12
mars 2009 Gaza :
un massacre au ralenti
Haidar EID
(entretien réalisé par Eric Ruder)

- Plus d’un mois après la fin de l’agression israélienne contre Gaza, la vie continue
à être un combat quotidien, pour le million et demi de Palestiniens de la bande
de Gaza. Israël maintient son siège étouffant, qui empêche le passage des produits
de première nécessité, plongeant l’immense majorité des résidents dans une pauvreté
abjecte.
Mais un rayon d’espoir a émergé, sous la forme d’une solidarité
internationale croissante – depuis le Canada et les Etats-Unis jusqu’à l’Europe,
en passant par l’Afrique du Sud – visant à faire rendre à Israël des comptes sur
ses violations du droit international et des droits humains des Palestiniens.
Le 21 mars, la justice pour la Palestine sera le principal leitmotiv d’une manifestation
contre la guerre qui se déroulera à Washington DC ; elle est organisée afin de
marquer le sixième anniversaire de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis.
Question : La séquence « ball-trap » de la guerre israélienne
est désormais terminée, d’après les médias. Pourtant, Israël poursuit ses frappes
aériennes contre des cibles, à Gaza, tous les deux ou trois jours. En plus de
ces bombardements israéliens, le siège demeure fermement en vigueur, empêchant
absolument tous les biens vitaux de première nécessité de pénétrer à Gaza. Pouvez-vous
nous décrire les conditions qui règnent, aujourd’hui, dans ce territoire ?
Haidar Eid : Le courageux historien israélien Ilan Pappe a parlé du siège hermétique
en place contre Gaza depuis près de trois ans. Avant la guerre, Pappe avait qualifié
ce siège de « génocide au ralenti », et il avait parfaitement raison.
Même avant la guerre, quelque 350 malades en phase terminale étaient morts du
fait qu’Israël ne les avait pas autorisés à sortir de Gaza pour aller recevoir
un traitement médical vital. Israël a refusé de leur remettre des autorisations
de voyager qui leur aurait permis de se faire soigner dans des hôpitaux égyptiens
ou jordaniens. Je parle ici de patients souffrant de déficience rénale, de problèmes
cardiaques, d’un cancer.
La guerre a transformé le génocide au ralenti
en un génocide bien réel – je ne vois pas comment le qualifier autrement. Durant
la guerre, plus de 1’400 personnes ont été tuées.
Nous pensions que la
fin de la guerre signifierait aussi la fin du siège moyenâgeux imposé à Gaza.
Mais, malheureusement, cela n’a pas encore eu lieu depuis la fin du massacre de
Gaza – je ne veux vraiment pas parler de la fin de la « guerre », parce que la
guerre n’a jamais cessé, même si c’est sous d’autres formes. Israël n’a réalisé
aucun des trois objectifs qu’il avait déclarés au début du conflit : renverser
le gouvernement Hamas, mettre un terme aux lancements de roquettes et établir
un nouvel accord sécuritaire à Gaza.
Etant donné qu’ils ont échoué, ils
persistent à essayer d’obtenir, politiquement, ce qu’ils ont été incapables d’obtenir
militairement – avec l’aide des Etats-Unis, même sous l’administration Obama,
avec la complicité de l’Union européenne et avec l’aide de certains régimes arabes.
C’est la raison pour laquelle toutes les propositions en vue de la reconstruction
de la bande de Gaza qui ont été examinées au cours de la récente conférence des
donateurs internationaux tenue à Sharm el-Sheikh ont autant de fils à la patte.
En réalité, ce sont ces fils qui rendent impossible la reconstruction de Gaza.
Ainsi, quand la secrétaire d’Etat Hillary Clinton est allée à Tel-Aviv
et à Ramallah, elle a parlé de conditions imposées à cette reconstruction. La
condition numéro 1, c’est que le gouvernement Hamas et les formations de la résistance,
de manière générale, reconnaissent l’Etat d’Israël. La condition numéro 2, c’est
la reconnaissance des accords déjà signés entre l’OLP (Organisation de Libération
de la Palestine) et Israël, ce qui, en fin de compte, reviendrait à reconnaître,
là encore, l’Etat d’Israël.
Mais il reste certaines grosses questions
à ce sujet, que les Etats-Unis et les médias consensuels préfèrent éviter. En
particulier : quel est donc l’Israël que les Palestiniens sont supposés reconnaître
?
Israël est le seul pays membre de l’Onu qui n’ait pas de frontières
reconnues. Le mur d’apartheid représente-t-il la frontière de l’Etat d’Israël
? Ou bien s’agit-il de la frontière de 1967 ? La reconnaissance d’Israël, dans
de telles conditions, rendrait possible la poursuite de l’expansion territoriale
israélienne.
Ensuite, Israël est aussi le seul pays, sur Terre, qui n’ait
pas de constitution. En lieu et place, Israël a ses Lois Fondamentales. La première
de ces lois définit Israël comme l’Etat des juifs où qu’ils se trouvent, dans
le monde entier. On a donc affaire à un état théocratique, et non à un état, appartenant
à tous ses citoyens. Cela soulève la question du sort du 1,2 million de Palestiniens
qui sont considérés citoyens de l’Etat d’Israël, mais qui ne sont pas juifs.
Par ailleurs, quid des plus de six millions de réfugiés palestiniens vivant dans
la diaspora ? Aucun accord signé par l’OLP et Israël, avec l’Amérique en modérateur,
ne mentionne le droit au retour (de ces réfugiés, chez eux), bien que la Résolution
194 de l’Onu appelle au retour des réfugiés palestiniens chez eux, dans leurs
villages, dans les villes et les bourgs d’où ils ont été chassés. Et cette Résolution
194 préconise des compensations pour les injustices qu’ils ont subies.
Mais ce sont là des choses auxquels Israël veut faire renoncer les Palestiniens
avant même que de quelconques pourparlers soient entamés. Comme l’a dit Karl Marx,
l’histoire se répète, la première fois sous forme de tragédie, la deuxième fois
sous forme de pochade. Aujourd’hui, nous avons assisté à la conférence des donateurs,
ainsi qu’à une visite dans la région d’Hillary Clinton, durant laquelle elle n’a
pas eu un seul mot de sympathie pour le calvaire des Palestiniens. C’est comme
l’a dit Marx, à cette différence près : c’est en même temps une tragédie et une
farce !
Les Palestiniens paient un prix exorbitant. C’est la continuation
de la guerre génocidaire lancée par Israël contre Gaza, avec le soutien de la
communauté internationale. Et les discussions supposées contribuer à la reconstruction
ne sont qu’un moyen supplémentaire de mettre en application l’agenda israélien.
Question : Les Etats-Unis et Israël appellent
par ailleurs le Hamas à « renoncer à la violence », mais ils ne prennent pas conscience,
manifestement, de l’hypocrisie incroyable de cette exigence ? Israël ne cesse
d’user d’une violence écrasante et totalement disproportionnée à l’encontre des
Palestiniens, et c’est les Etats-Unis qui fournissent à Israël les armes pour
ce faire ?
Haidar Eid : Absolument ! De quelles armes la Résistance
dispose-t-elle, à Gaza ? Des roquettes artisanales bricolées à la maison, et quelques
missiles Grad passés en contrebande par les tunnels reliant l’Egypte à Gaza. Mais
aujourd’hui, ces tunnels ne sont plus utilisables. Israël les a bombardés à plusieurs
reprises.
En raison du siège israélien imposé à la bande de Gaza, ces
tunnels ont été utilisés aussi pour apporter des biens essentiels à l’intérieur
de ce territoire. Par exemple, je n’ai pas pu prendre ma voiture depuis la fin
de la guerre, parce que nous ne recevons plus d’essence d’Egypte, le super devant
être passé clandestinement, via les tunnels.
Nous parlons, ici, de la
quatrième armée au monde, dotée de 250 têtes nucléaires, d’avions F-16 et d’hélicoptères,
contre une population très largement sans défense. Nous ne parlons absolument
pas de deux camps opposés, qui seraient de force comparable.
D’après
le droit international, Israël occupe illégalement la Cisjordanie et la bande
de Gaza. Israël interdit illégalement à plus de six millions de Palestiniens de
rentrer chez eux, dans leurs villages et dans leurs villes.
Ce que nous
exigeons – moi-même, en tant que membre de la société civile palestinienne, qu’universitaire
et que militant – c’est simplement la mise en application des résolutions de l’Onu
et du droit international. Sous l’empire du droit international, nous avons droit
à un Etat et les réfugiés ont le droit de rentrer chez eux.
En signant
les accords d’Oslo, en 1993, la direction palestinienne officielle a conclu un
accord qui viole tant nos droits que le droit international. C’est désormais devenu
une habitude, pour Israël et les Etats-Unis, d’attendre du camp le plus faible,
les Palestiniens, de faire toujours plus de concessions.
Une des plus
grosses erreurs qu’ait faites la direction palestinienne, ce fut de faire la supposition
que les Etats-Unis n’agissaient qu’en tant que courtiers honnêtes. Mais, en réalité,
les Etats-Unis ont été totalement partisans – en raison de l’activité du lobby
pro-israélien américain, et aussi parce qu’à mon avis, il est impossible de séparer
les intérêts de l’impérialisme américain et ceux du sionisme, au Moyen-Orient.
Les Etats-Unis ont attaqué, puis occupé l’Irak, et ils ont commis un
véritable génocide à l’encontre de la population irakienne. Ils ont tué plus d’un
million et demi d’Irakiens, à cause du pétrole, afin de réaliser leurs intérêts
dans la région, et afin de protéger l’Etat d’Israël.
En Irak, les Américains
ont échoué lamentablement. Israël a échoué pitoyablement au Liban en 2006. Alors,
voilà : ils ont essayé de viser ce qu’ils considéraient être la poche de résistance
la plus faible au Moyen-Orient, j’ai nommé Gaza. Heureusement : nouvel échec !
Israël a essayé, vingt-deux jours durant, de mettre la résistance à genoux, mais
il n’a pas réussi.
C’est la raison pour laquelle ils essaient de réussir
politiquement, là où ils ont échoué, militairement.
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| Question
: Les conditions mises à l’aide à la reconstruction, lors du sommet de Sharm el-Sheikh,
et la visite d’Hillary Clinton, visent à politiser la reconstruction en canalisant
de l’argent et des soutiens vers l’Autorité palestinienne (AP) et vers son président,
Mahmoud Abbas. On a d’ailleurs vu Abbas, après sa rencontre avec Clinton, avertir
l’Iran de ne pas « s’immiscer » dans les affaires intérieures palestiniennes.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il se passe, en ce moment ?
Haidar Eid : La dynamique récente, au Moyen-Orient, voit Israël et les forces
pro-Oslo au sein de la direction politique palestinienne, ainsi que plusieurs
des régimes réactionnaires arabes, aux côtés des Etats-Unis, tenter de déformer
la conscience des Arabes, en général, et des Palestiniens, en particulier.
Les Arabes et les Palestiniens ont toujours considéré qu’Israël était l’ennemi,
du fait qu’il a chassé les deux-tiers des Palestiniens de chez eux, en 1948, qu’il
occupe la Cisjordanie et la bande de Gaza depuis 1967, et qu’il lance une série
ininterrompue de guerres génocidaires contre les Palestiniens.
Aussi
Israël et les Etats-Unis s’ingénient-ils à faire de l’Iran et de la direction
chiite le nouvel ennemi des Palestiniens et des Arabes, en particulier des Arabes
sunnites. Autrement dit, ils font la promotion de politiques identitaires et de
divisions sectaires, exactement de la même manière que les Américains, en Irak.
Cette approche a échoué, au Liban, mais Abbas continue à travailler avec les Américains
et les Israéliens afin de mener une telle politique, à Gaza.
L’Iran ne
se contente pas de soutenir le Hamas. L’Iran, depuis la chute du Shah soutenu
par les Etats-Unis, en 1979, a toujours soutenu la résistance palestinienne, par
exemple en permettant aux Palestiniens d’ouvrir une ambassade à Téhéran.
L’Iran apporte effectivement une certaine aide militaire à la résistance palestinienne,
de la même manière qu’il a apporté une aide à la résistance au Liban. Il est important
que nous comprenions que si les Palestiniens veulent poursuivre leur lutte pour
conquérir leurs droits nationaux, ils ont besoin du soutien des musulmans, des
Arabes et des peuples aimant la liberté, dans le monde entier.
Le soutien
en provenance d’Iran n’est pas conditionné, il n’a pas de ficelles aux pattes,
comme celui des Etats-Unis, celui de l’Union européenne ou d’ailleurs. Nous avons
un projet commun, et nous avons des objectifs communs : lutter contre l’impérialisme
américain au Moyen-Orient et libérer la Palestine. C’est la raison pour laquelle
les Etats-Unis et leurs alliés, dont plusieurs régimes arabes, fustigent l’Iran,
en le présentant, au sein du monde arabe, comme l’ « ennemi des Arabes et des
musulmans ».
Pour en revenir aux ficelles attachées à la fameuse « aide
à la reconstruction », je ne pense pas qu’il y ait un seul Palestinien qui soit
doté d’un minimum de dignité et qui pourrait les accepter ?! Pourquoi devrions-nous
accepter une aide conditionnée à l’idée que ce qui est arrivé à Gaza était une
catastrophe naturelle – par opposition à la réalité, c’est-à-dire un désastre
délibérément provoqué par l’Etat d’Israël afin d’anéantir la résistance et la
société palestiniennes ?
Si la population de Gaza a été punie, c’est
en raison de son choix démocratique, en 2006, d’un parti, le Hamas, qui ne soutient
pas les accords d’Oslo, et prône le droit au retour de tous les réfugiés palestiniens.
Bien que je ne soutienne pas le Hamas idéologiquement, c’était le choix
démocratique du peuple palestinien. Et la majorité de ceux qui ont porté le Hamas
au gouvernement n’étaient pas des partisans du Hamas, mais des gens désireux de
voter pour une organisation qui ne fût pas corrompue et qui ne soutînt pas les
accords d’Oslo.
Depuis le début du « processus de paix » d’Oslo, en 1993,
et jusqu’à-présent, nous n’avons toujours pas vu d’Etat palestinien indépendant.
Au contraire : Israël a augmenté le nombre des colons vivant en Cisjordanie, qui
est passé de 190’000 à plus d’un demi-million, et il a exproprié plus de 25 %
des terrains de la Cisjordanie en érigeant le mur d’apartheid, en étendant le
Grand Jérusalem et en agrandissant les colonies juives existantes, en Cisjordanie.
Par conséquent, Israël a rendu impossible l’établissement d’un Etat palestinien
indépendant sur 22 % de la Palestine historique. Je pense que les Palestiniens
du peuple en ont conscience, c’est la raison pour laquelle ils soutiennent la
résistance – non seulement le Hamas, en tant qu’organisation, mais toutes les
organisations de résistance, comme le Front Populaire de Libération de la Palestine,
les Comités Populaires de Résistance, le Jihad islamique, etc…
Question
: Pendant longtemps, le présupposé, dans les cercles diplomatiques israélien,
américain et palestinien, c’était qu’il y avait un progrès vers la mise en application
d’une solution à deux Etats. L’élection du nouveau gouvernement israélien – avec
Benjamin Netanyahu, du Likoud, au poste de Premier ministre, un gouvernement marqué
par un racisme anti-arabe extrémiste et un rejet ouvert de la solution à deux
Etats, en faveur d’une vision d’un « Grand Israël » - semble marquer un réel tournant.
Quelles en seront, à votre avis, les conséquences ?
Haidar
Eid : Israël a d’ores et déjà rendu impossible la solution à deux Etats, et nous
avons absolument besoin de débattre d’un programme alternatif à cette fiction
qu’est la « solution à deux Etats ». La première chose à faire, c’est démanteler
l’Autorité palestinienne.
L’Autorité palestinienne est un produit des
accords d’Oslo, et elle envoie un message erroné tant à la communauté internationale
qu’aux mouvements de solidarité dans le monde entier. L’existence de l’Autorité
palestinienne suggère l’idée qu’existent, en Palestine, deux camps de force comparable
– l’Etat israélien, avec son armée, et l’Autorité palestinienne, avec son armée.
Pour corriger cette équation, il faut absolument se débarrasser de l’Autorité
palestinienne. La relation existante n’est absolument pas une relation entre égaux,
mais entre un occupant et un occupé, entre un oppresseur et un opprimé.
En démantelant l’Autorité palestinienne, les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie
peuvent former un front national qui dirigerait la résistance palestinienne à
l’occupation – comme celle que nous avons eue, durant la première Intifada, en
1967.
Le massacre de Gaza a été comme une sorte de tsunami politique,
qui devait changer la carte de la totalité du Moyen-Orient, et pas seulement celle
de la Palestine. Ce massacre a montré à tous que les accords d’Oslo sont un faux
: ils n’ont jamais visé à aboutir à la création d’un quelconque Etat palestinien
indépendant, et ils n’ont jamais défendu la sécurité des civils palestiniens de
Gaza et de Cisjordanie.
En fin de compte, ils ont abouti à faire de Gaza
le plus grand camp de concentration au monde. Et ils ont abouti à faire de la
Cisjordanie trois bantoustans –un au nord, incluant Qalqiliya, Jénine et Tulkarem,
un autre, au milieu, avec Ramallah, et un troisième, au Sud, avec Hébron et Bethléem.
La plupart des Palestiniens en ont aujourd’hui conscience, et ils sont
bien plus déterminés que leur leadership, pour une raison très concrète : parce
que les accords d’Oslo ont créé une nouvelle bourgeoisie palestinienne, dont les
intérêts sont liés à la poursuite de l’occupation israélienne et à la protection
des intérêts américains au Moyen-Orient.
Le problème, je pense, c’est
qu’il n’y a pas une seule organisation politique, chez les Palestiniens, qui préconise
clairement la création d’un Etat démocratique laïc dans la Palestine historique,
sur le modèle de l’Afrique du Sud ou de l’Irlande du Nord. C’est ça, le problème
: nous avons besoin d’une organisation politique qui en appelle à un Etat pour
tous ses citoyens, sans considération aucune pour la religion, les sectes et l’ethnicité.
Je pense que nous nous acheminons vers une troisième Intifada, qui va
largement dépendre de la résistance commune du peuple palestinien et, de manière
cruciale, du soutien d’un mouvement de BOYCOTT, de DESINVESTISSEMENTS et de SANCTIONS
(BDS) à l’encontre d’Israël organisé à l’échelle mondiale.
Pour ne citer
que quelques-uns des exemples corroboratifs de militantisme en faveur des BDS
dans le monde entier, il y a eu plus de vingt-huit campus universitaires occupés
par les étudiants, en Grande-Bretagne, plusieurs campus occupés aux Etats-Unis
et la décision prise par le Hampshire College de désinvestir d’Israël ; mentionnons
aussi diverses actions de groupes de solidarité en Afrique du Sud.
Nous
voulons former une campagne internationale de BDS sur le modèle du mouvement anti-apartheid
qui a fini par entraîner la fin du pouvoir blanc en Afrique du Sud, en 1994, et
à la libération de Nelson Mandela, en 1990.
Question
: Il semble y avoir un réel enthousiasme pour bâtir un tel mouvement afin de défier
l’occupation israélienne et de développer une solidarité significative avec la
cause palestinienne. Mais certaines personnes continuent à se demander si une
campagne de BDS aboutirait à supplanter l’« engagement constructif » qui est sans
doute essentiel à une solution au conflit ? Qu’en pensez-vous ?
Haidar Eid : La question du dialogue entre Israël et les Palestiniens peut être
réglée ainsi : depuis 1993, il y a eu des négociations entre Israël et l’Autorité
palestinienne, et le résultat, c’est : un massacre, à Gaza !
Et – principe
de base – il est absurde, à mes yeux, d’avoir un « dialogue » avec une force occupante
d’une supériorité infinie, sans prendre en considérations les moyens par lesquels
la résistance pourrait créer les conditions nécessaires pour une avancée minimale
dans ledit dialogue.
Le philosophe français Michel Foucault a dit que
là où vous avez une autorité et un pouvoir, vous avez aussi une résistance. Un
des problèmes inhérents au leadership officiel, en Palestine, c’est le fait qu’il
a mis tous ses œufs dans le panier des négociations et du dialogue, sans prendre
en considération la question de la résistance.
C’est une des raisons
pour lesquelles le Fatah, le courant de Mahmoud Abbas au sein de l’Autorité palestinienne,
a perdu les élections. Ce à quoi nous en sommes arrivés, c’est à une situation
qui n’est pas sans évoquer l’Afrique du Sud au milieu et à la fin des années 1980,
quand les opposants au mouvement anti-apartheid s’étaient déchaînés contre ce
mouvement, en particulier après que Ronald Reagan et Margaret Thatcher eurent
déclaré que l’Occident se devait d’entretenir des relations avec l’Afrique du
Sud, dans le cadre d’une politique d’ « engagement positif ».
En réalité,
la plupart des militants des associations anti-apartheid et de solidarité ont
pensé qu’il était absurde de parler d’un tel engagement, l’équilibre des forces
étant ne faveur de l’oppresseur.
La même chose vaut, en Palestine. Quand
vous avez des négociations, la partie puissante interprète n’importe quel argument
dès lors qu’il est formulé en des termes qui sanctuarisent leurs propres intérêts,
et non pas ceux de l’occupé.
En raison du hiatus énorme entre les victimes
palestiniennes et les occupants israéliens, nous avons besoin de l’intervention
de la communauté internationale, expression par laquelle je désigne non pas des
corps officiels, mais des organisations de la société civile, des églises, des
mosquées, des clubs, des groupes d’étudiants, des syndicats, etc.
Ce
sont ces forces qui ont boosté le mouvement anti-apartheid contre le gouvernement
sud-africain, durant les années 1980 et au début des années 1990. Je m’en souviens
très bien : quand Nelson Mandela a été libéré de prison, en 1990, il a appelé
tous les soutiens des Noirs sud-africains à ne pas relâcher leurs efforts contre
l’apartheid, et à ne pas mettre fin au mouvement, tant qu’il n’aurait pas été
élu le premier Président d’une Afrique du Sud multiraciale et multiculturelle.
A mes yeux, la même chose peut se produire, en Palestine. En raison de
ce déséquilibre des pouvoirs, nous avons besoin de l’intervention de la communauté
internationale. Je ne pense pas que les Palestiniens seront capables de se battre
seuls contre les Israéliens, parce que personne ne peut combattre une telle force
militaire écrasante en étant seul.
Le mouvement anti-apartheid contre
le gouvernement sud-africain était basé sur quatre piliers : la lutte armée, la
mobilisation de masse à l’intérieur de l’Afrique-du-Sud, le mouvement politique
clandestin et le mouvement anti-apartheid mondial.
Malheureusement, le
leadership politique, ici, en Palestine – qu’il s’agisse de la droite ou de la
gauche, du Hamas, du Fatah ou du Front Populaire de Libération de la Palestine,
est dépourvu de cette conscience internationaliste.
Cette dimension internationaliste
commence à se manifester ; elle provient des organisations de la société civile.
C’est la raison pour laquelle, en 2005, plus de 107 organisations de la société
civile palestinienne ont lancé un appel à la communauté internationale – un appel
à boycotter Israël et à couper tous liens diplomatiques, militaires et économiques
avec l’Israël de l’apartheid.
La seule chose sur laquelle nous puissions
compter, c’est le pouvoir du peuple !
http://www.silviacattori.net/article762.html
Haidar Eid, professeur d’anglais, commentateur politique et activiste
de longue date, habite à Gaza-Ville. Il a apporté un témoignage oculaire et une
analyse de la guerre israélienne à SocialistWorker.org. Il débattait ici, avec
Eric Ruder, de l’occupation israélienne et du combat des Palestiniens pour la
justice.
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier.
Texte
original en anglais : http://socialistworker.org/2009/03/09/massacre-in-slow-motion
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