
Elle
décide de remettre le couvert avec le Secrétaire d’Etat le 27 janvier 2003, lequel,
comme l’on sait, va prononcer son célèbre discours félon du 5 février à la tribune
des Nations Unis « preuves » à l’appui !
Qu’affirme
en effet Susan Lindauer ? (page 157)
«
Le 27 janvier 2003, je suis retourné chez Colin Powell, juste quelques jours avant
qu’il prononce son discours aux Nations Unis le 5 février 2003. Avec d’avantage
de détails, je lui ai indiqué que l’enthousiasme de l’Irak pour la reprise des
inspections était tel durant les discussions préliminaires qui s’étaient déroulées
de novembre 2000 à mars 2002, qu’il était improbable que l’Irak puisse dissimuler
des armes de destruction massive. Mon message était sans ambiguïté. Le 27 janvier
2003, j’ai indiqué au Secrétaire d’Etat Powell :
‘Si
ce que vous réclamez est véritablement ce que vous désirez, ceci est un cadre
tout à fait viable qui permettrait au président Bush de prétendre à une victoire
morale sous son autorité. En position de force, avec des soldats prêts dans le
Golfe, la Maison Blanche peut obtenir une victoire sans déclencher la guerre.
Ce
que je dois vous dire maintenant est plus grave, mais j’ai l’obligation de vous
donner mon avis.
Etant
donné que depuis 2 ans, l’Irak tente d’ouvrir des discussions secrètes avec les
Etats-Unis, en promettant le reprise immédiate des inspections, la
probabilité est très élevée que l’Irak ne possède pas d’armes de destruction massive.
Oubliez ce que vous raconte l’opposition irakienne. Ce sont de fieffés menteurs
prêts à tout pour obtenir la protection des Etats Unis. Vous ne pouvez pas tuer
1,7 millions de personnes et revenir parader à la maison après une campagne vicieuse
de bombardement.
Non, depuis un an et avant même que Kofi Annan soit impliqué, L’Irak insiste sur
le fait qu’elle saisira la chance de prouver au monde qu’elle ne possède pas d’arme.
L’Irak était prête à tout moment à ce que les inspections commencent.
J’en déduis qu’ils n’ont rien à cacher. Ils se sont contentés d’insister sur le
fait que sans le soutien américain en faveur de ce plan, ça n’aurait aucun effet
sur la réduction des tensions.
«L'Iran
et Osama seront les grands vainqueurs en Irak»
Ne
vous voilez pas la face Monsieur le Secrétaire. La guerre aura un coût. Si vous
croyez sincèrement ce que vous dites en ce moment, vous commettez une erreur incendiaire.
Des combats de rue à la recherche de Saddam feront courir des risques mortels
à nos soldats. Quelle que soit l’opinion des irakiens sur Saddam, le peuple hait
les américains pour leurs sanctions et leurs bombardements. Ils considèreraient
comme une trahison de vous aider. Dans ces conditions, la brutalité dont il faudra
faire preuve pour gagner cette guerre influera sur l’ensemble du monde arabe.
Elle produira une période d’occupation désastreuse. Les irakiens ont combattu
l’occupation dans le passé et ils recommenceront dans toute la mesure de leurs
moyens.
Hors
d’Irak, les islamistes mettront l’accent sur l’incapacité des leaders pro-occidentaux
à protéger le peuple irakien. Les fondamentalistes vont s’emparer de cet échec
pour obtenir des concessions en faveur de leurs causes. La volonté du peuple en
sera affectée. Pas étonnant que l’Iran se réjouisse. L’Iran et Osama
– pas les USA – seront les grands bénéficiaires de cette guerre.
«Guerre
sainte»
Le monde arabe va se précipiter de leur côté. Je vous en prie, laissez-moi vous
aider. Vous pouvez encore atteindre une victoire plus importante Monsieur le Secrétaire,
tout en maintenant l’autorité morale de l’Amérique aux yeux du monde. L’objectif
de l’Administration Bush peut être atteint sans susciter de revanche terroriste
et de boycotts internationaux. Et sans mettre à mal les alliances politiques nouées
aux fins de lutter contre le terrorisme. Ou en creusant le déficit qui prolongera
la récession américaine et paniquera Wall Street et les classes moyennes. Ou en
déclenchant une guerre sainte, ce qu’elle deviendra forcément’.
Rétrospectivement, une jolie leçon de lucidité d’une femme que le Ministère de
la Justice US a jugé mentalement incapable d’assurer sa défense lors d’un procès
à moins de recevoir préalablement un traitement médical chimique approprié…
Interviewé
le 8 septembre 2005 par Barbara Walters dans l’émission 20/20, Powell n’hésitera
pas à s’en prendre violemment à la CIA pour ne pas l’avoir mis en garde avant
son fameux discours.
Du
bon usage du mensonge éhonté au service de la raison d’Etat…