Même
ceci ne rend pas une image exacte de la réalité. Létude
souligne quà peu près un sixième de la population est
si pauvre quelle ne produit aucune émission de carbone significative.
Cest aussi ce groupe dont la croissance en population est susceptible dêtre
la plus forte. Aux Indes, des foyers où lon gagne moins de 3.000
roupies par mois (± 43 €) consomment, par tête, un cinquième
de lélectricité et un septième du carburant dun
foyer où lon gagne 30.000 roupies ou plus. Ceux qui dorment dans
les rues ne consomment pratiquement rien. Ceux qui vivent de la récupération
des déchets (2) (une grande partie de la sous-classe urbaine) économisent
souvent plus de gaz à effet de serre quils nen produisent.
Beaucoup
des émissions pour lesquelles les pays les plus pauvres sont blâmés
devraient, en bonne justice, nous être attribuées. Les torchères
des compagnies exportatrices de pétrole du Nigéria, par exemple,
ont produit plus de gaz à effet de serre que toutes les autres sources
de lAfrique Sub-Saharienne mises ensemble. Même la déforestation,
dans les pays pauvres, est causée principalement par les opérations
de livraison de bois, de viande et de fourrage aux consommateurs des pays riches.
Les paysans pauvres font infiniment moins de mal.
Lauteur
de larticle, David Satterthwaite, de lInstitut International pour
lEnvironnement et le Développement, fait remarquer que la vieille
formule enseignée à tous les étudiants en développement
selon laquelle limpact total (du CO2 sur lenvironnement) équivaut
à la population x la richesse x la technologie (I =PRT), est fausse. Limpact
total devrait être mesuré ainsi : I = CRT, c. à d. consommateurs
x richesse x technologie. Beaucoup de gens dans le monde consomment si peu quils
ne figureraient pas dans cette équation. Or, ce sont eux qui ont le plus
denfants.
Alors
quil y a une corrélation faible entre le réchauffement global
et la croissance de la population, il y a une corrélation forte entre le
réchauffement global et la richesse. Je suis allé jeter un coup
doeil à quelques super yachts, me disant que je pourrais avoir besoin
dun endroit où traiter les ministres du Labour dans le style auquel
ils sont habitués. Dabord, jai jeté mon dévolu
sur le RFF 135 de la Royal Falcon Fleet, mais quand jai découvert
quil ne consommait que 750 litres de fuel à lheure, je me suis
rendu compte que je nallais pas impressionner Lord Mandelson avec ça.
Je nen mettrais non plus plein la vue à personne du côté
de Brighton avec lOvermarine Mangusta 105, qui ne pompe que 850 litres à
lheure. Le rafiot qui ma tapé dans loeil est fabriqué
par Wally Yachts à Monaco. Le Wally Power 118 (qui donne aux wallies
lisez tarés - une sensation de puissance) consomme ses 3400 litres à
lheure, quand il voyage à 60 noeuds. Cest presque un litre
à la seconde. Une autre façon de le dire est : 31 litres au km.
Évidemment,
pour faire un vrai tabac, il me faudra léquiper en teck et en acajou,
embarquer quelques jet skis et un mini-sous-marin, amener mes invités à
la marina en jet privé et en hélicoptère, les nourrir de
sushis au thon à nageoires bleues et de caviar beluga, et conduire la bête
à une allure telle que la moitié de la vie sous-marine méditerranéenne
sera réduite en purée. Propriétaire dun de ces yachts,
je ferai plus de mal à la biosphère en dix minutes que la plupart
des Africains nen font dans toute leur vie. Là, oui, on peut dire
que ça chauffe, baby !
Une
de mes connaissances, qui fréquente les gens de la haute, me dit que, dans
la ceinture banquière de la vallée de la Tamise Inférieure,
il y a des gens qui chauffent leur piscine extérieure à la température
du bain dun bout de lannée à lautre. Ils aiment
y regarder les étoiles en faisant la planche par les belles nuits dhiver.
Le carburant de chauffage leur coûte 3.000 £ par mois (soit ±
3200 €). Une centaine de milliers de personnes, vivant comme ces banquiers,
épuiseraient les écosystèmes nécessaires à
notre survie plus rapidement que 10 milliards de gens vivant comme la paysannerie
africaine. Au moins les super-friqués ont-ils le tact de ne pas trop se
reproduire, si bien que les riches vieillards qui jettent lanathème
sur la reproduction leur fichent la paix.
En
mai, le Sunday Times a fait paraître un article intitulé : «
Un club de milliardaires se mobilise pour faire rendre gorge à la surpopulation
». Il révélait que « certains éminents milliardaires
américains se sont rencontrés secrètement » pour décider
quelle bonne cause ils pourraient soutenir. « Un consensus a émergé
pour adopter une stratégie stygmatisant la croissance démographique
en tant que menace environnementale, sociale et industrielle potentiellement désastreuse
». En dautres termes, les ultra-riches ont décidé que
cétaient les très pauvres qui étaient en train de saloper
la planète. On se défonce pour trouver une métaphore adéquate,
mais en vain : cest au-delà de toute caricature.
James
Lovelock est, avec Sir David Attenborough et Jonathan Porrit, un des parrains
dOPT (Optimum Population Trust, ou « Trust pour une Population Optimale
»). Cest là une des douzaines dorganisations «
caritatives » (3) dont le seul but est de décourager les gens de
faire des enfants, au nom du sauvetage de la biosphère. Mais je nai
pas été capable den trouver une seule dont le but fût
de mettre en cause limpact sur la biosphère du comportement des très
riches.
Les pinailleurs
pourraient me rétorquer que ceux qui se reproduisent rapidement aujourdhui
pourraient, demain, devenir plus riches. Mais, comme les super-riches accaparent
une part toujours plus grande du gâteau et que les ressources comment à
être à sec, cette éventualité diminue de jour en jour.
Il y a de fortes raisons sociales daider les gens à contrôler
leur procréation, mais de très faibles raisons environnementales.
Sauf chez les populations les plus opulentes.
LOptimum
Population Trust feint dignorer que le monde va vers une transition démographique
: les taux de croissance de la natalité baissent à peu près
partout, et le nombre dêtres humains a des chances, daprès
un article paru dans Nature, de culminer, en ce XXIe siècle, aux alentours
de 10 milliards. La plus grande partie de cette croissance se fera chez ceux qui
ne consomment presque rien.
Mais
personne ne prévoit une transition dans la consommation. Les gens font
moins denfants au fur et à mesure quils deviennent plus riches,
mais ils ne consomment pas moins, ils consomment davantage. Comme le montrent
les habitudes des super-riches, il ny a pas de limites à lextravagance
humaine. On peut sattendre à ce que la consommation augmente, de
pair avec la croissance économique, jusquà emboutir les amortisseurs
de la biosphère. Quiconque comprend ceci et continue à considérer
que cest la population et non la consommation qui représente LE gros
problème, refuse, comme le dit Lovelock, de voir la vérité.
(4) Cest la pire espèce de paternalisme : celle qui blâme les
pauvres pour les excès des riches.
Mais
où sont donc les mouvements de protestation contre la richesse puante qui
détruit nos systèmes de vie ? Où est laction directe
contre les super yachts et les jets privés ? Où est cette fichue
lutte des classes, quand on a besoin delle ?
Il
serait temps que nous ayons assez de coeur au ventre pour mettre le doigt sur
la vraie plaie. La plaie nest pas le sexe, cest largent. Ce
ne sont pas les pauvres, ce sont les riches.
George
Monbiot
http://www.monbiot.com
The
Guardian, 29.9.2009, relayé par Information Clearing House
http://www.informationclearinghouse.info/article23624.htm
Traduction :
C.L. pour le Grand Soir
(1) Voir notes
justificatives des citations sur www.monbiot.com
(2)
C’est-à-dire qui se nourrissent dans les dépôts d’ordures. (NdT)
(3)
C’est-à-dire exemptées d’impôts.
(4) Ou, comme
disait Mme la Comtesse de Ségur, née Rostopchine : se met à l’abri
de la pluie dans la mare.