Pour survivre,
l’humanité doit abandonner la politique de suprématie
Viatcheslav
Dachitchev
Grandeur
et décadence de la suprématie américaine«Le
déclin de l’hégémonie américaine»: tel est le titre du dernier ouvrage, très important,
de Karen Brutenz.1 Ce dernier est connu pour ses nombreux écrits sur
des questions de politique intérieure et étrangère. Son dernier livre a naturellement
suscité un grand intérêt notamment dans les milieux scientifiques et politiques
de Russie car la politique hégémonique de l’élite au pouvoir aux Etats-Unis, qui
a pris des formes extrêmes après l’effondrement de l’Union soviétique, représente
toujours la principale menace pour la sécurité nationale et l’indépendance de
la Russie. Le caractère arbitraire de cette politique est de plus en plus manifeste:
il n’est même pas en rapport avec les moyens politiques et économiques d’une superpuissance
comme les Etats-Unis. Ce processus, qui n’en est qu’à ses débuts, ne peut pas
rester sans effets sur la situation politique intérieure et extérieure de la Russie
et aura des conséquences également en Europe, voire dans le monde entier.
La
guerre froide: rivalité entre les superpuissancesGrâce
à une quantité étonnante de sources, de publications, de faits et de documents,
Brutenz étudie l’évolution de la politique américaine, des projets ambitieux d’édification
d’un monde unipolaire à la crise qui a frappé cette politique à la fin de la présidence
Bush. L’ouvrage, qui comporte quatre chapitres substantiels (Le monde après [sans]
l’Union soviétique, la Révolution Bush, la Peau de chagrin de l’Empire, La Russie:
lutte pour un retour) est structuré de manière à mettre en valeur de façon convaincante
la grandeur et la décadence de la politique hégémonique des Etats-Unis et les
efforts du gouvernement américain pour maintenir sa position hégémonique dans
le monde en modifiant sa tactique et ses méthodes. Brutenz analyse les racines
historiques du messianisme américain et de la politique de suprématie qu’il faut
chercher au XIXe siècle. Toutefois il s’attache principalement à la période d’après
la guerre froide. Il en voit l’origine dans l’instauration du contrôle soviétique
sur l’Europe centrale et de l’Est. Pour lui, ce qui est essentiel, c’est non seulement
le choc entre deux systèmes sociaux mais également la rivalité géopolitique entre
les Etats-Unis et l’Union soviétique, deux pays dont il qualifie la politique
de «politique de superpuissance». Cela signifie: réarmement démesuré, importance
exagérée donnée à l’armée et à la supériorité militaire dans les relations internationales,
recherche de sécurité absolue sans égards pour les intérêts des autres pays et
leurs problèmes, sentiment d’avoir une mission idéologique, désir de propager
partout son idéologie et son «mode de vie», volonté d’imposer sa suprématie au
monde, tendance à utiliser la force pour faire valoir ses intérêts dans le monde
entier et son droit à intervenir militairement, etc. Les
guerres en Europe, un gain pour les Etats-UnisLa
politique de suprématie a toujours été la principale source des guerres, des conflits
et des tensions internationales. Elle a conduit à des réactions de protection
des pays qui voyaient leur sécurité menacée par la politique de puissance. Ils
finirent par unir leurs forces et la puissance hégémonique subit une défaite.
Les événements des XIX et XXe siècles en témoignent de manière éloquente et sont
bien illustrés dans le livre de Brutenz. Pour assurer son hégémonie, l’élite
américaine au pouvoir a profité habilement des faiblesses et des erreurs des autres
puissances. Pendant le XXe siècle, les Européens furent impliqués dans des querelles
qui les ont épuisés et ont miné le rôle géopolitique de l’Europe dans le monde.
Ils ont souffert de guerres dévastatrices dont les Etats-Unis ont tiré un grand
profit. En fait, au XXe siècle, les Européens ont livré l’outre-mer aux Américains.
Après 1945, les Etats-Unis ont réussi à s’installer pour longtemps en Europe et
à se rendre maîtres de la politique des pays occidentaux. Avec l’effondrement
de l’Union soviétique, les pays d’Europe centrale, orientale et sud-orientale
ont subi le même sort. A peine s’étaient-ils libérés de la tutelle soviétique
qu’ils tombèrent sous la domination américaine. L’Amérique tira un grand
profit politique, économique et stratégique de la guerre froide alors qu’elle
fut fatale à l’Union soviétique. Pour l’auteur, «ce n’est pas tellement le messianisme
idéologique qui poussa l’Union soviétique vers le monde arabe, le Proche et le
Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie centrale, l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est
et jusqu’aux Caraïbes, au bout du monde, mais sa politique de grande puissance
en concurrence géostratégique avec les Etats-Unis.» Expansion
impérialisteL’Union
soviétique se vit imposer la mission impossible et inutile de lutter non seulement
contre les Etats-Unis mais encore contre le front des puissances occidentales
aussi bien en Europe que dans le tiers-monde. Les efforts de grande puissance
de la direction soviétique étaient étroitement liés à son messianisme idéologique,
mais les dirigeants de la République populaire de Chine adoptèrent une politique
différente. Elle concentra toutes ses forces sur le développement intérieur du
pays et ne gaspilla pas inconsidérément des moyens colossaux pour une expansion
vers l’extérieur. Cette politique, comme nous le voyons aujourd’hui, s’est révélée
tout à fait judicieuse. Comme on s’en rend compte aujourd’hui, la recherche
d’hégémonie dépasse également les forces des Etats-Unis. Et en Europe comme dans
d’autres régions du monde, l’insatisfaction et l’opposition à la domination yankee,
à l’engagement de ressources en hommes et en matériel dans les aventures militaires
américaines augmentent. A l’Ouest, de nombreuses publications ont paru qui, comme
Brutenz, attribuent le proche déclin de l’hégémonie américaine à l’«expansion
impérialiste». Pour faire contrepoids au projet de «pax americana» – création
d’un empire américain, qui a été développé avec une sincérité cynique par les
néoconservateurs dans le Projet pour un nouveau siècle américain –, un Projet
pour un nouveau siècle européen (PNEC – Project for the New Eropean Century)2
a paru qui reflète les efforts d’un mouvement, encore peu important, qui vise
à libérer l’Europe de la tutelle américaine et de leurs protégées «atlantiques»
au sein des gouvernements des pays européens. «Stratégie
de l’approche indirecte»La
fin de la guerre froide, scellée en novembre 1990 dans la Charte de Paris pour
une nouvelle Europe qui a été signée par tous les Etats européens, les Etats-Unis
et le Canada, n’avait, pour l’Amérique, qu’un aspect formel. En réalité, tous
les fondements de la politique de suprématie, dont nous avons parlé plus haut,
furent appliqués unilatéralement et poussés à l’extrême par les Etats-Unis. Il
faut toutefois faire ici une réserve. Dans la politique des Etats-Unis à l’égard
de la Russie, on a vu passer au premier plan la «stratégie de l’approche indirecte»
dont les principes ont été formulés par le théoricien militaire et historien Liddel
Hart. Elle consiste essentiellement à soumettre l’adversaire, même une superpuissance,
de manière pacifique («conquête douce») grâce aux moyens subversifs de la lutte
politique, économique, médiatique, psychologique et démographique ainsi que du
militantisme nationaliste. Concrètement, cela signifie que l’on infiltre ses hommes
de main dans les organes gouvernementaux, avant tout des gens que l’on a achetés,
comme Iouchtchenko et Saakachvili ou des politiques désespérément compromis. Leur
rôle consiste à influencer dans la sens voulu par les Etats-Unis le développement
politique, économique, intellectuel, scientifique et culturel des pays choisis.
Ces méthodes mises en œuvre contre la Russie sont bien documentées également dans
le livre «Nouvelles techniques de lutte contre l’Etat russe». Erosion
intellectuelle et culture de masseBrutenz
s’appesantit sur la question de savoir comment les milieux gouvernementaux américains
utilisent dans l’intérêt de leur politique les processus de globalisation, notamment
la globalisation de la communication qui pénètre dans tous les aspects de la vie
sociale, et profitent de l’information, pain quotidien de centaines de millions,
voire de milliards d’hommes. Cela entraîne «le danger, pour beaucoup de pays,
d’un appauvrissement culturel, intellectuel et éducatif ainsi qu’une érosion de
la diversité des civilisations.» La conséquence de l’influence de la politique
américaine dans ce domaine est «un déficit de l’esprit, son appauvrissement dû
à la chasse à l’argent et le triomphe de la stupidité dans les médias de masse,
le show business et la culture de masse.» La diffusion de ces «valeurs anti-civilisation»
favorise, selon l’auteur, un détournement des sciences sociales qui postulent
que la vie sociale, son évolution et l’histoire ont leur propres lois». Dans
la société socialiste, les sciences sociales étaient hautement estimées et généreusement
financées, car elles servent à légitimer le système social et l’Etat. Le système
capitaliste n’en a pas besoin. L’idéologie primitive du marché remplit sa fonction
avec sa «dictature du profit» et son principe «il est interdit d’interdire».
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| Qui
s’étonnera alors qu’il y ait dans la société américaine 30 millions d’analphabètes?
On peut très bien gagner de l’argent sans éducation, sans culture, sans principes
moraux; les masses et les politiciens incultes et stupides se laissent plus facilement
dominer. Les développements de l’auteur sur le rôle de la moralité en politique
sont très actuels. «Lorsqu’on parle de déclin de la moralité, écrit-il, on ne
peut pas passer à côté de la politique et des politiciens. Quand on considère
la situation et les problèmes actuels de l’humanité, le rôle accru de la morale
dans les relations internationales, on est frappé par le fait que les exigences
morales adressées à la politique et aux politiciens n’ont jamais été aussi grandes
qu’aujourd’hui. Cependant il n’est sans doute pas exagéré de dire qu’ils n’y satisfont
pas.» Les
ambitions politiques immorales engendrent des méthodes immoralesCe
qui précède concerne sans doute directement l’élite gouvernementale américaine.
Premièrement, la politique hégémonique, quelle que soit la sauce à laquelle on
la sert, est, en tant que telle, profondément immorale, surtout quand on songe
à tout ce qu’elle a coûté de victimes, de destructions et de souffrances à l’humanité
au XXe siècle. C’est précisément pour cette raison que la politique expansionniste
des Etats-Unis s’accompagne de slogans messianiques relatifs aux libertés et aux
droits de l’homme. Grâce à eux, Washington tente de saper les fondements d’un
Etat solide dans les autres pays alors qu’il fait oublier les principes moraux.
Mais là où il n’y a pas de morale, il ne peut pas y avoir de liberté et de droits
de l’homme. Deuxièmement, les ambitions politiques immorales engendrent
des méthodes immorales destinées à appliquer ces ambitions. C’est ainsi que les
Etats-Unis se sont mis à pratiquer la mystification de l’opinion publique, la
provocation, la corruption, les diversions économiques (sabotages, etc.), les
actes subversifs, l’organisation par les Services secrets d’attaques terroristes
afin de justifier une guerre et de présenter l’islam comme un ennemi ainsi que
l’organisation de «révolutions oranges» afin de renverser des gouvernements légaux.
On sait grâce à quels mensonges, falsifications et provocations ont été préparées
et réalisées les agressions américaines contre l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan
et l’Irak. Le
déclin de la Russie sous EltsineLes
Etats-Unis ont largement utilisé la subversion dans leur guerre secrète contre
la Russie. «Dans le processus de destruction de l’économie russe, écrit Brutenz,
les Etats-Unis ont pratiquement joué le rôle principal: grâce aux diktats du Fonds
monétaire international, de la Banque mondiale et aux activités de conseillers
étrangers, essentiellement américains, qui par leur influence excessive dominaient
les plus hautes structures économiques. On peut affirmer avec raison que ce ne
sont pas seulement Egor Gaïdar, Anatoli Tchoubaïs et d’autres fossoyeurs de la
Russie qui portent la responsabilité des «réformes» et de leurs conséquences mais
aussi, à égalité, les Etats-Unis.» Le coup d’Etat d’Eltsine et de son entourage
de décembre 1991 a créé un terrain favorable aux activités subversives des Etats-Unis
contre la Russie. Le pouvoir dont Eltsine s’est emparé grâce à une conspiration
contre l’Etat et le peuple ne peut pas être considéré comme légitime. A noter
qu’Eltsine a mené des négociations secrètes avec George Bush père dans le dos
de Gorbatchev. Ce dernier en parle dans ses mémoires. Ces négociations ont fait
l’objet d’écoutes par les services secrets, mais leur contenu n’a jamais été divulgué.
On peut s’en faire une idée lorsqu’on examine ce qu’Eltsine a fait ensuite lorsqu’il
occupait les plus hautes fonctions de l’Etat. L’ouvrage de Brutenz contient une
impressionnante documentation sur la destruction du potentiel économique, militaire,
scientifique et technique ainsi que sur le déclin de la morale dans la Russie
des années 1990. Intelligentsia,
argent et corruptionAinsi,
pendant les malheureuses années «érostratiques»3 d’Eltsine, l’élite
dirigeante américaine a réussi à atteindre son objectif. La Russie a perdu son
statut de grande puissance et a cessé d’être un contrepoids géopolitique aux Etats-Unis;
elle a été repoussée au marges du développement mondial. Parmi les lobbyistes
russes de l’Amérique qui détruisirent la Russie, ces partisans d’une réduction
maximale du rôle de l’Etat et de la liberté illimitée du marché, se trouvaient
beaucoup d’intellectuels. «Le peuple russe, écrit l’auteur, resta pratiquement
sans direction morale. L’élite urbaine de l’intelligentsia […] se jeta dans les
bras du pouvoir corrompu. Dans l’ivresse de l’enrichissement, un nombre important
de ses représentants troquèrent leur réputation contre de l’argent et retombèrent
dans la basse flatterie bien connue. Ce faisant, ceux qui s’ouvrirent l’accès
au Comité central du Parti communiste grâce à la lèche se targuent aujourd’hui
d’être des dissidents.» En raison de la pauvreté totale du pays et de ses habitants
provoquée par le régime Eltsine et du mépris des sciences manifesté par la classe
dirigeante, plus de 800 000 savants et spécialistes hautement qualifiés quittèrent
le pays pour trouver à l’étranger une vie meilleure et un travail correspondant
à leurs compétences. Vers
une nouvelle époque et un nouveau rôle de la RussieDans
son dernier chapitre, l’auteur explique son concept de politique étrangère en
rapport avec le tournant vers une nouvelle époque caractérisée par l’apparition
d’une nouvelle configuration des forces dans le monde: les Etats-Unis reculent
politiquement et économiquement tandis qu’un nouveau géant, la Chine, et d’autres
centres de pouvoir commencent à se développer. Très intéressantes et instructives
sont ses idées sur la place que la Russie doit occuper dans cette nouvelle configuration,
sur ce que doivent être ses priorités en matière de politique étrangère et la
nature de ses relations avec les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne, la France
et d’autres pays européens ainsi qu’avec l’OTAN et l’UE. Il pense que la Russie
est une puissance eurasienne et qu’elle ne peut s’orienter ni uniquement vers
l’Ouest ni uniquement vers l’Est. Sa politique doit être multilatérale. Sa première
priorité doit être de soutenir de toutes ses forces l’intégration des pays de
la CEI sur la base de l’égalité des droits, du respect mutuel et sans aucune
prétention impérialiste. Cependant, sous la présidence de Poutine, l’intégration
et la collaboration à l’intérieur de la zone de la CEI n’ont absolument pas été
au centre des efforts de la Russie, ce que montre clairement la politique à
l’égard de la Biélorussie, qui est défavorable aux intérêts nationaux et géopolitiques
de la Russie. La
Russie doit se libérer de sa dépendance par rapport au prix du pétroleL’auteur
estime que la Russie, désormais débarrassée des «chaînes de l’ère Eltsine», a
réussi à améliorer un peu sa position dans le monde, à abandonner sa politique
«téléguidée par les Etats-Unis» et à reconquérir sa souveraineté. Cependant, ce
n’est qu’un succès partiel dans sa «lutte pour le retour». En réalité, la Russie
ne retrouvera jamais la place qui lui revient dans l’arène internationale si elle
ne modifie pas radicalement le vecteur de son développement politique et économique.
Il est dramatique que le pays se soit transformé, au cours des vingt dernières
années, en fournisseur d’énergie pour l’étranger, en une «superpuissance de matières
premières» dont le destin dépend totalement des prix du pétrole et du gaz sur
les marchés mondiaux. C’est précisément ce qui plaît beaucoup aux Etats-Unis mais
c’est fondamentalement contraire aux intérêts nationaux et à la sécurité de la
Russie. Rendez-vous compte qu’au milieu des années 1980, pendant la perestroïka,
le prix du pétrole avait été abaissé, à l’instigation des Etats-Unis, à un niveau
jamais atteint de 6–10 dollars le baril. (Sous Poutine, il est monté à plus de
150 dollars). Cela a miné la base socioéconomique des réformes de Gorbatchev car
le revenu des exportations énergétiques représentait quelque 60% du budget soviétique.
Cette baisse est une des principales raisons de l’échec des réformes en vue du
développement d’un socialisme démocratique «à visage humain» dépourvu des perversions
et des crimes de l’époque stalinienne. Eltsine et ceux qui tiraient les ficelles
autour de lui profitèrent de la grave situation économique de l’Union soviétique,
des déceptions et de l’insatisfaction de la population pour s’emparer du pouvoir
par un coup d’Etat. Ce qui caractérise le développement de la Russie après
2000, ce sont la funeste «politique des matières premières», la dégradation de
l’économie, de la technique et de la science ainsi que le déclin moral et la
crise culturelle. Cela montre que le pays n’est pas encore parvenu à se libérer
des «chaînes de l’ère Eltsine». Les postes importants des structures politiques
et économiques sont toujours occupés, comme si rien ne s’était passé, par les
personnes qui ont participé au triomphe de la cleptocratie. Rapprochement
des civilisations et fin de l’arrogance occidentaleQuelles
solutions Karen Brutenz envisage-t-il pour résoudre les problèmes de l’humanité,
pour maîtriser la crise économique et intellectuelle de la civilisation actuelle,
pour créer un nouvel ordre mondial juste et pacifique? A son avis, il est avant
tout indispensable d’éliminer le clivage de l’humanité entre une minorité de pays
riches et une majorité de pays pauvres, clivage qui a résulté essentiellement
du capitalisme américain. Cette fracture globale tend à s’accentuer et pourrait
conduire dans un proche avenir à une considérable aggravation du potentiel de
conflits dans les relations internationales. Brutenz mentionne un moyen important
de s’opposer à cette dangereuse évolution: «On peut imaginer une évolution convergente
de la société humaine qui pourrait combiner les avantages du capitalisme et du
socialisme tout en évitant leurs inconvénients et leurs faiblesses. Cela – la
réglementation du processus de globalisation sur la base de quelques normes généralement
reconnues – ouvre une possibilité de rapprochement et un enrichissement réciproque
des civilisations grâce à une interpénétration de leurs valeurs dans le maintien
de leur identité spécifique. Cela met en lumière l’inconsistance de la position
conflictuelle d’une majorité de penseurs occidentaux qui veulent absolument que
le monde occidental représente le sommet, le résultat final légitime de l’évolution
de l’humanité et divise celle-ci en peuples «civilisés» et «non civilisés». Cependant
la question suivante – non encore résolue – se pose: Si la thèse du développement
convergent est juste, quelles forces vont la mettre en pratique?» Il est évident
que les problèmes d’un développement convergent de l’humanité pourraient et devraient
être abordés par l’ONU. Leur solution nous permettra de surmonter l’actuel esprit
de confrontation. Il faut pour cela de courageuses initiatives de la Russie et
d’autres membres de la communauté internationale. Eliminer
les prétentions à l’hégémonie, principale cause des guerresBrutenz
se souvient de ce que l’ex-chancelier allemand Helmut Schmidt lui avait dit peu
après la fin de la guerre froide lors d’une conférence internationale: «Le XXIe
siècle sera le plus dangereux depuis la naissance du Christ.» Peut-être que Schmidt
voulait exprimer par là ses inquiétudes par rapport aux efforts des Etats-Unis
en vue d’une hégémonie mondiale, efforts qui devaient inévitablement conduire
à une aggravation sans précédent des relations internationales. A ses craintes,
on peut ajouter ce que John F. Kennedy avait déclaré en 1962, pendant la crise
de Cuba: «L’humanité devra mettre un terme à la guerre, sinon la guerre mettra
un terme à l’humanité.» Pour survivre, l’humanité doit éliminer la principale
cause des guerres, c’est-à-dire la domination des peuples. C’est le principal
message du livre de Brutenz. Il serait judicieux de traduire cet ouvrage afin
de le rendre accessible aux Européens. • 1
Ancien chef adjoint du département international du Comité central du Parti
communiste d’Union soviétique 2 cf. Jochen Scholz in:
Horizons et débats no 37 du 15/9/08 3 Afin d’immortaliser
son nom, Erostrate incendia le temple d’Artémis à Ephèse. *
Viatcheslav Ivanovitch Dachitchev, né à Moscou en 1925, est politologue et historien.
Jusqu’en 1990, il a dirigé le département des questions de politique étrangère
à l’Institut d’études économiques et politiques de l’Académie russe des sciences.
Au début de la perestroïka, il fut également professeur à l’Académie diplomatique
du ministère soviétique des Affaires étrangères. Il fut le conseiller de Gorbatchev
en matière de politique étrangère et passe pour être un pionnier de la détente
entre l’Est et l’Ouest, de la réunification allemande et, de manière générale,
des droits de l’homme, de la démocratie et de l’économie de marché. Il a été à
plusieurs reprises professeur invité en Allemagne. |
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