LES
GRANDS CONCEPTS DE MARX
Et
sans doute convient-il de trouver, de retrouver, de mettre à jour, les grandes
orientations marxistes ou marxiennes permettant d'avancer vers le changement de
société. Même si, bien évidemment, le capitalisme a changé de forme depuis Marx,
il convient en même temps de prendre conscience de ce que les outils conceptuels
qu'il a mis à notre disposition demeurent utiles, sinon indispensables, pour procéder
à l'analyse de ses évolutions, bref que ses principaux concepts demeurent opératoires
pour analyser les situations concrètes en perpétuel mouvement.
Et
sans doute encore convient-il de considérer que c'est précisément parce que ces
principales conceptions n'ont pas été mises en oeuvre dans les pays considérés
que ce n'est pas le communisme selon Marx qui a pu échouer, même si toutes les
situations concrètes ne se prêtaient pas à leur expérimentation.
Cela
n'apparaît plus être le cas de nos jours où nombre de pays capitalistes développés,
dont la France, ont acquis les forces productives et les moyens de production
susceptibles de satisfaire en abondance, et sans gaspillage productiviste, les
besoins et aspirations des salariés de nos pays avec d'ailleurs de larges coopérations
internationales dont on ne voit pas pourquoi, ou pour quelles raisons, elles seraient
réduites et contenues, retenues dans les seuls pays européens, a contrario d'ailleurs
des expériences et développements de notre histoire qui nous ont conduits très
tôt, avec les initiateurs, à parcourir mers et océans devenus moyens de communication
privilégiés entre les peuples du monde dès que les caravelles se sont substituées
aux caravanes.
C'est
en conséquence d'abord avec Marx qu'il convient de faire ressurgir ses principaux
concepts opératoires à différentes étapes historiques pour animer et conforter
théoriquement les luttes , voire pour faire renaître certains d'entre-eux qui
n'ont point été considérés ou trop tôt abandonnés.
LE
CONCEPT D'ABOLITION DU TRAVAIL SALARIE EST AUSSI
FÉCOND
QUE D'AUTRES
Ici
nous avons souvent renoué avec le concept de dépérissement de l'Etat dans ses
rapports avec celui d'appropriation sociale, commune ou collective, des principaux
moyens de production en tant que concepts décisifs pour penser le changement de
société mais sans doute celui d'abolition du travail salarié est-il tout aussi
fécond, sinon fondamental, que les précédents pour ce faire.
Le
recours aux citations de Marx est nécessaire pour rappeler l'importance qu'il
accordait à cette notion d'abolition alors que toute son élaboration théorique
et politique et bâtie autour d'elle.
Il
ne peut en conséquence s'agir ici que d'exprimer l'essentiel, sinon l'essence,
d'une immense démonstration à laquelle s'est livré l'auteur du Capital.
« Essentielle »,
Marx le dit lui-même :
« La
condition essentielle de l'existence et de la domination de la classe bourgeoise
est l'accumulation de la richesse entre les mains des particuliers, la formation
et l'accroissement du capital; la condition d'existence du capital, c'est le salariat.
Le salariat repose exclusivement sue la concurrence des ouvriers entre-eux. (
Le Manifeste )
Et
encore :
« Ou
bien veut-on parler de la propriété bourgeoise moderne?
« Mais
est-ce que le travail salarié, le travail du prolétaire crée pour lui de la propriété?
« Absolument
pas. Il crée le capital, c'est-à-dire la propriété qui exploite le travail salarié,
et qui ne peut s'accroître qu'à la condition de produire davantage de travail
salarié pour l'exploiter de nouveau. »
DEUX
TERMES ANTAGONIQUES : LE CAPITAL ET LE TRAVAIL
Et
Marx poursuit :
« Dans
sa forme actuelle, la propriété oscille entre ces deux termes antinomiques : le
Capital et le Travail. »
La
conséquence?
« Le
prix moyen du travail salarié, c'est le minimum du salaire, c'est-à-dire la somme
des moyens de subsistance nécessaires pour maintenir en vie l'ouvrier en tant
qu'ouvrier;
« Par
conséquent, ce que l'ouvrier s'approprie par son labeur est tout juste suffisant
pour reproduire simplement sa vie...Ce que nous voulons, c'est supprimer le caractère
de détresse de ce mode d'appropriation où l'ouvrier ne vit que pour accroître
le capital et ne vit qu'autant que l'exigent les intérêts de la classe dominante... »
Et
Marx interpelle les bourgeois !
« Vous
nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister
qu'à la condition que l'immense majorité soit nécessairement frustrée de toute
propriété...
« Le
communisme n'enlève à personne le pouvoir de s'approprier des produits sociaux;
il n'ôte que le pouvoir d'asservir à l'aide de cette appropriation du travail
d'autrui.
« On
a objecté qu'avec l'abolition de la propriété privée toute activité cesserait,
qu'une paresse générale sévirait.
« Si
cela était, il y a beau temps que la société bourgeoise aurait succombé à la fainéantise
puisque dans cette société, ceux qui travaillent ne gagnent pas et ceux qui gagnent
ne travaillent pas.
« Toute
l'objection se réduit à cette tautologie qu'il n'y a plus de travail salarié lorsqu'il
n'y a plus de capital... »
Je
répète après Marx : « Il n'y a plus de travail salarié lorsqu'il n'y
a plus de capital. »
C'est
pourquoi, dit-il, « la première étape de la révolution ouvrière est la constitution
du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie. »
AVEC
SA CRISE LE CAPITAL EXPOSE SA NATURE PROFONDE
Bien
évidemment, il en est aussi parmi les salariés, même s'ils sont toujours plus
nombreux à considérer le capitalisme comme négatif comme nous l'avons montré ci-avant,
qui pensent pouvoir faire l'économie de l'abolition de la propriété capitaliste,
qui considèrent que le capital peut s'amender, s'améliorer, se moraliser à l'instar
du président de la république .
Et
il est vrai qu'à certaines époques fastes pour lui le Capital, a pu concéder aux
salariés des avantages qui amélioraient leur situation matérielle au point de
développer quelques illusions.
Avec
l'approfondissement de sa crise, le Capital met en évidence sa nature profonde
et affiche tout clair son renoncement à « acheter la paix sociale. »,
le temps n'est plus d'une répartition plus équitable des richesses et des profits.
C'était
déjà la constatation et la démonstration que faisait Marx en son temps.
LE
MOT D'ORDRE RÉVOLUTIONNAIRE : ABOLITION DU SALARIAT
« En
même temps, dit Marx, et tout à fait en-dehors de l'asservissement qu'implique
le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s'exagérer le résultat final
de cette lutte quotidienne.
« Ils
ne doivent pas oublier qu'ils luttent contre les effets et non contre les causes
de ses effets, qu'ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non
en changer la direction, qu'ils n'appliquent que des palliatifs, mais guérir le
mal.
« Ils
ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par les escarmouches inévitables
que font naître sans cesse les empiètements ininterrompus du capital ou les variations
du marché.
« Il
faut qu'ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il
les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales
nécessaires pour la transformation économique de la société.
« Au
lieu du mot d'ordre conservateur : « Un salaire équitable pour une
journée de travail équitable », ils doivent inscrire sur leur drapeau le
mot d'ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat ». ( Karl
Marx, Salaire, prix et profit, 1865 )
Et
si ce devenait aussi le mot d'ordre que les assemblées générales mettent aujourd'hui
à l'ordre du jour !