Guerre
planétaire
L'objectif
stratégique à moyen terme est de cibler l'Iran et de neutraliser
ses alliés par la diplomatie de la canonnière. L'objectif militaire
à long terme consiste à cibler directement la Chine et la Russie.
Alors
que l'Iran représente la cible immédiate, le déploiement
militaire est loin d'être limité au Moyen-Orient et à l'Asie
centrale : un programme militaire mondial a été formulé.
Le
déploiement de troupes coalisées et de systèmes d'armes perfectionnés
par les États-Unis, l'OTAN et ses partenaires a lieu simultanément
dans toutes les grandes régions du monde.
Les
récents actes de l'armée étasunienne le long du littoral
nord-coréen, y compris la conduite de jeux de guerre, relèvent d'un
plan mondial.
Visant
principalement la Russie et la Chine, les exercices militaires, les exercices
de guerre et les déploiements d'armes des États-Unis de l'OTAN et
des alliés, sont menés parallèlement dans les grandes zones
géopolitiques sensibles :
-dans
la péninsule coréenne, la mer du Japon, le détroit de Taïwan,
la mer de Chine méridionale, menaçant la Chine;
-en
Pologne, des missiles Patriot sont déployés, alors qu'en République
Tchèque un centre d'alerte lointaine est mis sur pied, tous deux menaçant
la Russie;
-en
Bulgarie, en Roumanie et sur la mer Noire des déploiements navals menacent
la Russie;
-en
Géorgie, les États-Unis et l'OTAN déploient des troupes
-dans
le golfe Persique, un gigantesque déploiement naval dirigé contre
l'Iran a lieu, incluant des sous-marins israéliens.
Concurremment,
la Méditerranée orientale, la mer Noire, les Caraïbes, l'Amérique
centrale et la région des Andes en Amérique du Sud se militarisent
continuellement. En Amérique latine et dans les Caraïbes, les menaces
visent le Venezuela et Cuba.
L'« aide
militaire » étatsunienne
Par
ailleurs, des transferts d'armes de grande envergure à des pays sélectionnés
ont été entrepris sous la bannière de l'« aide
militaire » étasunienne, dont une vente d'armes à l'Inde
de 5 milliards de dollars visant à renforcer la puissance de l'inde face
à la Chine. (Huge
U.S.-India Arms Deal To Contain China, Global Times, 13 juillet 2010).
« [La]
vente d'armes améliorera les liens entre Washington et New Delhi et, intentionnellement
ou non, aurait pour effet de limiter l'influence de la Chine dans la région. »
(Cité dans Rick Rozoff, Confronting
both China and Russia: U.S. Risks Military Clash With China In Yellow Sea,
Global Research, 16 juillet 2010)
Les
États-Unis ont des accords de coopération militaire avec de nombreux
pays d'Asie du Sud-Est, dont Singapore, le Vietnam et l'Indonésie, comprenant
de l'« aide militaire » ainsi que la participation à
des jeux de guerres menés par les États-Unis en bordure du Pacifique
(juillet-août 2010). Ces accords appuient le déploiement d'armes
contre la République populaire de Chine. (Voir Rick Rozoff, Confronting
both China and Russia: U.S. Risks Military Clash With China In Yellow Sea,
Global Research, 16 juillet 2010).
En
lien plus étroit avec l'attaque planifiée contre l'Iran, les États-Unis
arment de la même manière les États du Golfe (le Bahreïn,
le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis) de missiles terrestres
intercepteurs, de Patriot Advanced Capability-3, d'un système de défense
de zone du théâtre à haute altitude (THAAD), ainsi que de
missiles intercepteurs mer-air Standard 3, installés sur des navires de
guerre équipés du système Aegis et situés dans le
golfe Persique. (Voir Rick Rozoff, NATO's
Role In The Military Encirclement Of Iran, Global Research, 10 février
2010).
Le
calendrier de stockage et de déploiement militaire
Concernant
les transferts d'armes des États-Unis à des pays alliés et
partenaires, le moment choisi pour la livraison et le déploiement est crucial.
En temps normal, le lancement d'une opération militaire organisée
par les États-Unis se produirait une fois que ces systèmes d'armes
sont en place, déployés efficacement et que le personnel est entraîné.
(En Inde par exemple)
Nous
assistons à un plan militaire mondial soigneusement coordonné, contrôlé
par le Pentagone et impliquant les forces armées combinées de plus
de 40 pays. Ce déploiement militaire multinational et planétaire
est de loin la plus importante démonstration de systèmes d'armes
perfectionnés de l'Histoire.
De
surcroît, les États-Unis et leurs alliés ont établi
de nouvelles bases militaires dans différentes régions du monde :
« La surface de la Terre est structurée comme un vaste champs
de bataille. » (Voir Jules Dufour, Le
réseau mondial des bases militaires US, Mondialisation.ca, le 10
avril).
La
structure de commandement unifié divisée en commandements géographiques
est basée sur une stratégie de militarisation à l'échelle
planétaire. « L'armée étasunienne possède
des bases dans 63 pays et de toutes nouvelles bases militaires ont été
construites dans 7 pays depuis le 11 septembre 2001. En tout,
255 065 personnels militaires étasuniens sont déployés
à travers le monde. (Voir Jules Dufour, Le
réseau mondial des bases militaires US, Mondialisation.ca, le 10
avril 2007)
Source: DefenseLINK-Unified
Command Plan (Voir l'image au sommet de la page)
Scénario
de Troisième Guerre mondiale
« Le
monde et les zones de responsabilité des commandants » (voir
la carte ci-dessus) définit le plan militaire mondial du Pentagone, lequel
est un plan de conquête du monde.
Ce déploiement militaire a lieu simultanément dans plusieurs régions
et est coordonné par les commandements régionaux étasuniens.
Il comprend le stockage de systèmes d'armes de fabrication étasunienne
par les forces des États-Unis et des pays partenaires, dont certains sont
d'anciens ennemis, comme le Vietnam et le Japon.
Le
contexte actuel est caractérisé par un accroissement du potentiel
militaire planétaire contrôlé par une superpuissance mondiale
utilisant ses nombreux alliés pour
déclencher des guerres régionales.
En
revanche, la Seconde Guerre mondiale était une conjonction de théâtres
de guerre régionaux distincts.
En raison des technologies des années 1940, il n'existait pas
de coordination stratégique « en temps réel »
des actions militaires entre de vastes régions géographiques.
La
guerre planétaire est fondée sur le déploiement coordonné
d'une seule puissance militaire dominante
supervisant les actions de ses partenaires et de ses alliés.
À
l'exception d'Hiroshima et de Nagasaki, la Seconde Guerre mondiale était
définie par l'utilisation d'armes conventionnelles. La planification d'une
guerre planétaire repose sur la militarisation de l'espace.
Si une guerre contre l'Iran était déclenchée, on utiliserait
non seulement des armes nucléaires, mais aussi toute la gamme de systèmes
d'armes perfectionnés, incluant des méthodes électrométriques
et des techniques de modification de l'environnement (ENMOD).
Le
Conseil de sécurité des Nations Unies
Le
Conseil de sécurité de l'ONU a adopté au début juin
une quatrième ronde de sanctions radicales contre la République
islamique d'Iran, comprenant un embargo élargi sur les armes, ainsi que
des « contrôles financiers plus sévères ».
Amère ironie du sort, cette résolution est passée dans les
jours suivant le refus catégorique du Conseil de sécurité
(CS) d'adopter une motion condamnant Israël pour son attaque contre la Flottille
de la liberté de Gaza en eaux internationales.
La
Russie et la Chine, sous la pression des États-Unis, ont cautionné
le régime de sanctions du CS à leurs propres dépens. Leur
décision au sein du CS contribue à affaiblir leur propre alliance
militaire, l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS),
dans laquelle l'Iran a un statut d'observateur. La résolution du CS paralyse
les coopérations militaires bilatérales et les accords commerciaux
respectifs de la Chine et de la Russie avec l'Iran. Elle a également de
profondes répercussions sur le système de défense aérien
de l'Iran, lequel dépend en partie de la technologie et de l'expertise
russe.
Cette
résolution du CS donne de facto le « feu vert » au
déclenchement d'une guerre préemptive contre l'Iran.
L'Inquisition
étasunienne : la création d'un consensus politique pour la
guerre
En
chœur, les médias occidentaux ont désigné l'Iran comme
une menace à la sécurité mondiale en raison de son prétendu
(inexistant) programme d'armement nucléaire. Faisant écho aux déclarations
officielles, les médias demandent maintenant l'exécution de bombardements
punitifs en Iran pour assurer la sécurité d'Israël.
Les
médias occidentaux appellent à la guerre. Par le biais de reportages
successifs, ad nauseam, le but consiste à inculquer tacitement dans la
conscience des gens l'idée que la menace iranienne est réelle et
que la République islamique doit être mise « hors jeu ».
Ce
mécanisme de création d'un consensus favorable à la guerre
est similaire à l'Inquisition espagnole : il requiert et exige la
soumission à l'idée que la guerre est une entreprise humanitaire.
La
vraie menace à la sécurité mondiale, connue et documentée,
émane de l'alliance entre les États-Unis, l'OTAN et Israël.
Cependant, dans un environnement inquisitorial, les réalités sont
sens dessus dessous : les bellicistes sont dévoués à
la paix et les victimes de la guerre sont présentées comme les protagonistes
de celle-ci. Alors qu'en 2006 presque les deux tiers des Étasuniens s'opposaient
à une action militaire contre l'Iran, un récent sondage Reuter-Zogby,
effectué en février 2010 suggère que 56 % des Étasuniens
sont favorables à une telle action de la part des États-Unis et
de l'OTAN.
Fabriquer
un consensus politique basé sur un parfait mensonge ne peut toutefois pas
reposer uniquement sur la position officielle de ceux qui sont à la source
du mensonge.
Le
mouvement antiguerre aux États-Unis, partiellement infiltré et coopté,
a pris une position faible à l'égard de l'Iran.
Ce mouvement est divisé. L'accent a été mis sur des guerres
qui ont déjà lieu (Afghanistan, Irak) plutôt que sur la ferme
opposition à des guerres en préparation et en ce moment même
sur la planche à dessin du Pentagone. Depuis
l'inauguration de l'administration Obama, le mouvement antiguerre a perdu de son
élan.
En
outre, ceux qui s'opposent activement aux guerres en Afghanistan et en Irak ne
s'opposent pas nécessairement à des « bombardements punitifs »
de l'Iran et ne définissent pas non plus ceux-ci comme un acte de guerre
pouvant possiblement être un prélude à la Troisième
Guerre mondiale.
L'envergure
des manifestations antiguerre en ce qui a trait à l'Iran a été
minime comparativement aux manifestations massives ayant précédé
les bombardements et l'invasion de l'Irak en 2003.
La
vraie menace à la sécurité mondiale provient de l'alliance
des États-Unis, de l'OTAN et d'Israël.
Dans
l'arène diplomatique, la Chine et la Russie ne s'opposent pas à
l'opération iranienne. Celle-ci est appuyée par les gouvernements
des États arabes de premier plan intégrés au Dialogue méditerranéen
organisé par l'OTAN. Elle a par ailleurs l'appui de l'opinion publique
occidentale.
Nous
appelons les gens du pays, des États-Unis, de l'Europe de l'Ouest, d'Israël,
de la Turquie et du monde entier à s'élever contre ce projet militaire,
contre leurs gouvernements qui
appuient une action militaire contre l'Iran, contre les médias
qui servent à camoufler les conséquences dévastatrices d'une
guerre contre l'Iran.
Le
programme militaire favorise un système économique mondial destructeur
et motivé par le profit, appauvrissant de vastes groupes de population
à travers le monde.
Cette guerre est une pure folie.
La
Troisième Guerre mondiale sera terminale. Albert Einstein
avait compris les périls d'une guerre nucléaire et l'extinction
de la vie sur terre, laquelle a déjà débuté avec la
contamination radioactive provenant de l'uranium appauvri. « Je ne
sais pas avec quelles armes on combattra durant la Troisième Guerre mondiale,
mais durant la Quatrième, ce sera avec des pierres et des bâtons. »
Les
médias, les intellectuels, les scientifiques et les politiciens, tous en
chœur, occultent la vérité non dite, à savoir qu'une
guerre menée avec des ogives nucléaires détruit l'humanité
et que ce processus complexe de destruction graduelle a déjà débuté.
Lorsque
le mensonge devient vérité, il n'y a pas de retour en arrière.
Lorsque
la guerre est perpétuée comme entreprise humanitaire, la Justice
et tout l'appareil judiciaire international sont bouleversés : le
pacifisme et le mouvement antiguerre sont criminalisés et l'opposition
à la guerre devient un acte criminel.
Le
Mensonge doit être dénoncé pour ce qu'il est
et ce qu'il fait.
Il sanctionne le massacre, sans distinction, d'hommes,
de femmes et d'enfants.
Il détruits des familles et des gens.
Il détruit l'engagement des êtres humains envers leurs semblables.
Il
empêche les gens d'exprimer leur solidarité avec ceux qui souffrent.
Il maintient la guerre et l'État
policier comme la seule avenue.
Il
détruit à la fois le nationalisme et l'internationalisme.
Mettre
fin au mensonge équivaut à mettre fin à un projet criminel
de destruction planétaire dans lequel la quête du profit constitue
la force primordiale.
Ce
programme militaire à but lucratif anéantit les valeurs humaines
et transforme les gens en zombies inconscients.
Renversons
la vapeur.
Contestons
les criminels de guerre en hauts lieux et les puissants groupes de pression privés
qui les soutiennent.
Démolissons
l'Inquisition étasunienne.
Minons
la croisade militaire des États-Unis, de l'OTAN et d'Israël.
Fermons
les usines d'armement et les bases militaires.
Ramenons
les troupes à la maison.
Les
membres des forces armées devraient désobéir aux ordres et
refuser de participer à une guerre criminelle.
Article
original en anglais : Preparing
for World War III, Targeting Iran, Part I: Global Warfare, publié le
1er août 2010.
Traduction
par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.
Michel
Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation
et professeur émérite de sciences économiques à l'Université
d'Ottawa. Il est l'auteur de Guerre
et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et
de la Mondialisation
de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié
en 12 langues)
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=20815
Eva,
R-sistons à l'intolérable