GANGRÈNE
DU SYSTÈME Lukas
Stella
Dimanche 16 Mai 2010

Le
fonctionnement de la société a fondamentalement changé depuis 1968, mais pas sa
contestation, qui n'a pas compris les conséquences de cette mutation, l'empêchant
d'effectuer le changement de perspective nécessaire à l'émergence d'un mouvement
de transformation radicale. L'internationale s'est réalisée dans la
mondialisation et l'abolition de l'État est en cours, ayant déjà perdu tout contrôle
sur l'économie et la finance. Les politiques gèrent au jour le jour un fonctionnement
qui leur échappe, en justifiant très mal leurs mesures de rafistolage. Ce sont
des escrocs bonimenteurs, et la contestation marche dans les pas de leurs embrouilles,
se rendant complice de l'arnaque générale mal dissimulée par sa représentation
spectaculaire. La perte de sens et de sensibilité qui découle de cette
anesthésie générale, accélère le processus de putréfaction du tissu des relations
dans une apparence abracadabrantesque de cohésion — chacun pour soi et contre
tous, à celui qui rafle le premier les restes à porté de main, et bouffe son voisin
avant d'être mangé tout cru, pille le système avant qu'il ne soit trop tard...
Les grands charognards insatiables débordent d'agressivité. La barbarie sans entrave
est devenue la norme. Tout juste accompli, le nouveau capitalisme
se dévore lui-même. L'économie saccagée est dépouillée par une finance opulente,
surexcitée par l'abondance d'un gain trop facile. Le ralentissement excessif de
la circulation des échanges marchands aboutit à des obstructions locales, jusqu'à
l'embolie. La gangrène s'étend toujours d'avantage. Ses mortifications se répandent,
favorisant la propagation de nécroses dans un système qui sombre progressivement
dans un coma inévitable. L'affaire de la crise grecque
a répandu dans le monde son odeur fétide de putréfaction. Elle s'est révélée lorsque
les agences de notation, dont les plus gros clients sont des fonds spéculatifs
et des banques d'affaires, ont changé leurs notes basée sur leur propre estimation
des risques ou des opportunités, quand ils ont découvert qu'une partie de la dette
avait été cachée sur les conseil de la banque d'affaire Goldman Sachs, devenue
une des première mondiale grâce à ses truanderies dans la "bulle internet" et
avec les "subprimes". Contrairement aux apparences, ce n'est pas à cause de sa
dette que ce petit pays fragile et rebelle, s'est fait piéger. Celle du Japon
dépasse les 200% de leur PIB. Le montant de la dette des États Unis est 40 fois
supérieure à celle de la Grèce. La dette était un prétexte spéculatif. Certains
affirment que c'était l'Euro qui était la cible de cette attaque, afin de permettre
un rééquilibrage par rapport au Dollar, voir une parité, et prendre au passage
des gains faramineux sur le marché des changes, grâce à l'effet de levier qui
permet de miser jusqu'à 100 fois sa mise et de la doubler en trois mois.
Ces opérations spéculatives effectuées par des fonds américains sur
la dette grecque ont montré au reste du monde que des financiers et des banques
d'affaires pouvaient forcer un État à changer de politique, afin d'imposer une
rigueur d'exception et appauvrir brutalement la population. Dans la jungle des
prédateurs, l'exploitation de la pauvreté reste le meilleur moyen de s'enrichir.
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Mais
ce plan ne réduira pas la dette de la Grèce. Baisser les salaires et réduire les
aides sociales va provoquer une réduction de la consommation, donc de la croissance,
si ce n'est une régression, qui aura pour effet de diminuer les recettes de l'État,
donc en fin de compte d'augmenter sa dette. Le but de ce coup tordu est bien de
réduire les salaires en période de crise économique, pour maintenir les marges
sur les plus-valus, les dividendes versés aux actionnaires, selon la règle des
15% de retour sur fonds propres. C'est le coup d'envoi d'un processus général
de réduction progressive des salaires et des aides sociales, déjà suivi par l'Espagne,
le Portugal et bientôt l'Italie... sur les traces de l'Argentine. Cette
affaire grecque sonne comme un avertissement à tous ceux qui ne voudraient pas
se plier aux exigences de la haute finance. Le berceau de la philosophie va sombrer
juste pour l'exemple. Le crédit sert à faire du crédit
qui sert à faire du crédit... ce qui permet de parier sur les dettes futures et
de jouer avec le risque des autres. Ce sont des produits dérivés, ou produits
toxiques, qui transforment les créances en titres financiers négociables sur un
marché secondaire, de gré à gré, de particulier à particulier, d'ordinateur à
ordinateur. Et pour être plus tranquille, cette titrisation est monté, par petits
paquets mélangés pour embrouiller les cartes, dans des paradis bancaire, fiscal
et réglementaire. Ceci crée une masse monétaire privée parallèle dont les volumes
défient l'imagination. Il s'agit de crédits-dollars qui représentent 88 % des
liquidités monétaires mondiales, soit 942 % du PIB mondial. Les gigantesques richesses
accumulées à partir du capital disparaissent ainsi de la circulation officielle
et deviennent invisibles. À trop parier sur les risques futurs, se
crée un système qui génère toujours plus de risques, dont certains profitent abondamment
tant que le système ne s'emballe pas. Suite à quelques
tentatives politiciennes de régulation des marchés financiers, cette attaque contre
un petit pays retentit dans le monde comme un coup de semonce envers toute tentative
de contrôle sur leurs trafics, affirmant haut et fort que le nouveau capitalisme
n'a d'autre règles à respecter que celle des financiers et de leur succursales
bancaires, sans foi ni loi, et surtout sans limites. Tout est prêt pour échapper
à toutes réglementations, des paradis réglementaires et fiscaux aux dark pools
(boîte noire), des produits dérivés aux crédits-dollars, des marchés de gré à
gré au trading haute fréquence... La finance n'obéit
qu'à ses propres exigences de rentabilité, tous les coups sont permis. En quelques
années elle a complètement assujetti l'économie en se rendant indispensable par
sa gestion des risques que par ailleurs elle fomentait, raflant au passage les
bénéfices de productivité et la plus-value du capital. Fort à parier
que la prochaine bulle éclatera plus vite qu'apparaîtra la croissance.
La gangrène se propage dans un système livré à lui-même, sans réelle
gouvernance, qui impose les contraintes implacables nécessaires aux affaires maffieuses
de financiers multi-milliardaires, libre de piller ce qui reste d'un monde en
décomposition.
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