances du monde. Cela a confirmé
l’urgence de la nécessité de restructurer l’organisation, basée sur
l’idée que dans sa structure actuelle les Nations Unies n’ont pas la
capacité d’agir en tant que représentantes véritablement démocratiques de ses
États membres.

Ainsi, de diverses manières, les événements en Côte d’Ivoire pourraient
servir à un moment déterminant en termes de l’urgente nécessité de
restructurer le système des relations internationales. Ils ont mis en évidence
la réalité de l’équilibre et l’abus de pouvoir dans la période
post-électorale, et mis fin à la fiction que les grandes puissances respectent
la primauté du droit dans la conduite des relations internationales, même
telle que défini par la Charte des Nations Unies, et que, en tant que
démocrates, ils respectent les opinions des peuples du monde.

Nous ne pouvons qu’espérer que Laurent et Simone Gbagbo et le peuple
ivoirien ne continuent pas à souffrir, victimes maltraitées et humiliées
d’un système mondial qui, dans son intérêt, tout en criant haut et fort les
droits universels de l’homme, ne cherche qu’à perpétuer la domination du
plus grand nombre par quelques-uns qui disposent de la prépondérance du
pouvoir politique, économique, militaire et médiatique.

Vues les procédures perverses et toxiques qui ont frappé la Côte d’Ivoire,
on peut se poser la question d’urgence: Combien de violations flagrantes du
pouvoir l’Afrique et le reste des pays en développement devront expérimenter
avant que la vision d’un système démocratique de la gouvernance mondiale ne
soit réalisée ?






Source : Foreign Policy
http://www.news225.net/2015962.html

Mardi, 3 Mai 2011

Mercredi 4 Mai 2011









Toussaint Alain, conseiller de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, estime que ce dernier serait « l’otage » d’un chef rebelle à Korhogo, où il a été transféré depuis son arrestation le 11 avril dernier. Il considère que la libération des prisonniers de l’ancien régime, Laurent Gbagbo en premier lieu, par le nouveau pouvoir ivoirien serait une étape significative vers la réconciliation nationale.

Laurent Gbagbo n’est plus au pouvoir. Il bénéficie pourtant de l’indéfectible soutien de Toussaint Alain, conseiller de l’ancien président ivoirien. Depuis son interpellation le 11 avril dernier, il se bat avec ses avocats pour qu’il soit libéré. L’ancien journaliste se dit aujourd’hui très préoccupé par l’état de santé de Laurent Gbagbo qui, selon ses sources, ne serait pas en résidence surveillée à Korhogo, dans le nord du pays, mais détenu par un chef rebelle nommé Fofié Kouakou. Toussaint Alain livre son analyse de la crise post-élecorale, où au moins 3 000 personnes ont été tuées, et son sentiment sur les conditions d’une réconciliation en Côte d’Ivoire.


Afrik.com : Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que Laurent Gbagbo est détenu dans de mauvaises conditions ?

Toussaint Alain : Il ne faut pas sous estimer la complexité de la situation du président Laurent Gbagbo, de son épouse Simone et son fils Michel et de la soixantaine de personnalités également détenues. Nous estimons que le président Gbagbo est déjà à son centième jours de détention (mercredi 20 juillet) sans qu’il ait la possibilité de communiquer avec l’extérieur, avec ses avocats ou ses proches. Laurent Gbagbo est en danger de mort ! Contrairement aux allégations de Ouattara, le Président n’est pas en résidence surveillée à Korogho. Le Chef de l’Etat est l’otage du chef rebelle Fofié Kouakou chez qui il est enfermé dans une « pièce-salon » et sans la lumière du jour. Il en a été extrait spécialement pour être conduit à la résidence présidentielle lors de la visite de Choi (le représentant spécial des Nations unies en Côte d’Ivoire, ndlr). Nous avons des informateurs qui nous permettent d’affirmer ce que nous disons. Il s’agit de sources proches du régime et des Nations unies qui nous soutiennent. Ils nous disent d’agir car le président Gbagbo court le risque permanent d’être assassiné. C’est le plan que M. Ouattara compte mettre à exécution : l’élimination brutale de Gbagbo à tout moment. D’ailleurs, ma source au sein du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) m’a indiqué qu’elle est « très inquiète à propos de son état ». Ils peuvent lui faire ingurgiter plusieurs drogues pour l’affaiblir mentalement et psychologiquement. Il en ressortirait demain comme un légume. La meilleure façon de s’assurer qu’il est bien traité, c’est de l’autoriser à communiquer avec l’extérieur.




Afrik.com : Où en est votre demande concernant la libération de Michel Gbagbo, le fils franco-ivoirien de l’ancien président, également détenu en Côte d’Ivoire ?

Toussaint Alain : Je suis indigné par l’attitude méprisante de la France. La mère de Michel Gbagbo, Jacqueline Chamois, a écrit deux fois au ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. Elle n’a obtenu aucune réponse. Elle a ensuite écrit début juillet à M. Sarkozy qui ne lui a pas répondu non plus. Pour le gouvernement français, il y a deux types de citoyens : ceux qui méritent d’être défendus et ceux qui ne le méritent pas. On a vu les autorités françaises à la manœuvre pour Florence Cassez détenue au Mexique. On les a vues agir pour les otages journalistes et autres. Mais pour Michel Gbagbo, rien ne bouge. Michel Gbagbo est Français même s’il a la double nationalité. Il mérite tout autant qu’un autre d’être défendu. C’est une attitude qui m’interpelle et me préoccupe. La France, qui se présente comme celle qui va rétablir la démocratie en Côte d’Ivoire, est en réalité en campagne économique et n’hésite pas à sacrifier ses otages pour le bien de ses intérêts économiques. Elle ne réagit pas alors que nous savons que les clés des prisons de Gbagbo, son fils et sa femme sont entre ses mains. Car ces derniers sont ses prisonniers. La France a voulu leur donner une leçon car ils ont refusé de se coucher devant M. Sarkozy. Le sort qui leur est réservé est totalement inhumain. Si nous n’agissons pas, je pense que c’est la mort qui les attend.




Afrik.com : Avez-vous des nouvelles de Charles Blé-Goudé, qui s’exprime régulièrement dans les médias tout en s’abstenant de révéler l’endroit où il a trouvé refuge depuis la chute du régime de Laurent Gbagbo ?

Toussaint Alain : Je l’ai eu au téléphone récemment. Il va très bien. Il est en bonne santé et toujours aussi déterminé à défendre les intérêts de la Côte d’Ivoire. Il compte mener une opposition démocratique et politique. Mais je ne vous direz pas où il se trouve. Je pense que ce n’est pas le plus important. L’essentiel est que nous continuons à mener la résistance.




Afrik.com : Quel est l’avenir du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo, maintenant que Mamadou Coulibaly qui assurait la présidence par intérim a démissionné ?

Toussaint Alain : C’est un coup dur qui a été porté là. Je donne l’exemple d’une famille où, lorsque le père et la mère ne sont plus là, les enfants se disputent. Et celui à qui l’on a confié les clés de la maison se barre ! Le FPI doit trouver la force de se relever. Il faut rapidement trouver la formule qui permette à ce parti de rebondir. C’est un mauvais signal envoyé aux militants et aux Ivoiriens qui sont avec Gbagbo. Quant à savoir qui peut remplacer Coulibaly, je n’en sais rien. Je n’ai pas de pronostic à faire. Ce sont les affaires du FPI et cela ne regarde que le FPI. J’avoue que j’ai été surpris par cette démission. C’est son droit de créer son propre parti. Mais Coulibaly avait l’opportunité de diriger le FPI qui est le premier parti politique de côte d’Ivoire. Il avait une occasion d’affirmer et d’imposer son leadership.




Afrik.com : Pourquoi vous acharnez-vous ainsi à défendre Laurent Gbagbo ?

Toussaint Alain : Je le défends par conviction. Et non parce qu’il m’a donné la clé d’un coffre caché où je peux puiser de l’argent tous les jours. Je me suis engagé en politique, il y a dix ans, lorsque le président Gbagbo m’a appelé à ses côtés. C’est Gbagbo qui a engagé la Côte d’Ivoire sur la voie de la démocratie. C’est lui qui a initié le projet de l’assurance maladie, le multipartisme, l’école gratuite etc... Il a une vision politique que je partage. Il a une passion pour la Côte d’Ivoire et un humanisme que je partage. C’est pour cela que j’ai choisi d’être avec lui. Et ce n’est pas lorsque le navire commence à prendre l’eau que l’on doit se sauver. Je connais bien le président Gbagbo. Il n’a assassiné personne. S’il était un assassin, croyez moi, j’aurais été le premier à m’en aller. Ce n’est pas à mon âge que je vais entamer une carrière de dictateur ou de complice de dictateur. Pourquoi faire ? Gbagbo est un homme généreux et je suis sincère en disant cela. Si je vous montrais ma page Facebook, vous pourriez voir tous les messages que je reçois en sa faveur. J’ai été contacté par des interlocuteurs de Ouattara qui m’ont invité à travailler avec eux. J’ai refusé. Je ne peux pas travailler avec Ouattara car il a pris les armes contre la Côte d’Ivoire pour accéder au pouvoir. C’est une faute originelle. Il a ouvert la boîte de Pandore. Je défends Gbagbo parce que défendre Gbagbo c’est défendre la Côte d’Ivoire, la paix, la liberté et la fraternité. Ce que Ouattara a fait est contraire à tout cela. Gbagbo a maintenu la Côte d’Ivoire malgré la rébellion. Et je suis l’un des rédacteurs de son programme de gouvernement. Je fais partie de ceux qui l’on finalisé. Je ne suis pas membre du FPI. Mais je suis pro-Gbagbo et fier de l’être.




Afrik.com : A vous entendre, vous donnez l’impression que Laurent Gbagbo ne porte aucune responsabilité dans les évènements qui ont conduit et suivi la crise post-électorale. Quel est par conséquent votre regard sur les accusations portées à son encontre ?

Toussaint Alain : Les accusations portées contre Laurent Gbagbo par le président Alassane Ouattara sont sans fondement. Monsieur Ouattara est la source des problèmes que connaît actuellement la Côte d’Ivoire. Il est l’initiateur, l’organisateur et le bénéficiaire de la rébellion qui a divisé la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002. Et au cours de cette rébellion, des personnes ont perdu la vie. Il y a eu des morts et M. Ouattara doit rendre des comptes à la Justice. Gbagbo n’a pas été le commanditaire de meurtres. On dit que le président Gbagbo est un dictateur. Je trouve cela plutôt injuste. Lorsque Gbagbo accède au pouvoir en octobre 2000, il souhaite œuvrer pour la réconciliation. M. Ouattara n’a jamais été contraint à l’exil. Gbagbo a fait en sorte qu’il revienne en Côte d’Ivoire. Donnez-moi un seul exemple qui montre que Gbagbo est un dictateur. Quels opposants a-t-il jetés en prison ? Au contraire il a mené une politique de décentralisation et dans une dictature ce serait plutôt un pouvoir centralisé. Gbagbo a mené de grandes réformes sociales. Il a permis à la presse de s’exprimer librement. En 2010, sur 27 titres, les trois quarts étaient proches de l’opposition. Elle a bénéficié d’aides financières considérables. M. Ouattara a délégitimé un président qui avait à son actif quarante ans de combat pour la démocratie.








Afrik.com : La justice ivoirienne, dont l’impartialité est remise en question, est-elle capable de conduire un éventuel procès contre Laurent Gbagbo ?

Toussaint Alain : Il n’y a aucun crime qui ne puisse être jugé en Afrique. Je suis convaincu qu’en Côte d’Ivoire, il y a des Ivoiriennes et Ivoiriens qui peuvent garantir l’indépendance de la Justice. Nous avons en Afrique des magistrats brillants. Pourquoi les dirigeants africains doivent être traduits devant la Cour pénale internationale alors que Sarkozy, Obama, Bush, Chirac qui ont massacré des Irakiens et Afghans ne le sont pas ? Il appartient à nos juridictions nationales de régler les problèmes nationaux de la Côte d’ivoire. Quand Licorne a massacré 70 Ivoiriens, pourquoi Chirac ou Sarkozy, le chef de la force française, n’ont pas été traduits devant la justice ? C’est parce qu’on estime que ce sont des Noirs qui ont été tués. Par conséquent, tout le monde s’en moque. Personne et aucun Ivoirien n’ira devant la Cour pénale internationale. Il faut que nos juridictions nationales soient renforcées, avec nos moyens, au nom de notre dignité. Les Africains pourraient aussi lancer un mandat d’arrêt contre Sarkozy ou créer une Cour pénale africaine. Le procureur de la CPI, Luis-Moreno Ocampo, s’est rendu en juillet en Côte d’ivoire seulement huit ans après qu’il ait été sollicité par le président Gbagbo qui lui a écrit maintes fois pour dénoncer les crimes de la rébellion. Mais il n’a jamais trouvé bon de répondre. Rien ne garantit l’indépendance de la CPI. Je crains même que les jugements rendus par la CPI soient plus à craindre que ceux rendus par la Côte d’Ivoire parce que cette cour est instrumentalisée par les Occidentaux. Ouattara, qui fait aujourd’hui appel à la CPI, sera le premier à dire demain qu’il n’en veut plus.




Afrik.com : Le camp Ouattara ne semble pas à l’abri de poursuites de la Cour pénale internationale puisqu’il est accusé par les organisations des droits de l’homme d’avoir commis des exactions...

Toussaint Alain : Ouattara n’est pas à l’abri de poursuites. Il y a eu des victimes et des morts et il faut que les auteurs de ces exactions soient condamnés par la justice. Ce que l’on dénonce, c’est une justice à deux vitesses, une justice sur mesure qui se révèle lorsque les intérêts de ceux qui la manipulent sont en jeu. M. Ouattara a commis des massacres à grande échelle sans qu’ils n’aient jamais été punis par une communauté internationale qui se pose en garant de la démocratie. La France, dont les soldats sont présents dans le nord et l’ouest du pays, théâtre de nombreux massacres perpétrés par la rébellion, n’a jamais dénoncé ces exactions. De même pour l’Onu, qui est l’instrument que l’on utilise pour re-coloniser l’Afrique. Ce sont les Nations unies qui divisent l’Afrique aujourd’hui.




Afrik.com : Que pensez-vous des accusations portées contre le camp Gbagbo, concernant notamment les violences à Abobo, où sept femmes pro-Ouattara ont été tuées le 7 mars lors d’une marche ?

Toussaint Alain : Aucune femme n’a été tuée à Abobo le 7 mars et aucune n’a marché. Les images, qui ont circulé, ne sont en réalité qu’une mise en scène orchestrée par les services de communication de M. Ouattara et de la France. Tout le monde le sait. C’était un grossier mensonge. Il n’y avait aucun journaliste sur place. J’ai même demandé a des responsables d’agence de presse s’ils avaient vu les corps des femmes à la morgue ou leur familles les enterrer, tous ont répondu non. Sur les vidéos, l’on voit du liquide rougeâtre, qui paraît être du sang sur les vêtements des femmes, censé montrer que l’on leur a tiré dessus. Mais leurs vêtements n’étaient pas déchirés. D’ailleurs sur la vidéo, on voit une femme couchée qui fait semblant d’être morte relever la tête et le caméraman lui dit en Dioula : "Non couche toi, ce n’est pas fini". Nous avons analysé les séquences de la vidéo. Sur les images, la foule n’était pas à Abobo mais à Attécoubé, vers le quartier d’affaires du Plateau. Il a été dit que les chars de Gbagbo ont tiré sur la foule. C’est un mensonge. Depuis quand on tire sur la foule, en Côte d’ Ivoire on n’a jamais connu cela. Où est le manifeste des ambulanciers ayant enlevés ces corps ? Et celui de la morgue où les présumées dépouilles ont été transportées ? C’est une vaste escroquerie du camp Ouattara contre Laurent Gbagbo afin de le diaboliser et permettre à la France de légitimer son intervention militaire.




Afrik.com : Vous avez toujours été très critique à l’égard de l’action internationale en Côte d’Ivoire durant la crise post-électorale, notamment à l’égard de la France. Pourquoi ?

Toussaint Alain : Les grandes puissances se sont comportées en Côte d’ivoire comme des voyous ! Regardez ce qu’ils font en Libye. Les agissements de la France ont été criminels. Un soldat français en Côte d’Ivoire est un soldat de trop. La force Licorne n’a rien à faire chez nous. Quand elle bombarde des hôpitaux, universités, écoles, ou camps militaires, au nom de quoi se permet-elle cela ? Ce sont des méthodes inacceptables ! Nous étions sur la voie de la démocratie. C’est la France qui est responsable à part entière des malheurs de la Côte d’ Ivoire puisqu’elle n’a pas accepté le processus de démocratie qui s’était mis en place lorsque le président Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir. Elle a mis une rébellion en marche contre Laurent Gbagbo pour placer M. Ouattara, huit ans plus tard, à la tête du pays pour qu’il puisse mieux servir ses intérêts. D’ailleurs, beaucoup de dirigeants africains nous soutiennent. Ils nous appellent pour nous le dire. Mais ils n’osent pas s’opposer à la France car ils ont peur de subir le même sort que Gbagbo. Le seul qui a été courageux c’est le président gambien qui a toujours affirmé qu’il ne reconnaissait pas Ouattara. François Fillon a averti, il y a quelques semaines, que ce qui est arrivé en Côte d’Ivoire est un signal pour tous ceux qui ne respectent pas la démocratie. C’est en réalité une mise en garde pour tous ceux qui ne respectent pas les intérêts de la France. Tout le monde dit que c’est Gbagbo qui a trafiqué les élections. En réalité c’est Ouattara qui a triché.




Afrik.com : Que répondez-vous à ceux qui estiment que l’alliance politique entre Henry Konan Bédié et Alassane Ouattara devait logiquement profiter à Alassane Ouattara ?

Toussaint Alain : C’est une alliance ethnique. Et rien d’autre. Près de 60% de l’électorat ivoirien était à Abidjan. Or, Gbagbo a obtenu 58% des suffrages à Abidjan. Le report des voix ne s’est pas fait. M. Ouattara a triché. Dans la région du Baoulé (centre du pays), où il a remporté la majorité des suffrages, il s’est attribué plus de voix qu’il en avait. Il a dû obtenir environ 144 000 voix mais il a affirmé qu’il en avait eu 243 000. Si vous sondez l’opinion publique à Abidjan, beaucoup se sont ralliés au président Gbagbo. Le président Gbagbo a été victime d’un coup d’Etat. Pour nous, Ouattara est le visage civil d’un régime militaire. De toute manière, il n’y a même pas matière à discuter. Dès lors que le Conseil Constitutionnel prononce les résultats, ils doivent être acceptés de tous. Pourquoi l’Occident n’en n’a pas pris acte ? Ce ne sont pas les résultats bidon de Youssouf Bacayoko qui prouvent que Ouattara a gagné les élections. Il y avait 2 200 procès verbaux (PV) sur les 21 000 au total. C’est-à-dire que 10% des PV étaient frauduleux. En réalité le nombre de votants était plus élevé que le nombre d’inscrits. C’est comme si vous aviez par exemple 15 inscrits et au final 22 votants. Est-ce normal ?




Afrik.com : Est-ce un argument valable puisque le Conseil Constitutionnel était favorable à Laurent Gbagbo qui en avait lui-même nommé son président ?

Toussaint Alain : Il n’était pas favorable à Laurent Gbagbo. C’est la Constitution qui veut que le président de la République nomme les membres du Conseil Constitutionnel. En France c’est pareil. Ce n’est pas une spécificité ivoirienne. Tout ceci ne me pose pas de problème dès lors que la procédure est respectée et que chaque membre travaille en toute indépendance. De la même façon que cela ne m’a pas gêné que les membres de la Commission électorale indépendante (CEI) soient proches du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la paix, alliance qui a porté Alassane Ouattara au pouvoir, ndlr). Chacun doit faire son travail en toute impartialité et en toute transparence.




Afrik.com : Le président Alassane Ouattara a fait de la réconciliation nationale l’une de ses priorités pour redresser la Côte d’Ivoire. Pensez-Vous qu’un tel projet puisse aboutir alors que les Ivoiriens commencent tout juste à panser leurs plaies ?

Toussaint Alain : Ouattara n’est pas prêt pour une réconciliation nationale et je ne pense pas qu’il soit l’homme qui puisse réconcilier la Côte d’ Ivoire. Autrement, il ne jetterait pas en prison toutes les personnes qui ne pensent pas comme lui. Autrement,il ne garderait pas en prison le président Laurent Gbagbo. Il faut que Gbagbo soit libéré, c’est un élément déterminant pour entamer ce processus. Sa libération serait un signe fort qui montrerait que Ouattara est enfin disposé à s’engager dans la voie de la réconciliation. C’est lui qui a introduit la violence en Côte d’Ivoire. Il a manipulé les ethnies ivoiriennes. Il a manipulé les communautés religieuses pour assouvir ses ambitions politiques. Il est au pouvoir par la force des armes. La détention du président Gbagbo est vécue comme une vraie psychose. Des gens en sont même morts. Beaucoup sont actuellement en souffrance psychologique. On connaît très bien Gbagbo, ce n’est pas le sanguinaire que le RHDP s’est évertué à décrire. Ouattara voulait absolument le pouvoir, donc il a diabolisé Gbagbo. Les Français et les Américains se sont évertués à le mettre dos au mur. Il fallait coûte que coûte que Gbagbo quitte le pouvoir. J’adresse un message à Ouattara. Il faut qu’il ait la victoire modeste. Il doit accepter d’ouvrir un dialogue politique avec le président Gbagbo dans son intérêt et dans l’intérêt des Ivoiriens car la posture qu’il a adoptée ne peut que le mener dans une impasse.

Le président Gbagbo ne lui a jamais fait subir le millième de ce qu’il lui fait subir en ce moment. Les ressentiments à son encontre sont forts. Et s’il persiste dans cette voie, il ne fera que renforcer le front anti-Ouattara.

mardi 26 juillet 2011 - Assanatou Baldé