29
mars 2011 Élections et citoyenneté en démocratie représentative
: une démission de la conscience politique.
Samuel MOLEAUD affiche
politique, Paris, 1969

Tiens,
il paraît que nous vivons en démocratie, et que celle-ci sexprime
par le vote et la liberté dexpression. Cest même écrit
dans la constitution et les livres scolaires que nous sommes des citoyens libres
et égaux en droit, que nous pouvons choisir nos représentants au
suffrage universel direct. Le papier ne refuse pas lencre. Lécole,
lieu dapprentissage des codes institutionnels, formatage des cerveaux pour
le pouvoir de quelques uns.
On
mavait dit à lécole quil était important
de voter, car lexercice de la citoyenneté reviendrait au peuple,
et que labstention représente un danger pour la démocratie,
un acte passif favorisant la montée des extrêmes. Cest plutôt
pour consentir à la légitimité dune petite poignée
dHommes qui font la loi pour 90% de la population, que nous votons. Et bien
jai sans vergogne délibérément déserté
les urnes lors de ces deux rendez-vous électoraux. Même pas abstentionniste,
je suis, pour les politologues éclairés, une espèce de passager
clandestin sans conscience politique, doté de capitaux économiques
et sociaux si faibles que je ne prends même pas la peine de me déplacer
pour minscrire et exercer mon droit de vote. Un citoyen dépolitisé
et socialement dominé nayant pas eu léducation politique
suffisante pour exercer mon pouvoir démocratique. Enfin ce nest quune
analyse sociologique
Est-ce à dire que la non-inscription ou labstention
dénotent automatiquement un manque dintérêt pour la
politique ? Je suis comme des milliers de personnes, pourtant politisées,
qui refusent de participer à ce jeu électoral, car quoi que lon
fasse, il nuvre que pour les franges dominantes favorisées
de la population. Labstention nest pas unanimement un état
de flemme passagère et de faiblesse cognitive face à la politique,
cest aussi un combat politique, une forme de résistance ferme à
cette myriade de mensonges et de croyances collectives les plus malsaines que
lon veut nous faire rentrer dans le crâne depuis lenfance pour
mieux nous rendre dociles et obéissants aux chiens de garde. Le
système denseignement français est magnifiquement organisé
dans le but que les jeunes têtes à remplir intériorisent sans
broncher les règles du jeu républicain. Ainsi, lon met dans
le même moule éducatif toutes sortes dindividus différents,
soumis, à la hiérarchie entre lautorité du professeur
et lobéissance de lélève qui courbe léchine,
au contrôle et à la compétition entre élèves,
à la torture stressante des devoirs à effectuer sous peine de punition
sil y a manquement. Non seulement ils sont placés sous légide
du formatage scolaire, mais en plus les jeunes socialisés apprennent la
dureté du processus de reproduction des inégalités sociales.
Une même classe scolaire peut réunir des fils dagriculteurs,
de petits commerçants-artisans, de médecins ou denseignants.
Dès lenfance la plus neutre et dénuée de lavidité
entraînant jalousie, convoitise, conflits, on apprend la guerre des classes
aux bambins. For de ces disparités, considérées comme naturelles
voire biologiques, vient ensuite le formidable apprentissage de la démocratie.
Il faut que les êtres formés à la chaîne industrielle
votent « bien », et sinforment en conformité sur les
médias considérés comme les prophètes de cette démocratie.
Cest un tableau raccourci et noirci, mais voilà que vingt ans plus
tard, la non-inscription sur les listes paraît choquante aux électeurs
conformes. |
| Voter
en démocratie représentative libérale
De
nos jours, voter en démocratie représentative dinspiration
néolibérale revient à vider le vase républicain de
sa substance. Ce que nous appelons démocratie représente la prise
du pouvoir des élites bourgeoises et leur sauvegarde pour éviter
que la révolution de 1789 ne profite au peuple. Le choix de ce mode de
suffrage a été institué pour contenir les révoltes,
dans une optique justement profondément antidémocratique. Que lon
naille pas me raconter que des gens se sont battus pour que nous ayons ce
droit de vote, et que je suis redevable de ces luttes. Les communards de 1871
se battaient contre la monarchie, pour la démocratie directe en république
de communes socialistes fédérées, les résistants de
1939-1945 se battaient pour la démocratie sociale
non uniquement pour
le vote. Aujourdhui, lon considère que le vote est lexercice
le plus fort de la démocratie. Alors, on vote pour celui quon veut
au premier tour, puis pour le moins pire en second tour. Voila qui montre bien
que le pouvoir de lindividu se trouve bien ailleurs puisque le sens du vote
est complètement vicié. Celui qui remporte les élections
est le parti qui aura investi le plus dargent dans sa campagne de communication
en forme déchantillons de séduction à vendre. Les
médias, en ce 28 mars 2011, se félicitent que la gauche ait remporté
les cantonales à hauteur de 35%, en évitant que la France cantonale
ne se dore du front de la haine. La gauche, dites-vous ? La rose caviar qui soppose
à Fillon-Sarkozy tout en étant daccord sur les reculs successifs
de lâge à la retraite, sans proposer de taxer le capital et
dinterdire les défiscalisations des gros actionnaires pour désarmer
les marchés financiers ? La gauche néolibérale qui dirige
le FMI et lOMC ? La gauche sécuritaire qui fait campagne commune
avec lUMP sur lidentité nationale, la sécurité
et la défense ? La gauche militariste qui est daccord avec limpérialisme
français pour aller bombarder les méchants partisans de Kadhafi
et des civils innocents avec des bombes gentilles ? Ou parle-t-on de la gauche
oligarchique qui a le plus privatisé de toute lhistoire économique
et sociale de la France, et qui ne soppose pas à la constitution
européenne ? Loin sen faut, une carte rose ou bleue à lissue
des élections ne change rien, mais je suis quand-même mine de rien
rassuré que ce ne soit pas le camp de la haine nationaliste et agressive
qui ait mobilisé les électeurs
Espoir aussi, que les gens ait
compris que nous sommes dirigés depuis 2007 par une droite extrême
xénophobe ayant institué son fascisme institutionnel pour récupérer
les voix du FN... Bon,
je considère que les dissensions idéologiques qui partagent les
Hommes de pouvoir ne sont que lécran de fumée qui cache le
gouvernement économique et oligarchique du monde, de telle manière
que les ploutocrates qui dirigent financent leurs amis pour quils soient
leurs vassaux, au pouvoir politique. De cette idée, nous avons une alternance
UMP/PS qui reproduit en permanence le même cap et interdit toute formation
politique alternative : enrichir les riches à coups de privatisations et
de coupes franches dans les dépenses publiques de santé, déducation,
de transport, dhygiène, de sécurité, de réduction
des coûts de production pour satisfaire les actionnaires, rendre la population,
celle qui doit travailler pour vivre au lieu de linverse, à létat
de servage et surtout conserver le pouvoir bien au chaud. Et refuser lafflux
dimmigrés du Sud tout en continuant à coloniser-piller lAfrique
avec nos entreprises. Voilà pourquoi je pense que toute autorité
du pouvoir est malsaine, et que dans les grands partis, lon saccorde
sur un point : prendre le pouvoir. Donc dominer, écraser les plus faibles
en politique, manipuler les foules, jouer au théâtre de la séduction,
cacher les réalités. Le reste, les programmes électoraux
et discours, ne sont que la robe dorée en fleur de lys que le roi enfile.
Impossible, donc, que ce soit des humanistes et des gens respectueux qui soient
appelés à gouverner. Pire, même avec seulement 20% de participation
au vote, donc moins de dix millions délecteurs, les nouveaux responsables
politiques se diraient toujours légitimement élus devant le peuple. Dune
certaine manière, voter constitue lun des pires consentements à
sa propre déresponsabilisation, en déléguant la gestion de
sa vie (dune manière indirecte) à des gens dont on ne peut
faire confiance. Le citoyen qui dépose un suffrage dans lurne a le
sentiment davoir exercé sa citoyenneté, dans un élan
de pensée conforme, là où il contribue à la reproduction
institutionnalisée délites arrogantes, quasi-autoritaires
et opportunistes dont lavidité du pouvoir rémunéré
leur a fait perdre toute notion dhumanisme et dintérêt
général. La démocratie, cest un peu la nouvelle religion,
le nouvel absolutisme dans lequel une autorité, sorte de Clergé,
tente de réunir tout acteur social sous sa coupe. Avec cette bannière
démocratique, les grandes puissances de ce monde partent alors en guerre
impérialiste contre tous ceux qui refusent dimporter notre modèle,
tel une armée catholique partait au 12ème siècle en croisade
contre les arabes. Notre sinistre de lIntérieur Claude Guéant
précisait dailleurs récemment que la France mène actuellement
une croisade en Libye
De
nos jours, le gouvernement nest plus quun conseil dadministration,
mélangeant des avocats daffaires, des anciens militants du FN, des
ex-PDG de multinationales, ou des ex-directeurs dinstitutions financières
internationales, et il faudrait que jaille cautionner ce jeu de chaises
tournantes des classes riches possédantes et dirigeantes ? Des milliers
de gens travaillent toute leur vie, sont sous-payés pendant 42 ans et usent
leur vie pour des objectifs de production, sans pouvoir bénéficier
dune retraite décente, et il faudrait que je crois encore au vote
en tant quacte citoyen pour choisir celui qui pourra prendre des mesures
sociales ? Bref,
lon pourrait écrire des pages de lamentation sur fond de crise sociale
qui paupérise des milliers de personnes, au milieu dun paysage industriel
qui dévaste lenvironnement et qui risque de faire exploser le nombre
de cancers dici peu, une fois que la santé publique aura été
privatisée et sera rendue inabordable pour ces nouveaux malades nourris
aux OGM et aux radiations nucléaires
on peut se lamenter dun
système politique ploutocratique qui reproduit ses élites, il faut
tout de même proposer autre chose, des alternatives. Je
ne jette pas la pierre à ceux qui votent encore, bien évidemment,
mais cela ne me paraît pas être un acte de citoyenneté suffisant.
Le véritable changement ne peut passer que par le regroupement dindividus
en associations et petits syndicats de luttes, pour fédérer les
espaces de combat politique et rétribuer à la population sa pleine
capacité de pensée critique. Lon nenrichit pas une démocratie
en demandant lavis au peuple seulement un jour ou deux tous les cinq-six
ans. Lacte citoyen le plus démocratique reste la réflexion
sur la manière de sorganiser en collectivité, donc cela passe
plus à mon sens par la pensée critique et la ré-acquisition
de la liberté de penser par soi-même plutôt que de se fier
aux médias ou croire ce quil est écrit sur les tracts des
partis politiques afin de décider pour qui lon va voter. Ces dernières
élections cantonales ne mobilisent évidemment pas les mêmes
enjeux que la prochaine échéance de 2012. Surtout que les conseillers
généraux et régionaux seront supprimés en 2014 au
profit dune centralisation territoriale sarkozyste, mais la démission
de notre propre pouvoir sur les choses quentraîne le vote, reste de
mise lorsquil faut élire un président de la république.
A mon sens, agir au lieu délire, militer et contribuer au débat
public serait donc plus efficace que de déléguer à dautres
le pouvoir de changer les choses que chaque individu pourrait avoir. Le débat
est ouvert à qui voudra entendre mon message. Samuel
Moleaud http://sam-articles.over-blog.com URL
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