Les
armées secrètes de lOTAN (VI)La
guerre secrète en Italie par Daniele Ganser*Alors
que les Etats-Unis se présentent comme les défenseurs de la Démocratie,
ils ont organisé le trucages des élections en Italie, deux coups
dEtat invisibles, et nont pas hésité à faire
exécuter le Premier ministre Aldo Moro. Dans ce sixième volet de
son étude sur le Gladio, lhistorien suisse Danièle Ganser
retrace la manière dont Washington a contrôlé en sous-main
la vie politique italienne, à linsu des Italiens, durant cinquante
ans.
 - En
1978, les Etats-Unis ont fait assassiner le Premier ministre italien, Aldo Moro.
Son exécution a été revendiquée par les Brigades rouges, mais l’opération
était manipulée par le Gladio.
Cet
article fait suite à : 1. « Quand
le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… » 2. « Quand
le Gladio fut découvert dans les États européens… » 3. « Gladio :
Pourquoi l’OTAN, la CIA et le MI6 continuent de nier » 4.
« Les égouts de Sa Majesté »
5. « La guerre secrète,
activité centrale de la politique étrangère de Washington » === L’anticommunisme
états-unien fut à l’origine des nombreuses tragédies qui marquèrent l’histoire
de la Première République italienne (1945-1993). Les preuves découvertes au cours
des dix dernières années attestent que l’armée Gladio dirigée par les services
secrets italiens prit, avec la complicité des terroristes d’extrême droite, une
part active à cette guerre non déclarée. En l’absence d’envahisseur soviétique,
les unités paramilitaires anticommunistes formées par la CIA se rabattirent sur
des opérations internes visant à conditionner la vie politique nationale. Une
enquête parlementaire chargée par le Sénat italien de faire la lumière sur Gladio
et sur une série d’attentats mystérieux conclut à la fin de la Guerre froide que,
dans le pays, « la CIA avait pu bénéficier d’une liberté maximale »
due au fait que l’Italie avait, sous la Première République, vécu « dans
une situation de division difficile voire tragique ». Cette division
opposait les deux idéologies dominantes de la Guerre froide : à gauche, on
trouvait le très populaire et très influent PCI, le parti communiste Italien,
financé en sous-main par l’URSS ainsi que le puissant parti socialiste [1]
tandis que de l’autre côté de l’échiquier s’activaient la CIA, les services secrets
militaires italiens et leur armée Gladio mais aussi des mouvements terroristes
d’extrême droite, recevant tous le soutien politique de la DCI conservatrice. [2] Pendant
la Seconde Guerre mondiale, l’Italie du dictateur fasciste Benito Mussolini s’était
alliée à Hitler. Après la défaite des puissances de l’Axe, le président Franklin
Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le dirigeant de
l’URSS Joseph Staline se rencontrèrent à Yalta, en Crimée, en février 1945, pour
discuter du sort de l’Europe et prirent la décision, cruciale pour l’Italie, de
placer la péninsule dans la sphère d’influence états-unienne. Afin de limiter
le pouvoir des communistes, la CIA n’hésita pas à s’allier à la Mafia et aux terroristes
d’extrême droite. Victor Marchetti, un agent de la CIA, expliqua un jour :
« La CIA s’est appuyée sur l’anticommunisme viscéral de la Mafia pour
contrôler l’Italie ». [3]
Avant même la fin de la guerre, Earl Brennan, le chef de l’OSS en Italie, était
intervenu auprès du ministre de la Justice US afin que celui-ci réduise la peine
de 50 ans prononcée contre Charles « Lucky » Luciano dans
le but de conclure un marché secret : en échange de sa libération, Luciano
fournissait à l’armée états-unienne une liste des mafiosi siciliens les plus influents
qui devaient appuyer le débarquement US de 1943 en Sicile. [4]
Après la guerre, la CIA « eut à cœur d’entretenir cette amitié secrète
avec la Mafia sicilienne » et c’est ainsi qu’« au nom de la
lutte contre le communisme en Italie et en Sicile, les Américains abandonnèrent
l’île à la pègre qui la contrôle encore aujourd’hui ». [5] Les
troupes US qui libérèrent le pays et instaurèrent en lieu et place de la dictature
une démocratie fragile furent accueillies par les Italiens avec des drapeaux,
du pain et du vin. Malgré cela, les Alliés « étaient inquiets de la
situation politique de l’Italie et notamment de la menace du parti communiste
dont l’influence ne cessait de croître, une situation déjà observée par le passé
en Grèce et en Yougoslavie ». C’est pourquoi Londres et Washington décidèrent
de changer de politique en cessant d’assister les partisans italiens, en majorité
communistes, qui jouissaient d’un certain prestige auprès de la population en
raison de leur résistance héroïque au fascisme. « Ce changement de politique
fut vivement déploré » par les officiers de liaison britanniques et
américains qui avaient combattu derrière les lignes ennemies aux côtés des communistes
et « par les Italiens eux-mêmes ». [6]
Et le mécontentement grandit encore lorsque les communistes italiens virent leurs
anciens alliés recruter secrètement des fascistes vaincus et des membres de l’extrême
droite au sein de l’appareil d’État, « l’anticommunisme virulent, sur
lequel s’étaient appuyés les fascistes pour accéder au pouvoir, était à présent
une qualité très recherchée ». [7] « Il
est probable que des groupuscules d’extrême droite furent recrutés et intégrés
au réseau stay-behind afin de pouvoir nous prévenir si une guerre se préparait »,
confirma plus tard Ray Cline, directeur adjoint de la CIA de 1962 à 1966, dans
un reportage sur Gladio. « Dans cette optique, l’utilisation d’extrémistes
de droite, à des fins de renseignement et non politiques, me semble ne poser aucun
problème. » [8]
Mais, loin de se cantonner à la collecte de renseignement, ceux-ci reçurent véritablement
les clefs du pouvoir. Les États-Unis érigèrent la DCI, la Démocratie chrétienne
italienne, comme un rempart face au communisme, « un ramassis de collaborationnistes,
de monarchistes et de fascistes irréductibles ». [9]
Alcide De Gasperi, de la DCI, fut nommé Premier ministre et dirigea huit gouvernements
successifs entre 1945 et 1953 [10].
« En l’absence d’une véritable purge, la vieille bureaucratie fasciste
parvint à se maintenir. » [11]
Le Premier ministre De Gasperi et le ministre de l’Intérieur Mario Scelba supervisèrent
personnellement « la réintégration de fonctionnaires profondément compromis
avec le régime fasciste ». [12]
Le
prince Valerio Borghèse, surnommé « le Prince noir », fut
l’un de ces fascistes notoires recrutés par les États-Unis. À la tête de la Decima
MAS (XMAS), un corps d’élite de 4 000 hommes créé en 1941 et placé sous commandement
nazi, il avait dirigé une campagne d’extermination des résistants sous la République
de Salo et s’était spécialisé dans la traque et l’exécution des communistes italiens.
Capturé par des résistants à la fin de la guerre, il fut sur le point d’être pendu
lorsque, le 25 avril 1945, l’amiral Ellery Stone, proconsul états-unien de l’Italie
occupée et ami proche de la famille Borghèse, ordonna à James Angleton, un employé
de l’OSS qui allait devenir le plus célèbre des agents de la CIA, de lui venir
en aide. Angleton fournit au Prince noir un uniforme d’officier US et l’escorta
jusqu’à Rome où il devait répondre de ses crimes de guerre. Grâce à la protection
des États-Unis, Borghèse fut finalement déclaré « non coupable ». [13]
L’agent de la CIA Angleton fut décoré de la Legion of Merit de l’armée des Etats-Unis
pour ses actes « exceptionnellement méritoires » et poursuivit
sa carrière à la direction du contre-espionnage de la CIA, « devenant
l’incarnation même du contrôle exercé par les USA sur les mouvements politiques
et les groupes paramilitaires néo-fascistes et d’extrême droite de l’Italie d’après-guerre ». [14]
À l’instar de nombreux soldats de la Guerre froide, « l’ennemi avait
simplement changé de forme aux yeux d’Angleton » après la défaite de
l’Axe, comme l’écrivirent ses biographes, « le marteau et la faucille
avaient remplacé la croix gammée ». [15] En
1947 furent créés à Washington le NSC et la CIA. L’Italie, en raison des « attaques
continuelles de son puissant parti communiste » dont elle était la cible,
eut le triste privilège d’être le premier pays à faire l’objet d’une guerre secrète
et non déclarée de la CIA. La mission que s’était fixée l’Agence était claire :
empêcher la gauche italienne de remporter les premières élections nationales de
l’après-guerre, qui devaient se dérouler le 16 avril 1948. Le président Harry
Truman était très contrarié car le PCI, le plus grand parti communiste d’Europe
de l’Ouest, et le PSI venaient de s’allier pour former le Fronte Democratico Populare
(FDP). Les observateurs prédisaient une victoire du FDP au Parlement, en se basant
sur les bons scores obtenus par la coalition de gauche lors des dernières élections
municipales où la DCI soutenue par les Etats-uniens avaient souvent été battue.
L’OPC, le département des opérations spéciales de la CIA, qui, sous la direction
de Frank Wisner, mit sur pied le réseau Gladio, injecta donc 10 millions de dollars
dans le parti démocrate chrétien. Dans le même temps, communistes et socialistes
furent la cible de campagnes de diffamation. Entre autres coups tordus, la CIA
publia des pamphlets calomnieux et anonymes sur la vie sexuelle et privée des
candidats du PCI et leur prêtant des contacts avec les fascistes et/ou des mouvements
anticléricaux. Cette stratégie consistant à viser spécifiquement les sièges susceptibles
d’apporter une majorité à la DCI plutôt que de miser sur une large victoire porta
ses fruits dans chacune des plus de 200 circonscriptions retenues à l’exception
de deux. Lors du vote, la DCI rassembla finalement 48 % des suffrages et
obtint ainsi 307 sièges au Parlement tandis que le FDP dut se contenter de 31 %
des voix et de 200 sièges. [16]
La répression brutale qui répondit aux protestations de la population et de la
gauche en particulier firent un « nombre considérable de victimes pendant
les manifestations et les occupations de locaux ». [17] Le
président Truman fut très satisfait des résultats obtenus et devint un adepte
des opérations clandestines. Dans sa fameuse « Doctrine Truman »
de mars 1947, il avait spécifié : « Nous ne devons reconnaître
aucun gouvernement imposé à une nation par une force ou une puissance étrangère »,
fondant ainsi la politique étrangère des États-Unis sur « le Droit et
la Justice » et refusant toute « compromission avec le mal ». [18]
Cependant si les élections italiennes s’étaient soldées par autre chose qu’une
victoire de la DCI soutenue par les USA, l’Italie aurait alors pu sombrer, comme
la Grèce, dans la guerre civile. Pendant et après les élections, des bâtiments
de guerre US patrouillèrent au large de la péninsule et des forces terrestres
restèrent en alerte. George Kennan, le chef du bureau de planification politique
du département d’État chargé de développer les programmes à long terme nécessaires
à l’atteinte des objectifs de politique étrangère, préconisait purement et simplement
une intervention militaire des USA dans le cas d’une victoire des communistes
aux élections. [19]
Suite aux révélations sur Gladio, le président italien Francesco Cossiga confirma
qu’une faction paramilitaire de la DCI se tenait prête à intervenir si cela avait
dû se produire. Equipé d’un fusil automatique Stern, de chargeurs et de plusieurs
« grenades à main », Cossiga faisait lui-même partie du commando.
« J’étais armé jusqu’aux dents et je n’étais pas le seul. »
L’armement des paramilitaires de la DCI avait été « acheté grâce à de
l’argent mis à leur disposition par le parti ». [20] Après
que le PCI eut été écarté du gouvernement, l’Italie gouvernée par la DCI pro-US
fut invitée, le 4 avril 1949, à rejoindre l’OTAN nouvellement créée, en qualité
de membre fondateur. Quelques jours seulement auparavant, le 30 mars 1949, l’Italie
s’était dotée de son premier service de renseignement militaire depuis 1945, né
de la collaboration avec la CIA. Intégrée au ministère de la Défense, l’unité
secrète fut baptisée SIFAR et placée sous la direction du général Giovanni Carlo.
Sous la Première République, le SIFAR s’immisça à de nombreuses reprises dans
les affaires politiques de l’Italie et sa division « Office R »
se chargea du commandement de l’armée stay-behind anticommuniste Gladio. [21]
« La coïncidence entre l’adhésion de l’Italie à l’OTAN et le rétablissement
de sa capacité de renseignement est loin d’être fortuite », observa
à juste titre l’expert en services secrets Philipp Willan, « elle nous
renseigne sur les buts fondamentaux des services secrets de l’Italie d’après-guerre
et sur les intentions de ceux qui ont permis leur rétablissement ». [22] Le
SIFAR fut dès sa création « régulé par un protocole top secret imposé
par les États-Unis qui constitue un renoncement total à la souveraineté nationale ».
Selon ce protocole, établi en coordination avec le programme de l’OTAN, les obligations
du SIFAR à l’égard de la direction de la CIA aux USA auraient compris le partage
du renseignement collecté et le respect d’un droit de regard sur le recrutement
du personnel, lequel devait impérativement recevoir l’approbation de la CIA. [23]
En effet, le SIFAR n’était pas indépendant mais sous la coupe de la CIA. Ou plutôt,
comme le décrivit Paulo Taviani, ministre de la Défense italien entre 1955 et
1958 : les services secrets italiens étaient dirigés et financés par « les
types de Via Veneto », autrement dit, la CIA et l’ambassade des Etats-Unis
à Rome. [24]
Les sénateurs italiens remarquèrent également cette hégémonie de la CIA :
« Gladio a été créé suite à un accord entre deux services secrets, l’un
très important, l’états-unien, l’autre bien moins, l’italien ». [25] En
1951, le général Umberto Broccoli fut nommé directeur du SIFAR et, en sa qualité
de membre d’un « Comité Secret », rencontra régulièrement
des représentants de la CIA, le responsable du commandement de l’OTAN pour l’Europe
du Sud ainsi que des responsables de l’armée, de la Marine et de l’armée de l’Air
italienne. [26]
L’OTAN craignant l’influence du PCI, le SIFAR avait vocation à garantir la stabilité
de l’Italie. Dans cette optique, l’armée secrète Gladio était sa pièce maîtresse.
Le 8 octobre 1951, Broccoli écrivit au ministre de la Défense Efisio Marras au
sujet de l’entraînement des Gladiateurs au Royaume-Uni et de la fourniture d’armes
et d’explosifs par la CIA. Dans sa lettre, le général expliquait que le SIS avait
offert d’entraîner les cadres du Gladio italien en échange de l’achat d’armement
britannique par l’Italie. Dans le même temps, la CIA proposait, elle, de fournir
les armes gratuitement, mais elle n’était pas en mesure de dispenser une formation
du niveau de celle qu’offraient les Anglais. Les Italiens choisirent de ne pas
choisir : ils envoyèrent leurs officiers recevoir la prestigieuse instruction
des centres d’entraînement britanniques et conclurent simultanément avec les États-Unis
un accord secret qui leur garantissait un approvisionnement gratuit en armes.
Cela ne plut pas aux Britanniques. Lorsque le général Ettore Musco, qui succéda
à Broccoli à la tête du SIFAR se rendit en Angleterre pour visiter le Fort Monckton,
l’accueil fut particulièrement froid : « En 1953, les Britanniques,
furieux de s’être fait rouler, reprochèrent au général Musco que “son service
se soit livré corps et âme aux Etats-uniens” ». [27] Œuvrant
pour la politique anticommuniste secrète de l’OTAN, les représentants du SIFAR
participaient régulièrement aux réunions Gladio des organes de commandement de
l’OTAN, l’ACC et le CPC [28].
Peu de temps avant de quitter ses fonctions, le président Cossiga prétendit lors
d’un entretien télévisé que l’armée secrète Gladio était née en Italie en 1951
de l’inquiétude « de ce qui pourrait arriver si l’Europe était envahie ».
« Il fut convenu que trois pays, les États-Unis, la Grande-Bretagne
et la France, seraient des membres permanents et que les autres seraient des membres
associés, ce qui concernait le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas, la Belgique,
le Luxembourg, la Grèce et la Turquie », expliqua Cossiga en faisant
référence au CPC, le comité de direction du réseau Gladio. « L’Italie
fut invitée à participer en qualité de membre associé. Elle déclina l’offre et
demanda à devenir un membre permanent mais ne reçut alors pas de réponse. En 1956,
l’Allemagne rejoignit le groupe. » Le président insistait sur le secret
entourant ces opérations. « La ligne de conduite de l’OTAN consistait
à nier l’existence de tout ce qu’il avait été convenu de garder secret. » [29] Dans
un document top secret du NSC, le Conseil National de Sécurité états-unien, signé
de la main de Truman le 21 avril 1950, le président soulignait que « l’Italie
est la clef de la sécurité américaine », les USA doivent donc « être
prêts à utiliser tout leur pouvoir politique, économique et, au besoin, militaire »
pour combattre le PCI [30].
« Dans le cas où les communistes parviendraient à entrer au gouvernement
de manière démocratique ou si ce gouvernement devait cesser de s’opposer fermement
au communisme à l’intérieur et à l’extérieur du pays, les États-Unis doivent se
préparer à prendre les mesures nécessaires », Truman mentionnait même
explicitement la possibilité d’une invasion si « une partie du territoire
italien tombait sous domination communiste des suites d’une insurrection armée ».
À l’approche des élections, le plan conçu par les USA prévoyait : en phase
1 : le renforcement de « la présence militaire américaine en Méditerranée » ;
phase 2 : « la phase d’alerte », les troupes US devaient
envahir l’Italie à « la demande du gouvernement italien et après consultation
de la Grande-Bretagne et des autres pays de l’OTAN ». Elles devaient
se déployer « dans les zones de la péninsule contrôlées par le gouvernement
pour une démonstration de force ». Enfin, la « phase 3, alerte
rouge : les forces armées [états-uniennes] en effectifs suffisants »
devaient « débarquer en Sicile et/ou en Sardaigne » afin « d’occuper
et de défendre le territoire contre la résistance communiste locale ». [31]
 - La
CIA est-elle allée trop loin ?, s’interroge « Time »
du 30 septembre 1974. William Colby, le directeur de l’Agence, a notamment
organisé le Gladio en Italie.
Les
craintes de Washington grandirent encore lors des élections de juin 1953 où, malgré
les opérations spéciales de la CIA, la DCI, avec 40 % des voix, obtint seulement
261 sièges au Parlement, soit 46 de moins qu’en 1948. La coalition de gauche remporta,
quant à elle, 218 sièges avec 35 % des suffrages. La CIA intensifia sa guerre
secrète car « il y avait de bonnes raisons de redouter que si cette
tendance observée entre 1948 et 1953 se poursuivait (...) la coalition formée
par les communistes et les socialistes finirait par devenir la principale force
politique du pays », selon l’analyse faite par William Colby, qui fut
plus tard choisi pour diriger la CIA sous la présidence de Nixon. [32]
En premier lieu, on décida qu’il fallait nommer un chef du SIFAR plus agressif.
En 1955, Carmel Offie, haut responsable de la CIA et proche collaborateur du directeur
d’alors Allen Dulles, se rendit en Italie où, avec le directeur de l’antenne locale,
le COS Gerry Miller, il confia à Claire Boothe Luce, la ravissante ambassadrice
des États-Unis à Rome, la mission de convaincre le ministre de la Défense italien
Emilio Taviani de nommer le général Giovanni De Lorenzo à la tête du SIFAR. L’année
suivante, De Lorenzo, un adversaire farouche du communisme acquis aux idées de
Washington, prit donc le commandement du SIFAR et de ses armées secrètes. [33] Avec
sa moustache, ses lunettes et son allure militaire, De Lorenzo incarnait le figure
du général à l’ancienne. Dans un document top secret daté du 26 novembre 1956
et signé de sa main, le patron du SIFAR évoque des « accords antérieurs »
passés entre la CIA et ses services et précise que l’opération Gladio est en bonne
voie. [34]
Le document, contenant des données hautement sensibles, ne fut pas dévoilé aux
sénateurs chargés de l’enquête parlementaire. « L’accord conclu entre
le SIFAR et la CIA en 1956 concernant l’organisation stay-behind ne peut
à présent pas être rendu public puisqu’il s’agit d’un engagement bilatéral classé
top secret », expliqua l’amiral Fulvio Martini, directeur du SIFAR,
à des sénateurs médusés qui avaient cru, à tort, que le SIFAR devait rendre des
comptes au Parlement italien et pas à la CIA. « La déclassification
du document, que j’ai déjà demandée le 13 décembre 1990 », précisa-t-il,
« nécessite impérativement l’accord de l’autre partie impliquée ». [35] Sur
la liste des projets prioritaires du SIFAR, De Lorenzo plaça la construction d’un
nouveau quartier général pour l’armée secrète, pour lequel la CIA n’hésita pas
à débourser 300 millions de lires. Etats-uniens et Italiens étaient convenu que
pour des raisons de discrétion et de fonctionnalité le nouveau centre du Gladio
ne devait pas être bâti sur le continent mais sur l’une des grandes îles de la
côte Ouest de l’Italie. La Sardaigne fut retenue et le terrain acheté. Le colonel
Renzo Rocca, chef du Bureau R qui dirigeait le Gladio local, fut chargé de superviser
la construction de la nouvelle base où des soldats anticommunistes seraient équipés
et entraînés par des instructeurs des Forces Spéciales US et britanniques. [36]
Le « Centre d’Entraînement au Sabotage » (en italien CAG)
était situé au Cap Marragiu, près du village d’Alghero. Derrière les murs et les
clôtures électrifiées, on construisit un petit port et des bunkers souterrains,
on mit en place de puissants transmetteurs radio longue distance ainsi que des
installations sous-marines destinées à l’entraînement des nageurs de combat ;
enfin, deux courtes pistes d’atterrissage et un héliport furent aménagés. D’autres
bâtiments furent également ajoutés pour l’entraînement au maniement d’armes et
d’explosifs ainsi que pour la formation idéologique. [37] « Je
me suis rendu pour la première fois à Capo Marragiu en 1959 », témoigna
le Gladiateur Ennio Colle suite à la découverte des armées secrètes. Le 27 novembre
1990, Colle avait reçu une lettre du directeur du SISMI l’informant que « l’armée
secrète avait été dissoute ». L’ancien combattant affirma que les membres
de l’unité spéciale étaient maintenus dans l’ignorance au sujet de la dimension
internationale du réseau et qu’ils ignoraient où ils avaient reçu leur entraînement :
« Je ne savais pas où j’étais car ils nous transportaient dans des avions
aux hublots obstrués ». Decimo Garau, un instructeur du CAG, lui-même
formé en Grande-Bretagne, confirma à des journalistes que les Gladiateurs italiens
étaient littéralement maintenus dans l’obscurité : « Ils arrivaient
à bord d’un appareil maquillé et étaient ensuite conduits dans des navettes aux
vitres masquées qui les déposaient devant leurs quartiers. L’entraînement pouvait
alors commencer. » [38] « En
résumé, mon travail consistait à empêcher que les communistes ne s’emparent de
l’Italie aux prochaines élections de 1958 », écrivit l’agent de la CIA
William Colby dans ses mémoires. En automne 1953, il fut envoyé à Rome et placé
sous les ordres du COS Gerry Miller. Les armées secrètes Gladio devaient permettre
à la CIA « d’éviter que les défenses militaires de l’OTAN ne soient
court-circuitées politiquement par une cinquième colonne subversive, le Partito
Communista Italiano (ou PCI) » dans le cadre de ce que Colby décrit
comme « le plus vaste programme d’action politique clandestine jamais
entrepris par la CIA ». Tout comme les communistes, les socialistes
italiens subissaient eux aussi les attaques de la CIA qui orchestrait des campagnes
de diffamation à leur endroit tout en finançant la DCI. « Nous n’allions
tout de même pas abandonner la DCI que nous contrôlions au profit de socialistes
imprévisibles. » Les manœuvres de Colby portèrent leurs fruits et, en
1958, la DCI consolida son pouvoir avec 42 % des voix et 273 sièges tandis
que les communistes, avec leurs 23 %, devaient se contenter de 140 sièges
et les socialistes de 84. [39] Colby
partageait l’enthousiasme du président Dwight Eisenhower pour les opérations secrètes
suite au succès des coups d’État menés conjointement avec le MI6 qui renversèrent
les gouvernements de Mossadegh en Iran en 1953 et d’Arbenz au Guatemala l’année
suivante. En Italie, la manipulation des élections et le financement secret de
la DCI « étaient si efficaces que ceux-là même qui bénéficiaient de
notre aide en ignoraient parfois la provenance », raconta Colby, non
sans une certaine fierté. « Les opérations politiques que mena la CIA
en Italie et dans d’autres pays dans les années qui suivirent, au Chili par exemple,
font aujourd’hui l’objet de critiques véhémentes », observe rétrospectivement
Colby. « On ne peut plus nier à présent l’illégalité d’une telle “ingérence”.
Les lois en vigueur dans la plupart des pays du monde, y compris aux États-Unis,
interdisent à tout gouvernement étranger de s’immiscer dans le processus politique
interne du pays en question. » Toutefois, le vétéran de la Guerre froide
soutient qu’« aider les mouvements démocratiques italiens à riposter
à une campagne de subversion prosoviétique se justifie moralement ». [40] Par
le biais d’une directive top secrète, le Pentagone, qui partageait visiblement
cette conception, ordonna à la CIA de lancer l’« Opération Demagnetize ».
Il s’agissait d’entamer, en collaboration avec les services secrets militaires
français et italiens, des « opérations politiques, paramilitaires et
psychologiques » visant à affaiblir les communistes dans ces deux pays.
La directive du Joint Chiefs of Staff datée du 14 mai 1952 soulignait : « Limiter
l’influence des communistes en Italie et en France est un objectif prioritaire.
Il doit être atteint par tous les moyens » y compris par le recours
à une guerre secrète et à des opérations terroristes. « Il n’est pas
indispensable que les gouvernements italiens et français soient informés du plan
“Demagnetize” car celui-ci pourrait être perçu comme une violation
de leur souveraineté nationale. » [41] Après
l’affectation de Colby au Vietnam, le directeur du SIFAR De Lorenzo poursuivit
sa lutte contre le PCI et le PSI. Un document top secret intitulé Les Forces
Spéciales du SIFAR et l’Opération Gladio et daté du 1er juin 1959 décrivait
comment le programme de guerre non conventionnelle de l’OTAN et les opérations
secrètes anticommunistes étaient coordonnées par le CPC, lui-même étroitement
lié au SHAPE [42].
Il indiquait que, outre une invasion soviétique, l’OTAN redoutait également « une
subversion intérieure » et, particulièrement en Italie, une progression
du parti communiste. « Au niveau national, la possibilité d’une situation
d’urgence telle que décrite plus haut a été et demeure la justification des activités
spéciales du SIFAR. Celles-ci sont menées par la section SAD du Bureau R »,
spécifiait le document, faisant ainsi référence à l’armée secrète Gladio. « Parallèlement
à cette résolution, le directeur du SIFAR a décidé, avec l’approbation du ministre
de la Défense, de confirmer les accords antérieurs conclus à ce sujet entre les
services secrets italiens et états-uniens, conformément au principe de collaboration
mutuelle convenu dans le cadre des activités S/B (stay-behind), en vue
de mener une opération conjointe. » Le général De Lorenzo précisait
en conclusion que les accords passés entre la CIA et le SIFAR et datés du 26 novembre
1956 constituaient « le document de référence de l’Opération “Gladio”
(nom donné aux opérations développées par les deux services secrets) ». [43] Quand
John F. Kennedy fut élu président en janvier 1961, la politique des USA vis-à-vis
de l’Italie s’en trouva modifiée car, contrairement à ses prédécesseurs Truman
et Eisenhower, Kennedy n’éprouvait aucune hostilité à l’égard du PSI. Il partageait
une analyse de la CIA selon laquelle « la progression des socialistes,
même sans intervention extérieure, est la preuve que la sensibilité de gauche
tend, en Italie, vers une forme démocratique de socialisme ». [44]Cependant
les ambitions de réforme de Kennedy se heurtèrent à la résistance tenace du département
d’État et de la CIA. Le secrétaire d’État Dean Rusk rapporta avec horreur au président
que Riccardo Lombardi du PSI avait publiquement réclamé la reconnaissance de la
République populaire de Chine et le retrait des bases militaires US d’Italie,
y compris celle de l’OTAN située près de Naples, et avait déclaré que le capitalisme
et l’impérialisme étaient des ennemis à combattre. « Est-ce avec ce
parti-là que les États-Unis doivent traiter ? » [45] À
Rome, l’ambassadeur Frederick Reinhardt et le COS Thomas Karamessines discutaient
d’un moyen de stopper Kennedy. Ils s’adressèrent à Vernon Walters de la CIA, un
partisan avéré de la lutte anticommuniste, « ayant participé directement
ou indirectement à plus de coups d’État que quiconque dans l’administration états-unienne ». [46]
Il déclara que si Kennedy permettait au PSI de remporter les élections, les USA
devraient envahir le pays. Plus subtilement, Karamessines suggérait de renforcer
les mouvements d’opposition à la gauche présents en Italie. [47]
« Cela aboutit à une situation absurde dans laquelle le président Kennedy
se trouvait opposé à son secrétaire d’État et au directeur de la CIA. » [48] Kennedy
venait de permettre à l’Italie de basculer à gauche. Les socialistes s’étant vu
attribuer des portefeuilles ministériels, les communistes italiens, invoquant
leurs bons résultats aux élections, réclamèrent eux aussi à entrer au gouvernement.
En mai 1963, le syndicat des ouvriers du bâtiment manifesta à Rome dans ce but.
La CIA s’en inquiéta et chargea des membres de l’armée secrète Gladio habillés
en policiers et en civils de réprimer ces mouvements ; plus de 200 manifestants
furent blessés. [49]
Mais pour l’Italie, le pire restait à venir. En novembre 1963, le président Kennedy
fut assassiné à Dallas, au Texas, dans des circonstances troubles. Cinq mois plus
tard, la CIA, le SIFAR, l’armée secrète Gladio et les carabiniers déclenchèrent
un coup d’État qui força les socialistes à renoncer à leurs ministères. Ce
putsch au nom de code « Piano Solo » était dirigé par le général
Giovanni De Lorenzo, l’ancien chef du SIFAR, qui, sur ordre du ministre de la
Défense Giulio Andreotti, un démocrate-chrétien, avait été nommé à la tête des
carabiniers. Collaborant étroitement avec l’expert en guerre secrète de la CIA
Vernon Walters, le chef de l’antenne romaine de la CIA William Harvey et le commandant
des unités Gladio au sein du SID Renzo Rocca, De Lorenzo intensifia la guerre
clandestine. Rocca employa pour la première fois son armée secrète à faire exploser
les bureaux de la DCI et le siège de plusieurs journaux avant d’en accuser la
gauche afin de discréditer les communistes et les socialistes. [50]
Le 25 mars 1964, comme le gouvernement ne vacillait toujours pas, De Lorenzo ordonna
à ses soldats de l’ombre « d’occuper à son signal les agences gouvernementales,
les principaux centres de communication, les sièges des partis de gauche, les
locaux des quotidiens les plus marqués à gauche ainsi que les bâtiments de la
radio et de la télévision. Les agences de presse devaient être investies uniquement
le temps nécessaire pour détruire les rotatives et rendre impossible la publication
des journaux. » [51]
De Lorenzo insista pour que l’opération soit menée « avec autant de
détermination et de vigueur que possible et ne laisser aucune place à l’hésitation
ou au doute » et, selon les termes du rapport d’enquête sur Gladio,
il parvint à rendre ses soldats « enragés et exaltés ». [52] Les
Gladiateurs, qui s’étaient vus remettre une liste de proscription de plusieurs
centaines de noms, avaient ordre de traquer les socialistes et les communistes
y figurant, de les arrêter et de les déporter en Sardaigne où ils devaient être
incarcérés au CAG. Le document intitulé Les Forces Spéciales du SIFAR et l’Opération
Gladio spécifiait que : « Comme le quartier général des Opérations,
le Centre d’entraînement au sabotage CAG est protégé par un système de sécurité
particulièrement efficace et équipé d’installations et de matériel spécialement
conçus pour les cas d’urgence ». [53]
Dans une atmosphère de grande tension, l’armée secrète s’apprêtait à passer à
l’action. Le 14 juin 1964, De Lorenzo donna le feu vert et entra dans Rome avec
blindés, transports de troupes, jeeps et lance-grenades pendant que les forces
de l’OTAN se livraient à de grandes manœuvres militaires dans la région, afin
d’intimider le gouvernement italien. Le général prétexta habilement que cette
démonstration de force avait lieu à la veille du 150e anniversaire de la création
du corps des carabiniers, et, en compagnie du président italien Antonio Segni,
issu de l’aile droite de la DCI et anticommuniste fanatique, ils assistèrent,
radieux, au défilé des troupes. Les socialistes italiens remarquèrent que, contrairement
à l’usage, les chars et les lance-grenades ne furent pas retirés après le défilé
mais restèrent déployés dans Rome pendant tout le mois de mai et une partie de
juin 1964. [54] Très
inquiet de la situation, le Premier ministre Aldo Moro rencontra secrètement le
général De Lorenzo à Rome. Ce fut naturellement un « entretien très
inhabituel entre un Premier ministre au cœur d’une tempête politique et un général
rêvant de le remplacer pour instaurer un régime plus autoritaire ». [55]
Après cette entrevue, les socialistes abandonnèrent leurs ministères sans protester
et proposèrent leurs représentants les plus modérés pour la composition du second
gouvernement Moro. « Ces partis politiques comprirent soudain qu’ils
pouvaient être chassés du pouvoir. En cas de vacance du pouvoir résultant d’un
échec de la gauche, la seule alternative aurait été un gouvernement de crise »,
rappela le socialiste Pietro Nenni des années plus tard, « ce qui dans
le contexte politique du pays aurait signifié un gouvernement de droite ». [56]
Après ce coup, les traces de Gladio furent maquillées. Quelques années plus tard,
en juillet 1968, des enquêteurs voulurent interroger le commandant Renzo Rocca.
Le Gladiateur se disait prêt à coopérer, mais la veille du jour convenu pour l’audition,
il fut retrouvé mort, une balle dans la tête, dans son appartement privé de Rome.
Un juge qui tentait d’élucider l’assassinat fut dessaisi du dossier par sa hiérarchie. [57]
« Il ne fait aucun doute que cette opération servait les intérêts poursuivis
par certains services de l’administration états-unienne », ne purent
que constater les enquêteurs, tandis que l’historien Bernard Cook observa à juste
titre que Piano Solo « portait la signature de Gladio ». [58]
Suite à la découverte des armées secrètes, Ferraresi, un spécialiste du sujet,
conclut que « la nature véritablement criminelle de ce plan est enfin
reconnue aujourd’hui » et dénonce les conséquences dramatiques de Piano
Solo qui a « tenu en échec et ruiné les efforts de la première coalition
de gauche - peut-être la seule véritable tentative de projet réformateur dans
l’Italie d’après-guerre ». [59] Outre
le coup d’État fomenté, le général De Lorenzo espionnait également, sur ordre
du COS Thomas Karamessines l’ensemble de la classe dirigeante italienne. Il était
surtout intéressé par les « comportements anormaux », c’est-à-dire
les relations extraconjugales, homosexuelles et la fréquentation de prostitués,
hommes ou femmes. Dans le langage fleuri de Langley, cela permettait à la CIA
et au SIFAR de tenir les élites italiennes « par les couilles ».
En menaçant de révéler certaines informations compromettantes en leur possession,
ils purent ainsi faire pression pendant des années sur des politiciens, des ecclésiastiques,
des hommes d’affaires, des responsables syndicaux, des journalistes ou des magistrats.
De Lorenzo alla jusqu’à faire poser des micros au Vatican et au Palais du Premier
ministre ce qui permit à la CIA d’écouter et d’enregistrer les conversations jusque
dans les plus hautes sphères du pouvoir italien. La découverte des armées secrètes
provoqua un choc considérable parmi la population et une enquête parlementaire
sur les agissements du SIFAR révéla l’existence de dossiers très documentés sur
les vies de plus de 157 000 citoyens italiens. Certains de ces dossiers étaient
énormes, celui concernant le professeur Amintore Fanfani, un sénateur de la DCI
qui avait assumé de très hautes fonctions dont celles de Premier ministre, était
composé de 4 volumes, chacun épais comme un dictionnaire. « Les
gens étaient épiés par des caméras capables de réaliser des gros plans depuis
une longue distance, leur correspondance était contrôlée, leurs conversations
téléphoniques enregistrées, et des photographies relatives à leurs relations extraconjugales
ou à leurs habitudes sexuelles étaient emmagasinées ». La Commission
parlementaire présidée par le général Aldo Beolchini confirma également qu’« étaient
conservées en priorité les données susceptibles de fournir un moyen de pression ». [60]
Entendu par les enquêteurs, De Lorenzo fut forcé de reconnaître avoir constitué
ces dossiers sur ordre des États-Unis et de l’OTAN. [61]
Cet aveu suscita l’indignation des parlementaires de la commission. « Le
plus grave dans cette affaire », insistèrent ses membres, « c’est
que la collecte de renseignements pour le compte des pays de l’OTAN et du Vatican
est devenue l’une des activités principales du SIFAR ». Les sénateurs
étaient véritablement outrés. « Cette situation bafoue la Constitution.
C’est une violation avérée de la souveraineté nationale, une violation des principes
de liberté et d’égalité des citoyens et une menace constante pour l’équilibre
démocratique de notre pays. » [62] La
guerre secrète de la CIA, en revanche, se situait en dehors du champ d’investigation
des parlementaires italiens. Suite au scandale, le SIFAR fut rebaptisé SID et
confié à la direction du général Giovanni Allavena. Le Parlement ordonna à De
Lorenzo de détruire l’intégralité des dossiers secrets. Et c’est ce qu’il fit,
non sans avoir pris la précaution d’en remettre une copie au représentant local
de la CIA Thomas Karamessines et au général Giovanni Allavena, le nouveau patron
des services secrets. C’était un cadeau d’une valeur inestimable qui permettait
de contrôler l’Italie de l’intérieur. En 1966, Allavena fut remplacé dans ses
fonctions par le général, Eugenio Henke, mais il ne renonça pas au combat anticommuniste
pour autant. En 1967, il fut admis dans une loge maçonnique anticommuniste secrète
baptisée « Propaganda Due », ou P2 en abrégé, et fit à son
Vénérable, Licio Gelli, le don d’une copie des 157 000 dossiers secrets.
 - Le
vénérable Licio Gelli
Des
années plus tard, on découvrit à quel point le Vénérable de Propaganda Due Licio
Gelli et la CIA avaient manipulé la vie politique italienne afin d’empêcher les
communistes d’accéder au pouvoir. Né en 1919, Gelli n’avait reçu qu’une éducation
partielle, ayant été exclu de l’école à 13 ans pour avoir frappé le directeur.
À l’âge de 17 ans, il s’enrôla dans les Chemises noires et partit combattre en
Espagne aux côtés des franquistes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit
comme sergent-major dans la Waffen SS de Hermann Gœring et, à la fin du conflit,
échappa de justesse aux partisans de la gauche italienne en rejoignant l’armée
US. Frank Gigliotti de la loge maçonnique états-unienne recruta personnellement
Gelli et lui confia la mission d’établir un gouvernement parallèle anticommuniste
en Italie avec l’aide de l’antenne romaine de la CIA. Selon un rapport interne
de l’antiterrorisme italien, « C’est Ted Shackley, l’homme qui dirigea
toutes les opérations secrètes de la CIA en Italie dans les années soixante-dix,
qui présenta le chef de la loge maçonnique à Alexander Haig ». Le général
Haig, conseiller militaire de Nixon, qui commanda des troupes au Vietnam avant
d’occuper les fonctions de SACEUR de l’OTAN entre 1974 et 1979, et le conseiller
pour la Sécurité nationale Henry Kissinger « autorisèrent Gelli, à l’automne
1969, à recruter au sein de sa loge 400 officiers supérieurs de l’armée italienne
et de l’OTAN ». [63]
Pendant toute la durée de la Guerre froide, celui-ci entretint d’excellentes relations
avec les États-Unis. En signe de confiance et de respect, Gelli fut invité à assister,
en 1974, à la cérémonie d’investiture du président Gerald Ford ainsi qu’à celle
de Carter trois ans plus tard. Lorsque Ronald Reagan fut élu à la Maison-Blanche
en 1981, c’est avec fierté que Gelli reçut l’invitation de s’asseoir au premier
rang. C’était l’homme de Washington en Italie et, à ses yeux, il protégeait le
pays de la gauche et prétendait à ce titre « mériter une médaille ». [64]
 - Reçu
des frais de capitation et d’initiation de Silvio Berlusconi au sein de
la vénérable loge Propaganda Due, affiliée au Grand Orient d’Italie.
En
avril 1981, dans le cadre d’une enquête criminelle, des magistrats milanais perquisitionnèrent
la villa de Licio Gelli à Arezzo et y découvrirent les dossiers de P2 dont on
ignorait alors l’existence. Une enquête parlementaire dirigée par Tina Anselmi
révéla ensuite, à la grande surprise du peuple italien, que la liste des membres
de la loge anticommuniste secrète P2 saisie à Arezzo comportait au moins 962 noms
et estimait les effectifs de l’organisation à environ 2 500. Ce véritable « Who’s
Who de l’Italie » rassemblait non seulement les individus les plus conservateurs
mais également les plus influents du pays : 52 officiers supérieurs du corps
des carabiniers, 50 hauts gradés de l’armée italienne, 37 responsables de la brigade
financière, 29 officiers supérieurs de la Marine italienne, 11 préfets de police,
70 industriels fortunés et puissants, 10 directeurs de banques, 3 ministres en
exercice, 2 anciens ministres, 1 président de parti politique, 38 membres du Parlement
et 14 hauts magistrats. La liste comportait aussi des individus plus bas dans
la hiérarchie sociale tels que des maires, des directeurs d’hôpitaux, des avocats,
des notaires et des journalistes. Le nom le plus célèbre qui y figurait est celui
de Silvio Berlusconi, qui fut élu président du Conseil en mai 2001, coïncidence :
presque 20 ans jour pour jour après la découverte de l’existence de Propaganda
Due. [65] « Nous
avons abouti à la conclusion définitive que la souveraineté italienne est limitée
par l’ingérence des services secrets états-uniens et de la Franc-Maçonnerie internationale »,
regretta Antonio Bellochio, un communiste membre de la commission Anselmi, qui
déplora également que, sous la présidence de Reagan, les parlementaires italiens
aient négligé d’enquêter sur les liens unissant Propaganda Due et les USA. « Si
la majorité des membres de la commission avaient approuvé notre analyse, ils auraient
été forcés d’admettre qu’ils ne sont en fait que des pantins entre les mains des
Etats-uniens et je doute qu’ils acceptent jamais de se rendre à cette évidence. » [66]
Le rapport d’enquête faisait également remarquer que si la Franc-Maçonnerie est
présente en Allemagne, en Espagne, en France, en Argentine, en Australie, en Uruguay,
en Irlande, en Grèce, en Indonésie et dans la plupart des pays du monde, sa véritable
maison mère se trouvait aux États-Unis où elle comptait pas moins de 5 millions
de membres. [67]
« Si la démocratie est un système de règles et de procédures qui définissent
le cadre de l’action politique, qu’arrive-t-il quand un autre système vient se
greffer, avec ses règles mystérieuses, ses procédures occultes, son pouvoir immense
et sa capacité à se protéger des institutions légales par le mur du secret ? »
s’interrogeaient les parlementaires tout en dénonçant la « dangerosité
d’une telle activité extraparlementaire ». [68] Le
gouvernement parallèle anticommuniste P2 et l’armée parallèle anticommuniste Gladio,
tous deux financés par les États-Unis, travaillèrent en étroite collaboration
durant la Première République italienne. Licio Gelli, qui, après la découverte
de la loge P2, avait échappé à l’arrestation en se réfugiant en Afrique du Sud,
fut fier de confirmer, après la fin de la Guerre froide, que l’armée secrète était
composée d’anticommunistes farouches. « Bon nombre d’entre eux avaient
combattu comme mercenaires lors de la guerre civile espagnole ou avaient servi
sous la république fasciste de Salo. Ils ne recrutaient que des anticommunistes
avérés. Je sais que c’était une organisation très structurée. Si l’influence des
communistes s’étaient étendue en Italie, nous aurions, avec l’aide des Etats-uniens,
livré une nouvelle guerre avec les armes qui nous auraient été larguées en quantité. » [69]
Les Gladiateurs étaient bien payés, expliqua Gelli, car les USA investissaient
en abondance dans le réseau : « Les Etats-uniens leur offraient
beaucoup d’argent, l’équivalent d’un très bon salaire. En plus, ils garantissaient
un soutien financier aux familles des Gladiateurs tués au combat. » [70] Gelli
explique ainsi la double fonction de l’armée secrète : « Le but
de Gladio et des organisations similaires qui existaient dans tous les pays d’Europe
de l’Ouest était de contrer une invasion de l’Armée rouge ou un éventuel coup
d’État d’un parti communiste ». « Le fait que, pendant toutes
ces années, le PCI ne soit jamais parvenu au pouvoir malgré ses tentatives répétées,
c’est à l’organisation Gladio qu’on le doit. » [71]
En faisant implicitement référence aux nombreux attentats perpétrés en Italie,
le documentariste Francovich demanda à Gelli : « Jusqu’où étiez-vous
prêts à aller dans votre campagne contre le communisme ? », lequel
répondit vaguement : « Ah, le communisme était l’ennemi numéro
un. [Silence] Nous étions une association de croyants. Nous ne tolérions pas les
non croyants. Nous voulions stopper le communisme dans son élan, éradiquer le
communisme, combattre le communisme. » [72] Comme
après la mort de Kennedy, durant la présidence de Lyndon Johnson, les communistes
et les socialistes italiens continuaient de jouir d’une grande popularité et d’obtenir
de bons résultats aux élections, la droite italienne et la CIA poursuivirent leur
guerre secrète. En 1965, suite au succès de l’Opération Piano Solo, le commandant
du Gladio Renzo Rocca organisa, sur ordre de la CIA et du SIFAR, un congrès de
l’extrême droite à Rome sur le thème de « la contre-révolution armée »
et « la défense de l’Italie contre le communisme par tous les moyens
nécessaires ». L’Institut Alberto Pollio, un groupe de réflexion de
droite, servit de couverture au SIFAR et à la CIA pour la tenue de ce congrès
au luxueux hôtel Parco dei Principi de Rome, du 3 au 5 mai 1965. Les militants
d’extrême droite présents convinrent que « la Troisième Guerre mondiale
a déjà commencé, même si elle se livre à un faible niveau d’intensité militaire ».
Parmi les orateurs, Eggardo Beltrametti soulignait que : « C’est
une lutte à mort et nous sommes résolus à éradiquer le communisme par tous les
moyens. Nous préférerions nous contenter de méthodes non violentes, mais nous
ne devons pas exclure d’envisager d’autres formes de combat. » [73]
L’enquête parlementaire italienne permit de découvrir que les participants de
la tristement célèbre conférence du Parco dei Principi avaient régulièrement fait
référence à une mystérieuse organisation militaire parallèle, dont on n’apprit
que plus tard qu’il s’agissait de Gladio. [74] Richard
Nixon, qui devint président des États-Unis en janvier 1969, et Richard Helms,
directeur de la CIA de juin 1966 à février 1973 qui organisa le coup d’État par
lequel le dictateur Pinochet prit le pouvoir au Chili, partageaient l’analyse
de l’extrême droite italienne. En effet, les agents de la CIA à Rome vécurent
un nouveau cauchemar lors des élections de 1968, quand la DCI fut une fois encore
battue par l’alliance des socialistes et des communistes tandis que, dans les
rues, se multipliaient les manifestations non violentes des opposants à la guerre
du Vietnam. La riposte survint le soir du 7 décembre 1970, quand Junio Valerio
Borghèse, le célèbre fasciste italien sauvé en 1945 par James Angleton, déclencha
le second coup d’État du Gladio, avec l’appui de la CIA. L’opération secrète était
baptisée « Tora Tora », d’après le nom de code de l’attaque
japonaise sur Pearl Harbor qui décida de l’entrée en guerre des USA le 7 décembre
1941. Le plan prévoyait, dans sa phase finale, l’intervention des bâtiments de
guerre de l’OTAN et des États-Unis en alerte en Méditerranée. À
l’instar de Piano Solo, l’opération comportait l’arrestation des leaders syndicaux
et des partis de gauche, de journalistes en vue et d’activistes politiques qui
devaient ensuite être évacués par la mer et emprisonnés au centre Gladio, en Sardaigne.
Plusieurs centaines d’hommes en armes commandés par Borghèse se déployèrent dans
le pays pendant que des unités d’élite se rassemblaient dans Rome. À la faveur
de l’obscurité, un détachement de paramilitaires emmené par le célèbre leader
d’extrême droite Stefano Delle Chiaie parvint à investir le ministère de l’Intérieur,
avec la complicité des gardes. Les conspirateurs s’emparèrent d’un lot de 180
mitraillettes et utilisèrent un camion pour les sortir du bâtiment et les faire
parvenir à leurs complices. Une deuxième unité, comme le révéla l’enquête parlementaire
sur Gladio, commandée par le parachutiste et partisan d’extrême droite Sandro
Saccucci était chargée d’arrêter les fonctionnaires politiques. Un troisième groupe
armé, comportant notamment des carabiniers ayant participé à Piano Solo, attendait
dans un gymnase de la Via Eleniana, à Rome, prêt à intervenir. Dans la capitale,
une unité clandestine, placée sous le commandement du général Casero devait occuper
le ministère de la Défense. Sous les ordres du général Berti, un escadron d’hommes
armés jusqu’aux dents et équipés de menottes se tenait à quelques centaines de
mètres des bâtiments de la télévision et de la radio. Un autre groupe de putschistes,
commandé par le général Amos Spiazzi, s’apprêtait à marcher sur Sesto San Giovanni,
une banlieue ouvrière de Milan, fief de l’électorat communiste où la CIA prévoyait
une forte résistance. [75] L’Italie
était au bord du coup d’État. Mais rien ne se passa. Au cours de la nuit du 7
au 8 décembre, peu avant 1 h 00, Borghèse, le leader du putsch, reçut un mystérieux
coup de téléphone et l’opération fut annulée. Les conspirateurs abandonnèrent
leurs postes stratégiques et regagnèrent leurs quartiers. Au Chili et en Grèce,
l’extrême droite avait pris le pouvoir par un coup d’État suite à une forte progression
des partis de gauche. Pourquoi le putsch a-il avorté en Italie ? Des membres
de la Mafia, recruté par la CIA pour appuyer les conspirateurs, témoignèrent plus
tard que les services de renseignement de l’URSS avaient eu connaissance du projet
et que, suite à cela, les forces US et de l’OTAN avaient remarqué la présence
d’un grand nombre de navires de guerre soviétiques en Méditerranée. « Si
le coup d’État avorta et si rien ne fut finalement fait, c’est en partie parce
qu’il y avait alors un grand nombre de bâtiments de guerre soviétiques en Méditerranée »,
déclara Tommaso Buscetta, un ponte de la Mafia, au juge Giovanni Falcone en 1984. [76]
Un autre mafioso, Luciano Liggio, se lamente sur son sort : « Ils
m’ont dit que les services secrets et les Etats-uniens étaient pour. Je leur ai
dit d’aller se faire voir et, du coup, j’ai écopé de la prison à vie. » [77] D’après
le plan conçu par la CIA et Borghèse, le monde et l’Italie auraient découvert,
au matin du 8 décembre 1970, qu’un nouveau régime autoritaire de droite gouvernait
la péninsule. « Les principes qui régissent notre politique depuis 25
ans et nous ont amené au bord de la faillite économique et morale sont révolus »,
devait déclarer Borghèse à la population lors d’une allocution à la télévision
ce matin-là. « Les forces armées, les forces de l’ordre, les hommes
les plus compétents et légitimes de cette nation sont avec nous et, vous pouvez
en être sûr, nos pires ennemis, ceux qui ont voulu inféoder notre patrie aux puissances
étrangères, ont été mis hors d’état de nuire. » Suite à cela, Borghèse
et ses conjurés avaient imaginé de mettre en œuvre leur programme politique qui
prévoyait « que soient maintenus les engagements militaires et financiers
vis-à-vis de l’OTAN et que soit conçu un plan en vue d’un renforcement de la contribution
de l’Italie à l’Alliance Atlantique » sans oublier la nomination d’une
délégation spéciale qui devait se rendre aux États-Unis afin de discuter d’une
contribution militaire de l’Italie à la guerre du Vietnam ! [78] Qui
passa ce mystérieux coup de téléphone qui arrêta la marche de l’armée Gladio peu
après minuit ? Le directeur de la CIA William Colby suggéra à demi-mot que
ce fut le président Nixon en personne. Dans ses mémoires, il écrivit : « Bien
sûr, elle [la CIA] a tenté un coup d’État militaire en 1970, sur ordre direct
du président Nixon ». [79]
Pour le président républicain, le monde se résumait à un champ de bataille où
les communistes menaçaient de prendre le dessus, c’est pourquoi, à l’époque de
Tora Tora, et tout en livrant la guerre du Vietnam, il bombardait également, avec
peu de scrupules, le Cambodge voisin, tuant des milliers d’habitants de ce pays
supposé neutre. [80]
Remo Orlandini, un riche homme d’affaires italien proche de la droite prétendit
que le président des Etats-Unis était également impliqué dans l’Opération Tora
Tora. En 1973, au quartier général du SID, il eut une discussion en tête à tête
à ce sujet avec le capitaine Antonio Labruna. Quand celui-ci l’interrogea sur
« le soutien de l’étranger », Orlandini lui fit une réponse
brève mais éloquente : « L’OTAN. Et l’Allemagne [de l’Ouest]. Pour
ce qui est des militaires parce qu’on ne fait aucune confiance aux civils. »
Labruna insista : « Il me faut les noms, et tout le reste parce
que je connais assez bien la scène internationale ... », ce à quoi Orlandini
répondit : « Écoutez, en Amérique, on avait le soutien de Nixon,
et de son entourage. » Pour Orlandini, l’ordre qui mit un terme au putsch
du Gladio pouvait très bien émaner d’un haut représentant de l’OTAN, « C’est
pour ça que je vous dis que vous n’avez pas la moindre idée de l’ampleur et de
l’importance de la chose », répéta-t-il à Labruna. [81] Giovanni
Tamburino, un magistrat du parquet de Padoue mena une enquête approfondie sur
l’Opération Tora Tora et découvrit, à sa grande surprise et bien avant les révélations
sur Gladio, qu’elle impliquait une mystérieuse armée secrète. Il fit procéder
à l’arrestation de Vito Miceli, alors à la tête du SID et qui avait dirigé le
Bureau de Sécurité de l’OTAN à Bruxelles. Tamburino inculpa Miceli pour avoir
« promu, mis en place et organisé, avec l’aide de complices, une association
secrète regroupant civils et militaires et destinée à provoquer une insurrection
armée visant à modifier illégalement la Constitution et la composition du gouvernement ». [82]
Les informations obtenues par le juge suggéraient l’existence au sein du SID d’une
mystérieuse organisation armée, le nom de code Gladio n’ayant pas encore été révélé,
cette structure fut appelée « Super-SID » lors des auditions.
Au cours de son procès, le 17 novembre 1974, Miceli s’emporta : « Si
je disposais d’un super-SID sous mes ordres ? Bien sûr ! Mais je ne
l’ai pas monté moi-même dans le but de tenter un coup d’État. Je n’ai fait qu’obéir
aux ordres des États-Unis et de l’OTAN ! » [83]
En 1977, alors que le procès traînait en longueur, Miceli fut contraint de s’expliquer :
« Il y a toujours eu une certaine organisation top secrète, connue des
plus hauts personnages de l’État, agissant dans le domaine des services secrets
et impliquée dans des activités qui n’avaient rien à voir avec le renseignement
(...) Si vous voulez des détails, ne comptez pas sur moi. » [84]
En 1990, quand le Premier ministre Andreotti divulgua l’existence de Gladio, Miceli
fut très contrarié et, jusqu’au jour de sa mort, il n’eut de cesse de pester contre
ces révélations. [85] Le
colonel Amos Spiazzi fut lui aussi condamné à la prison car, lors du coup d’État
de Borghèse, il avait rassemblé ses Gladiateurs à Milan pour mater les syndicats
communistes. « Le jour du putsch de Borghèse, le 8 décembre 1970, je
reçus l’ordre d’effectuer un exercice de maintien de l’ordre public, en faisant
appel à des hommes de confiance », racontait-t-il dans un documentaire
de la BBC consacré à Gladio. « Nous étions censés occuper à l’avance
certains sites, qui seraient particulièrement sensible en cas de soulèvement populaire »,
expliquait-il, interviewé chez lui, devant une photo de lui en uniforme effectuant
le salut nazi. « À cette époque-là, je savais simplement qu’il existait
une structure composée d’anticommunistes fervents, mais qui ne devait être activée
que dans l’hypothèse d’un invasion du pays », précisait le militant
d’extrême droite. « Quand j’ai été arrêté en 1974, je me suis trouvé
dans une situation délicate. Le juge m’interrogeait sans relâche, au bout d’un
moment, j’ai compris qu’il pensait découvrir quelque chose de révolutionnaire
ou d’anticonstitutionnel. Pour moi c’était une organisation de Sécurité nationale. »
|
| Le
témoignage de Spiazzi était confus. « Le juge appartenait au même système
que mes supérieurs. Pouvais-je lui dire certaines choses ? Non, à cause du
secret militaire. » Spiazzi demanda donc au juge de pouvoir parler au
directeur du SID Vito Miceli qui lui indiqua maladroitement de garder le silence
sur Gladio. « Il m’a fait signe de ne rien dire [Spiazzi imita alors
le geste de la main fait par Miceli au tribunal]. Mais le juge a remarqué ce signe.
Son “non” [sur l’existence de Gladio] équivalait en fait à un “oui”. » [86]
Au total, 145 conspirateurs ayant pris part à Tora Tora furent inculpés, parmi
lesquels seuls 78 furent réellement jugés. 46 furent reconnus coupables par le
Tribunal de Rome, mais tous furent acquittés en appel. Ainsi, tous les Gladiateurs
ressortirent libres de cette parodie de procès. Au
grand désarroi de la CIA et de l’administration Nixon, Tora Tora, ce coup d’État
avorté, ne parvint pas à arrêter la gauche italienne. Lors des élections de 1972,
la DCI pro-US n’obtint, avec 39 % des suffrages, qu’une courte victoire sur
les communistes du PCI et les socialistes du PSI qui comptabilisèrent 37 %. [87]
Et ce, malgré le fait que, sur ordre de Nixon, Graham Martin, l’ambassadeur des
États-Unis à Rome, ait investi 10 millions de dollars dans des opérations secrètes
et de corruption en faveur de la DCI, comme le révéla une enquête parlementaire
états-unienne sur la CIA conduite par Ottis Pike. Tandis que Moscou soutenait
financièrement le PCI, Washington arrosait la DCI, comme l’apprit Pike :
« La CIA évalue le montant du financement de campagnes électorales par
les USA au cours des 20 dernières années à environ 65 millions de dollars ». [88] Comme
les communistes et les socialistes italiens continuaient d’obtenir de très bons
résultats aux élections et disposaient de nombreux sièges au Parlement, ils auraient
naturellement dû être associés au gouvernement. Toutefois, le président Nixon
était fermement opposé à une telle ouverture à gauche car il craignait de voir
divulguer les secrets de l’OTAN. Suite au scandale du Watergate, ce grand partisan
des opérations spéciales fut contraint de démissionner le 8 août 1974 ; le
lendemain, en prenant ses fonctions à la Maison-Blanche, son vice-président Gerald
Ford déclara : « Ce long cauchemar national est enfin terminé ». [89]
Ces paroles trouvèrent un écho en Italie où beaucoup espéraient un tournant dans
la politique états-unienne, le ministre des Affaires étrangères italien par intérim
Aldo Moro de la DCI et le président Giovanni Leone se rendirent à Washington en
septembre 1974 pour discuter de l’entrée de la gauche italienne au gouvernement.
Leurs espoirs furent vite balayés. Ford pardonna tous les crimes commis durant
la présidence Nixon et conserva les personnages clés de son administration. Au
cours d’une confrontation musclée, Henry Kissinger, qui, après avoir été le conseiller
à la Sécurité nationale de Nixon, occupait à présent le poste de secrétaire d’État,
déclara aux représentants italiens que la gauche ne devait en aucun cas entrer
au gouvernement. L’Italie devait rester fortement impliquée dans l’OTAN. Cette
visite officielle accabla Aldo Moro qui, après les opérations Piano Solo et Tora
Tora, ne se faisait plus d’illusions sur l’indépendance de la Première République
Italienne vis-à-vis des États-Unis.
 - Le
Premier ministre Aldo Moro, prisonnier des Brigades rouges, sous l’oeil
vigilant des services secrets de l’OTAN.
À
son retour en Italie, Moro fut souffrant pendant des jours et envisagea de se
retirer complètement de la vie politique. « C’est l’une des rares fois
où mon mari me fit part de ce qu’on lui avait dit, sans toutefois me dire de qui
cela provenait », témoigna plus tard Eleonora Moro. « Je vais
tenter de me souvenir de ses mots : "Vous devez renoncer à votre politique
consistant à collaborer directement avec chacune des forces politiques de votre
pays. Faites-le maintenant ou vous le paierez très cher." » [90]
Lors des élections législatives de juin 1976, le PCI réalisa le meilleur score
de son histoire, 34,4 %, infligeant une cinglante défaite à la DCI. En conséquence,
Aldo Moro, Premier ministre démocrate chrétien, se décida à passer outre l’interdiction
formulée par les Etats-uniens. Le 16 mars 1978, emportant dans son attaché-case
les documents du « compromis historique » (compromesso
storico), il ordonna à son chauffeur de le conduire, en compagnie de ses gardes
du corps, au Palais du Parlement italien, à Rome, où il était résolu à présenter
son programme intégrant les communistes à l’exécutif italien. La voiture de Moro
approchait du carrefour de la Via Mario Fani et de la Via Stresa, dans le quartier
résidentiel où il habitait, quand une Fiat blanche fit soudain marche arrière
et vint se mettre en travers de la route. Le chauffeur du président freina si
brutalement que la voiture d’escorte vint percuter l’arrière du véhicule. Les
2 occupants de la voiture blanche et 4 autres individus qui attendaient dans la
rue ouvrirent le feu sur les 5 gardes du corps de Moro. Le président, qui paraissait
inquiet depuis son retour de Washington, avait demandé une voiture blindée, mais
sa requête avait été rejetée. Les balles transpercèrent donc sans mal la carrosserie
tuant sur le coup les gardes du corps. L’un d’eux parvint toutefois à faire feu
deux fois sur les assaillants, mais il fut achevé à bout portant en même temps
que ses deux collègues survivants. Moro fut capturé et retenu en otage dans le
centre de Rome pendant 55 jours. Puis, on découvrit son corps criblé de balles
dans le coffre d’une voiture abandonnée dans le centre de Rome, et garée symboliquement
à mi-chemin du siège de la DCI et de celui du PCI. L’Italie
était sous le choc. Les services secrets militaires et le Premier ministre en
fonction, Giulio Andreotti, accusèrent l’organisation terroriste d’extrême gauche
les Brigades Rouges et prirent des mesures énergiques contre la gauche. 72 000
barrages furent dressés et 37 000 maisons fouillées. En moins de deux mois, plus
de 6 millions de personnes furent entendues. Durant la captivité de Moro, sa famille
proche vécut 5 semaines d’angoisse, son épouse Eleonora demanda même de l’aide
au Pape Paul VII, un vieil ami de son mari. « Il m’a dit qu’il ferait
tout son possible et je sais qu’il a essayé, mais il a rencontré trop de résistance ». [91]
L’otage Moro lui-même comprit qu’il était victime d’un crime politique dans lequel
les Brigades Rouges étaient instrumentalisées par la droite dure et les États-Unis.
Dans sa dernière lettre, il demanda qu’aucun représentant de la DCI corrompue
ne soit présent à son enterrement. « Embrasse tout le monde pour moi »,
écrivit-il à sa femme et à ses enfants, pleinement conscient qu’il allait bientôt
mourir. « Transmets-leur toute ma tendresse. Sois forte, ma douce, dans
cette épreuve si absurde et incompréhensible. Telle est la volonté du Seigneur.
Entretiens mon souvenir dans le cœur de tous nos amis, je vous embrasse chaudement
en signe de mon éternel amour. J’aimerais savoir, avec mes yeux de simple mortel,
sous quelle forme nous nous retrouverons dans l’autre monde. » [92] La
commission sénatoriale chargée d’enquêter sur Gladio et le terrorisme soupçonna
la CIA et les services secrets militaires italiens, et notamment leurs escadrons
Gladio, d’avoir organisé l’assassinat de Moro. Elle rouvrit donc le dossier, mais
découvrit avec stupeur que presque tous les documents relatifs à l’enlèvement
et au meurtre de Moro avaient mystérieusement disparu des archives du ministère
de l’Intérieur. Les dossiers contenaient toutes les transcriptions des communications
téléphoniques officielles, les lettres échangées entre Moro et le gouvernement,
les contacts pris avec les forces de sécurité et les minutes des réunions organisées
durant les 55 jours que dura la captivité du Premier ministre. Le Sénat s’insurgea
contre « la disparition des documents de la cellule de crise du ministère
de l’Intérieur » et souligna que « l’affaire Moro doit être
envisagée dans un contexte plus large » puisqu’il est nécessaire de
« replacer les faits dans la réalité politique de l’époque ».
Il conclut que l’assassinat d’Aldo Moro était « un projet criminel dans
lequel les Brigades Rouges furent vraisemblablement les instruments d’un jeu politique
plus vaste ». [93]
Les sénateurs remarquèrent également qu’en 1978 « l’administration des
États-Unis refusa tout d’abord de coopérer dans le cadre de l’enquête sur l’enlèvement
et qu’elle envoya plus tard un seul expert en prise d’otage qui travailla sous
la direction du ministère de l’Intérieur ». [94] La
tragédie de l’histoire italienne atteignit son paroxysme pendant les années de
présidence de Richard Nixon, quand la droite répandit le sang et la terreur dans
le pays et le conduisit au bord de la guerre civile. Les terroristes posaient
des bombes dans les lieux publics et désignaient les communistes comme responsables
afin d’affaiblir l’influence du PCI et du PSI. « Son implication supposée
dans les attentats de Bologne [95]
est potentiellement l’accusation la plus sérieuse portée contre Gladio »,
titra la presse quand, en 1991, la Commission parlementaire chargée d’enquêter
sur Gladio et le terrorisme reçut un mémorandum anonyme suggérant que les explosifs
utilisés à Bologne provenaient d’un arsenal de Gladio. [96]
Le général Gerardo Serravalle, qui avait commandé les unités Gladio au sein du
SID entre 1971 et 1974, confirma par la suite qu’à son grand regret, certains
Gladiateurs « ont pu passer d’une logique défensive post-invasion à
une logique offensive de guerre civile ». [97]
Lorsqu’un journaliste de la BBC lui demanda pourquoi, compte tenu du danger manifeste,
il n’avait pas décidé de démanteler le réseau, Serravalle répondit : « Et
bien, le démanteler relevait d’une décision politique, qui était hors de ma sphère
de compétences ». [98] C’est
la CIA qui contrôlait l’armée secrète italienne et, quand Serravalle fit part
de ses inquiétudes concernant les opérations intérieures du réseau clandestin,
il se heurta au COS Howard Stone, le chef de l’antenne romaine de l’Agence, qui
suspendit les aides fournies par la CIA. « En prenant mes fonctions,
j’ai remarqué que le financement états-unien, prévu par des accords bilatéraux,
et en particulier l’approvisionnement en armes et en matériel, avait été interrompu. »
Furieux, Serravalle convoqua Stone au quartier général du Gladio, en Sardaigne.
Quand le COS s’y rendit, en compagnie de l’officier de la CIA Mike Sednaoui, Serravalle
leur dit : « Voici notre centre d’entraînement, etc... Vous pourriez
nous aider à atteindre notre potentiel maximal. Alors pourquoi nous couper vos
aides ? Si c’est une décision de votre gouvernement, nous l’acceptons. Mais
vous nous devez une explication. » Il comprit peu après que « la
CIA, que représentaient ces deux agents, n’était pas tant intéressée par le niveau
de notre entraînement que par les possibilités de contrôle interne. En d’autres
termes notre capacité à réprimer des soulèvements populaires, à saboter des grèves
nationales et, par-dessus tout, à contrer la progression du parti communiste.
M. Stone expliqua clairement que le soutien financier de la CIA dépendait
uniquement de notre disposition à programmer et à mettre en application —appelons-les
ainsi— des mesures internes. » [99] « Il
apparaît sans l’ombre d’un doute que des éléments de la CIA ont entrepris, dans
la deuxième moitié des années soixante, une vaste opération visant à contrer,
par tous les moyens nécessaires, le développement de groupes et de mouvements
de gauche dans toute l’Europe », conclut en 1995, le rapport final de
370 pages de l’enquête du Sénat italien sur Gladio et le terrorisme. « Il
se dégage de cette analyse l’image d’un pays qui, pendant plus de 40 ans, a vécu
dans un climat délétère de division. Les tensions qui ont caractérisé ces 4 décennies
trouvent probablement leur origine dans la réalité sociale interne du pays. Cependant,
ces tensions n’auraient pu perdurer, elles n’auraient pu atteindre cette dimension
tragique, et la recherche de la vérité n’aurait été entravée à de si nombreuses
reprises, si la situation politique intérieure n’avait été conditionnée et contrôlée
par le système international dans lequel s’inscrivait l’Italie. » [100] Au
regard de la violence qui avait caractérisé l’histoire de la Première République
Italienne —les statistiques officielles indiquent 491 civils tués et 1 181 autres
blessés et mutilés entre 1969 et 1987— cette formulation parut trop frileuse aux
membres de la commission issus de la gauche. Ils poursuivirent toutefois leurs
investigations, sous la présidence du sénateur Pellegrini, et continuèrent à entendre
des témoins et à examiner des documents. En juin 2000, ils présentèrent leur rapport
final de 326 pages concluant que : « Ces massacres, ces attentats
et ces opérations militaires ont été organisés, encouragés ou soutenus par des
hommes au sein même des institutions italiennes et, comme il a été découvert plus
récemment, par des hommes liés aux structures du renseignement états-unien ». [101] Pour
étayer cette conclusion lourde d’implications, le rapport de 2000 sur Gladio incluait
plusieurs témoignages de Gladiateurs. Le soldat de l’ombre Giuseppe Tarullo, qui
était entré au SIFAR en 1961, avait déclaré sous serment aux sénateurs que, parallèlement
à la préparation d’une invasion, leur tâche avait également consisté à contrôler
les communistes italiens : « Même entre nous, nous parlions de
mission interne. On racontait que la structure, avec ses connections à l’étranger,
aurait également été activée pour contrer une subversion interne, avec l’appui
des Forces Spéciales. Par subversion interne, nous entendions un changement de
gouvernement contraire à la volonté du pouvoir en place. » [102]
Le Gladiateur Giuseppe Andreotti l’exposa comme suit aux sénateurs : « La
structure Gladio répondait à une logique interne, en ce sens que, comme je l’ai
déjà expliqué, elle devait s’opposer à la prise du pouvoir par un régime réprouvé
par la population, c’est-à-dire une dictature de droite ou de gauche ». [103] Le
Gladiateur Manlio Capriata, qui, avec le rang de général, avait dirigé le Bureau
R au sein du SIFAR entre février et juin 1962, témoigna devant les sénateurs :
« Je confirme que la section V, et par conséquent l’organisation S/B
[stay-behind] et le CAG [le Centro Addestramento Guastatori, en
Sardaigne] avaient une fonction antisubversive dans le cas où les forces politiques
de gauche seraient parvenues au pouvoir ». [104]
Compte tenu des preuves amassées, le sénateur Valter Bielli conclut : « Je
suis convaincu que l’intervention des Etats-uniens en Italie est à présent un
fait historique avéré ». À Washington, l’administration Clinton, plutôt
embarrassée, préféra s’abstenir de tout commentaire tandis qu’une source anonyme
de l’ambassade US à Rome déclara : « Ce sont les mêmes accusations
que l’on entend depuis 20 ans, elles ne sont absolument pas fondées ». [105] Mais
le sénateur Bielli refusait d’en démordre, il affirma : « Ils se
sont ingérés pour empêcher une victoire démocratique du parti communiste. La menace
rouge n’existe plus et il serait souhaitable que les Etats-uniens eux-mêmes nous
aident à clarifier ce qui s’est passé. » Alors que l’ex-Union soviétique
ouvrait ses archives, les États-Unis ne laissaient rien filtrer. « Pendant
la Guerre froide, l’Est était sous domination communiste, mais l’Ouest lui aussi
est d’une certaine manière devenu une colonie états-unienne », se plaignit
Bielli. Aldo Giannuli, un historien travaillant comme consultant auprès de la
commission parlementaire insista à raison sur la nécessité d’étendre à présent
l’enquête au niveau international et d’examiner les documents de l’Alliance Atlantique :
« Le vrai problème aujourd’hui, c’est d’obtenir l’accès aux archives
de l’OTAN ». [106] (A
suivre…)
Documents
joints
| |
Stato Maggiore della Difesa. Servizio Informazioni
delle Forze Armate. Ufficio R – Sezione SAD : Le forze speciali del SIFAR
e l’operazione Gladio. Roma, 1 Giugno 1959. (PDF - 178.3 ko)
|
| |
Commissione parlamentarre di inchiesta sulle
cause dell’occultamento di fascicioli relativi a crimini nazifascisti (2006)
(PDF - 1.9 Mo) |
[1]
S’il est avéré que le PCI a reçu un important soutien financier de Moscou, les
relations exactes entre celui-ci et le Parti communiste soviétique pendant la
Guerre froide font tonjours débat parmi les historiens. Sergio Romano, ambassadeur
d’Italie en URSS de 1985 à 1989, rapporta que jusqu’à la fin des années 1970,
la plupart des ressources financières du PCI provenaient du Parti communiste soviétique.
Parmi les enquêtes menées sur ces liens entre le PCI et Moscou figurent :
Joan Barth Urban, Moscow and the Italian Communist Party : From Togliatti
to Berlinguer (Cornell University Press, Ithaca, 1986), Gianni Cervetti, L’Oro
di Mosca : La Verita sui Finanziamenti Sovietici al PCI Raccontata dal Diretto
Protagonista (Baldini & Castoldi, Milan, 1993, réédité en 1999) et Valerio
Rima, Oro da Mosca. I Finanziamenti Sovietici al PCI dalla Rivoluzione d’Ottobre
al Crollo dell’ URSS (Mondadori, Milan, 1999). [2]
Senato della Repubblica. Commissione parlamentare d’inchiesta sul terrorismo in
Italia e sulle cause della mancata individuazione dei responsabiliy delle stragi :
Il terrorismo, le stragi ed il contesto storico politico. Redatta dal presidente
della Commissione, Senatore Giovanni Pellegrino. Rome, 1995, p.20. Ce rapport
du Sénat italien constitue l’un des documents de référence sur Gladio et plus
généralement sur les actions clandestines menées par les États-Unis en Italie.
Il traite de Gladio, du terrorisme et d’attentats non résolus. Afin d’éviter toute
confusion avec le second rapport sénatorial, lui aussi très intéressant, présenté
en 2000, le premier document sera appelé le Rapport de l’enquête sénatoriale de
1995 sur Gladio et les attentats . [3]
Magazine italien Panorama du 10 février 1976. Cité dans le Rapport de
l’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les attentats, p.13. [4]
Roberto Faenza, Gli americani in Italia (Editore Feltrinelli, Milan, 1976),
p.10–13. Les connexions entre les USA et la mafia avaient déjà été révélées en
1951 par une enquête du Sénat des Etats-Unis dirigée par le sénateur Kefauver.
Voir les US Senate Special Committee, Hearings on Organised Crime and Interstate
Commerce, part 7, p.1181 (1951). L’historien italien Roberto Faenza fut l’un
des premiers à prendre la mesure de l’impact considérable des opérations clandestines
états-uniennes en Italie. Son premier ouvrage sur le sujet, écrit avec Marco Fini
et paru en 1976, se concentrait sur les années d’après-guerre et s’intitulait
sobrement : Gli Americani in Italia. On pouvait lire dans la préface :
« Pour de nombreuses personnes dans le monde entier, y compris pour
le citoyen états-unien moyen, il fut difficile et douloureux d’admettre que les
États-Unis constituent la force la plus conservatrice et la plus contre-révolutionnaire
du monde. C’est pourtant ce que démontre ce livre en révélant les interventions
secrètes du gouvernement US dans les affaires internes du peuple italien (...)
la situation est comparable à ce qu’ont révélé d’autres enquêtes en Grèce, en
Iran, au Guatemala, en République Dominicaine et dans de nombreux autres pays
(...) Il est particulièrement difficile de regarder cette vérité en face. » [5]
Quotidien britannique The Observer du 10 janvier 1993. Référence au documentaire
Allied to the Mafia, diffusé en janvier 1993 sur la chaîne BBC2. [6]
Mackenzie, W. J. M., History of the Special Operations Executive : Britain
and the resistance in Europe (British Cabinet Office, Londres, 1948), p.842
and 853. Les USA ont appliqué dans la zone Pacifique, et notamment aux Philippines,
cette stratégie consistant à appuyer puis à affaiblir des guérillas d’extrême
gauche pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Japon avait envahi les Philippines
en janvier 1942. Les États-Unis soutenaient et entraînaient des partisans aux
orientations politiques diverses en lutte contre l’opposition japonaise, dont
le mouvement gauchiste Huk qui représentait un puissant levier pour la révolution
sociale. Mais, tout comme en Italie et en Grèce, les anciens frères d’armes furent
sacrifiés. Une fois le Japon vaincu, les USA confisquèrent les armes de la guérilla
et les Huks furent massacrés en présence d’officiers US, une opération qui dura
au moins jusqu’en 1945. L’historien états-uniens Gabriel Kolko commente :
« Les dirigeants Huks croyaient naïvement que les Américains les tolèreraient ».
Voir Gabriel Kolko, Century of War Politics, Conflict, and Society since 1914
(The New Press, New York, 1994), p.363. [7]
Geoffrey Harris, The Dark Side of Europe : The Extreme Right Today
(Edinburgh University Press, Édimbourg, 1994), p.3 and 15. [8]
Allan Francovich, Gladio :
The Ringmasters. Premier des trois documentaires de Francovich consacrés
au Gladio, diffusé le 10 juin 1992 sur BBC2. [9]
William Blum, Killing Hope : US Military and CIA Interventions since World
War II (Common Courage Press, Maine, 1995), p.28. Version française :
Les guerres scélérates (Parangon, 2004), ch. 2. [10]
A propos d’Alcide de Gasperi, voir « L’Opus
Dei et l’Europe - Du recyclage des fascistes au contrôle des démocraties »,
par Thierry Meyssan, 22 mars 1995. Ndlr. [11]
Martin Lee, The Beast Reawakens (Little Brown and Company, Boston, 1997),
p.100. [12]
Jonathan Dunnage, « Inhibiting Democracy in Post-War Italy : The
Police Forces, 1943–48 » dans Italian Studies, n°51, 1996,
p.180. [13]
Stuart Christie, Stefano delle Chiaie (Anarchy Publications, Londres 1984),
p.6. [14]
Ibid., p.4. [15]
Tom Mangold, Cold Warrior : James Jesus Angleton ; The CIA’s Master
Spy Hunter (Simon & Schuster, Londres, 1991), p.20. Mangold, le biographe
d’Angleton ne fournit malheureusement aucun détail sur la collaboration de l’agent
avec les fascistes après 1945 et ne relate pas le sauvetage de Borghèse par Angleton.
Le personnage de James Angleton a été incarné au cinéma par Matt Damon dans
le film de Robert DeNiro The Good Shepherd (2006) [version française :
Raisons d’État (2007)], et à la télévision par Michael Keaton dans
la série The Company (2006). Ndlr. [16]
William Corson, The Armies of Ignorance : The Rise of the American Intelligence
Empire (The Dial Press, New York, 1977), p.298 and 299. Du fait de sa nature
clandestine, l’opération fut financée par de l’argent sale qu’il fallut blanchir.
Corson explique que 10 millions de dollars furent d’abord retirés en espèces du
Fond de Stabilisation Économique avant de transiter par des comptes personnels
pour être finalement reversés sous forme de dons à des organismes écrans de la
CIA. [17]
Christie, delle Chiaie, p.175. [18]
Denna Frank Fleming, The Cold War and Its Origins 1917–1960 (Doubleday,
New York, 1961), p.322. [19]
Thomas Powers, The Man Who Kept the Secrets : Richard Helms and the CIA
(Weidenfeld and Nicolson, Londres, 1980), p.30. [20]
Quotidien britannique The Guardian du 15 janvier 1992. [21]
Sous la Première République italienne le service de renseignement militaire dut
changer son nom à de nombreuses reprises en raison des multiples scandales qu’il
traversa. De sa création en 1949 à la première grande affaire en 1965, il porta
le nom de SIFAR, il fut ensuite rebaptisé SID, tout en conservant la majeure partie
de son personnel. En 1978, à la suite d’un nouveau scandale, le SID fut divisé
en deux services qui sont toujours actives aujourd’hui. La branche civile fut
placée sous le contrôle du ministère de l’Intérieur et baptisée SISDE (Servizio
Informazioni Sicurezza Democratica) alors que la branche militaire demeura rattachée
au ministère de la Défense sous le nom de SISMI.
| Directeurs des services secrets
militaires | | |
| général Giovanni Carlo | 1949–1951 | SIFAR |
| général Umberto Broccoli | 1951–1953 | SIFAR |
| général Ettore Musco | 1953–1955 | SIFAR |
| général Giovanni De Lorenzo | 1956–1962 | SIFAR |
| général Egidio Viggiani | 1962–1965 | SIFAR |
| général Giovanni Allavena | 1965–1966 | SID |
| général Eugenio Henke | 1966–1970 | SID |
| général Vito Miceli | 1970–1974 | SID |
| général Mario Casardi | 1974–1978 | SID |
| général Giuseppe Santovito | 1978–1981 | SISMI |
| général Nino Lugaresi | 1981–1984 | SISMI |
| amiral Fulvio Martini | 1984–1991 | SISMI |
| Sergio Luccarini | 1991 | SISMI |
| général Luigi Ramponi | 1991–1992 | SISMI |
| général Cesare Pucci | 1992–1993 | SISMI |
| général Sergio Siracusa | 1994-1996 | SISMI |
| amiral Gianfranco Battelli | 1996-2001 | SISMI |
| général Nicolò Pollari | 2001-2006 | SISMI |
| amiral Bruno Branciforte | 2006-2007 | SISMI |
| amiral Bruno Branciforte | 2008… | AISE |
[22]
Philip Willan, Puppetmasters : The Political Use of Terrorism in Italy
(Constable, Londres, 1991), p.34. [23]
Mario Coglitore (ed.), La Notte dei Gladiatori. Omissioni e silenze della Repubblica
(Calusca Edizioni, Padoue, 1992), p.34. [24]
Quotidien britannique The Observer du 18 novembre 1990 [25]
Rapport de l’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les attentats, p.49. [26]
Coglitore, Gladiatori, p.133. [27]
Pietro Cedomi, « Service secrets, Guerre froide et ‘stay-behind. 2e
partie’ : La mise en place des réseaux » dans le périodique belge
Fire ! Le Magazine de l’Homme d’Action, septembre/octobre 1991, p.80. [28]
Allied Clandestine Committee (ACC) et Clandestine Planning Committee (CPC). [29]
Quotidien britannqiue The Observer du 7 juin 1992. [30]
Memorandum, National Security
Council to Harry S. Truman, April 21, 1950, Bibliothèque du Réseau Voltaire. [31]
Le document fut déclassifié en 1994 et provoqua une vague de protestation en Italie.
Voir le quotidien italien La Stampa du 27 novembre 1994. [32]
William Colby, Honourable Men : My Life in the CIA (Simon & Schuster,
New York, 1978), p.110. Version française : 30 ans de CIA (presses
de la Renaissance, 1978), ch. 4. [33]
Roberto Faenza, Il malaffare. Dall’America di Kennedy all’Italia, a Cuba, al
Vietnam (Editore Arnoldo Mondadori, Milan, 1978), p.312. [34]
L’existence de ce document fut révélée au moment des révélations sur Gladio en
1990. Le rapport de l’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les attentats,
p.25. [35]
Périodique italien Europeo du 18 janvier 1991. La commission d’enquête
parlementaire n’apprit l’existence du document de 1956 sur Gladio qu’en entrant
en possession d’un texte daté du 1er juin 1959 qui y faisait référence en termes
précis, précisant qu’il était daté du 26 novembre 1956 et intitulé Accordo
fra il Servizio Informazioni Italiano ed il Servizio Informazioni USA relativo
alla organizzazione ed all’attivita della rete clandestina post-occupazione (stay-behind)
italo-statunitense. [Accord conclu entre le SIFAR et la CIA concernant l’organisation
et l’activité d’un réseau post-occupation italo-états-unien secret (stay-behind).]
Le contenu du document original figure dans Coglitore, Gladiatori, p.118–130. [36]
Périodique belge Fire, janvier 1992, p.59. [37]
Ibid., p.62. [38]
Allan Francovich, Gladio :
The Puppeteers. Second des trois documentaires de Francovich consacrés
au Gladio, diffusé sur BBC2 le 17 juin 1992. Version française : Gladio,
les Marrionettistes. [39]
Colby, Honourable Men, p.128. [40]
Ibid., p.109–120. [41]
Le document est cité dans Faenza, Malaffare, p.313. Dans les années 1970,
l’historien italien Roberto Faenza obtint en vertu du FOIA l’accès au document
Demagnetize révélant pour la première fois « cette grave dérive
des services secrets italiens ». [42]
Supreme Headquarters Allied Powers in Europe (SHAPE), c’est-à-dire le Grand
quartier général des puissances alliées en Europe. [43]
Stato Maggiore della Difesa. Servizio Informazioni delle Forze Armate. Ufficio
R – Sezione SAD : Le forze speciali del SIFAR e l’operazione Gladio.
Roma, 1 Giugno 1959. Ce document fut découvert par le juge Casson dans les archives
du SIFAR à Rome en 1990 et fut à l’origine des révélations en Italie et dans toute
l’Europe. Il est téléchargeable au bas de cette page [44]
Cobly, Honourable Men, p.136. [45]
Télégramme envoyé par le secrétaire d’État à l’ambassade des Etats-Unis à Rome
le 18 octobre 1961. Retranscrit dans Faenza, Malaffare, p.311. Faenza livre
une analyse très pertinente du projet de Kennedy de favoriser l’ouverture à gauche
en Italie. Voir Faenza, Malaffare, p.307–373 (“L’apertura a sinistra”). [46]
Extrait de Regine Igel, Andreotti. Politik zwischen Geheimdienst und Mafia
(Herbig Verlag, Munich, 1997), p.49. Sa source non datée est le magazine états-unien
New Statesman. [47]
Faenza, Malaffare, p.310. [48]
Igel, Andreotti, p.50. åå Le
jour des élections en avril 1963, le cauchemar de la CIA se réalisa : les
communistes gagnèrent du terrain tandis que tous les autres partis perdaient des
sièges. La DCI soutenue par les USA tomba à 38 %, son plus mauvais score
depuis sa création au lendemain de la guerre. Le PCI rassemblant 25 % des
suffrages et le PSI réalisant un bon 14 % s’allièrent pour former la première
majorité de gauche au Parlement italien. Les électeurs de la gauche italienne
fêtèrent dans la rue la nomination pour la première fois de socialistes au sein
du gouvernement du Premier ministre Aldo Moro de l’aile gauche de la DCI. Le président
Kennedy fut immensément satisfait de ces résultats et décida en juillet 1963 d’effectuer
une visite officielle à Rome à la grande joie de nombreux Italiens. L’aéroport
était bondé et une fois de plus, les Etats-uniens furent accueillis par des drapeaux
et des acclamations. « C’est un homme formidable. Il ne fait pas du
tout son âge. Il m’a invité à lui rendre visite aux États-Unis », déclara
avec enthousiasme Pietro Nenni, le chef du PSI. [[Faenza, Malaffar, p.356. [49]
Jens Mecklenburg (ed.), Gladio : Die geheime Terrororganisation der Nato
(Elefanten Press, Berlin, 1997), p.30. Et Coglitore, Gladiatori, p.185.
C’est un ancien général du SID qui, entendu dans les années 1980 dans le cadre
de l’affaire Propaganda Due, révéla que ces criminels étaient des Gladiateurs. [50]
Jean Francois Brozzu-Gentile : L’Affaire Gladio (Editions Albin Michel,
Paris, 1994), p.77. Et Faenza, Malaffare, p.315. Voir également Willan,
Puppetmasters, p.84. [51]
Rapport de l’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les attentats , p.85. [52]
Ibid. [53]
Le forze speciali del SIFAR e l’operazione Gladio, document téléchargeable
au bas de cette page. Les investigations conduites sur l’opération Piano Solo
indiquent que 731 personnes devaient être déportées, la commission d’enquête sénatoriale
a elle établit que le chiffre était plus près de 1 100 à 1 200 citoyens influents
qui devaient être emprisonnés au CAG, le quartier général sarde du Gladio. Les
services secrets militaires refusèrent de transmettre à la commission la liste
des proscriptions. « La situation est très grave car on peut raisonnablement
penser que la liste contient des noms de parlementaires et de responsables politiques
et que la divulgation de cette liste permettrait d’infirmer définitivement la
thèse selon laquelle les événements de 1964 étaient des opérations de prévention
menées afin d’éviter des troubles de l’ordre public », conclurent les
sénateurs. Voir le Rapport de l’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les
attentats, p.89. [54]
Une très bonne description du coup est livrée dans Richard Collin, The De Lorenzo
Gambit : The Italian Coup Manqué of 1964 (Sage, Beverly Hills, 1976).
Diplômé d’Harvard, ce spécialiste des questions militaires a donné des conférences
dans le Maryland avant de travailler pour le ministère de la Défense puis en tant
que conseiller de l’attaché militaire de l’ambassade US à Rome et de devenir finalement
consultant auprès des forces armées saoudiennes. En une soixantaine de pages,
il offre un excellent récit de l’opération Piano Solo. Hélas, il occulte presque
totalement le rôle joué par les USA dans les événements. [55]
Collin, Coup, p.60. [56]
Ibid. Sa source est le magazine italien Avanti ! du 26 juillet
1964. [57]
Coglitore, Gladiatori, p.186. See also Willan, Puppetmasters, p.85. [58]
Rapport d’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les attentats1995, p.87. Bernard
Cook, « The Mobilisation of the Internal Cold War in Italy »
dans History of European Ideas. Vol.19, 1994, p.116. [59]
Franco Ferraresi, « A Secret Structure Codenamed Gladio »
dans Italian Politics. A Review, 1992, p.41. Le coup d’État silencieux
du Gladio n’aurait jamais été rendu public sans le travail des journalistes d’investigation.
Dès le printemps 1967, Raffaele Jannuzzi (qui deviendra plus tard député socialiste)
informa les lecteurs du magazine Espresso qu’ils avaient échappé de peu
à un coup d’État (« Complotto al Quirinale », Espresso
du 14 mai 1967). La tentative de De Lorenzo de faire taire Jannuzzi en lui intentant
un procès en diffamation s’avéra contre-productive car l’instruction mit en lumière
une telle quantité de preuves que le gouvernement n’eut d’autre choix que d’autoriser
l’ouverture d’une enquête parlementaire sur « les événements de 1964 ».
(Italian Senate. Commissione parlamentare d’inchiesta sugli eventi del giungo-luglio
1964. Rapport de deux volumes publié à Rome en 1971). [60]
Relazione della Commissione parlamentare d’inchiesta sugli eventi del giungno-luglio
1964, Roma 1971, p.67. Cité dans Igel, Andreotti, p.51. Et dans Willan,
Puppetmasters, p.38. [61]
Commissione parlamentare d’inchiesta sugli eventi del giugno-luglio 1964,
Relazione di minoranza, Roma 1971, p.307. Voir Igel, Andreotti, p.53. [62]
Extrait de Igel, Andreotti, p.52. [63]
Ayant établi le lien entre Licio Gelli et des terroristes d’extrême droite, le
juge italien Carlo Palermo ordonna à la section anti-terroriste du SISMI de l’aider
dans son enquête. Le 16 avril, celle-ci fournit des informations sur l’intervention
états-unienne en Italie. C’était peut-être la première fois que la section s’acquitta
de sa mission, elle fut d’ailleurs immédiatement fermée. La carrière prometteuse
d’Emilio Santillos, le directeur de la section anti-terroriste du SISMI, fut soudainement
interrompue et plusieurs de ses collaborateurs connurent un sort tragique. Le
colonel Florio, du SISMI, mourut dans un mystérieux accident de voiture, le colonel
Serrentiono quitta les services pour « raisons de santé »,
le major Rossi mit quant à lui fin à ses jours. Seul le major Antonio de Salvo
quitta la section indemne pour rejoindre la franc-maçonnerie. Source : Igel,
Andreotti, p.232. [64]
Quotidien britannique The Observer du 21 février 1988. [65]
[Senato della Repubblica Italiana. Relazione
della Commissione Parlamentare d’Inchiesta Sulla Loggia P2, Roma 1984. [66]
Tiré d’un entretien avec Willan. Extrait de Willan, Puppetmasters, p.55. [67]
Igel, Andreotti, p.229. [68]
Cité dans le périodique britannique The New Statesman du 21 septembre 1984. [69]
Hugh O’Shaughnessy, « Gladio :
Europe’s best kept secret ». Ces agents étaient censés rester derrière
les lignes ennemies en cas d’invasion de l’Europe de l’Ouest par l’Armée rouge.
Mais ce réseau mis en place avec les meilleures intentions dégénéra dans certains
pays en instrument du terrorisme et de l’agitation politique d’extrême droite
dans le quotidien britannique The Observer, du 7 juin 1992. [70]
Gentile, Gladio, p.28. [71]
Ibid. [72]
Télévision britannique Newsnight sur BBC1 le 4 Avril 1991. [73]
Willan, Puppetmasters, p.41. [74]
Rapport d’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les attentats, p.97. [75]
Ibid., p.164. [76]
Willan, Puppetmasters, p.97. Buscetta fit des révélations au juge Falcone
en décembre 1984. Ce courageux magistrat fut plus tard assassiné par la Mafia. [77]
Liggio devant la Cour d’assises de Calabre en 1986. Rapporté dans Willan, Puppetmasters,
p.97. [78]
Willan, Puppetmasters, p.94. [79]
Colby, Honourable Men, p.395. [80]
Voir par exemple McNamara, Robert, Retrospect : The Tragedy and Lessons
of Vietnam (Random House, New York, 1995). [81]
Willian, Puppetmasters, p.93. [82]
Magazine politique britannique Statewatch, janvier 1991. [83]
Gentile, Gladio, p.105. [84]
Magazine politique britannique Statewatch, janvier 1991. Et Gentile, Gladio,
p.19. [85]
Magazine politique italien Europeo du 16 novembre 1990. [86]
Allan Francovich, Gladio : The Puppeteers. [87]
Résultats obtenus par les trois principales formations politiques DCI, PCI et
PSI aux élections législatives de 1968 à 1994 :
| | 1968 | 1972 | 1976 | 1979 | 1983 | 1987 | 1992 | 1994 |
| DCI (%) | 39 | 38 | 38 | 38 | 32 | 34 | 29 |
| | PCI (%) | 26 | 27 | 34 | 30 | 29 | 26 | 23 | 28 |
| PSI (%) | 14 | 9 | 9 | 9 | 11 | 14 | 13 | 2 |
| PCI + PSI (%) | 41 | 36 | 44 | 40 | 41 | 40 | 37 | 30 |
[88]
Pike Report : Report of the House Select Committee on Intelligence
[Pike Committee], Ninety-fourth Congress (Village Voice, New York, 1976), p.193
et 195. [89]
Jœ Garner, We Interrupt this broadcast. The Events that stopped our lives.
From the Hindenburg Explosion to the Death of John F. Kennedy Jr (Sourcebooks,
Naperville, 2000), p.87. [90]
Extrait de Willan, Puppetmasters, p.220. [91]
Willan, Puppetmasters, p.325. [92]
Extrait de Willan, Puppetmasters, p.219. [93]
Rapport de l’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les attentats, p.294 et
295. [94]
Ibid., p.294 [95]
A ce sujet, lire « 1980 :
carnage à Bologne, 85 morts », Réseau Voltaire, 12 mars 2004. [96]
Quotidien britannique The Guardian, du 16 janvier 1991. [97]
Agence de presse internationale Associated Press, 20 novembre 1990. [98]
Interview de Serravalle par Peter Marshall de la BBC dans le cadre d’un reportage
spécial sur Gladio diffusé dans l’émission Newsnight du 4 avril 1991. [99]
Allan Francovich, Gladio : The Puppeteers. [100]
Rapport de l’enquête sénatoriale de 1995 sur Gladio et les attentats, p.242 and
364. [101]
Senato della Repubblica. Commissione parlamentare d’inchiesta sul terrorismo
in Italia e sulle cause della mancata individuazione dei responsabili delle stragi :
Stragi e terrorismo in Italia dal dopoguerra al 1974. Relazione del Gruppo
Democratici di Sinistra l’Ulivo. Rome Juin 2000. Appelé ci-dessous le Rapport
de l’enquête sénatoriale de 2000 sur Gladio et les attentats. Les 8 membres de
la commission étaient : dép. Valter Bielli, dép. Antonio Attili, dép. Michele
Cappella, dép. Piero Ruzzante, sénateur Alessandro Pardini, sénateur Raffaele
Bertoni, sénateur Graziano Cioni, sénateur Angelo Staniscia. Indiqué par Philip
Willan, « US
‘supported anti-left terror in Italy’. Report claims Washington used a strategy
of tension in the cold war to stabilise the centre-right » dans
le quotidien britannique The Guardian du 24 juin 2000. [102]
Le rapport de l’enquête sénatoriale de 2000 sur Gladio et les attentats, p.41. [103]
Ibid. [104]
Ibid., p.42. [105]
Philip Willan, The Guardian du 24 juin 2000. [106]
Ibid. |
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