Qui
est responsaBle ???
Qui est "irresponsable" Monsieur le
Président? vendredi 9 janvier 2009 (11h46) 2 commentaires de Jean-Claude Lefort
ancien député communiste du Val-de-Marne
A Ramallah, le 5 janvier 2009,
au cours d’une conférence de presse à la Moqata en présence de Mahmoud Abbas,
Président de l’Autorité palestinienne, Nicolas Sarkozy a déclaré avec une lourde
insistance que : "le Hamas portait une lourde responsabilité dans la situation
actuelle" et qu’il avait fait preuve "d’une irresponsabilité (...) impardonnable".
On peut parfaitement ne pas partager les options politiques du Hamas
(avec qui il faudra bien parler toutefois un jour) sans pour autant oublier les
réalités au point de les mépriser, ni tirer un trait sur l’enchaînement des faits
depuis le début de la trêve entre Israël et le Hamas conclue sous l’égide de l’Egypte.
On peut être hostile aux options de ce mouvement (avec qui il faut parler) sans
pour autant faire preuve de cécité ou bien encore d’amnésie. Ces dernières sont
particulièrement graves car elles sont destinées volontairement à déplacer le
centre des responsabilités du drame que vit aujourd’hui la population gazaoui
mais aussi les populations atteintes par les tirs de roquettes.
Il convient
donc d’en revenir aux faits.
Le 17 juin 2008, une trêve de 6 mois était
conclue entre le Hamas et Israël. Cette trêve avait un double objectif affiché
: arrêter toutes les violences et permettre la levée du blocus insupportable qui
transformait la bande de Gaza en prison à ciel ouvert mais aussi en mouroir pour
sa population privée de tout.
Dès le lendemain de la trêve annoncée,
Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, s’en félicitait
en déclarant que : « Cet accord devra se traduire sur le terrain. Il devra conduire
à la cessation complète des violences et permettre l’amélioration de la situation
humanitaire à Gaza par la réouverture dans les meilleurs délais des points de
passage. »
Les choses étaient donc claires et certifiées exactes par
le ministre français.
Ce ne fut pas le cas du côté israélien, et cela
aurait déjà du déjà alerter à tout le moins. Un responsable israélien déclarait
en effet, le jour même de l’entrée en vigueur de la trêve, que : « Les services
secrets de [mon] pays doutent de la pérennité de la trêve et jugent inévitable
le lancement d’une opération militaire terrestre de grande ampleur dans la bande
de Gaza. » (Agence Reuters).
Cette trêve, dans sa dimension militaire,
était globalement respectée, ainsi qu’en témoignaient les observateurs présents
alors sur place.
L’agence « Associated Presse », revenant sur l’enchaînement
des faits précisait dans une dépêche publiés le 19 décembre dernier, que : « La
trêve conclue le 19 juin 2008 était relativement respectée. Mais le calme précaire
a été rompu par une incursion le 4 novembre dans la bande de Gaza de l’armée israélienne,
qui a déclaré avoir détruit un tunnel devant être utilisé pour enlever des soldats
israéliens. »
Et s’agissant de la levée du blocus, partie intégrante
de l’accord de trêve, la même agence « Associated Presse » poursuivait : « Avant
même que la trêve ne s’effondre, Israël n’autorisait pas la libre circulation
des biens à l’entrée ou au sortir de la Bande de Gaza. »
Les premiers
à avoir rompu la trêve ce sont donc les autorités israéliennes lesquelles, par
ailleurs, n’ont pas respecté le second volet majeur de cette trêve : la levée
du blocus de Gaza. L’embargo n’étant pas non plus levé par l’Union européenne
et des USA.
Les incursions israéliennes meurtrières sur Gaza jointes
au maintien du blocus aboutissaient délibérément à ce que toutes les conditions
étaient donc délibérément réunies pour provoquer la situation actuelle. Ceci d’autant
plus que les élections législatives israéliennes approchaient qui voyaient Livni
et Barak au plus bas dans les sondages à l’inverse de Benjamin Netanyahu qui promettait
une politique de reprise de violences. Aujourd’hui il est vrai que cette tendance
s’est inversée. Mais à quel prix.
Sans faire preuve d’aucun angélisme
il est donc nécessaire en effet de poser la question : qui est irresponsable ?
Sont clairement irresponsables ceux qui ont brisé la trêve le 4 novembre, c’est-à-dire
les autorités israéliennes actuelles ! Et avec elles tous ceux qui n’ont rien
dit ou fait contre. C’est le cas de la France et plus généralement de l’Union
européenne et des USA.
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| Sont
irresponsables ceux qui n’ont pas permis la levée du blocus. Ce sont encore les
mêmes ! Et ils n’ont aucune « excuse ». Car dès le mois d’août 2008, le Rapporteur
spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les Territoires palestiniens,
Richard Falk, posait une note substantielle sur la table de la Commission concernée
des Nations unies. En autres choses, Richard Falk stigmatisait la situation à
Gaza décrite comme une « punition collective » absolument contraire à la Quatrième
Convention de Genève. Ils savaient tous.
Irresponsables, ils se sont
tus et n’ont pas levé l’embargo/blocus.
Et aujourd’hui après avoir couvert
l’offensive aérienne israélienne ils peuvent bien demander, demander seulement
et non pas imposer, un cessez-le-feu tant est grande la mobilisation populaire.
Ils ne sont pas crédibles, et efficaces encore moins, puisque s’ils disposent
de moyens pour se faire entendre ceux-ci ne sont absolument pas utilisés.
En particulier l’Union européenne dispose de cette possibilité conforme au droit
: la suspension de l’accord d’association dont l’activation est de son seul ressort.
Au contraire de cela, l’Europe vient, en fin de présidence française, de « rehausser
» ses relations avec Israël. En vérité les premiers irresponsables ce sont eux,
clairement eux.
Ils sont d’autant plus irresponsables qu’ils savaient
et qu’ils n’ont rien fait.
Ils sont irresponsables - et c’est un cas
unique dans les annales onusiennes -, car Israël agit en toute impunité malgré
ses violations systématiques du droit international. Ajoutons que depuis plus
de 40 Israël trouve toujours des « raisons » pour ne pas négocier. Dans le cas
actuel, c’est clair.
Mais on pourrait poser un autre problème : si les
tirs de Qassam avaient atteintes les colonies israéliennes situées cette fois
en territoire palestinien, qu’aurait dit Israël ? Légitime défense des Palestiniens
? On imagine mal ce scénario. Les autorités israéliennes auraient trouvé un autre
argument, toujours en leur faveur, pour frapper avec l’appui des puissances occidentales.
En ne disant pas la vérité sur l’origine de la situation ils en compliquent
le règlement. De même que personne ne trouve à redire quand Israël, par la voie
de Tzipi Livni, déclare « ne pas être intéressé par un cessez-le-feu. » Pas intéressé...
alors que le Hamas propose une trêve durable subordonnée à la levée intégrale
du blocus de Gaza. On pourrait mettre un terme à cette guerre mais Israël n’y
est « pas intéressé »... Et Nicolas Sarkozy invite ce pays à « prendre le risque
de la paix ». Le risque de la paix... La paix devenue un risque...
Ils
sont bien irresponsables.
Et ils le sont aussi car ils peuvent bien parler
aujourd’hui du nécessaire dialogue inter-palestinien, ils ont tout fait pour le
casser après l’accord de La Mecque puisque pour eux le Hamas est un mouvement
« terroriste » avec qui ils ne sauraient parler et Gaza « une entité ennemi »
qu’il fallait à tout prix écraser.
Ils sont irresponsables car les négociations
engagées après Annapolis n’ont pas permis de progresser d’un centimètre dans le
règlement politique du problème. Ils avaient promis un Etat palestinien fin 2005.
Rien ne s’est passé. Ils avaient promis un Etat palestinien fin 2008. Et c’est
la guerre qu’ils ont provoquée laquelle ruine durablement toute possibilité de
dialogue et d’un accord de paix. Tout le monde sait cela. Eux les premiers.
Ils sont complices et responsables de cette politique qui ne mène à rien d’autre
qu’a plus de guerre, de souffrances et de haines. Et ce n’est pas le voyage du
Président Sarkozy dans la région, aboutissant à ce qu’il demande à l’ONU de ne
se presser pour adopter une résolution qui infirmera ce propos. Il faut une résolution
contraignante pour mettre un terme aux massacres commis à Gaza qui sont autant
de crimes de guerre, selon le droit international.
Ils sont bien irresponsables
au sens exact du terme.
Dans ces conditions, rétablir la vérité des faits
est une condition à remplir pour que l’émotion prenne toute son ampleur et débouche
sur des actes responsables. Cela fait très longtemps que nous n’avions pas connu
pareille mobilisation sur le conflit du Proche-Orient. Il faut l’amplifier. Cela
suppose d’éclaircir ces réalités qui contredisent la version officielle qui nous
est servie, selon laquelle « le Hamas a rompu la trêve, il est donc normal qu’Israël
réagisse ».
Cela concerne la situation immédiate à Gaza et l’incendie
qu’il faut éteindre par un cessez-le-feu imposé. Mais cela va plus loin : si les
peuples s’en mêlent les irresponsables qui nous gouvernent devront entendre raison
sur le conflit de fond qui dure depuis plus de 40 ans, pour qu’il soit mis fin
à l’occupation cause première de tout.
Israël occupe aujourd’hui près
de 90% de la Palestine historique. Il faut que ce pays « admette » que cette politique
est absolument sans issue autre que meurtrière. Il faut que ce pays admette, une
bonne fois pour toute, que son existence et sa sécurité passent par l’existence
d’un Etat palestinien.
Il faut donc appliquer le droit international.
Il faut l’imposer. C’est conforme à la Charte des Nations unies qui leur échappe
des mains. Aux peuples du monde de la reprendre en main et de la brandir puisqu’elle
est écrite au nom de nous. « Nous peuples des Nations unies » !
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