L'honneur juif est très exactement dans ce texte,
merci à cet auteur pour toute l'humanité :



COMBIEN DE DIVISIONS ?


par Uri Avnery
Ecrivain et journaliste israélien

dimanche 11 janvier 2009, par Comité Valmy

Dans cette guerre, comme dans toute guerre moderne, la propagande joue un rôle majeur. La disparité entre les forces, entre l’armée israélienne – avec ses avions, ses hélicoptères de combat, ses drones, ses navires de guerre, son artillerie et ses tanks – et les quelques milliers de combattants du Hamas légèrement armés, est peut-être de un à un million. Sur le plan politique, le fossé entre eux est encore plus grand. Mais en termes de propagande de guerre, le fossé est presque infini.

IL Y A PRÈS de soixante dix ans, au cours de la Seconde guerre mondiale, un crime odieux fut commis dans la ville de Léningrad. Pendant plus de mille jours, une bande d’extrémistes appelée "l’Armée rouge" ont pris les millions d’habitants de la ville en otage et provoqué les représailles de la Wehrmacht allemande dans les centres de population à l’intérieur de la ville. Les Allemands n’ont eu d’autre alternative que de bombarder la population et d’imposer un total blocus qui a causé la mort de centaines de milliers de personnes.

Quelque temps avant cela, un crime semblable avait été commis en Angleterre. La bande à Churchill se cachait dans la population londonnienne, utilisant les millions de citoyens comme boucliers humains. Les Allemands ont été obligés d’envoyer leur Luftwaffe et de réduire la ville en ruines. Ils ont appelé cela le Blitz.

C’est la description qui serait faite dans les livres d’histoire aujourd’hui – si les Allemands avaient gagné la guerre.

Absurde ? Pas plus que les descriptions quotidiennes dans nos médias, qui répètent ad nauseam : Les terroristes du Hamas utilisent les habitants de Gaza comme "otages" et exploitent les femmes et les enfants comme "boucliers humains", ils ne nous laissent aucune alternative que de procéder à des bombardements massifs, dans lesquels, à notre grand regret, des milliers de femmes, d’enfants et d’hommes désarmés sont tués et blessés.

DANS CETTE GUERRE, comme dans toute guerre moderne, la propagande joue un rôle majeur. La disparité entre les forces, entre l’armée israélienne – avec ses avions, ses hélicoptères de combat, ses drones, ses navires de guerre, son artillerie et ses tanks – et les quelques milliers de combattants du Hamas légèrement armés, est peut-être de un à un million. Sur le plan politique, le fossé entre eux est encore plus grand. Mais en termes de propagande de guerre, le fossé est presque infini.

Presque tous les médias occidentaux ont au début répété la ligne de propagande officielle israélienne. Ils ont presque entièrement ignoré la version palestinienne de l’histoire, et n’ont fait aucune mention des manifestations quotidiennes du camp de la paix israélien. La raison avancée par le gouvernement israélien ("l’Etat doit défendre les citoyens contre les roquettes Qassam") a été acceptée comme la pure vérité. L’autre version, selon laquelle les lancements de Qassam sont des représailles pour le siège qui affame le million et demi d’habitants de la bande de Gaza, n’a pas du tout été mentionnée.

C’est seulement quand les horribles scènes venant de Gaza ont commencé à être montrées sur les écrans des télévisions occidentales, que l’opinion publique mondiale a commencé à changer.

Certes, les chaînes occidentales et israéliennes n’ont montré qu’une toute petite partie des événements meurtriers qui apparaissent 24 heures sur 24 chaque jour sur la chaîne arabe Al Jazira, mais une photo d’un enfant mort dans les bras de son père terrifié est plus forte qu’un millier de phrases bien structurées du porte-parole de l’armée israélienne. Et c’est ce qui est décisif à la fin.

La guerre, toute guerre, est le royaume des mensonges. Si on en appelle à la propagande ou à la guerre psychologique, tout le monde accepte l’idée qu’on a le droit de mentir pour son pays. Celui qui dit la vérité prend le risque d’être traité de traître.

L’ennui est que c’est pour celui qui la porte lui-même que cette propagande est la plus convaincante . Et après, vous vous convainquez qu’un mensonge est la vérité, vous falsifiez la réalité, et vous ne pouvez plus prendre de décisions rationnelles.

Un exemple de ce processus entoure l’atrocité la plus choquante de cette guerre : le bombardement de l’école de l’ONU Fakhura dans le camp de réfugiés de Jabaliya.

Dès après que l’événement a commencé à être connu dans le monde, l’armée a "révélé" que des combattants du Hamas avaient tiré des obus de mortier depuis l’entrée de l’école. Pour preuve, ils ont fourni une photo aérienne qui montrait en effet l’école et le mortier. Mais peu de temps après, le menteur officiel de l’armée admettait que la photo datait de plus d’un an. En bref : une falsification.

Par la suite, le menteur officiel a déclaré que "nos soldats étaient ciblés de l’intérieur de l’école". Il fallut à peine un jour pour que l’armée soit obligée d’admettre vis-à-vis d’un agent de l’ONU que c’était un mensonge aussi. Personne n’a tiré de l’intérieur de l’école, et aucun combattant du Hamas ne se trouvait dans l’école, qui était pleine de réfugiés terrifiés.

Mais cette reconnaissance n’avait plus vraiment d’impact. Entre temps, les Israéliens avaient été complètement convaincus qu’"ils tiraient de l’intérieur de l’école", et les présentateurs de télévision avaient annoncé cela comme un fait.

Il en va de même pour les autres atrocités. Chaque bébé est transformé, en mourrant, en terroriste du Hamas. Chaque mosquée bombardée devient instantanément une base du Hamas, chaque immeuble d’habitation une cache d’armes, chaque école un poste de commande terroriste, chaque bâtiment du gouvernement civil un "symbole de l’administration Hamas". Ainsi l’armée israélienne garde sa pureté et reste "l’armée la plus morale du monde".

LA VÉRITÉ est que les atrocités sont le résultat direct du plan de guerre. Il reflète la personnalité d’Ehoud Barak – dont le mode de pensée et les actions sont ce que l’on appelle "alinéation morale", un trouble sociopathe.

L’objectif réel (A part gagner des sièges aux prochaines élections) est de mettre fin au gouvernement Hamas dans la bande de Gaza. Dans l’imagination de ses concepteurs, Hamas est un envahisseur qui a pris le contrôle d’un pays étranger. La réalité est bien sûr toute autre.

Le mouvement Hamas a obtenu la majorité dans des élections éminemment démocratiques qui ont eu lieu en Cisjordanie, à Jérusalem-est et dans la bande de Gaza. Il a gagné parce que les Palestiniens étaient arrivés à la conclusion que l’approche pacifique du Fatah n’avait rien obtenu d’Israël – ni gel de la colonisation, ni libération des prisonniers, ni aucun pas en direction de la fin de l’occupation et de la création d’un Etat palestinien. Le Hamas est profondément enraciné dans la population – pas seulement comme mouvement de résistance qui lutte contre l’occupant étranger, comme l’Irgun et le groupe Stern dans le passé – mais aussi comme organisation politique et religieuse qui fournit des services dans les domaines social, éducationnel et médical.






Pour la population, les combattants du Hamas ne sont pas un corps étranger, mais les fils des familles de la bande de Gaza et d’autres régions de Palestine. Ils ne "se cachent pas derrière la population", la population ne les considère que comme ses défenseurs.

Donc, toute l’opération est basée sur de fausse hypothèses. Transformer sa vie en enfer ne conduit pas la population à se soulever contre le Hamas, mais au contraire, à l’unir derrière le Hamas et à renforcer sa détermination à ne pas se rendre. La population de Léningrad ne s’est pas dressée contre Staline, pas plus que les Londoniens ne se sont retournés contre Churchill.

Celui qui donne l’ordre d’une telle guerre avec de telles méthodes dans un territoire si densément peuplé sait qu’il causera des massacres de civils. Apparemment cela ne l’a pas troublé. Ou il a cru qu’"ils changeront de voie" et que "cela engourdira leur conscience" de sorte qu’à l’avenir ils n’oseront plus résister à Israël.

Une autre priorité pour les donneurs d’ordre de la guerre était de réduire au maximum les victimes parmi les soldats, sachant que l’état d’esprit d’une large partie de l’opinion pro-guerre changerait s’il y avait de telles victimes. C’est ce qui est arrivé dans la première et la seconde guerres du Liban.

Cette considération joue un rôle particulièrement important parce que toute la guerre fait partie de la campagne électorale. Ehoud Barak, qui a remonté dans les sondages dans les premiers jours de la guerre, savait que son score chuterait si des images de soldats morts défilaient sur les écrans de TV.

Donc une nouvelle doctrine a été utilisée : pour éviter les pertes parmi nos soldats, tout détruire sur leur passage. Les auteurs de cette idée n’étaient plus seulement prêts à tuer 80 Palestiniens pour sauver un soldat israélien, come c’était le cas, mais 800. L’économie de victimes de notre côté est le commandement premier, qui cause un record du nombre des victimes civiles de l’autre côté.

Cela signifie le choix conscient d’une sorte de guerre particulièrement cruelle – et c’est son talon d’Achille.

Un homme sans imagination, comme Barak (son slogan électoral : "Pas un brave type, mais un leader") ne peut pas imaginer comment les braves gens à travers le monde réagissent aux actions comme l’assassinat de familles entières, la destruction de maisons sur la tête de leurs habitants, les cortèges de garçons et de filles dans leur linceul blanc prêts à être inhumés, les reportages sur les gens qui trouvent la mort au bout de plusieurs jours parce que les ambulances n’ont pas pu arriver à temps, l’assassinat de médecins et d’infirmiers en route pour sauver des vies, l’assassinat de chauffeurs de l’ONU apportant de la nourriture. Les images des hôpitaux, avec la mort, les morts et les blessés étendus ensemble sur le sol par manque de place, ont choqué le monde. Aucun argument n’est assez fort après l’image d’une petite fille blessée gisant sur le sol, se tordant de douleur en criant "Maman ! Maman !"

Les commanditaires de la guerre ont pensé qu’ils arrêteraient la diffusion de ces images en empêchant la couverture de la presse. Les journalistes israéliens, pour notre honte, ont accepté de se contenter des reportages et photos fournis par le porte parole de l’armée, comme si c’était des informations authentiques, alors qu’eux-mêmes restent à des kilomètres du théâtre des événements. D’autre part, les journalistes étrangers n’étaient pas autorisés, jusqu’à ce qu’ils protestent et soient pris, pour des tours rapides dans des groupes sélectionnés et contrôlés. Mais, dans une guerre moderne, un tel point de vue stérile fabriqué ne peut pas complètement exclure les autres – les cameras sont à l’intérieur de la bande de Gaza, au centre du brasier, et ne peuvent pas être contrôlées. Al Jazira diffuse les images au fil des heures et entre dans toutes les maisons.

LA BATAILLE pour l’écran de télévision est une des batailles décisives de la guerre.

Des centaines de millions d’Arabes, de la Mauritanie à l’Irak, plus d’un milliard de musulmans du Nigéria à l’Indonésie voient les images et sont horrifiés. Ceci a un fort impact sur la guerre. Beaucoup de téléspectateurs considèrent les dirigeants d’Egypte, de Jordanie et de l’Autorité palestinienne comme des collaborateurs d’Israël qui commet ces atrocités contre leurs frères palestiniens.

Les services de sécurité des régimes arabes enregistrent une dangereuse tendance parmi les peuples. Hosni Moubarak, le dirigeant arabe le plus exposé parce qu’il est près du passage de Rafah face aux réfugiés terrifiés, a commencé à faire pression sur les décisionnaires de Washington, qui jusqu’à présent ont bloqué tout appel au cessez-le-feu. Ceux-ci commencent à comprendre la menace pour les intérêts vitaux américains dans le monde arabe et ont soudain changé d’attitude. – ce qui a causé la consternation parmi les diplomates israéliens.

Les gens qui sont en état d’aliénation morale ne peuvent pas comprendre les motivations des gens normaux et deviner leur réactions. "Combien de divisions a le Pape" ironisa Staline. "Combien de division ont les gens de conscience ?" pourra demander Ehoud Barak.

Comme c’est en train d’advenir, ils en ont. Pas nombreuses. Pas très rapides de réaction. Pas très fortes et organisées. Mais, à un certain moment, quand les atrocités dépassent les bornes, et que les masses de protestataires se regroupent, cela peut décider d’une guerre.



L’ERREUR de compréhension de la nature du Hamas a conduit à une erreur d’appréciation des résultats. Non seulement Israël est incapable de gagner la guerre, mais Hamas ne peut pas la perdre.

Même si l’armée israélienne parvient à tuer tous les combattants du Hamas jusqu’au dernier, le Hamas gagnerait. Les combattants du Hamas seraient considérés comme les paragons de la nation arabe, les héros du peuple palestinien, les modèles pour l’émulation de tous les jeunes du monde arabe. La Cisjordanie tomberait dans les mains du Hamas comme un fruit mûr, le Fatah disparaîtrait dans un océan d’oubli, les régimes arabes seraient menacés d’effondrement.

Si la guerre prend fin avec le Hamas encore debout, meurtri mais invaincu, face à la puissante machine militaire israélienne, elle ressemblera à une fantastique victoire, une victoire de l’esprit sur la matière.

Ce qui restera dans la conscience du monde sera l’image d’Israël comme un monstre tâché de sang, prêt à tout moment à commette des crimes de guerre et pas prêt à accepter la moindre contrainte morale. Ceci aura de graves conséquences pour notre avenir à long terme, notre place dans le monde, notre chance de parvenir à la paix et à la tranquillité.



Au final, cette guerre est un crime contre nous-mêmes aussi, un crime contre l’Etat d’Israël.




Article écrit en hébreu et en anglais le 10 janvier 2009,
publié le 11 sur le site de Gush Shalom

– Traduit de l’anglais "How Many Divisions ?" : SOURCE : France Palestine














































Autre HONNEUR Juif : Yeshayahou Leibowitz - 'Israël judéo-nazis'




Yeshayahou Leibowitz, né à Riga en 1903 et mort en 1994 est un chimiste, philosophe et écrivain israélien, considéré comme l'un des intellectuels les plus marquants de la société israélienne,
et l'une de ses personnalités les plus controversées pour ses avis tranchés sur la morale, l'éthique, la politique, et la religion. Le chef d'orchestre et compositeur René Leibowitz était son cousin.

Yeshayahou Leibowitz - 'Israël judéo-nazis'

Dimanche 11 Janvier 2009
gai_chat@yahoo.fr




















































Une gauchiste en Israél.

de Sharon Dolev


Permettez-moi de voler quelques minutes de votre temps et de partager mes sentiments.


Depuis quelques jours , un petit groupe manifeste à l’entrée d’une base Aérienne Militaire à Tel Aviv. C’est à partir de là que la plupart des pilotes d’avions de chasse s’envolent vers leurs bases en Israél. C’est pourquoi nous avons choisi cet endroit.

Nous tenons des pancartes sur lesquelles nous leurs demandons de refuser d’obéir aux ordres de bombarder les civils et les enfants.

Ceci est une des nombreuses manifestations contre la guerre menée par les Israéliens, et qui se déroule. quotidiennement.

Cette vigile très silencieuse provoque des sentiments très forts chez les passants, les militaires, et les pompiers de l’autre côté de la rue. Les pompiers, même s’ils n’ont pas de droit d’exprimer d’ opinions politiques lorsqu’ils sont en service, nous ont jeté des oeufs, et quand nous n’avons pas bougé, ils ont amené leurs camions et avec des grues, ils ont essayé de nous faire partir en nous aspergeant.

Comme je me trouvais au bord de groupe, avec un des tuyaux, ils ont réussi à m’isoler, et avec un autre de me tremper jusqu’aux os.

Quand ils ont décidé qu’ils ne pouvaient pas me tremper plus, ils ont gardé seulement le tuyau qui avait servi à me séparer des autres et ils sont tous venus en uniforme, avec leur commandant en chef, ils ont arraché ma pancarte, et m’ont répété avec insistance que je devais entrer dans leur caserne et (pardonnez-moi ) leur faire à tous une pipe.

Des policiers en civil étaient là.Nous les avons appelé plusieurs fois en leur demandant de l’aide, et ils n’ont rien fait.

Nous, qui sommes à l’extrême gauche en Israél, nous avons toujours su que pour certains nous ne sommes qu’un gibier facile. Et comme ils le disent si élégamment "on devrait nous tuer avant même les gens du Hammas". La violence a toujours fait partie de la réponse à nos activités. mais la violence des pompiers, et les refus des policiers d’agir, ça, c’est une nouvelle escalade





Nous allons continuer nos manifestations, et nous avons vraiment foi en ce que nous faisons. Mais en même temps, nous savons que nous ne sommes pas efficaces. Nous ne sommes pas efficaces parce que les médias refusent de nous couvrir.

En Israél, les médias refusent de nous couvrir sous le prétexte que cela saperait le moral des soldats, et aussi parce que, en temps de guerre, on met la démocratie sur le mode "pause", et nos "braves" média deviennent des média mobilisés.

Et alors, les média en dehors d’Israél? Après tout, ils sont tous très intéressés par Israél. Pourquoi ne nous montrent-ils jamais? Est-ce parce que c’est trop dur de montrer que tout n’est pas blanc ou noir? Est-ce parce que cela ne collerait pas avec les belles motions anti-Israel?

Je sais, Mes sentiments, ma déception, ma peur, ne sont rien en comparaison de la peur des gens, des familles, des enfants à Gaza.

Ils ne sont rien non plus en comparaison de la peur des gens qui vivent à Sderot, et dans le sud d’Israel.

Mais aujourd’hui, j’ai peur.

Dans mon pays, je suis une traîtresse. Gibier facile. Mais à la minute où je quitte Israél, je suis Israélienne. Pas quelqu’un de gauche. Une israélienne, une occupante, et là aussi— gibier facile.

Et mon dernier point est ceci : il peut y avoir des millions de manifestations contre Israél dans le monde entier. Ce n’est pas pour autant qu’Israél va écouter. Mais un million de manifestations pour la Paix et une pleine couverture de ce que nous faisons ici en Israél nous garantira plus de sécurité, et cela fera peut être une différence.

S’il vous plaît, si vous connaissez des reporteurs, si vous avez des relations, demandez aux gens des médias de commencer à montrer l’opposition Israélienne à la guerre. Il est temps que notre voix se fasse entendre.

Si vous manifestez, s’il vous plaît essayez que cela fasse une différence. Pas seulement des pancartes anti-Israél, mais aussi des pancartes demandant un cessez-le-feu et que les *_deux côtés_* acceptent la résolution de l’ONU 1860.


Merci de votre écoute.

Paix

Sharon.









LES RACINES PROFONDES
DE LA TERREUR EXERCÉE
PAR L’ETAT JUIF



Israël : Etat pathologique ? SILVIA CATTORI

dimanche 18 janvier 2009




La création de l’Etat d’Israël en 1948 s’est accompagnée du nettoyage ethnique de plus de 750’000 Palestiniens (*) - soit plus de la moitié de la population indigène - chassés de leurs villes et villages, soit par la force, soit par la peur engendrée par des massacres délibérés de civils, comme celui du village Deir Yassin. Depuis lors, au cours de ses soixante années d’existence, des massacres de Sabra et Chatila en 1982, aux carnages qui se déroulent aujourd’hui à Gaza - en passant par la destruction du camp de réfugiés de Jénine et la destruction des infrastructures palestiniennes de Cisjordanie en 2002, les massacres dans le camp de réfugiés de Jabaliah en 2005 et 2006, les bombardements massifs sur le Liban en 2006 - Israël n’a cessé, sous prétexte de « se défendre », d’apporter mort et dévastation chez ses voisins, avec toute la puissance de feu de son aviation, de sa marine de guerre et de ses chars.



A chaque fois, on est demeurés à la fois atterrés et scandalisés par la sauvagerie des attaques israéliennes, le nombre de victimes civiles et l’étendue des destructions qu’elles ont provoqués ; et stupéfaits par le laisser faire de la « communauté internationale ».

A chaque fois, on a vu sur nos écrans, avec la complicité de rédactions partisanes, des porte-paroles et ambassadeurs israéliens venir « justifier » les crimes commis par des mensonges éhontés, en affichant leur mépris à l’égard de ceux qu’ils occupent militairement et exécutent sommairement, avec une morgue qui fait irrésistiblement penser à celle qu’affichaient en leur temps les dignitaires nazis.

La furie destructrice de cet Etat n’est pas nouvelle pour les occupés qui la subissent quotiennement. Mais, l’écrasement du ghetto de Gaza, ce bain de sang insoutenable qui se déroule devant nous, l’a rendue plus évidente aux yeux du monde.

Et la question de savoir pourquoi et comment une telle sauvagerie est possible se pose aujourd’hui avec encore plus d’insistance.

C’est à cette question cruciale que deux connaisseurs d’Israël ont tout récemment cherché une réponse : l’historien Ilan Pappe et le professeur de philosophie juridique et politique Oren Ben-Dor [1].

Le sionisme [2] mis en cause

Dans son article intitulé « Israël et la vertu outragée » [3], Ilan Pappe relève que la posture d’autojustification constamment adoptée par Israël est « un sujet qui mérite que l’on s’y attarde, si on veut comprendre l’immunité internationale dont Israël bénéficie pour les massacres qui se poursuivent à Gaza ».

Il commence par insister sur le déferlement de propagande sur les médias israéliens, sur l’hypocrisie des justifications avancées, et la menace qu’elles représentent pour les Palestiniens :

« Cette posture [d’autojustification] est fondée en tout premier lieu sur de purs mensonges (...) qui rappellent les heures sombres des années 1930 en Europe. (...) Il n’y a pas de limites à l’hypocrisie, essence même de la vertu outragée. Le discours des généraux et des responsables politiques oscille, selon le cas, entre l’autocongratulation devant l’humanité que manifeste l’armée avec ses frappes « chirurgicales » d’une part, et, de l’autre, la nécessité de détruire Gaza une fois pour toutes, mais de façon humaine, bien entendu.

Cette vertu outragée est une constante dans le processus de dépossession, d’abord par les sionistes, puis par Israël. Toutes les opérations, qu’il se soit agi d’épuration ethnique, d’occupation, de massacres ou de destructions ont toujours été présentées comme des actions justes sur le plan moral et relevant de l’autodéfense, perpétrées à contrecœur par Israël dans sa guerre contre des êtres humains de la pire espèce.(...)

C’est la vertu outragée qui protège la société et les responsables politiques de tout reproche ou de toute critique venant de l’extérieur. Mais, pire encore, elle se traduit toujours par des mesures de destruction dirigées contre les Palestiniens. Sans opposition interne et sans pressions extérieures, il en résulte que tout Palestinien peut devenir la cible de cette fureur. Etant donné la puissance de feu de l’Etat hébreu, cela ne peut finir que par d’autres massacres, d’autres assassinats en masse et d’autres épurations ethniques. »

Il donne un nom à ce qu’il caractérise comme une « idéologie malsaine destinée à couvrir des atrocités », à savoir : « le sionisme ». Et il conclut à l’urgence de le dénoncer et de le combattre :

« Il nous faut tenter d’expliquer, et pas seulement au monde entier, mais aux Israéliens eux-mêmes que le sionisme est une idéologie qui cautionne l’épuration ethnique, l’occupation, et aujourd’hui les massacres (...) et également cesser de légitimer cette idéologie qui a engendré une telle politique et qui la justifie moralement et politiquement.(...) Il est peut-être plus facile de le faire maintenant, dans des circonstances aussi dramatiques, au moment où l’attention du monde est dirigée une fois de plus vers la Palestine. (...)

Malgré les accusations prévisibles d’antisémitisme et tout le reste, il est temps d’expliquer aux populations le rapport existant entre l’idéologie sioniste et les grandes dates de l’histoire de ce territoire, familières désormais : l’épuration ethnique de 1948, l’oppression des Palestiniens en Israël pendant la période de gouvernement militaire, l’occupation brutale de la Cisjordanie et aujourd’hui le massacre à Gaza. (...) En démontrant le rapport entre la doctrine sioniste, et la politique qui en a résulté, et les atrocités actuelles, nous pourrons offrir une explication claire et logique dans le cadre de la campagne de boycott, de sanctions et de retrait des investissements (dirigée contre Israël, NDT). »






Une pathologie suicidaire

Dans son article intitulé « Israël : le suicide par l’autodéfense » [4], Oren Ben-Dor commence par insister sur la répétion incessante des massacres perpétrés par Israël, sur l’hypocrisie des raisons qu’il avance pour le déclenchement de sa guerre à Gaza, et sur l’échec prévisible de cette dernière tentative de mater la résistance palestinienne :

« A l’instar du Liban en 2006, le peuple de Gaza est massacré par les pilotes assassins d’un Etat assassin. (...) Cette répétition de la violence à grande échelle par Israël (...) s’accomplit après un long processus déclenché au moment où Israël a retiré unilatéralement ses colonies et son infanterie de Gaza, mais seulement pour organiser ce qui a été décrit comme un zoo d’êtres humains surveillé à distance. (...)

En dehors d’apporter une réponse à court terme aux attaques de roquettes, la vague de violence israélienne relève d’un raisonnement vicieux (pétition de principe) et d’une provocation réfléchie. (...) Les assassinats ciblés de membres du Hamas, le renversement même de l’organisation, la destruction de son infrastructure et de ses bâtiments n’écraseront pas la légitime opposition à l’entité sioniste, arrogante et triomphaliste. Aucune armée, même bien équipée et bien entraînée, ne peut gagner un combat contre un nombre toujours plus grand de gens qui n’ont plus de raison de craindre de mourir. »

Et il pose la question de fond :



« A considérer l’échec assuré des tentatives visant à imposer la stabilité par la violence, l’intimidation, la famine et l’humiliation, quel est le souhait, sur terre, qui anime l’Etat israélien ? A quoi les Israéliens imaginent-ils aboutir avec ce massacre ? Il doit y avoir quelque chose qui manque ici. Il doit y avoir, pour les Israéliens, quelque chose ou quelque idée à préserver, à défendre même, dans cette pathologie de vouloir provoquer un état permanent de violence contre eux-mêmes. Quelle sorte d’autosatisfaction conditionne donc cette volonté autodestructrice d’être haï ? »

Il trouve finalement la réponse à cette question dans « l’incapacité, des Israéliens à s’interroger sur le fondement discriminatoire de leur propre Etat . » :

« Beaucoup de Palestiniens qui vivent à Gaza sont les enfants des 750’000 réfugiés expulsés en 1948 de ce qui est aujourd’hui l’Etat juif. (...) C’est seulement par une purification ethnique massive qu’un Etat de majorité et de caractère juifs a pu s’implanter. Toute juste application du droit reconnu internationalement pour les réfugiés de revenir chez eux signifierait effectivement la fin du projet sioniste. (...) A leur retour, ils exigeraient sûrement pour eux, et avec force, une citoyenneté égale. Ce faisant, ils remettraient en cause l’idée discriminatrice qui est à la base de l’Etat juif (...).Ainsi, pour la même raison qu’Israël discrimine ses propres citoyens non juifs, il empêche le retour des réfugiés. »

Il conclut que, seule, la remise en cause de l’apartheid israélien, du « droit d’Israël à exister dans la sécurité en tant qu’Etat juif » pourrait mettre fin au cycle de violence, faute de quoi, la « rhétorique de l’autodéfense » va se refermer sur la « chronique effrayante d’un suicide annoncé » :

« Admettre le droit d’Israël à exister dans la sécurité en tant qu’Etat juif est devenu aujourd’hui le point de référence d’une modération politique. Obama est déjà en train de chanter la chanson. (...) l’origine de la violence dans Gaza est intimement liée à la manière dont l’Etat israélien a vu le jour et dont il tolère toujours l’idée d’apartheid dans son essence même. Israël ne doit pas être « réformé » ou « condamné », mais remplacé par une unique structure égalitariste sur toute la Palestine historique.

Israël a besoin d’un cycle permanent de violence. (...). La violence (...) est un moyen nécessaire pour ancrer la prétendue légitimité de ce qu’on prétend être la seule alternative à cette violence. Cette alternative n’est rien d’autre que l’échec « étonnant » d’un processus de paix « sensé », « raisonnable » et « modéré » pour aller à deux Etats, un processus qui prétend légitimer l’Etat d’apartheid une fois pour toutes. Le discours a été récupéré de telle sorte que les appels urgents à la cessation immédiate de la violence raniment ce projet pour deux Etats, essentiellement injuste et voué à l’échec mais qui garantit la poursuite de la violence. (...)

Cette pathologie israélienne aboutira, furtivement et fatalement, à ce que les Israéliens craignent le plus. Il n’y a effectivement « d’autre choix » pour le projet nationaliste des éternelles victimes, que le suicide avec ceux qu’il opprime. (...) L’autodéfense par le suicide souligne le caractère unique de l’apartheid israélien. La rhétorique tant du non choix que de l’autodéfense renferme une chronique effrayante d’un suicide annoncé. En dépit de sa puissance militaire, Israël est un Etat faible et mourant qui souhaite s’autodétruire. Les plus puissantes nations au monde assistent à ce processus suicidaire, et ce fait demande à être médité d’urgence. »

Comme on le voit, pour ces deux auteurs, le caractère même de l’Etat israélien, l’apartheid qu’il pratique et sur lequel il est fondé, sont au cœur de la terreur qu’il déchaîne avec régularité sur ses voisins, et il n’y aura pas de fin au cycle de la violence et des massacres tant que la « communauté internationale » continuera de tolérer cette inacceptable exception à l’application du droit international.

P.S.

(*) Voir : « Le nettoyage ethnique de la Palestine », par Ilan Pappe, Librairie Arthème Fayard, 2008.

[1] Ilan Pappé (né en 1954), citoyen israélien, est l’un des « nouveaux historiens » qui ont réexaminé de façon critique l’histoire d’Israël et du sionisme. A la suite, l’an dernier, de son soutien au boycott des universités israéliennes par les pays étrangers, Ilan Pappe, ayant fait l’objet de menaces de mort, a été contraint de démissionner de son poste de professeur de sciences politiques à l’Université d’Haïfa et d’émigrer en Grande-Bretagne.

Le Dr Oren Ben-Dor est né à Haïfa et a grandi en Israël ; il enseigne la philosophie juridique et politique à la faculté de droit de l’Université de Southampton, Royaume-Uni.

[2] Sionisme : idéologie politique prônant la création d’un État juif en Palestine et le retour du peuple juif « dans sa patrie historique, Eretz Israël, par Aliyah en provenance de tous les pays ». Le mouvement sioniste a été fondé au Congrès de Bâle en 1897, par Theodor Herzl, journaliste et écrivain juif autrichien, auteur de Der Judenstaat (« L’État des Juifs »).

[3] Voir :
« Israël et la ”vertu outragée” », par Ilan Pappe, blog.emceebeulogue.fr, 6 janvier 2009.
Texte original en anglais : « Israel’s righteous fury and its victims in Gaza », The Electronic Intifada, 2 janvier 2009.


[4] Voir :
« Israël : le suicide par l’autodéfense », par Oren Ben-Dor, info-palestine.net, 4 janvier 2009.
Texte original en anglais : « The Self-Defense of Suicide », Counterpunch, 1er janvier 2009.








"CHARTE
DU RESEAU INTERNATIONAL
JUIF
ANTI-SIONISTE "


Nous formons un réseau international de Juifs et de Juives qui s’engagent de façon inconditionnelle en faveur de la lutte pour l’émancipation des êtres humains.
Nous considérons que la libération du peuple palestinien et de sa terre forme un volet essentiel de cette émancipation.
Notre engagement porte sur le démantèlement du régime d’apartheid israélien, le retour des réfugiés palestiniens et la fin de la colonisation israélienne sur la Palestine historique.
Qu’ils soient de Pologne ou d’Iraq, d’Argentine ou d’Afrique du Sud, de Brooklyn ou du Mississipi, des Juifs en quête de justice et d’un monde plus juste se sont joints aux mouvements de lutte collective.
Ainsi, des Juifs ont participé de façon notable à la lutte ouvrière pendant la période de la Grande dépression, à la lutte pour les droits civiques aux Etats Unis, à la lutte contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud, à la lutte contre le fascisme en Europe, et à bien d’autres mouvements encore en faveur du changement social et politique
Le nettoyage ethnique historique et toujours en cours perpétré par Israël à l’encontre du peuple palestinien sur sa propre terre vient contredire et trahir cette longue histoire de la participation juive à des mouvements collectifs de libération.
Le sionisme – idéologie fondatrice de l’Etat d’Israël et qui en est le soutien actuel, est issu du colonialisme européen et s’est diffusé à la suite du génocide nazi.
Le sionisme s’est nourri des épisodes les plus violents et oppressifs de l’histoire du dix neuvième siècle, marginalisant ainsi l’engagement de nombreux Juifs dans les mouvements de libération.
Pour retrouver une place au sein des vibrants mouvements populaires actuels, il faut mettre fin au sionisme sous toutes ses formes
C’est la priorité des priorités, en raison des conséquences du sionisme sur les Palestiniens et les peuples de l’ensemble de la région; en raison aussi du fait que le sionisme porte préjudice à la mémoire de la persécution et du génocide des Juifs d’Europe en l’exploitant pour justifier et perpétuer le racisme européen et le colonialisme.
Le sionisme est, par ailleurs, responsable du déplacement massif des Juifs mizrahi (originaires d’Afrique et d’Asie), et du détournement de leurs Histoires, langages, traditions et cultures.
L’histoire des Juifs mizrahi remonte à plus de 2000 ans et le sionisme, en s’implantant, en a dévié le cours au profit d’une ségrégation parmi les Juifs imposée par l’État d’Israël.
En conséquence, le sionisme nous implique dans l’oppression du peuple palestinien et porte préjudice à notre propre héritage, à nos luttes pour la justice et à nos alliances avec nos semblables.
Nous nous engageons à : Nous opposer au sionisme et à l’État d’Israël Le sionisme est raciste.
Il exige l’allégeance à un ordre politique, juridique et économique qui privilégie et valorise les Juifs ainsi que les Européens et leurs cultures par rapport aux peuples autochtones et à leurs cultures.
Le sionisme n’est pas seulement raciste, il est aussi antisémite.
Il reprend à son compte l’imagerie européenne et antisémite du “Juif de la diaspora” efféminé, cupide et faible, et y lui oppose celle d’un “Nouveau Juif”, violent, militariste et sexiste, un Juif qui est l’auteur d’une violence raciale plutôt que d’en être une victime.
Par-là, le sionisme fait des Juifs des blancs, en adoptant un racisme de blancs à l’encontre du peuple palestinien.
Malgré la nécessité pour Israël d’intégrer les Mizrahi afin de maintenir une majorité juive, ce racisme peut aussi être constaté dans la marginalisation et l’exploitation économique des masses déshéritées des Mizrahi.
Cette violence raciale inclut l’exploitation des travailleurs migrants
Les sionistes diffusent le mythe de la démocratie israélienne.
En réalité, Israël a établi et renforcé des politiques et des pratiques qui sont discriminatoires à l’égard des Juifs mizrahi et qui excluent les Palestiniens et restreignent leurs droits. Israël, en coopération avec les États-Unis, sape tout mouvement arabe de libération.
Le sionisme perpétue l’exception juive.
Pour justifier ses crimes, le sionisme présente une version de l’histoire juive déconnectée de l’histoire et de l’expérience d’autres peuples.
Il promeut un narratif selon lequel l’holocauste nazi est exceptionnel dans l’histoire de l’humanité.
Il place les Juifs à part, par rapport aux victimes et aux survivants d’autres génocides, au lieu de nous unir à eux.
Israël fait cause commune avec des Chrétiens fondamentalistes et d’autres qui appellent à la destruction des Juifs, sur la base d’une islamophobie partagée et d’une volonté de contrôler le Moyen Orient et plus largement l’Asie occidentale.
Ensemble, ils appellent à la persécution des Musulmans.
Cette promotion commune de l’islamophobie a pour but de diaboliser la résistance opposée à la domination économique et militaire occidentale.
Elle s’inscrit dans une longue histoire de collusion du sionisme avec des régimes répressifs et violents, de l’Allemagne nazie au régime d’apartheid d’Afrique du Sud jusqu’aux dictatures réactionnaires d’Amérique du Sud.
Le sionisme prétend que la sécurité des Juifs repose sur un état juif militarisé. Mais Israël ne met pas les Juifs en sécurité.
Sa violence garantit l’instabilité et la peur pour ceux qui sont sous sa sphère d’influence, et met en danger la sécurité de tous, y compris des Juifs, et ce bien au-delà de ses frontières.
Le sionisme a volontairement participé à créer les conditions qui ont conduit à la violence à l’encontre des Juifs dans les pays arabes.
L’hostilité née de la violence israélienne et de la domination militaire sur les Juifs vivant en Israël et ailleurs est utilisée pour justifier encore plus de violence sioniste.
Nous nous engageons à : Rejeter l’héritage colonial et l’expansion colonialiste en cours.
Dès l’instant où le mouvement sioniste a décidé de bâtir un état juif en Palestine, il est devenu un mouvement de conquête.
A l’instar de tous les mouvements de conquête et des idéologies colonialistes en Amérique ou en Afrique, le sionisme s’appuie sur la ségrégation entre les peuples ; par la confiscation de la terre, il s’engage dans le nettoyage ethnique qui repose sur une violence militaire implacable.
Les sionistes ont travaillé main dans la main avec l’administration coloniale britannique, contre le peuple indigène de la région et contre son espoir légitime de liberté et d’autodétermination.
L’imaginaire sioniste d’une Palestine “vide” et pauvre a justifié la destruction de la vie palestinienne à l’instar du racisme qui a justifié l’extermination des peuples autochtones d’Amérique, la traite atlantique des esclaves et bien d’autres atrocités encore.
Avec l’expansion permanente des colonies et le Mur d’apartheid, l’engagement colonialiste d’Israël l’a amené à détruire l’environnement ainsi que les paysages de la Palestine.
Cette politique, qui n’a pas réussi à stopper la résistance palestinienne, conduit l’Etat d’Israël à toujours plus de violence et à des politiques qui, lorsqu’elles sont menées à leur point ultime, finissent en génocide.
A Gaza, l’État d’Israël dénie l’accès à la nourriture, à l’eau, à l’électricité, à l’aide humanitaire et aux fournitures médicales, c’est l’arme qu’il utilise contre les fondements même de toute vie humaine.
Israël, qui a été en son temps l’outil favori des Britanniques et des Français contre l’unité arabe et l’indépendance, est devenu le plus jeune associé de l’alliance US pour le contrôle militaire, économique et politique au niveau mondial, qui vise plus particulièrement la domination de la région stratégique du Moyen Orient/Asie du Sud-ouest. Le danger d’une guerre nucléaire représenté par une attaque israélo-américaine sur l’Iran nous rappelle qu’Israël est une bombe atomique qui devrait faire l’objet d’un démantèlement urgent, en vue de sauver les vies de toutes ses victimes actuelles et potentielles.
Nous nous engageons à: Nous opposer aux organisations sionistes.
Non content de donner forme à l’Etat d’Israël, le sionisme a fondé sa politique internationale de domination militaire et d’hostilité envers ses voisins et a instauré un réseau mondial complexe d’organisations, de lobbys politiques, d’entreprises de relations publiques, de clubs universitaires, et d’écoles pour appuyer et propager les idées sionistes au sein des communautés juives et dans l’opinion publique de façon générale.
Un flot de milliards de dollars américains abreuve Israël année après année, pour soutenir l’occupation et la brutalité de son armée hyper moderne.
La machine de guerre qu’ils financent fait partie intégrante de l’industrie mondiale de l’armement qui, à elle seule, draine les ressources dont manque une humanité désespérément privée d’eau, de nourriture, de soins sanitaires, de logement et d’éducation.
Pendant ce temps-là, L’Europe, le Canada et les Etats-Unis soutiennent l’infrastructure d’occupation israélienne sous couvert d’aide humanitaire au peuple palestinien.




Ensemble, les Etats-Unis et leurs alliés coopèrent au renforcement de la domination de la région et à l’écrasement des mouvements populaires.
Un réseau international d’institutions et d’organisations sionistes appuie l’armée israélienne par des financements directs.
De plus, ces organisations fournissent un soutien politique nécessaire à la légitimation et à la promotion de leurs visées politiques et de leurs projets humanitaires.
Dans certains pays, ces organisations censurent toute critique envers Israël et ciblent des individus et des organisations qui sont mis sur listes noires et sont victimes de violences, d’emprisonnement, de déportation, de privation d’emploi et d’autres sanctions économiques.
Ces organisations diffusent l’islamophobie.
Agitant l’épouvantail de la guerre à l’étranger, elles instaurent une législation répressive dans leurs propres pays.
Aux Etats-Unis et au Canada les groupes sionistes ont aidé à faire passer la législation « antiterroriste », exposant ainsi à des poursuites judiciaires pour aide au terrorisme et trahison, toute activité favorable au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël ainsi que le soutien aux organisations palestiniennes, iraniennes, iraquiennes, libanaises et musulmanes.
En Europe et aux Etats-Unis, des groupes soit disant « juifs » sont désormais au premier rang de l’appel à la guerre contre l’Iran.
Mais l’édifice sioniste et celui de la suprématie mondiale des Etats-Unis se fissurent.
A la suite de l’extraordinaire résistance de la Palestine et du sud-Liban à l’agression et à l’occupation israélienne et américaine, qui ont tenu en dépit de ressources limitées et de nombreuses trahisons, le mouvement international de solidarité avec les Palestiniens en lutte contre la politique des USA et d’Israël prend de l’élan.
En Israël, cet élan est visible dans une contestation croissante qui ouvre la voie à la revendication d’un double héritage des années 60 : celui du Matzpen, organisation israélo-palestinienne, juive et antisioniste et celui du parti mizrahi des Panthères Noires.
Plus largement, le refus de la conscription obligatoire dans l’armée israélienne est croissant dans la jeunesse.
Au sein du gouvernement et dans des discussions publiques aux Etats-Unis et en Europe le coût de l’aide inconditionnelle à Israël est de plus en plus remis en cause.
C’est pourquoi Israël et les Etats-Unis sont à la recherche de nouveaux alliés au sud pour qui puissent se joindre à leurs conquêtes économiques et militaires.
La relation croissante entre Israël et l’Inde en est un exemple frappant.
Partageant l’intérêt occidental pour le contrôle politique et le profit économique de quelques-uns au détriment du plus grand nombre, l’élite indienne aussi bien que celles du Moyen Orient et plus largement de l’Asie occidentale sont de connivence avec le programme économique et militaire de l’Ouest dans la région
La propagande de la guerre occidentale contre le terrorisme sert de caisse de résonance à l’islamophobie de l’élite indienne et fournit aux régimes du Moyen Orient et de l’Asie du Sud-ouest une opportunité pour réprimer sévèrement toute dissidence.
Malgré cela, des soulèvements populaires et des chapitres glorieux des luttes anti-coloniales remettent en question cette alliance et devraient lui porter un coup fatal.
Avec nos alliés, notre but est d’aider à élargir ces fissures jusqu’à ce que le mur tombe et qu‘Israël soit isolé comme l’a été l’Afrique du sud de l’apartheid.
Nous nous engageons à lutter contre ces groupes qui prétendent parler à notre place et à les vaincre.
Nous nous engageons à : Etre solidaires et à travailler pour l’apaisement et la justice.
Nous sommes engagés aux côtés du peuple palestinien pour sa libération et son autodétermination.
De tout notre cœur, notre volonté et notre énergie politique nous soutenons la résistance du peuple palestinien dans toute sa diversité et sa vaillance et nous faisons front à l’injustice dont sont coupables les pays où nous vivons.
Nous soutenons sans équivoque le Droit au Retour des Palestiniens sur leur terre.
Nous appelons à l’abrogation du droit au retour raciste israélien qui privilégie le droit de toute personne se déclarant juive de s’installer en Palestine tout en privant les réfugiés palestiniens de ce droit.
Nous sommes de tout cœur avec l’appel de la Palestine au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël.
Nous soutenons la revendication de libération de tous les prisonniers politiques palestiniens et dénonçons la pratique consistant à incarcérer des leaders politiques palestiniens, des jeunes et la population en général, comme méthode de contrôle et de terreur.
Ce n’est pas à nous de prescrire quel chemin doit prendre le peuple palestinien pour définir son avenir. Nous ne prétendons pas nous substituer à ses choix.
Nos stratégies et nos actions naîtront de notre relation avec ceux qui sont engagés dans tout l’éventail des luttes de libération en Palestine et dans la région.
Nous soutiendrons leur lutte pour survivre, pour garder leur terre et pour faire avancer leur mouvement comme ils l’entendent, selon leurs propres termes.
Nous sommes partenaires des grands mouvements de résistance populaire de notre époque qui défendent et chérissent les vies de tous les peuples et de toute la planète, conduits par ceux qui souffrent le plus de la conquête impériale, de l’occupation, du racisme et de la domination mondiale, de l’exploitation des hommes et des ressources.
Nous sommes pour la protection de la nature.
Nous défendons les droits des peuples indigènes sur leur sol et pour leur souveraineté.
Nous défendons les droits des migrants et des réfugiés pour qu’ils puissent se déplacer librement et en toute sécurité à travers les frontières.
Nous défendons le droit des travailleurs – y compris des immigrés en Israël amenés pour prendre la place des Palestiniens et des Mizrahi - à la justice économique et à l’autodétermination.
Nous défendons l’égalité raciale et l’expression culturelle.
Nous défendons le droit des femmes, des enfants et de toutes les minorités exploitées à se libérer de toute domination.
Et nous défendons le droit universel à la terre, à l’eau, à la nourriture, au logement, à l’éducation, aux soins et à être libérés de la violence : c’est le seul moyen pour que la société humaine puisse survivre et s’épanouir.
Nous nous engageons à soutenir la justice pour guérir les blessures infligées par la force et par le droit colonial en Palestine et dans l’ensemble de la région; pour guérir les traumatismes qu’ont subi les Juifs en Europe et dont se sert le projet sioniste, pour guérir les peurs et privations endurées dans des massacres au fil des années ainsi que les manipulations de la culture et des ressources exercées dans le but d’exploiter les Juifs Mizrahi et de les séparer des Palestiniens.
La justice pour laquelle nous travaillons est à construire par ceux, partout en Palestine, y compris en Israël et par les réfugiés palestiniens, dont la lutte pour l’autodétermination leur apportera l’égalité et la liberté ainsi qu’aux autres habitants des alentours.
Nous vous appelons à nous rejoindre.
Ces engagements nécessitent la construction d’un mouvement juif uni à l’échelle internationale, qui s’oppose au sionisme et à sa volonté de vouloir parler au nom de tous les Juifs.
Face à un adversaire international il ne suffit pas de travailler au niveau local, ni au niveau national.
Nous devons trouver des moyens d’agir ensemble par delà les frontières géographiques, sectorielles et linguistiques. Il y a place pour toutes sortes d’initiatives et d’organisations, existantes ou nouvelles, qui puissent travailler en toute indépendance et conjointement, en soutien mutuel et en collaboration.
Etes-vous contre le racisme sous toutes ses formes ?
Alors, nous vous appelons à nous rejoindre pour mettre fin à l’apartheid israélien.
Soutenez-vous la souveraineté et les droits des peuples indigènes à leur terre ?
Alors, nous vous appelons à nous rejoindre pour la défense des droits souverains à la terre des Palestiniens.
Croyez-vous que nos vies sont dépendantes de la durabilité économique et environnementale ?
Etes-vous en colère devant le vol et la destruction des ressources de la planète ?
Alors, nous vous appelons à nous rejoindre pour arrêter le vol de la terre et de l’eau, la destruction de l’agriculture, de la terre palestiniennes des villages et des oliveraies par Israël.
Voulez-vous en finir avec les guerres interminables pour le pétrole et pour la domination militaire des Etats-Unis et de leurs alliés ?
Voulez-vous en finir avec les cultures militarisées, avec la conscription des jeunes et le pillage des ressources destinées à financer l’armée plutôt que les besoins vitaux ?
Alors, nous vous appelons à nous rejoindre pour démanteler une pièce cruciale de la machine de guerre mondiale.
Voulez-vous vous désolidariser du nettoyage ethnique de la Palestine, de la destruction de son histoire, de sa culture et de son autodétermination ?
Croyez-vous qu’il n’y ait de paix qu’avec la justice ?
Etes-vous à la fois triste et en colère contre le fait que le génocide des Juifs soit utilisé pour perpétrer d’autres atrocités ?
Alors, nous vous appelons à nous rejoindre pour en finir avec le colonialisme sioniste.
Pour que sur cette planète on puisse vivre dans la sécurité, la justice et la paix, il faut mettre fin au projet colonial israélien.
C’est avec joie que nous nous lançons dans le travail de sape collective d’un système de conquête et de destruction qui a fait souffrir notre monde pendant trop longtemps.

Réponses vers “Charte du réseau international juif anti-sioniste”
http://www.ijsn.net



































Israël a-t-il perdu la guerre ?



Par Shlomo Sand

Shlomo Sand, historien renommé.

Il est l'un des rares intellectuels israéliens – y compris à gauche – à condamner le pilonnage de Gaza.
Il rêve d'une république israélienne ouverte sur le monde arabe.

vendredi 30 janvier 2009, par Shlomo Sand



Il est une des figures intellectuelles les plus brillantes d'Israël. Historien, ancien étudiant de l'Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris, professeur à l'université de Tel-Aviv, Shlomo Sand, 62 ans, a lâché l'an dernier une bombe culturelle, avec un livre au titre provocateur : Comment le peuple juif fut inventé. Plongée à travers l'histoire juive, remise en cause des mythes fondateurs d'Israël, ce livre a suscité des débats passionnés dans le pays… et un relatif silence médiatique en France. Avec le romancier David Grossman et l'historien Tom Segev, Shlomo Sand est un des rares intellectuels israéliens à crier aujourd'hui sa révolte contre les bombardements de Gaza. Au-delà, il nous livre sa vision d'une « République israélienne », enfin ouverte sur le monde arabe, et qui serait l'Etat de tous ses citoyens...



Quel bilan tirez-vous de l'offensive israélienne sur Gaza ?
Le timing électoral était parfait ! Avant les élections israéliennes et en prenant soin de retirer les chars à la veille de l'investiture d'Obama, Ehud Barak a planifié ce Blitz, un déluge de bombes qui ne mettait pas en danger la vie des soldats israéliens. Nous avons semé la désolation, tué 1 300 Palestiniens, en avons blessé plus de 5 000, les deux tiers sont des femmes et des enfants, presque tous victimes de notre aviation. Le Hamas est-il éliminé ? Avons-nous renforcé le camp de la paix chez les Palestiniens ?

Mais l'opinion israélienne a soutenu cette guerre. Vous êtes une voix dissonante...
Je suis arrivé au sommet de ma carrière universitaire, je n'ai rien à perdre et je n'ai pas peur. Certes, je me sens très seul. Mais n'oubliez pas que près de dix mille jeunes ont manifesté le 3 janvier à Tel-Aviv. Même en 2006, au début de la guerre contre le Hezbollah, il n'y avait pas eu une mobilisation d'une telle ampleur. C'était une manifestation très politisée, l'extrême gauche ainsi que les Arabes israéliens qui habitent Tel-Aviv ou Jaffa.

“Nous avions le devoir de privilégier
la diplomatie, de ne pas commettre
ce massacre de civils.”


La gauche, et même des écrivains comme Amos Oz ou Avraham B. Yehoshua, ont approuvé ces bombardements...
C'est une habitude chez nous. Au début de chaque guerre, depuis 1973, Israël reçoit le plein soutien des intellectuels de la gauche sioniste. Il faut attendre quelques semaines pour qu'ils changent d'avis. Une personne nous manque terriblement aujourd'hui, le professeur Yeshayahou Leibowitz, grand philosophe mort en 1994 qui s'est toujours battu contre les guerres non défensives d'Israël, et qui laisse un grand vide moral.

Parce que cette guerre était pour vous non défensive ? Des roquettes tombaient sur les villes israéliennes...
Bien sûr, il n'est pas normal que des roquettes tombent sur Israël. Mais est-il plus normal qu'Israël n'ait toujours pas décidé quelles étaient ses frontières ? Cet Etat qui ne supporte pas les roquettes est aussi un Etat qui ne veut pas renoncer aux territoires conquis en 1967. Il a refusé l'offre de la Ligue arabe en 2002 d'une pleine reconnaissance d'Israël dans les frontières d'avant 1967.

Mais le Hamas, lui, ne reconnaît pas Israël.
Le Hamas, ce mouvement bête, pas diplomate, avait proposé une « oudna », une trêve de longue durée à Gaza et en Cisjordanie. Israël a refusé parce qu'il veut continuer de tuer les militants du Hamas en Cisjordanie, soit une quinzaine en octobre-novembre après des mois de calme. Israël a donc eu sa part de responsabilité dans la reprise des tirs de roquettes. Au lieu de renforcer le courant modéré du Hamas, Israël pousse les Palestiniens au désespoir. Nous avons ghettoïsé une population entière et refusons de lui accorder sa souveraineté depuis quarante-deux ans. Comme je suis indulgent envers Israël, je dirai seulement depuis vingt ans, 1988, date à laquelle Arafat et l'Autorité palestinienne ont reconnu l'Etat d'Israël, sans rien avoir gagné en échange.
Qu'on comprenne bien : je n'accepte pas les positions du Hamas et surtout pas son idéologie religieuse, parce que je suis un homme laïc, démocrate, et assez modéré. Comme Israélien et comme être humain, je n'aime pas les roquettes. Mais comme Israélien et historien, je n'oublie pas que ceux qui les lancent sont les enfants et petits-enfants de ceux qui ont été chassés de Jaffa et d'Ashkelon en 1948. Ce peuple de réfugiés, moi, Shlomo Sand, je vis sur la terre qui était la sienne. Je ne dis pas que je peux leur rendre cette terre. Mais que chaque offre de paix doit partir de ce constat. Quiconque oublie cela n'arrivera jamais à offrir aux Palestiniens une paix juste.

Mais, disent les partisans de ces bombardements, Israël s'est retiré de Gaza, et les roquettes ont redoublé.
C'est absurde ! Imaginez que les Allemands, comme ils l'ont fait en 1940, occupent aujourd'hui le nord de la France et pas le Sud. Vous diriez qu'ils respectent le droit à l'autodétermination des Français ? Sharon s'est retiré unilatéralement de Gaza pour ne pas faire la paix avec Arafat, et ne pas renoncer à la Cisjordanie. Mais les Palestiniens n'ont pas demandé une réserve d'Indiens à Gaza ! Ils demandent un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza.

“La raison pour laquelle il est impossible
de conclure une paix juste,
ce ne sont pas les roquettes,
c'est la faiblesse palestinienne.”


Tous les torts seraient du côté d'Israël ?
Israël ne comprend malheureusement que la force. La raison pour laquelle il est impossible de conclure une paix juste en ce début du XXIe siècle, ce ne sont pas les roquettes, c'est la faiblesse palestinienne. Israël n'a signé la paix avec Sadate en 1977 que parce que l'Egypte avait remporté une demi-victoire en 1973.

Le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, dit pourtant qu'Israël ne doit pas « courir au suicide au nom des bons sentiments ».
Mais de quoi parle-t-on ? Qu'est-ce qui menace notre existence ? Nous avons le meilleur armement et le soutien de la première puissance mondiale. Le monde arabe nous propose une paix globale sur les frontières de 1967. La dernière guerre qui a menacé l'existence d'Israël remonte à trente-cinq ans ! Est-ce qu'il ne comprend pas ça, ce grand rabbin ?

Il n'est pas le seul. André Glucksmann, à propos des bombardements israéliens, écrit qu'il « n'est pas disproportionné de vouloir survivre ».
Vous me parlez d'un homme qui a admiré Mao ! Ces mecs de 1968, qui ont soutenu toutes les horreurs chinoises, jamais ils n'ont fait une autocritique, jamais ils n'ont essayé de comprendre pourquoi ils s'étaient identifiés au totalitarisme. Aujourd'hui, André Glucksmann, comme Bernard-Henri Lévy, sont toujours du côté de la force, à Jérusalem cette fois. Ils n'ont pas changé...








“Ah, Israël a téléphoné [aux habitants avant
les bombardements], Israël a pris des
précautions ? Mais où pouvaient-elles aller,
les familles palestiniennes ?“




Mais Bernard-Henri Lévy rappelle que Tsahal téléphonait aux habitants pour leur dire de fuir les bombardements, qu'Israël a tout fait pour éviter les victimes civiles...
Ah, Israël a téléphoné, Israël a pris des précautions ? Mais où pouvaient-elles aller, les familles palestiniennes ? C'est vrai, Israël a pris beaucoup de précautions. Mais pour ses troupes ! Ces morts-là nous préoccupent beaucoup car nous sommes devenus une société individualiste et hédoniste, et nos dirigeants sont très soucieux de leur réélection.

BHL rappelle aussi que le Hamas a utilisé la stratégie des boucliers humains...
Quelle hypocrisie ! A-t-il oublié Mao : un mouvement de résistance doit se couler dans la population comme un poisson dans l'eau ? Le Hamas n'est pas une armée, c'est un mouvement de résistance terroriste qui agit comme tous ceux qui l'ont précédé, Viêt-cong ou FLN. C'est justement parce que nos dirigeants savaient cela qu'ils avaient le devoir de privilégier la diplomatie, pour ne pas commettre ce massacre de civils. Nous avons fait la preuve que nous n'avons aucune retenue morale, pas plus que la France en 1957 en Algérie qui a détruit des villages entiers. Maintenant, ce qui me choque plus que jamais, c'est que cet Etat que j'ai servi comme soldat durant deux guerres, et qui se définit depuis sa Déclaration d'indépendance en 1948 comme l'Etat de tous les juifs, appartienne davantage à Bernard-Henri Lévy qu'à mes amis universitaires qui vivent ici, payent leurs impôts ici, mais sont d'origine arabe. Qu'est-ce que ça veut dire être sioniste quand on vit en France, qu'on ne veut pas vivre sous l'autorité juive, et qu'on s'identifie
au pire de la politique des dirigeants d'Israël ? Ça veut dire contribuer à la montée de l'antisémitisme.

Justement, n'avez-vous pas été choqué que, lors des manifestations à Paris, des drapeaux israéliens ont été brûlés ?
Bien sûr que cela m'inquiète. C'est pour cela qu'il est important que les Israéliens qui pensent comme moi soient entendus. Pour mettre un coup d'arrêt à cette dérive. Et faire qu'on ne confonde pas la politique de nos dirigeants avec tous les Israéliens, et bien sûr avec les juifs, car je suis certain que beaucoup de juifs français, hors de l'establishment, partagent mon point de vue.

Les Palestiniens de Cisjordanie n'ont pas bougé...
Cette guerre renforce leur désespoir. Depuis la conférence d'Annapolis en novembre 2007, Mahmoud Abbas se prête à n'importe quoi pour faire avancer la paix. Il emprisonne les militants du Hamas. Et Israël le remercie en multipliant les check-points, en poursuivant la colonisation, en construisant un mur sur le territoire du futur Etat palestinien. Quel Palestinien qui se respecte peut maintenant soutenir Abbas ?

Et les Arabes israéliens, quel est leur état d'esprit ?
Je suis sans arrêt au contact de mes étudiants arabes. C'est terrible. Ils parlent hébreux souvent mieux que moi. Je les vois chaque jour devenir plus Israéliens du point de vue culturel, et plus anti-Israéliens du point de vue politique. Comment peuvent-ils vivre dans un pays qui ne les accepte pas comme citoyens à part entière ? Je crains que leur aliénation n'aboutisse à un Kosovo en Galilée.

Vous demandez aux Israéliens quelque chose d'énorme, abandonner toute prétention au-delà des frontières de 1967 - hormis le Mur des lamentations -, mais aussi créer une République israélienne qui ne soit plus l'Etat des seuls juifs. C'est réaliste ?
Beaucoup de gens en Israël soutiennent ma cause. Mon livre a été best-seller pendant dix-neuf semaines, j'ai fait une dizaine d'émissions de télé. Nous sommes peut-être une société raciste et pas totalement démocratique, mais profondément libérale et pluraliste. Que peut-on objecter à quelqu'un comme moi qui demande qu'Israël soit l'Etat de ses propres citoyens, juifs, arabes ou autres ? D'autant que j'ajoute qu'après Hitler, on ne peut nier la solidarité entre juifs. Et que l'Etat d'Israël doit rester un refuge pour les juifs persécutés. Mais pas automatiquement être l'Etat de Bernard-Henri Lévy et de tous les juifs qui ne veulent pas vivre en Israël.

Vous êtes antisioniste ?
Non, car se définir comme antisioniste peut signifier être anti-Israélien. Or, je défends l'existence de l'Etat d'Israël, parce que j'accepte le fruit de l'entreprise et de l'histoire sioniste - la société israélienne. Mais je ne suis pas sioniste, car ce qui justifie mon existence ici, c'est le fait d'être démocrate. Cela signifie que l'Etat doit être l'expression de son corps social, pas celle des juifs du monde entier. Vous pouvez dire que je suis post-sioniste.

“C'est une bêtise raciste de dire qu'il nous faut
divorcer des Arabes. Dans la paix,
on deviendra un peu plus arabes,
comme vous Français devenez
un peu plus européens.”


Mais ne risquerait-on pas de voir les juifs en minorité dans l'Etat qu'ils ont créé ?
Je comprends cette peur. C'est la raison pour laquelle je suis contre l'Etat binational, qui serait un Etat à majorité arabe, et que je propose aux Israéliens de se fixer le plus vite possible sur les frontières de 1967, c'est-à-dire de garder l'hégémonie judéo-israélienne. Mais pas une hégémonie exclusive. La République israélienne doit être laïque et démocratique. Reste toutefois que dans mon utopie, dans mon monde imaginaire, l'Etat binational serait le plus juste possible...

Y compris avec les juifs en minorité ?
La distance qui me séparera de mes petits-enfants sera au moins culturellement équivalente à celle qui me sépare de mes grands-parents. Cela signifie que vivre au Proche-Orient se fera en symbiose avec la culture arabe. Je souhaite d'ailleurs une confédération israélo-palestinienne immédiatement après qu'Israël se sera retiré sur les frontières de 1967. C'est une bêtise raciste de dire comme Amos Oz qu'il nous faut divorcer des Arabes. Dans la paix, on deviendra un peu plus arabes, comme vous Français devenez un peu plus européens.

Mais face à une société israélienne qui reste majoritairement laïque, il y a une société palestinienne plus islamiste qu'il y a trente ou quarante ans ?
La jeunesse arabe en Israël ne devient pas plus religieuse, surtout pas les femmes. Le fondamentalisme se cristallise face au monde occidental. Ce n'est pas une victoire du religieux, c'est l'échec du socialisme laïc au Proche-Orient, renforcé par la façon dont vous les Européens accueillez les travailleurs immigrés, dont les Américains mènent leur guerre en Irak, dont Israël traite les Palestiniens. C'est le fruit de conflits, pas d'une tendance historique naturelle. Regardez ce qui se passe en Algérie : la politique pourrie du FLN a fait naître l'islamisme, mais ce n'est pas une évolution en profondeur, l'Algérie ira vers la modernité. Le Hamas, de son côté, habillé de vêtements islamistes, n'a pas cessé d'être un mouvement nationaliste moderne.

Dans votre livre, vous détruisez les mythes fondateurs d'Israël - le peuple de l'exil qui revient sur sa terre. Mais par quoi les remplacez-vous pour légitimer l'existence de ce pays ?
On m'a récemment posé cette question à l'université palestinienne de Jérusalem. J'ai répondu de façon un peu dramatique que même un enfant né d'un acte de viol a le droit de vivre. La création d'Israël par des juifs dont beaucoup étaient des rescapés des camps d'extermination a été un acte de viol contre les populations arabes de Palestine. Il a fait naître la société israélienne qui vit déjà depuis soixante-dix ans, et qui a développé sa culture. On ne règle pas une tragédie en en créant une autre. Cet enfant a le droit d'exister. Sauf qu'il faut l'éduquer pour qu'il ne perpétue pas l'acte de son père. Il y a trente ans, je n'aurais peut-être pas tenu ce discours. Mais le monde arabe a reconnu Israël. L'OLP aussi, après la demi-victoire de l'Intifada. Donnons une chance au Hamas aussi. N'oublions pas, sans les excuser, que ceux qui tirent sur Ashkelon savent qu'elle a été construite sur le grand village arabe d'Al Majdal, d'où leurs pères ont été expulsés en 1950.

On est très loin de la politique israélienne...

Israël ne fera la paix que si l'on fait pression sur elle. Je souhaite, j'espère, je supplie, qu'Obama soit Carter et pas Clinton. Carter a forcé Israël à faire la paix avec l'Egypte, Clinton n'a pas forcé Israël à faire la paix avec les Palestiniens. Le risque est évidemment que Hillary Clinton, proche du lobby pro-israélien, prenne trop de place en politique étrangère. Mais je ne veux pas être fataliste. J'espère. .

Propos recueillis par Vincent Remy
Télérama n° 3081

A lire
Comment le peuple juif fut inventé. Ed. Fayard, 446 p., 23 €.
http://www.aloufok.net/spip.php?article62


















Effacez le nom
de mon grand-père
à Yad Vashem,

par Jean-Moïse Braitberg
Source : Le Monde 28 janvier 2009

vendredi 30 janvier 2009, par Comité Valmy


Monsieur le Président de l’Etat d’Israël,
je vous écris pour que vous interveniez auprès de qui de droit
afin que l’on retire du Mémorial de Yad Vashem dédié à la mémoire des victimes juives du nazisme,
le nom de mon grand-père, Moshe Brajtberg, gazé à Treblinka en 1943,
ainsi que ceux des autres membres de ma famille morts en déportation dans différents camps nazis
durant la seconde guerre mondiale.
Je vous demande d’accéder à ma demande, monsieur le président,
parce que ce qui s’est passé à Gaza,
et plus généralement, le sort fait au peuple arabe de Palestine depuis soixante ans,
disqualifie à mes yeux Israël comme centre de la mémoire du mal fait aux juifs,
et donc à l’humanité tout entière.

Voyez-vous, depuis mon enfance, j’ai vécu dans l’entourage de survivants des camps de la mort.
J’ai vu les numéros tatoués sur les bras, j’ai entendu le récit des tortures ;
j’ai su les deuils impossibles et j’ai partagé leurs cauchemars.

Il fallait, m’a-t-on appris, que ces crimes plus jamais ne recommencent ;
que plus jamais un homme, fort de son appartenance à une ethnie ou à une religion n’en méprise un autre,
ne le bafoue dans ses droits les plus élémentaires qui sont une vie digne dans la sûreté,
l’absence d’entraves,
et la lumière, si lointaine soit-elle, d’un avenir de sérénité et de prospérité.

Or, monsieur le président,
j’observe que malgré plusieurs dizaines de résolutions prises par la communauté internationale,
malgré l’évidence criante de l’injustice faite au peuple palestinien depuis 1948,
malgré les espoirs nés à Oslo
et malgré la reconnaissance du droit des juifs israéliens à vivre dans la paix et la sécurité,
maintes fois réaffirmés par l’Autorité palestinienne,
les seules réponses apportées par les gouvernements successifs de votre pays ont été la violence,
le sang versé, l’enfermement, les contrôles incessants, la colonisation, les spoliations.

Vous me direz, monsieur le président,
qu’il est légitime, pour votre pays, de se défendre contre ceux qui lancent des roquettes sur Israël,
ou contre les kamikazes qui emportent avec eux de nombreuses vies israéliennes innocentes.
Ce à quoi je vous répondrai que mon sentiment d’humanité ne varie pas selon la citoyenneté des victimes.

Par contre, monsieur le président,
vous dirigez les destinées d’un pays qui prétend, non seulement représenter les juifs dans leur ensemble,
mais aussi la mémoire de ceux qui furent victimes du nazisme.
C’est cela qui me concerne et m’est insupportable.
En conservant au Mémorial de Yad Vashem, au coeur de l’Etat juif, le nom de mes proches,
votre Etat retient prisonnière ma mémoire familiale derrière les barbelés du sionisme
pour en faire l’otage d’une soi-disant autorité morale
qui commet chaque jour l’abomination qu’est le déni de justice.

Alors, s’il vous plaît, retirez le nom de mon grand-père du sanctuaire dédié à la cruauté faite aux juifs
afin qu’il ne justifie plus celle faite aux Palestiniens.

Veuillez agréer, monsieur le président, l’assurance de ma respectueuse considération.

Jean-Moïse Braitberg, écrivain.



























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