Palestine
: l’heure de la décolonisation a sonné !
COMAGUER
Si
, pour la population de Gaza, l’heure est à l’enterrement des morts, aux soins
des blessés et à la reconstruction du minimum nécessaire à une vie humaine très
sommaire dans ce qui est et reste aujourd’hui la plus grande prison du monde,
le temps est aussi à porter un regard plus lointain sur l’avenir de la Palestine
qui ne soit pas un nouvel épisode du charabia diplomatique et médiatique : cesser
le feu, feuilles de route...dont l’unique fonction est de laisser se poursuivre
la colonisation de toute la Palestine. Car il n’y a pas que les « colonies »,
ces villages de colons installés à coups de chars, de bulldozers et de subventions
sur les terres palestiniennes, il y a un processus de colonisation de toute la
Palestine.
Lancé en Europe à la fin du 19° siècle, initié en 1917 et
poursuivi sans relâche par l’entité sioniste depuis 1948, il s’agit de la dernière
expression d’un colonialisme qui a vécu ses derniers moments ailleurs sur la planète
dans la seconde moitié du XX° siècle.
Il s’agit bien d’une colonisation
: invasion et occupation d’un territoire, traitement de ses habitants en êtres
inférieurs.
Il s’agit bien d’une colonisation menée par des étrangers
dont tous les travaux contemporains, à commencer par ceux des historiens israéliens,
démontrent qu’ils ne constituent pas un « peuple » mais un groupe humain, dispersé
sur tous les continents mais unifié autour d’une religion propre et des traditions
culturelles qui l’accompagnent. Il s’agit bien d’une colonisation car il y a derrière
ces colons un colonisateur d’un type particulier, organisé mondialement à partir
de la métropole impérialiste (les USA) et de ses annexes (France, Grande-Bretagne,
Allemagne, Italie, Espagne).
Ce qui a, depuis plus de 60 ans, obscurci
le regard sur ce colonialisme c’est qu’il n’a pas été le choix d’un seul Etat
national, mais le choix collectif de l’ONU.
Le 29 Novembre 1947 quand
les membres de l’Assemblée Générale adoptent la résolution 181, ils déchirent
d’un seul geste la charte des Nations Unies, et les idéaux universalistes de 1945
sont abandonnés. La guerre froide vient de commencer et la création de deux Etats
sur la terre de Palestine est prise sans donner le droit de s’exprimer à ses habitants,
sans respecter leur droit à disposer d’eux-mêmes.
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| Les
Etats-Unis, qui en ont alors la force matérielle et politique, ont décidé de prendre
en mains les destinées du monde et d’imposer à l’ONU leurs choix Le vote de l’Assemblée
Générale n’est d’ailleurs pas un vote unanime (33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions,
et la plupart des pays de ce qui n’est pas encore appelé le Tiers-monde votent
contre ou s’abstiennent ) mais ils n’ont pas cessé depuis de les lui imposer ou
de les ignorer quand elle leur résistait (invasion de l’Irak en 2003)
De ces deux Etats, prévus par la résolution 181, Etats inégaux puisqu’il est attribué
d’emblée à l’ « Etat juif » 60 % du territoire, un seul verra le jour, celui des
colonisateurs et l’ONU, paralysée par les vetos US successifs, laissera l’autre
à l’état de projet, d’Etat peau de chagrin, d’Etat mort-né.
Ce qui se
joue maintenant est la dernière partie de cette sanglante histoire coloniale.
Avec le massacre de Gaza, l’opinion publique mondiale est en train de
comprendre enfin que l’énorme et tragique bévue de l’ONU : appeler à la création
de deux États, laisser un seul de ces deux Etats exister et le laisser empêcher,
par tous moyens (illégalité, force, corruption..), l’autre de naitre, doit être
réparée.
Ce dernier colonialisme disparaitra parce que s’effondre l’appareil
idéologique qui l’a soutenu dans ces entreprises meurtrières : s’il y a une grande
diversité de langues de cultures, de croyances s’il y a une diversité de groupes
sanguins et de couleurs de cheveux, il n’y a qu’une seule espèce humaine et tous
les êtres humains sont égaux en droits et lorsque l’ONU vota la résolution 181
annonçant un Etat juif et un Etat arabe elle enterrait d’un seul geste ses ambitions
universalistes initiales, elle donnait naissance à une forme nouvelle et ultime
de colonialisme qui, depuis cette date, déchire cette région du monde et ses habitants,
et elle a fait de l’Etat colonisateur un Etat guerrier criminel et spoliateur
sans avenir.
Or l’histoire du colonialisme l’a montré : la
colonisation meurtrit et opprime le colonisé et elle pervertit le colonisateur.
Pour que le massacre de Gaza soit la dernière horreur de cette colonisation
- elle a, on le sait, été précédée de nombreuses autres - nous devons soutenir
le peuple palestinien dans sa lutte héroïque pour aboutir à la création non pas
d’un Bantoustan sous perfusion « humanitaire » mais d’un Etat viable, unique,
assurant l’égalité de tous les droits à tous ceux qui aujourd’hui habitent la
terre de Palestine comme ceux qui veulent y revenir après en avoir été chassés
et qui sont prêts à y vivre ensemble, entre égaux. (24 janvier 2008)
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