ECOUTE,
PETIT HOMME ! Dimanche
23 Octobre 2011 - 13:23 La Fourmi, le Profit et l'Etat
"Aucune
force de police au monde ne serait assez puissante pour te supprimer s'il y avait,
dans ta vie quotidienne, seulement une étincelle de respect de toi-même,
si tu avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul
jour. Est-ce que ton "libérateur" te l'a dit ? Non !"
Sinouhé
l'Artiste Mardi 25 Octobre 2011 ECOUTE,
PETIT HOMME !
Ce texte est constitué d'un ensemble d'extraits tirés
du livre "Ecoute petit Homme" de 1945 écrit par Wilhelm Reich"
un des Grands Hommes de ces 2000 dernière années : Wilhelm Reich,
psychiatre et psychanalyste et chercheur est né le 24 mars 1897 à
Dobrzcynica, alors en Autriche-Hongrie, aujourd'hui en Ukraine, et mort le 3 novembre
1957 en prison à Lewisburg, Pennsylvanie, États-Unis d'Amérique. Élève
de Sigmund Freud (de qui il s'éloigne plus tard) à Vienne, il est
connu pour ses contributions à la sexologie et à la thérapie
psychanalytique, son engagement en faveur de l'émancipation sexuelle, sa
définition de la cuirasse caractérielle, et ses recherches controversées
sur l'« énergie d'orgone ».
Il est un des grands clair
voyant du XXème siècle doublé d'un sage d'une grande lucidité
qui à largement contribué à alimenter notre mémoire
collective de merveilleuses découvertes que nous ne sommes pas encore en
mesure d'utiliser. Il à du faire fasse à la pire adversité
et à l'ingratitude de ces contemporains dés lors que ses recherches
sont sortie des dogmes établis . Reich était en mesure de nous épargner
l'ère Atomique et c'est pour cela qu'il a été tué.
Il
est l'artisan lumineux de l'utilisation de l'énergie de l'ORGONE qui sera
une des sources de toutes les sublimes transformations de l'homme de demain, une
fois que celui-ci aura enfin mis un terme à sa dépendance maladive
à l'autorité de la bêtise de la masse ignorante au pouvoir
macabre remis entre les mains d'une poignée de monstres catalyseurs de
la violence qui engendrent l'auto destruction de la possible grandeur de l'Homme. Ce
texte s'adresse à ceux qui pensent bien agir dans la lumière sombre
d'une imposture consacrée du moment, qui consiste en des indignations de
convenances consensuelles permettant de perpétrer tout les crimes les plus
odieux sans remettre en question le problème de fond.
A
lire sans modération.
Sinouhé
L'Artiste
ECOUTE,
PETIT HOMME !
par
Wilhelm Reich (1897,
Dobrzcynica, Autriche - 1957, prison de Lewisburg, USA)

"Ècoute,
petit homme ! Ce n'est pas un document scientifique mais un document humain. Il
a été rédigé en été 1945 pour les archives
de "l'Orgone Institute" et n'était pas destiné à
être publié. Il est l'aboutissement de tempêtes et luttes intérieures
d'un homme de science et d'un médecin qui a observé pendant des
décennies, d'abord en spectateur naïf, puis avec étonnement
et enfin avec horreur, ce que l'homme de la rue s'inflige à lui-même,
comment il souffre et se révolte, comment il admire ses ennemis et assassine
ses amis ; comment - au moment même où il accède au pouvoir
en assumant la fonction de représentant du peuple - il abuse de sa puissance
et la rend pire que celle dont auparavant il avait à souffrir de la part
de certains sadiques des classes supérieures." «
Écoute, petit homme ! Ils t'appellent "petit homme", "homme
moyen", "homme commun" ; ils annoncent qu'un ère nouvelle
s'est levée, "l'ère de l'homme moyen". Cela, ce n'est
pas toi qui le dis, petit homme ! Ce sont eux qui le disent, les vice-présidents
des grandes nations, les leaders ouvriers ayant fait carrière, les fils
repentis des bourgeois, les hommes d'État et les philosophes. Ils te donnent
ton avenir mais ne se soucient pas de ton passé. Un médecin, un
cordonnier, un technicien, un éducateur doit connaître ses faiblesses
s'il veut travailler et gagner sa vie. Depuis quelques années, tu as commencé
à assumer le gouvernement de la terre. L'avenir de l'humanité dépend
donc de tes pensées et de tes actes. Mais tes professeurs et tes maîtres
ne te disent pas ce que tu penses et ce que tu es réellement ; personne
n'ose formuler sur toi la seule critique qui te rendrait capable de prendre en
main ta propre destinée. » "Je
vais commencer par le petit homme en moi :
pendant vingt-cinq ans, je
me suis fait le défenseur, par ma parole et par mes livres, de ton droit
au bonheur en ce monde ; je t'ai reproché ton incapacité à
t'emparer de ce qui t'appartient, à mettre la main sur ce que tu as conquis
de haute lutte sur les barricades à Paris et à Vienne, par l'émancipation
des Etats-Unis, par la révolution russe. Or, Paris a abouti à Pétain
et à Laval, Vienne à Hitler, la Russie à Staline, et l'indépendance
américaine pourrait fort bien se terminer par le régime d'un K.K.K.
Tu as mieux su conquérir la liberté que la garder pour toi et
pour les autres. Cela je le savais depuis longtemps. Mais je ne comprenais
pas pourquoi, à peine sorti du marasme, tu t'es enfoncé dans un
autre, pire que le premier. Mais peu à peu et en tâtonnant, j'ai
découvert ce qui faisait de toi un esclave !
TU ES TON PROPRE ARGOUSIN.
Tu es le seul et unique responsable de ton esclavage. Toi et personne
d'autre ! Voilà qui te surprend ? Tes libérateurs te racontent
que les responsables sont Guillaume, Nicolas, le Pape Grégoire, Morgan,
Krupp ou Ford. Quant à tes "libérateurs", ils s'appellent
Mussolini, Napoléon, Hitler, Staline."
"Moi, je te dis
: Ton seul libérateur, c'est toi !
Là, je m'arrête...
Je prétends être un combattant de la pureté et de la vérité.
Et voilà que j'hésite à l'instant même où je
m'apprête à te dire la vérité sur toi, parce que j'ai
peur de toi et de ton attitude face à la vérité. Te dire
la vérité met ma vie en danger. La vérité apporte
aussi te salut, mais elle est la proie de toutes les bandes. Si ce n'était
pas le cas, tu n'en serais pas là et tu serais un autre homme !"
"Tu
connais mieux Hitler que Nietzsche, Napoléon que Pestalozzi. Un roi
a plus d'importance pour toi qu'un Sigmund Freud. Le petit homme en moi voudrait
te conquérir par les moyens qu'emploient tes führer. Je prends peur
de toi quand c'est le petit homme en moi qui voudrait te "conduire vers la
liberté". Tu serais capable de te découvrir en moi et moi en
toi, de t'effrayer et de te tuer en moi. C'est pourquoi je ne suis plus disposé
à mourir pour ta liberté d'être l'esclave de n'importe qui.
Je
sais que tu ne comprends pas ce que je veux dire par "la liberté
d'être l'esclave de n'importe qui" ; j'admets que c'est un problème
difficile." " Les petits grands hommes qui tirent leur grandeur d'un
grand homme authentique accaparent les plus hauts postes dans le domaine
de la finance, de la diplomatie, de l'administration, des sciences
et des arts --- et toi, tu restes où tu étais, dans le bourbier.
Tu continues de te promener en loques pour "l'avenir socialiste"
ou le "troisième Reich". Tu continues de vivre dans des taudis
couverts de chaume, aux murs enduits de bouse de vache. Mais tu es fier de ton
"palais de la culture". Tu te contentes de l'illusion de gouverner
--- jusqu'à la prochaine guerre et à la chute des nouveaux maîtres." "Dans
quelques pays lointains, de petits hommes ont soigneusement étudié
ton désir d'être l'esclave" "
Tes maîtres ont été portés par toi sur le pavois, tu
les nourris en dépit - ou à cause - du fait qu'ils ont laissé
tomber le masque. Ils t'ont dit de mille manières : "Tu es un
être inférieur sans responsabilité, et tu le demeureras."
Et tu les appelles?"Sauveurs", "Nouveaux libérateurs"
et tu t'égosilles en hurlant "Heil, Heil" et "Viva,
viva !"" "C'est pourquoi j'ai peur de toi, petit homme, une
peur mortelle ! Car c'est de toi que dépend le sort de l'humanité.
Et j'ai peur parce que tu ne fuis rien autant que toi-même. Tu es
malade, petit homme, très malade." "Aucune
force de police au monde ne serait assez puissante pour te supprimer s'il y avait,
dans ta vie quotidienne, seulement une étincelle de respect de toi-même,
si tu avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul
jour. Est-ce que ton "libérateur" te l'a dit ? Non !" "Tu
répliques :
"Avant
de te faire confiance, je voudrais connaître ta philosophie de la vie !" Or,
si je t'exposais ma philosophie de la vie, tu te précipiterais chez le
procureur général, tu alerterais la "Commission des activité
anti-américaines", le F.B.I, le Guépéou, la "Yellow
Press", le "Ku-Klux-Klan", les "leaders des Prolétaires
du Monde"... ou bien alors, tu prendrais simplement le large..."
"Je
ne suis ni rouge, ni noir, ni blanc, ni jaune. Je ne suis ni Chrétien,
ni Juif, ni Mahométan, ni Mormon, ni polygame, ni homosexuel, ni anarchiste,
ni boxeur.
J'embrasse ma femme parce que je l'aime et que je la désire,
et non parce que je suis l'heureux propriétaire d'un certificat de mariage
ou parce que je souffre de frustration sexuelle. Je ne frappe pas les enfants,
je ne vais pas à la pêche, je ne tue pas les chevreuils ou les lapins.
Mais je suis un tireur d'élite et j'ai l'habitude de faire mouche. Je
ne joue pas au bridge et je ne donne pas de réceptions pour répandre
mes théories.
Si ma doctrine est juste, elle se répandra
toute seule.
Je ne soumets pas mes oeuvres à quelque médecin
d'un service d'état, à moins qu'il connaisse mieux la matière
que moi. Et je décide seul qui a bien compris mes découvertes
et ses prolongements. Je respecte toutes les lois raisonnables, mais je combats
les lois dépassées ou déraisonnables (ne te précipite
pas chez le procureur général, petit homme ; car il fait la même
chose s'il est honnête)."
"Je voudrais que les enfants
et les adolescents puissent connaître le bonheur et l'amour physique
et en jouir sans le moindre danger." "Je
ne pense pas qu'être religieux au sens fort et authentique du terme implique
la destruction de la vie sexuelle et le rétrécissement et la
paralysie du corps et de l'âme." "Je
sais que ce que tu appelles "Dieu" existe réellement, mais sous
une forme ne correspondant pas exactement à tes conceptions : comme
énergie cosmique primaire dans l'univers, comme amour dans ton corps,
comme honnêteté et sens de la nature en toi et autour de toi." "Le
grand homme t'aime simplement, en ta qualité d'animal vivant, d'être
vivant. C'est son plus cher désir de ne plus te voir souffrir comme
tu as souffert pendant des millénaires, de ne plus t'entendre radoter comme
tu as radoté pendant des millénaires. Il veut que tu cesses
d'être une bête de somme, parce qu'il aime la vie et qu'il aimerait
voir la fin de tes souffrances et de ton ignominie.
Tu pousses les hommes
vraiment grands à te mépriser quand, profondément meurtris
par toi et ta mesquinerie, ils se retirent, t'évitent et - ce qui est
pire - commencent à te plaindre."
"Après avoir
relégué le grand homme dans la solitude, tu as oublié le
mal que tu lui as fait. Tu as continué à débiter des
sottises, à commettre de petites vilénies, à lui assener
des coups. Tu as tout oublié. Mais c'est le propre du grand homme
de ne pas oublier : il ne songe pas à se venger, mais il tente D'EXPLORER
LES CAUSES DE TA BASSESSE." "Je
sais que cette manière de faire dépasse également ton entendement.
Mais crois-moi : si tu fais souffrir cent, mille, un million de fois, si
tu infliges des blessures inguérissables - même si l'instant
d'après tu n'y songes plus - le grand homme souffre à ta place,
non parce que tes méfaits sont grands mais parce qu'ils sont mesquins.
Il aimerait savoir ce qui te pousse à faire certaines choses, à
salir un conjoint qui t'a déçu, à tourmenter un enfant
qui déplaît à un méchant voisin, à railler
ou à exploiter une personne aimable, à prendre où l'on
donne, à donner où l'on exige, mais à ne jamais donner
là où l'on te donne avec amour ; à donner le coup de
pied de l'âne à l'homme qui tombe ou qui est sur le point de tomber
; à mentir quand il faudrait dire la vérité, à
persécuter toujours la vérité et non le mensonge. Tu
es toujours du côté des persécuteurs, petit homme !" "Je
vais te dire quelque chose, petit homme, tu as perdu le sens de ce qu'il y a de
meilleur en toi. Tu l'as étranglé. Tu l'assassines partout
où tu le trouves dans les autres, dans tes enfants, dans ta femme,
dans ton mari, dans ton père et dans ta mère. Tu es petit et
tu veux rester petit. " "Tu
cherches le bonheur, mais tu préfères ta sécurité,
même au prix de ta colonne vertébrale, même au prix
de ta vie.
Comme tu n'as jamais appris à créer le bonheur,
à en jouir et à le conserver, tu ignores le courage de l'homme
droit. Tu écoutes à la radio les slogans publicitaires sur des
laxatifs, des dentifrices, des déodorants. Mais tu n'entends pas la
musique de la propagande. Tu ne te rends pas compte de la stupidité
incommensurable et du goût détestable de ces choses destinées
à capter ton attention.
As-tu jamais prêté l'oreille
aux plaisanteries que l'animateur d'un club de nuit fait sur ton compte, sur
lui-même, sur le monde rétréci et misérable ? Ecoute
la publicité sur un laxatif et tu sauras qui tu es et comment tu es. " «
Ecoute, petit homme ! La misère de lexistence humaine séclaire
à la lumière de chacun de tes petits méfaits. Chacun
de tes petits faits repousse plus loin lespoir dune amélioration
de ton sort. Cest là un sujet de tristesse, petit homme, de profonde
tristesse ! Pour ne pas sentir cette tristesse, tu fais de petites plaisanteries
minables et tu les appelles lhumour du peuple. On fait les mêmes
plaisanteries sur toi et tu ris à gorge déployée avec les
autres. Tu ne ris pas pour te moquer de toi. Tu te moques du petit homme
sans même savoir que cest de toi que tu te moques » . "ll
a fallu des millions d'années pour que la méduse se transforme en
un bipède terrestre. Ta dégénérescence biologique,
sous forme de rigidité, ne dure que depuis six mille ans. Il faudra
attendre cent ou cinq cents ou peut-être cinq mille ans pour que tu redécouvres
ta propre nature, c'est-à-dire la méduse en toi." "C'est
à partir d'une erreur vénielle d'un grand homme que tu as construit
un système gigantesque de mensonges, de persécutions, de
tortures, de geôles, de bourreaux, de police secrète,
d'espionnage, de délation, d'uniformes, de médailles
et de feld-maréchaux - tout le reste a été jeté
par-dessus bord.
Est-ce que tu comprends un peu mieux maintenant ta vraie
nature, petit homme ? Pas encore. Eh bien, continuons !
Tu as
les "conditions économiques" de la joie de vivre et d'aimer avec
une "machinerie", la libération des êtres humains avec
la grandeur de l'état ; le désir de sacrifice avec la discipline
"stupide" du parti ; la montée des masses avec une parade
militaire ; l'émancipation de l'amour avec le viol de chaque femme
que tu as trouvée en occupant l'Allemagne ; l'élimination
de la pauvreté avec l'extermination des pauvres, des faibles, des êtres
désarmés ; l'éducation avec la "pépinière
de patriotes" ; le contrôle des naissances avec des médailles
pour "les mères ayant mis au monde dix enfants". Est-ce
que tu n'as pas souffert toi-même à l'idée d'être une
mère de dix enfants ? Dans d'autres pays aussi, ce malheureux petit
mot de "dictature" a fait fortune. Là, tu l'as revêtu
d'uniformes rutilants et tu as suscité parmi les tiens le petit "fonctionnaire"
impuissant, mystique, sadique qui t'a conduit au sein du Troisième
Reich, causant la mort de 60 millions d'individus de ton espèce. Mais
cela ne t'a pas empêché de hurler "heil, heil, heil !"." "Voilà
ce que tu hurles quand quelqu'un te fait la démonstration de ta constipation
psychique. Tu ne veux pas écouter, tu ne veux pas savoir. Tu veux
crier "hourra" !
Fort bien, mais pourquoi ne me permets-tu pas
de t'expliquer calmement pourquoi tu es incapable d'être heureux ?
Je
vois la peur qui vacille dans tes yeux. Cette question semble te préoccuper.
µTu te dis partisan de la "tolérance religieuse". Tu
réclames pour toi la liberté d'adhérer à ta religion...,
parfait. Mais tu vas plus loin : tu voudrais que ta religion soit la seule
admise. Tu es tolérant pour ta propre religion, tu n'es pas tolérant
pour les autres. Tu deviens fou furieux quand quelqu'un, au lieu d'adorer
un Dieu personnel, adore la nature et s'efforce de la comprendre. "
|
| "Tu
ne peux rien faire contre ma vérité, petit homme ! Tout ce que
tu peux faire c'est de me tuer, comme tu as tué tes autres amis, Jésus,
Rathenau, Karl Liebknecht, Lincoln et j'en passe. Tu peux me "descendre",
comme on dit vulgairement. Mais à la fin, c'est toujours toi-même
qui "descends". Et cela ne t'empêche pas d'être un "patriote"." "Sais-tu,
petit homme, ce que ressent un aigle qui a couvé des oeufs de poule ? Tout
d'abord, il pense qu'il va faire éclore de petits aigles qu'il élèvera
et dont il fera de grands aigles. Mais les petits aigles se révèlent
bientôt de petits poussins. L'aigle, désespéré,
veut néanmoins en faire des aigles. Mais il ne voit autour de lui que
des poules qui caquettent. Alors, l'aigle a beaucoup de peine à réprimer
son désir de dévorer tous ces poussins, toutes ces poules. Ce
qui te retient, c'est le faible espoir que parmi tous ces poussins se trouvera
peut-être un petit aigle qui, en grandissant, deviendra un grand aigle comme
lui-même, explorant à partir de son aire de nouveaux mondes, de nouvelles
idées, de nouvelles formes de vie. C'est ce faible espoir qui empêche
l'aigle triste et solitaire de dévorer les poussins et les poules. Mais
ces derniers ne se rendent même pas compte que c'est un aigle qui les élève.
Ils ne remarquent même pas qu'il vit sur une aiguille de rocher, au
dessus des vallées brumeuses et sombres. Ils se contentent de manger
ce que l'aigle leur apporte au nid. Ils se réchauffent et se mettent
à l'abri sous ses ailes chaudes quand sévissent l'orage et la
tempête qu'il brave sans la moindre protection.
Quand l'ouragan
souffle trop fort, ils se sauvent et lui lancent de loin de petits cailloux aigus
pour le blesser. Quand l'aigle voit cette méchanceté, son
premier réflexe est de les anéantir. Mais en réfléchissant
il finit par les prendre en pitié. Il ne perd pas l'espoir que parmi
les poussins caquetants, picorants et myopes, il se trouvera un petit aigle
capable de devenir un jour un grand aigle comme lui.
L'aigle solitaire
n'a jamais abandonné cet espoir. Et il continue de couver de petits
poussins.
Tu refuses d'être un aigle, petit homme, c'est pourquoi
tu es la proie des vautours.
Tu as peur des aigles, tu préfères
le grand troupeau ; c'est pourquoi tu te fais manger avec le grand troupeau.
Car
quelques-unes de tes poules ont couvé des ufs de vautour. Les
vautours deviennent tes Führer s'acharnant contre les aigles qui voulaient
te conduire vers un avenir meilleur. Les vautours t'apprennent à te
contenter de charognes et de quelques rares grains de blé. Ils t'apprennent
en outre à crier "Heil, grand Vautour !" Et voilà
que toi et ceux qui te ressemblent meurent, et tu as toujours peur des aigles
qui couvent tes poussins." "Tu
as construit ta maison sur le sable et tu agis ainsi parce que tu es incapable
de sentir la vie en toi, parce
que tu tues l'amour dans chaque enfant avant même qu'il naisse, parce
que tu ne supportes aucune manifestation de la vie, aucun mouvement libre et naturel."
"Tu
avais le choix entre la montée aux cimes pour devenir le "surhomme"
de Nietzsche et la descente pour devenir le "sous-homme" d'Hitler.
Tu as crié "Heil" et tu as choisi l'"Untermensch"
" "C'est
parce que tu rejettes ta responsabilité que ta maison est construite sur
du sable. Le plafond s'écroule, mais tu as ton "honneur de prolétaire"
ou ton "honneur national". Le plancher cède sous tes pieds,
mais tu ne cesses de hurler : "Heil, vive le Führer, vive l'honneur
allemand, russe, juif !"? La tuyauterie éclate, ton enfant est
sur le point de se noyer, mais tu continues à préconiser la
manière forte en matière d'éducation. Ta femme est alitée,
atteinte de pneumonie, mais toi, petit homme, tu rejettes comme une "invention
juive" l'idée de construire ta maison sur du roc." "Tu
vas assumer le gouvernement du monde et cette idée te fait trembler
de peur. Pendant des siècles, tu assassineras tes amis et tu porteras
aux nues les Führer de tous les peuples, de tous les prolétaires
et de tous les Russes. Des jours durant, des semaines durant, des années
durant, tu salueras un maître après l'autre ; tu n'entendras
pas le vagissement de tes bébés, tu ne te soucieras pas de la
misère de tes adolescents, de la nostalgie de tes hommes et femmes,
et si jamais tu entends leurs plaintes, tu les traiteras de bourgeois individualistes.
Pendant des siècles, tu verseras du sang là où il faudrait
protéger la vie, et tu t'imagineras que tu instaures la liberté
en te faisant aider par tes bourreaux ; par conséquent, tu ne sortiras
jamais du bourbier.
Pendant des siècles, tu suivras le rodomont, tu
seras sourd et aveugle quand LA VIE, quand TA VIE fera appel à toi.
Car
tu as peur de la vie, petit homme, très peur. "
"Partout
où tu as installé tes petits Führer, on exploite mieux
qu'il y a cent ans tes forces vives, on pousse plus loin le mépris
brutal de ta vie, on fait fi de tous tes droits !
Et là où
tu continues à mettre en place tes propres Führer, on ne respecte
plus aucun travail, on se contente de voler les fruits du travail de tes grands
amis. Tu ne rends plus honneur au talent, car tu crois cesser d'être
Américain, Russe ou Chinois libre si tu fais preuve de respect ou de
reconnaissance.
Ce que tu comptais détruire prospère plus
que jamais, ce que tu comptais préserver et protéger comme ta
propre vie, tu l'as détruit. Tu considères la loyauté
comme une manifestation de "sentimentalisme" ou comme une habitude
"bourgeoise" , le respect du travail de l'autre comme de la "flagornerie".
Tu ne sais pas que tu es obséquieux quand tu devrais faire preuve d'indépendance
d'esprit, que tu es ingrat quand tu devrais être loyal. "
"Tu
n'es rien, petit homme, rien du tout !
Ce n'est pas toi qui as créé
cette civilisation, mais quelques-uns de tes honnêtes maîtres. Tu
ne sais pas ce que tu construis quand tu travailles sur un chantier. Et si
quelqu'un t'invite à prendre tes responsabilités dans l'uvre
d'édification, tu conspues le "traître à la classe
ouvrière" et tu vas rejoindre le "Père de tous les
prolétaires" qui se garde bien de te dire cela.
Tu n'es
pas libre, petit homme, et tu ne sais pas ce que c'est que la liberté.
Tu ne saurais pas vivre sous un régime de liberté. Qui,
en Europe, a porté la peste au pouvoir ? Toi, petit homme ! Et aux
Etats-Unis ?... Songe à Wilson... "
"Non, petit homme,
tu ne prêtes jamais l'oreille à la vérité, tu n'écoutes
que le tapage. Alors tu hurles "heil !". Tu es lâche et
cruel, petit homme, tu n'as pas le sens du vrai devoir, du devoir d'être
humain et de sauvegarder ton humanité.
Tu imites mal le sage
et bien le brigand. Tes films, tes programmes de radio, tes bandes dessinées
ne racontent que des histoires de crimes.
Tu traîneras ta personne
et ta mesquinerie à travers les siècles avant de devenir ton
propre maître.
Je me sépare de toi pour mieux te servir à
l'avenir. Car si je suis loin de toi, je ne risque pas que tu me tues, et
une oeuvre lointaine t'inspire plus de respect qu'une oeuvre proche. Tu méprises
ce qui est trop près de toi. Tu places ton général ou
ton feld-maréchal sur un socle... pour mieux le respecter, même
s'il est méprisable. C'est pourquoi les grands hommes ont toujours
gardé leurs distances par rapport à toi, depuis qu'on écrit
l'histoire. " "Je
sais, petit homme, que ton premier diagnostic est toujours la folie quand
tu entends une vérité que tu n'aimes pas.
En
ce qui te concerne, tu te considères comme l' "Homo normalis",
l'homme normal.
Tu as enfermé les fous, et ce sont les normaux
qui gouvernent le monde. Qui est donc responsable de tout le mal ? Pas
toi, évidemment, tu ne fais que ton devoir, et qui es-tu pour avoir
une opinion personnelle ? Je le sais, tu n'as pas besoin de me le ressasser.
D'ailleurs, ton sort n'intéresse personne, petit homme. Mais
quand je pense aux nouveau-nés que tu tortures pour en faire des "hommes
normaux" à ton image, j'ai envie de
revenir vers toi pour empêcher ce crime. Mais tu as pris tes précautions
en instituant un "Ministère de l'éducation"." "Tout
ce que tu as retenu de Newton c'est qu'il a vu "tomber une pomme" ;
quant à Rousseau, il voulait "revenir à la nature".
De Darwin tu as retenu "la survie du plus fort", mais non "ta
descendance du singe". Tu aimes citer le "Faust" de Goethe,
mais tu n'y comprends pas plus qu'un chat aux "math élémentaires".
Tu es stupide et vaniteux, ignorant et simiesque, petit homme ! Mais
tu es passé maître dans l'art d'esquiver l'essentiel et de retenir
l'erreur. Je te l'ai déjà dit. Tu exposes ton Napoléon,
petit bonhomme galonné d'or, qui ne nous a rien laissé sauf
le service militaire obligatoire, dans toutes les librairies, en grands caractères
dorés, mais mon Kepler, qui a pressenti ton origine cosmique, ne
figure dans aucune bibliothèque.
Voilà pourquoi tu n'arrives
pas à te dépêtrer du bourbier, petit homme ! C'est pourquoi
je te réprimande sévèrement quand tu t'imagines que j'ai
sacrifié vingt années de ma vie et une fortune pour te "suggérer"
l'existence de l'énergie cosmique. " "Tu
te précipites sur l'homme généreux, sur celui qui distribue
joyeusement ses biens, pour le spolier, mais c'est toi le pervers et le
corniaud et tu infliges à l'homme généreux ces noms. Tu
te gorges de son savoir, de son bonheur, de sa grandeur, mais tu ne peux digérer
ce que tu as englouti. Tu le rechies aussitôt et la puanteur est épouvantable." "Tu
es lâche, tu as toujours été lâche. Tu tenais le
bonheur de l'humanité entre tes mains, tu as tout gaspillé.
Tu as mis au monde des Présidents, tu leur as donné ta mentalité
mesquine. Ils se font photographier et reproduire sur des médailles,
ils sourient en permanence, mais ils n'osent appeler la vie par son nom, petite
fille de la Révolution !
Tu portais le monde dans tes mains, et
tu as lâché des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki ; à
vrai dire, c'est ton fils qui les a lâchées.
Tu as lâché
ta pierre tombale, petite femme rongée par le cancer. Avec une seule
bombe, tu as expédié dans le silence du tombeau ta classe et ta
race toute entière. Car tu n'as pas eu assez de sentiments humains pour
lancer un avertissement aux hommes, aux femmes, aux enfants d'Hiroshima et de
Nagasaki.
Tu n'as pas eu la grandeur d'âme d'être humaine !
C'est pourquoi tu disparaîtras silencieusement, comme une pierre
s'enfonçant dans l'océan.
Peu importe ce que tu penses ou
dis maintenant, petite femme qui a mis au monde des généraux
idiots. D'ici cinq cents ans on se moquera de toi, on s'étonnera. Qu'on
ne le fasse pas déjà aujourd'hui est une des preuves de la misère
de ce monde !" "Tu
devras apprendre à penser en fonction de la vie, à considérer
ton évolution depuis la première molécule de protoplasme
jusqu'à l'animal humain qui sais marcher en position verticale, mais
qui ne sait pas encore penser correctement.
Tu n'as même pas gardé
le souvenir d'événements qui se sont passés il y a dix ou
vingt ans, et tu répètes les mêmes âneries que les
hommes ont débitées il y a 2000 ans et davantage. Pis, tu t'accroches
à des insanités telles que "race", "classe",
"nation", "contrainte religieuse", "interdiction
d'aimer", comme un pou s'accroche à une fourrure.
Tu
n'oses pas mesurer du regard la profondeur de ta misère. De temps en
temps, ta tête émerge du bourbier et tu cries "heil !".
Le coassement d'une grenouille dans une mare est plus près de la vie
!" "On
t'a démasqué, petit homme,
et on a jeté un regard derrière la façade de ta bassesse
et de ton minabilisme. On veut que tu détermines le cours du monde
par ton travail et tes réalisations ; mais on ne veut pas que tu remplaces
un tyran par un autre pire que le premier. On commence à exiger que
tu te soumettes plus strictement, petit homme, aux règles de la vie, comme
tu l'exiges des autres, que tu t'amendes toi-même avant de critiquer.
On connaît mieux ta manie de cancaner, ta cupidité, ton refus
de toute responsabilité, bref de ta maladie qui empeste le monde.
Je
sais que tu n'aimes pas entendre ces vérités et que tu préfères
crier "heil", toi qui prétends assurer l'avenir du prolétariat
et du "Quatrième Reich". Mais je suis certain que tu
réussiras moins bien que par le passé. Nous avons découvert
la clef de ton comportement pendant des millénaires. Tu es brutal,
petit homme, derrière ton masque de sociabilité et de gentillesse."
"Que
faire alors ?
Je
déteste la guerre, ma femme se lamente quand je suis appelé
sous les drapeaux, mes enfants meurent de faim quand les armées prolétariennes
occupent mon pays, les cadavres s'entassent par milliers. Tout ce que
je veux, c'est labourer mon champ, jouer après le travail avec mes
enfants, aller le dimanche danser ou écouter de la musique. Mais
que pourrais-je faire ?" "Tu
n'as qu'à faire ce que tu as fait jusqu'ici, travailler, donner
une enfance heureuse à tes enfants, aimer ta femme. SI TU FAISAIS
CELA AVEC DETERMINATION ET PERSEVERANCE, IL N'Y AURAIT PLUS DE GUERRE ; on
ne verrait plus tes femmes livrées à la soldatesque
sexuellement affamée de la "Patrie de tous les Prolétaires",
on ne verrait plus tes enfants, orphelins, mourir de faim dans la rue, tu
ne fixerais plus sur quelque "champ d'honneur" lointain le ciel
bleu de tes yeux éteints."
"Quel
que soit le mal que tu m'as fait ou que tu me feras, que tu me glorifies comme
un génie ou que tu m'enfermes dans un asile d'aliénés, que
tu m'adores comme ton sauveur ou que tu me pendes comme espion, tôt
ou tard la nécessité t'apprendra que j'ai découvert les lois
de la vie, mettant ainsi entre tes mains un instrument grâce auquel
tu pourras diriger ta vie d'une manière consciente, comme
tu as su diriger jusqu'ici seulement tes machines.
J'ai été
l'ingénieur fidèle de ton organisme. Tes petits-enfants m'emboîteront
le pas et seront de bons ingénieurs de la nature humaine. J'ai révélé
l'immensité du domaine vivant en toi-même, j'ai révélé
ta nature cosmique. C'est là ma grande récompense."
Les
dictateurs et les tyrans, les petits malins et les clabaudeurs, les géotrupes
et les coyotes subiront le sort qu'un Sage leur a prédit : J'ai
semé des paroles sacrées dans le monde. Lorsque
le palmier se sera fané, le rocher décomposé ; que
les monarques glorieux auront été balayés comme feuilles
mortes, mille arches porteront ma parole à travers les déluges
: Ma
parole ne passera pas. Wilhelm
Reich

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