 Contribution
sur le Front linguistique au combat contre la vassalisation étasunienne
Une
colonie ordinaire du XXIe siècle
- par Charles
Xavier Durandvendredi
3 septembre 2010, par Comité Valmy
Frédéric
Martel est lauteur de Mainstream, Enquête sur cette culture
qui plaît à tout le monde (Flammarion, 2010) dans lequel il
se livre à lapologie du système culturel étasunien.
Il conseille vivement à ses compatriotes « de parler English pour
exister » (sic). Tout le monde a bien sûr le droit dexprimer
ses opinions mais quand on sait quil a été chef du bureau
du livre à lambassade de France en Roumanie de 1990 à 1992,
chargé de mission au département des affaires internationales du
ministère de la Culture de 1992 à 1993 et encore attaché
culturel aux États-Unis de 2001 à 2005, donc payé pour faire
rayonner la pensée et la culture françaises et, en sous-jacent,
également sa langue, on est en droit de se poser des questions sur la pertinence
de lattribution des fonds consacrés par le ministère des Affaires
étrangères et par celui de la culture à la promotion culturelle
et linguistique de notre pays à létranger. Egalement, on peut
sinterroger sur les choix faits par les hauts fonctionnaires pour assurer
cette mission. Cependant, en dépit de ses déclarations damour
pour la culture étasunienne, Frédéric Martel affiche de manière
tout à fait contradictoire la volonté de rester accroché
aux basques de notre république vieillotte et poussiéreuse puisquil
enseigne à Sciences-Po et à HEC et quil occupe également
un poste de chercheur à lInstitut national de laudiovisuel.
Les médias nhésitent pas à lui donner pignon sur rue
et il dispose dailleurs de sa propre émission intitulée Masse
critique sur France culture !! Suite
à la publication de son livre, on a pu trouver sur Internet les transcriptions
des principaux entretiens quil a tenus avec les médias et qui révèlent
ses opinions quelque peu ambigües et contradictoires. Il affirme dune
part que notre pays possède des industries culturelles très fortes,
notamment dans le secteur du jeu vidéo avec Ubisoft et Activision ! La
nouvelle est de taille ! Même sils sont conçus par des cerveaux
français, comment des jeux tels que The sunken dragon, Roller
Coaster ou encore Batman Vengeance peuvent-ils être représentatifs
dune culture prétendument française ? Ensuite,
il ose prétendre que la culture européenne nexiste pas aux
États-Unis alors que, par exemple, les orchestres symphoniques de ce pays
jouent presque exclusivement de la musique composée par des Européens
et quil en est de même en Russie, en Amérique latine et aussi,
dans une moindre mesure, au Japon et en Chine
Il
est clair que Frédéric Martel est un bel exemple du type dindividu
qui ne va pas au-delà des apparences et pour qui la culture se résume
à la production hollywoodienne au cinéma et à la télévision,
à ce quelle a de plus clinquant et de plus superficiel. Il ne se
rend pas compte que, dans quelques années, on ne parlera plus dAvatar,
dHarry Potter ou de Terminator mais que, par contre, on continuera à
jouer Wagner ou Berlioz en Amérique du Nord tandis que les étudiants
en français de par le monde se pencheront encore sur les uvres de
Victor Hugo et que les étudiants en philosophie étasuniens étudieront
encore Sartre, Barthes et Dérida
Frédéric
Martel ne semble pas être conscient du caractère très éphémère
de la prétendue culture étasunienne et il narrive même
pas à voir que cette culture de pacotille nest diffusée que
parce que les Étasuniens ont mis la main sur tous les circuits de diffusion
par des moyens éminemment coercitifs. Pour la France, on peut citer par
exemple les accords Blum-Byrnes de 1946 qui imposaient des quotas minimum dimportation
de films étasuniens pour un public qui, à lorigine, nen
voulait pas. Sans
le savoir, M. Martel sert de caisse de résonance à la publicité
tapageuse que les États-Unis font pour leurs films et toute leur production
prétendument culturelle. Il fait partie de ces imbéciles
utiles sur lesquels les médias braquent le projecteur précisément
parce quil fait la publicité des États-Unis et que ces médias
ont été noyautés pour assurer cette fonction. Le
cas de Martel est intéressant car il est lexemple idéal de
ce que lon peut appeler le colonisé mental, cest-à-dire
que, selon létymologie du verbe coloniser, lesprit
de Martel est occupé, ce qui entraîne chez lui une modification de
la pensée et du comportement. Martel est lexemple parfait du produit
de la conquête des esprits mise en place par les Étasuniens, dès
la fin de la seconde guerre mondiale et qui a été pour la première
fois décrite par le journaliste Yves Eudes en 1982 dans son livre précisément
intitulé La conquête des esprits. Ce livre avait été
précédé de La France colonisée de Jacques
Thibau, paru en 1980, qui a beaucoup moins dintérêt car il
décrit les symptômes de ce phénomène sans en dévoiler
les causes profondes. Ce
quil faut bien comprendre, cest que depuis la fin de la première
guerre mondiale, les Étasuniens nourrissaient un projet dhégémonie
planétaire et que lissue de la seconde guerre mondiale leur a permis
de le mettre en uvre, comme la bien expliqué Jacques Pauwels
dans son livre Le mythe de la bonne guerre. Cest dailleurs
davantage à des sources anglo-saxonnes quil faut sabreuver
pour sinformer le mieux sur le projet impérial étasunien.
Des sources telles que Webster Tarpley, William Engdahl, James Petras, Robert
Phillipson, Noam Chomsky expliquent parfaitement ce processus. Le livre dYves
Eudes dévoile la fantastique machine de guerre culturelle et linguistique
mise en place par les États-Unis dès 1945. Il est à mettre
en parallèle avec celui de lAnglaise Frances Stonor Saunders qui
décrit les mécanismes mis en place par la CIA dans son livre intitulé
Comment louest fut conquis. Ce dont il faut se rendre compte,
cest que ce type de livre ne reçoit en Europe aucune couverture médiatique
importante. De même, la notion dempire américain est virtuellement
inconnue en Europe alors que ce terme est dusage courant chez les auteurs
anglo-saxons et que danciens hauts responsables politiques américains
comme Zbigniew Brzezin'ski ou Henry Kissinger lutilisent couramment. La
conquête des esprits est un ouvrage capital et lun des rares
qui a décrit les mécanismes qui ont permis à lempire
étasunien de sétendre sur lEurope ainsi que dautres
pays. Toutefois, avant daller plus loin, il est nécessaire den
clarifier la signification. Un empire, ce nest pas nécessairement
loccupation armée dun certain nombre de pays conquis. Cest
avant tout une structure de domination plus ou moins étendue qui profite
directement et indirectement au pays qui en est à lorigine. Dans
le cas qui nous intéresse, le centre de lempire est clairement les
États-Unis quoique quelquefois on puisse y mettre aussi lAngleterre.
Cest aussi une structure qui vise à désamorcer lémergence
de tout pays qui pourrait, même de loin, faire concurrence au centre de
lempire. Là encore, pour se convaincre de la véracité
de ce qui est avancé dans cet article, il suffit de lire un certain nombre
douvrages dont Le grand échiquier de Brzezinski ou bien
encore le Project for a new American century. Tout cela est disponible
noir-sur-blanc au commun des mortels qui bénéficie dun accès
Internet et qui peut consacrer une centaine deuros à lachat
de quelques ouvrages clés. Lintérêt
du livre dEudes, cest quil met laccent sur un aspect fréquemment
négligé de la construction de lempire. On évoque souvent
laspect militaire de cette conquête ainsi que son aspect économique
en oubliant que, en Europe, lempire sest construit grâce à
une conquête culturelle et linguistique dès 1945. La France est un
pays qui sest historiquement toujours opposé aux empires qui voulaient
lenglober et cest pour cela quelle a été une cible
de choix dans cette conquête impériale. La France est aussi le premier
pays qui a fait son unité politique en Europe, avant lEspagne occupée
par les Arabes, avant lAngleterre envahie en 1066 par les Normands. La France
a eu aussi un empire et cest un pays qui a produit dans le domaine intellectuel
et celui des idées nouvelles dans une proportion bien supérieure
à ce que représentait sa population à léchelle
mondiale. Pour asseoir un empire, il fallait non pas abattre la France mais la
priver de son influence en la banalisant, en infléchissant sa production
intellectuelle. Lempire a également balayé les forces qui
lui étaient hostiles dans les divers pays dEurope occidentale par
divers moyens et en ayant quelquefois recours au crime ; crimes perpétrés
par des organisations dites terroristes financées en sous-main
par les Etats-Unis et quelquefois aussi lAngleterre. A ce titre, le lecteur
pourra sen informer en détail en lisant La terreur fabriquée
du journaliste dinvestigation américain Webster Tarpley. En
France, comme ailleurs, la conquête linguistique est allée de pair
avec la conquête culturelle. On ninsiste jamais assez sur ce point.
Il fallait, par divers moyens, absolument répandre lusage de langlais
mais aussi de le substituer à dautres langues vivantes que lon
apprenait autrefois dans les lycées. Il y a une trentaine dannées,
il y avait encore une forte demande pour lallemand, lespagnol, litalien
et même le russe. Or, aujourdhui, cette demande est presque insignifiante.
La substitution a été presque totale. Il ny a plus de concurrent.
On pourra objecter que létude du chinois et du japonais est en train
démerger mais il est nécessaire de relativiser la connaissance
de ces deux langues du fait quelles appartiennent à des familles
linguistiques totalement différentes entraînant des difficultés
importantes dapprentissage quelles soulèvent quand on les compare
aux langues indo-européennes. Pourquoi
langlais ? Quel intérêt pour lempire que sa langue soit
parlée ? Yves Eudes lexplique facilement : «
Les États-Unis savent pertinemment que toute conquête durable suppose
à terme lobtention de lallégeance spontanée des
populations ciblées ou, au moins, de ses élites locales. Le meilleur
moyen dy parvenir a toujours été lintégration,
lassimilation, cest-à-dire le transfert des valeurs, des principes,
des modes de vie et des formes dexpression des nouveaux maîtres vers
les nouveaux sujets. Même si elle nest pas acquise dès la naissance,
lappartenance au groupe fondée sur la pratique dune culture
et dune langue communes fait naître des liens intimes, irrationnels,
intériorisés et infiniment plus fiables à long terme que
la coopération fondée sur les seuls intérêts économiques
ou sur lacceptation rationnelle de principes explicites de fonctionnement.
» Parallèlement,
lempire a noyauté les systèmes dinformation. On a acheté
les journalistes. On a fait la promotion de prétendus intellectuels qui,
comme par hasard, faisaient la promotion des Etats-Unis, de latlantisme
et qui valorisaient fortement la connaissance de langlais. Chose également
importante, les États-Unis ont été les premiers à
supprimer les examens vérifiant les connaissances étrangères
de leurs futurs chercheurs. Ainsi, les chercheurs américains allant aux
conférences internationales ont forcé petit à petit les chercheurs
non anglophones à lorigine à sexprimer exclusivement
en anglo-américain. Les représentants anglo-saxons de toutes les
organisations internationales ont également imposé lusage
de langlais dans les deux sens de la communication orale et écrite,
forçant ainsi petit à petit les représentants de tous les
autres pays à acquérir cette langue et à en faire usage aux
dépens de la leur. Aujourdhui, la tolérance ne consiste plus
à accepter dans un congrès international quon sy exprime
dans une autre langue que langlais, même sporadiquement mais, au contraire,
daccepter que toutes les langues autres que langlais en soient totalement
exclues. La dévalorisation des revues rédigées dans dautres
langues que langlais est totale. Comme la déclaré Eugène
Garfield, qui a créé le système de citations étasunien,
« ce qui nest pas rédigé en anglais ne vaut pas la peine
dêtre lu ! ». Petit
à petit, les médias ont distillé de plus en plus dinformations
émanant des agences de presse anglo-américaines et on a fait lapologie
du monde anglo-saxon et surtout des États-Unis qui sont ainsi devenus des
champions imaginaires dans tous les domaines : sciences, techniques, économie,
sports
Lexamen des documents darchives du gouvernement américain
qui ont été rendues publiques récemment a prouvé que
les États-Unis ont financé et ont favorisé lémergence
de la construction européenne en achetant un certain nombre de personnalités
locales qui ont été ainsi chargées den faire la promotion
dans les divers pays de lUE. Plus tard, ils ont favorisé larrivée
de hauts fonctionnaires à la Commission qui ont souvent effectué
de longs séjours aux États-Unis et dont les intérêts
ont partie liée avec ce pays. François Asselineau a bien décortiqué
ces mécanismes. Il a montré quun nombre important de hauts
responsables à la Commission favorisent systématiquement les intérêts
Étasuniens au détriment bien sûr des membres de lUE.
Bernard Lecherbonnier, dans Les lobbies à lassaut de lEurope
dénonce aussi le « groupe kangourou » au parlement européen
qui, au-delà des clivages politiques officiels entre ses membres, vote
systématiquement dans le sens des intérêts anglo-saxons quand
le mot dordre est donné. Dans la plupart des pays ouest-européens,
lempire a favorisé larrivée au pouvoir de présidents,
de ministres et de hauts fonctionnaires qui font la promotion ouverte de lusage
de langlais et qui veulent limposer par delà les éventuelles
résistances rencontrées. Cest ainsi que Xavier Darcos voulait
faire de chaque élève de lycée un « bilingue »
(comprendre ici un bilingue français-anglais, ce qui est dautant
plus curieux que Darcos a été secrétaire dEtat à
la Francophonie). Valérie Pécresse, quant à elle, essaye
dimposer langlais comme langue denseignement à luniversité,
au niveau des études supérieures. Notre président Sarkozy
a fait quelques brillants discours en faveur de la langue française mais,
dans les faits, il a poussé la ratification du protocole de Londres sur
les brevets dinvention sitôt arrivé au pouvoir, et ce protocole
de Londres donne maintenant force de loi en France à des textes rédigés
en langues étrangères, langlais et lallemand en loccurrence
! Sur
le plan linguistique, on a fait la promotion de langlais en déclarant
langlais seule langue internationale qui, selon ses promoteurs, serait ainsi
le sésame-ouvre-toi universel partout sur la planète. Aujourdhui,
si lon remplit une demande pour des fonds européens pour faire de
la recherche, on ne peut le faire quen anglais. Même chose en France
même avec lANR (lAgence nationale de la recherche). Un étudiant
ingénieur ne peut plus obtenir son diplôme sil a des notes
insuffisantes en anglais, même sil na aucune intention de voyager
à létranger dans son cadre professionnel, même sil
na aucune intention davoir une interface avec des succursales ou des
clients étrangers. Langlais, de manière tout à fait
artificielle, est devenu un critère quasiment incontournable des recrutements.
En France même, il arrive que des réunions de travail ou des conseils
dadministration soient tenus en anglais alors que tous ceux qui y assistent
sont des francophones. Du
côté des médias, télévisions, radios et magazines
sefforcent dintroduire des quantités de mots anglais non traduits.
Cet apport ne reflète en rien la volonté du peuple. Il sagit
au contraire dun effort concerté pour délibérément
miter la langue française de mots anglais, comme cela se faisait dans les
années 70 avec le russe dans les divers pays non russophones de lUnion
soviétique. Le socio-linguiste Louis-Jean Calvet notait dans ce processus
des étapes très semblables à ce que lon voit aujourdhui
en Europe occidentale avec langlais : «
Une politique pour la promotion du russe fut appliquée jadis dans les anciennes
républiques annexées à lUnion soviétique et,
dans une moindre mesure, à ses satellites. Une absence de politique linguistique
dans les républiques non russophones entraînait des emprunts lexicaux
massifs à la langue russe, plus particulièrement dans les domaines
scientifiques et techniques. Ainsi, très vite, les langues locales furent
confinées dans les fonctions grégaires et le russe fut réservé
aux fonctions véhiculaires, officielles, scientifiques. En 1975, on proposa,
lors dune conférence tenue à Tachkent, denseigner le
russe partout dès le jardin denfants puis, en 1979, lors dune
nouvelle conférence à Tachkent, sous le titre Langue russe,
langue damitié et de coopération des peuples de lUnion
soviétique, on suggéra dobliger les étudiants
à rédiger leurs mémoires en russe. Il sensuivit des
manifestations à Tbilissi (Géorgie), Tallin (Estonie), et des troubles
dans les autres républiques baltes, des pétitions dintellectuels
géorgiens, etc. Certains locuteurs prirent conscience que leur langue se
fondait lentement dans le russe. Il y eut donc un phénomène dassimilation
accélérée des langues de lURSS par le russe qui ne
doit rien au matérialisme dialectique mais tout aux rapports de force et
à la politique linguistique de la Russie vis-à-vis de ses satellites.
» De
plus, la plupart des éditeurs de dictionnaires, qui se veulent prétendument
modernes, rajoutent très rapidement ces nouveaux mots aux dictionnaires
comme sil sagissait dun phénomène normal, dune
évolution naturelle. |
| A
Bruxelles, le phénomène danglicisation a été
mené essentiellement par la Grande-Bretagne et les hauts fonctionnaires,
valets des Etats-Unis, en tacite complicité avec les gouvernements des
pays membres de lUE. Anna-Maria Campogrande qui a été fonctionnaire
internationale à la Commission a bien décrit laction de gens
comme Chris Patten ou Neil Kinnock. Ce dernier est dailleurs devenu président
du British Council par la suite. On se demande pourquoi un certain nombre de pays
de lUE envoient à Bruxelles des gens parlant anglais plutôt
que dautres langues mais ce nest pas étonnant quand on sait
que beaucoup de pays candidats, particulièrement en Europe centrale, nont
eu aucun autre choix que de discuter de leur projet dadhésion à
lUE en anglais. Avec la complicité tacite de pays comme la France,
lAllemagne et lItalie, langlais est devenu langue de rédaction
majoritaire des textes originaux par des natifs non-anglophones en majorité,
altérant et déformant ainsi la pensée de ces derniers. Il
faut aussi mentionner linfluence linguistique dorganismes tels que
le FMI ou la banque mondiale qui ont exigé souvent des pays emprunteurs
de favoriser lapprentissage de langlais en contrepartie de loctroi
des prêts demandés. Cest ainsi quau Vietnam, le FMI a
évacué linfluence du russe et du chinois au profit de langlais
dès la chute de lUnion soviétique. On se dit : « Tiens,
les Vietnamiens se sont mis eux aussi à langlais ! » comme
si cela était le fruit du hasard ou le fruit du choix délibéré
de la part des Vietnamiens. Or, il nen est rien. La
volonté de déplacer des langues enracinées depuis longtemps,
comme cétait le cas au Cambodge ou au Ruanda avec le français,
sest même traduite par des massacres. Cest tout au moins
ce quaffirme Daniele Ganser, un historien suisse qui explique par exemple
que les massacres perpétrés par les Khmers rouges au Cambodge furent
suggérés et encadrés par des réseaux créés
et financés par les anglo-saxons. Ces massacres ciblèrent essentiellement
les intellectuels, tous ayant une parfaite connaissance du français à
lépoque. Il sest produit la même chose au Ruanda
comme nous lexplique lhistorien Bernard Lugan. Au sud-Vietnam, larrivée
des Américains au début des années 60 a été
le point de départ de léradication du français. Les
Américains ont payé les directeurs de bibliothèques pour
remplacer massivement les livres français qui sy trouvaient pas des
livres étasuniens. Le résultat ? Il reste moins de francophones
aujourdhui au Vietnam quil nen existe en Grande-Bretagne en
dépit du fait que le Vietnam soit membre officiel de lorganisation
internationale de la Francophonie ! Sur
le plan culturel, loffensive sest déroulée sur le terrain
de laudio-visuel et des livres. On se souvient quaprès la seconde
guerre mondiale, les Américains avaient imposé les accords Blum-Byrnes
en échange de lannulation dune partie de la dette française,
accord qui définissait un quota dimportation minimal de films étasuniens
en France qui avait été fixé à 40%. Aujourdhui,
on sait que les États-Unis ont investi massivement tout le système
de diffusion des uvres cinématographiques à léchelle
mondiale, imposant ainsi de fait leurs productions dans une partie du reste du
monde. On sait aussi quils assurent la diffusion des uvres de leurs
auteurs par une publicité constante, agressive et massive tout comme est
commercialisé Coca-Cola, surreprésenté dans les supermarchés
par la publicité payée indirectement par ses propres consommateurs,
qui financent ainsi leur assuétude au produit. Le
résultat de cette action, déployée sur un très large
spectre dinterventions, a été la substitution massive de linfluence
des intellectuels locaux par des doctrines américaines destinées
à la périphérie de lempire. Il faut répandre
lidéologie qui doit guider les masses de la périphérie
: Libres marchés dérèglementés à la périphérie
de lempire uniquement, connaissance de langlais colonial
obligatoire et, ici, une parenthèse est à faire. En effet, ce qui
est recherché, ce nest pas de faire des Français des Américains,
cest de rendre suffisante la connaissance de la langue des maîtres
pour quelle puisse être comprise par les vassaux des États-Unis
et du monde anglo-saxon, pour les mettre en position dinfériorité
structurelle et quils puissent interpréter les messages du centre
de lempire comme étant de qualité supérieure par rapport
à ceux qui proviennent du reste du monde. Il faut créer et maintenir
toute confiance dans léconomie américaine pour y investir
ou acheter des bons du trésor, confiance dans les agences de notation américaines
alors que, dans les faits, il ne sagit que de relais de la politique étasunienne
pour manipuler les perceptions au profit des États-Unis comme on a pu le
voir dans la crise grecque et, auparavant, sur la scène bancaire étasunienne,
lorsque des établissements étaient encore notés AAA trois
jours avant leur mise en faillite ! Cependant,
ce ne sont pas que des bénéfices à court terme qui sont recherchés.
Cest aussi le fléchissement de la production intellectuelle des pays
vassaux pour quils ne viennent jamais concurrencer de manière sérieuse
le centre de lempire dans ses prérogatives. La encore, il suffit
de prendre connaissance des objectifs généraux dans un rapport comme
le Project for a new American Century, dont le contenu est public
et dont la genèse ne relève en rien du complot. Cet infléchissement
de la production intellectuelle est accompli de deux manières. La première,
en favorisant la création de structures contraignantes pour la production
intellectuelle dans les pays vassaux. La deuxième, en diminuant les potentiels
individuels et en décourageant les vocations ailleurs que dans les pays
anglo-saxons. Dans
le premier cas, on crée ou on suscite la création de structures
contraignantes. Par exemple, la recherche scientifique ne se fait plus que sur
des thèmes à la mode et agréés par des instances extérieures
aux laboratoires qui décident de plus de loctroi des fonds de recherche.
Elle doit faire lobjet de publications dans un anglais mal maîtrisé
et dans un système qui est totalement sous la houlette des anglo-saxons.
Le chercheur sera également soumis au système des citations qui
est, lui aussi, totalement encadré par les anglo-saxons. De plus, la recherche
est de plus en plus une recherche appliquée étroitement subordonnée
aux besoins économiques perçus. Dans
le deuxième cas, on sefforce de diminuer les potentiels individuels
qui peuvent être réduits de diverses manières. Il est inutile
de revenir ici sur laffaiblissement des formations scolaires qui, en France,
a fait lobjet de nombreux ouvrages. Les visées impériales
rejoignent ainsi les objectifs de loligarchie locale qui cherche à
consolider ses positions aux dépens du bien-être des citoyens et
du progrès tout court. Parallèlement, on fait la publicité
dintellectuels moyens ou médiocres et on essaye dinverser les
valeurs : sportifs recevant des rémunérations royales pour des activités
infantiles, acteurs moyens recevant des cachets correspondants à plus que
ce que gagne le salarié moyen en une vie, etc. Les
conséquences Les
conséquences de ces attaques sont prodigieuses. Elles sont dordre
linguistique, culturel et elles portent également atteinte à notre
productivité et au prestige international dont notre pays a bénéficié
dans les cinq derniers siècles. On est tout dabord perdant dans la
guerre de représentation que nous livre le monde anglo-saxon. Représenter,
cest rendre présent. Le manque de représentation rend absent
à son propre environnement, à soi-même. La guerre de représentation
est une guerre où la maîtrise et le trucage de linformation
jouent les premiers rôles. Ainsi, les actions décrites précédemment
occultent nos contributions, notre art, notre science. Un cerveau occupé
par quelquun dautre se détourne automatiquement de ses propres
productions culturelles et intellectuelles ainsi que celles des autres pays, non
anglophones en loccurrence. Dans le cadre de la perte de mémoire
collective et de laltération des perceptions, on peut observer, par
exemple, que : Les
Français ont oublié que le premier vol motorisé était
français, celui de Clément Ader en 1890. Les
Allemands ont oublié que linvention de lordinateur a été
le fait dun de leurs compatriotes, Conrad Zuse. Le
monde a oublié que Charles Darwin sest largement inspiré de
Lamarck, Vanini, Maillet et Diderot. Le
monde a oublié que le premier micro-ordinateur était français
ce que lon redécouvre au musée de linformatique de Boston. Le
monde informatique ne sait pas que les algorithmes de reconnaissance de lécriture
manuscrite utilisés par la firme Apple sont dorigine russe. Le
monde ne sait pas que cest grâce au travail des Français Meyer,
Morlet et Grossmann quon a pu mettre dans les mains du grand public la vidéo
numérique. Le
monde ne sait pas quInternet est un projet américain qui a consisté
à améliorer le projet français Cyclades. Le
monde attribue de manière erronée la découverte de la pénicilline
à Fleming alors que la paternité de cette découverte revient
à Ernest Duchesne en 1897. Le
monde ne sait pas que la découverte de lHelicobacter Pylori est dorigine
cubaine alors que cest un chercheur australien qui a reçu le prix
Nobel pour cela. Le
monde na toujours pas pris conscience de la fausseté des informations
distillées par les agences de cotation boursière américaines
qui certifiaient en 2007 la solidité de certains établissements
bancaires qui faisaient faillite trois jours après. Le
monde ne sait pas que lambiguïté de la langue anglaise a été
la cause de nombreux accidents davion (Exemple dinstruction ambigüe
ayant été la cause dun accident : « Turn left right
now ! »). Le
monde ne sait pas que la prétendue prédominance américaine
ne vient pas dune supériorité créative, dune
supériorité dinvention, mais du succès de la diffusion
de son idéologie et de sa langue qui ont induit un complexe dinfériorité
qui, depuis la seconde guerre mondiale, règne en France sans partage dans
le monde des affaires, chez les fonctionnaires et dans lopinion publique. Les
Français ne savent pas que le drame des irradiés dEpinal a
eu pour cause labsence de traduction des modes demploi (rédigés
en anglais) utilisés par les techniciens. Les
Français ne sont pas conscients que, en France, au sein de certaines compagnies
françaises, les syndicats doivent combattre la politique du tout anglais
imposée par leur direction, alors que le personnel na aucun contact
avec des étrangers Le
monde non américain ne semble pas être conscient quil paye
pour presque toutes les guerres américaines du moment grâce au statut
du dollar qui ne vaut plus rien mais qui est accepté par tous, puisque
les États-Unis réussissent encore à imposer le dollar pour
les achats de pétrole au reste de la planète Le
monde ne semble pas se rendre compte que la crise financière actuelle est
dû au fait que le monde dit développé a copié les méthodes
américaines de gestion financière et adopté un modèle
qui est erroné dès le départ. Les
ponctions financières directes En
ce qui concerne la ponction financière relative à la colonisation
linguistique, François Grin, spécialiste en économie des
langues à luniversité de Genève, estime à 15
milliards deuros le revenu global que la Grande-Bretagne tire de lenseignement
de sa langue sur le continent européen. Si lon tient compte dun
coût de travail horaire moyen de 21,2 euros pour lEurope occidentale,
lenseignement des langues en Europe continentale, quand il se substitue
au travail (cours en entreprise), est équivalent à une perte sèche
de 210 milliards deuros, soit plus de 3 fois le coût de lenseignement
lui-même et nous savons que lessentiel de cet enseignement est, actuellement,
celui de langlais. A
la Commission européenne, si lon considère que, globalement,
la communication se fait à 50% en anglais alors que le poids de la Grande-Bretagne
nest que de 13% et que le coût global de traduction et dinterprétation
est de 2,76 milliards deuros, lusage déséquilibré
de langlais coute ainsi 2 milliards de trop à lensemble des
pays membres ! La
France nest pas consciente de linfléchissement considérable
de sa production intellectuelle, monopolisée actuellement par les agents
de lempire prescripteurs dopinion, de sa production scientifique qui
reste actuellement sagement dans le sillon de la science anglo-saxonne, de sa
production culturelle qui na plus grand intérêt dans la mesure
où elle suit dautres modèles. Voici ce quen disait un
dirigeant politique de la région des Balkans, dont je ne citerai pas le
nom mais quon a noirci à plaisir du fait quil sopposait
à lempire : «
La diminution du sens critique anesthésie la société au point
quelle ne peut plus se rendre compte de lattaque identitaire dont
elle est victime par le biais de la langue, ainsi que par dautres moyens.
En fait, le manque de réaction actuel est simplement caractéristique
dune société qui ne sait plus envisager son propre avenir,
autrement que sur le très court-terme. Il est impossible de dissocier le
phénomène linguistique de ses contextes économique et politique.
Laffaiblissement ou la perte des identités nationales qui en résulte
est lune des pires choses qui puissent arriver à un peuple. Quand
cela se produit, très vite, les citoyens se séparent de leur histoire,
de leur passé, tandis quils glorifient celui dautres pays.
Ils abandonnent leurs traditions, leur manière de vivre. Ils oublient rapidement
leur langue littéraire et minimisent limportance de leurs propres
réalisations, de leur littérature nationale quand ils ne lironisent
pas comme « nostalgie du passé ». Lidentité nationale
se réduit ainsi rapidement à quelques plats locaux, quelques chansons
et danses folkloriques et les noms de quelques héros nationaux sont alors
utilisés comme marques de cosmétiques ou de produits alimentaires
tandis que lon décore les acteurs, les écrivains ou même
les historiens de la puissance dominante. Il sagit dune forme moderne
de colonisation qui efface la mémoire collective des peuples et, bien entendu,
favorise la progression de la langue de la puissance occupante - par procuration
le plus souvent - ainsi que la place occupée par ses uvres
culturelles, qui occultent rapidement les productions locales. Parler la
langue maternelle dans les occasions officielles devient un signe dinfériorité,
de faiblesse et même de mesquinerie et dignorance ; alors quutiliser
la langue dominante souligne lopulence, la modernité du discours,
la supériorité intellectuelle de celui qui prend la parole. Quant
aux leviers de commande du pays, ils passent rapidement dans des mains étrangères
par le biais de collaborateurs convaincus et zélés qui prêchent
la tolérance, la coopération avec les autres peuples, louverture
au monde extérieur et qui vantent les mérites de la mondialisation.
La possibilité de libre parole est restreinte ou, tout au moins, occultée
par le terrorisme intellectuel, cest-à-dire le politiquement
correct, et la censure par omission médiatique. La créativité
samenuise
Ce quil en reste, généralement, ne sapplique
plus quau secteur technique selon des lignes dévolution imitées
ou définies ailleurs. Cette fuite dans la médiocrité saccompagne
de grands discours creux sur le progrès, défini daprès
le modèle mis en place par la puissance néo colonisatrice et lidéologie
quelle diffuse, et qui font un usage immodéré des termes et
des stéréotypies qui laccompagnent
» Comme
pour la plupart des pays dEurope occidentale, limpact sur la France
de la colonisation mentale quelle subit affecte directement et énormément
le prestige international dont elle a bénéficié dans les
cinq derniers siècles. Létranger qui se rend en France, quand
il nest pas réfugié économique, remarque tout de suite
le fait que la France est un protectorat américain. Il voit tout de suite
que son système universitaire na de cesse dimiter le modèle
américain et quil en est de même du système financier.
Il voit lomniprésence des films américains et des séries
américaines à la télévision. Il voit quune publicité
directe et indirecte est constamment faite à propos des États-Unis.
En conséquence, les universités dEurope continentale ne peuvent
plus attirer les meilleurs des étudiants étrangers. On vient étudier
en France parce que les études universitaires demeurent pratiquement gratuites
et que les étudiants étrangers peuvent toucher laide au logement
de la caisse dallocations familiales dès leur arrivée. Les
instituts denseignement dont nous disposons à létranger
ou celles qui sont sous légide de la francophonie institutionnelle,
subissent la même désaffection sauf, semble-t-il, dans le cas de
la Sorbonne à Abou Dhabi car les jeunes étudiants arabes sont de
moins en moins les bienvenus aux États-Unis. En
conclusion Comme
Marc Favre dEchallens lécrivait récemment dans Marianne,
le capitalisme financier actuel ravageur avec ses dérives frauduleuses
madoffiennes, en passe aujourdhui dimploser, est aussi
le produit de langlophonisation de nos élites qui ont suivi les mêmes
cursus universitaires, qui sortent des mêmes écoles. Ecoles qui imposent
des filières en anglais, collaborent avec zèle avec des universités
américaines et qui sont classées et notées par des revues,
journaux ou instituts anglo-saxons qui jouent le rôle, mutatis mutandis,
des agences de notation financière (cf. le classement du Financial
Times des Masters en management). Là
aussi, le tout à langlais le tout en anglais a pour résultat
cette pensée unique qui a contribué aux crises bancaire, financière,
monétaire et idéologique actuelles par panurgisme idéologique
et linguistique ; aucune pensée indépendante, aucune approche économique
novatrice. Bien au contraire, en une génération, la quasi-certitude
dun progrès sest peu à peu effacée devant lévidence
dune formidable régression sociale, écologique, morale et
politique. Car la diversité linguistique, cest aussi la diversité
des pensées et des visions du monde. Tout ce qui nest pas en anglais
est déprécié. Laliénation linguistique et lhumiliation
culturelle ont toujours comme effet lassujettissement économique
et le déclassement social. La
crise financière et maintenant économique montre en pleine lumière
lindécence de nos élites à vouloir nous
imposer le modèle économique mis en place à la fin du 20e
siècle dans les pays anglo-saxons, modèle qui est le meilleur des
systèmes comme le Titanic était le meilleur des paquebots en 1912
Note
: Une colonie ordinaire du XXIe siècle de Charles Xavier Durand
(275 pages), publié par E.M.E. société en 2010,
est disponible sur la plupart des librairies en ligne. ISBN : 978-2-87525-048-3, |
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