Les
carnassiers de Wall Street : les présidents permanents des Etats-Unis
Pascal SACRE « Le
grand Satan surgit d'une trop grande concentration de pouvoirs entre les mains
de quelques hommes. » Andrew Jackson, président des Etats-Unis, de 1829
à 1837 Il n'y a aucune séparation des pouvoirs. La
sphère publique, celle sur laquelle chaque citoyen croit être en mesure d'influer,
est totalement assujettie à la sphère privée, une énorme toile d'araignée aussi
opaque qu'un nuage de cendres au-dessus d'un volcan en éruption. Il y a des hommes
au-dessus des présidents. Ils occupent une place élevée au
sein d'entreprises privées dominant leur secteur. Ils sont souvent PDG et cumulent
des postes « moins importants », comme membre de conseil d'administration,
consultant dans des entreprises satellites, professeur ou président d'université
*. Il est fréquent qu'un de ces PDG ou haut responsable
de multinationale occupe un temps la position de ministre public, avant de retourner
dans son fauteuil privé, beaucoup plus rentable, plus confortable et plus efficace
pour tirer de l'ombre les ficelles du gouvernement officiel. D'autres fois, ils
sont conseiller principal, ou à titre officieux. Par
exemple, Robert E. Rubin, PDG de Goldman Sachs de 1990 à 1992 après en avoir gravi
tous les échelons, devint Secrétaire au Trésor (Ministre des Finances) de 1993
à 1997 sous Bill Clinton, avant de retourner au Privé, dans Citigroup,
la première banque commerciale mondiale, comme responsable du comité exécutif.
Trajet classique du privé au privé, en passant par un mandat public. De
même, Henry M. « Hank » Paulson Jr, PDG de Goldman Sachs, surnommé
Mr Risk par Business Week (1), fut
Secrétaire au Trésor de 2006 à 2008 sous George W. Bush. Il
est capital que des hommes du sérail, des serviteurs du Privé, viennent contrôler
les agissements et décisions du gouvernement visible, au travers du contrôle du
ministère public correspondant. Par exemple, dans le
cas de la finance, au moment de la crise des subprimes de 2008, qui s'est transformée
en crise financière mondiale, cette pratique a permis, via le travail zélé de
Henry Paulson, ex PDG de Goldman Sachs, de monter le scandaleux plan de sauvetage
des banques fautives, à hauteur de 700 milliards de dollars prélevés dans les
poches du contribuable étatsunien (TARP : Trouble Asset Relief
Program), dont dix milliards de dollars atterrirent sur les comptes de Goldman
Sachs. Ceci fut possible grâce aux efforts de Neel Kaskari,
proche collaborateur de Paulson alors qu'il était PDG de Goldman Sachs, et rapatrié
avec lui au Ministère des Finances. Pour l'édification
des lecteurs, ce sauvetage des banques privées, pourtant seules responsables de
leur débâcle, par les fonds publics, n'a pas empêché ensuite ces mêmes banques
de s'attribuer des bonus record (23,4 milliards de dollars en 2009, versés à ses
employés « méritants » par Goldman Sachs). AIG,
le numéro 1 mondial de l'assurance, dans la tourmente en 2008 du fait de ses pratiques
frauduleuses et de sa participation délibérée au montage financier pourri par
les actifs toxiques des banques, a bénéficié largement du plan Paulson, lequel
fut très généreux et complaisant envers AIG. Edward
Liddy, qui travaillait chez Goldman Sachs avec Henry Paulson avant que celui-ci
ne devienne ministre des finances sous George W Bush, devint PDG d'AIG après le
naufrage et la remise à l'eau par le contribuable américain. Durant
le dernier trimestre 2008, les pertes d'AIG s'élevaient à 61,7 milliards de dollars
(100 milliards de dollars sur toute l'année). Malgré cela, en mars 2009, après
son sauvetage par le gouvernement, instrumentalisé par le loyal Henry Paulson,
AIG annonça les bonus accordés à ses « brillants » dirigeants :
165 millions de dollars ! AIG aura reçu pour 170 milliards d'aide fédérale
en tout. Ce qui fit dire à Barack Obama « Il
s'agit d'un outrage infligé aux contribuables américains qui ont permis de conserver
la compagnie. ['] Excusez-moi, je suis choqué et en colère. » Ceci illustre
bien la hiérarchie réelle des pouvoirs. Mr Obama se met en colère car lui
doit rendre des comptes et se faire élire. Mr Paulson
décide, persiste et signe, quoi qu'il en coûte, sans aucun scrupules ni remords.
Henry Paulson rend compte uniquement au Système soutenu par la famille des banques
privées dont Goldman Sachs est un membre éminent, à côté de JP
Morgan, et à Wall Street dont la prédominance et le pouvoir ne dépendent aucunement
d'élections mais de services rendus par des transfuges entre le privé et le public,
lesquels en sont largement récompensés, que le public payeur et électeur soit
content ou pas. Cette mise sous tutelle des gouvernements
sous l'emprise des entreprises privées n'est pas propre au monde de la finance.
Tous les secteurs privés, dans tous les pays, contrôlent en sous-main les secteurs
publics correspondants, au nez et à la barbe des citoyens, grâce à un va-et-vient
permanent de responsables entre les deux sphères (2). Pour
prendre un seul exemple démonstratif mais non exclusif, citons le cas de Michael
F Taylor. Ce dernier est un peu pour Monsanto et l'agro-alimentaire
industriel ce que Paulson et Rubin furent à la finance et à Wall Street. Michal
Taylor, juriste au service de Monsanto, devint haut responsable
à la FDA, organisme fédéral de réglementation de l'alimentation et des médicaments,
avant de revenir chez Monsanto comme haut responsable, puis
de rempiler à la FDA sous Barack Obama. Si les serviteurs
de Goldman Sachs et Cie ont tout fait pour déréguler la finance et en détruire
tout contrôle gouvernemental, Taylor a tout fait pour promouvoir la dérégulation
des OGM, pour les intérêts des multinationales de l'agro-alimentaire industriel,
Monsanto en tête (3). Mais la finance,
c'est le lobby des lobbys, le plus puissant de tous. C'est le mâle dominant de
toute la tribu des lobbys aux Etats-Unis et dans le monde. A la différence de
l'industrie du tabac, de l'armement, du pétrole, le secteur financier n'a rien
à prouver, ni à vendre. Il n'a qu'à exister. Il permet à tous les autres de dominer
leur secteur respectif et de faire du profit.
 Les
cavaliers de l'apocalypse Robert E. Rubin.
Henry M. Paulson. Lawrence Summers. Ben Bernanke. Timothy Geithner. Les
cinq cavaliers de l'apocalypse financière des vingt dernières années. Les artisans
de la crise actuelle. Voilà le quintet démoniaque qui, depuis la présidence Clinton-Gore,
s'acharne à faire de l'économie étatsunienne, donc mondiale, un vaste casino sans
règles, sans lois, sans garde-fous. Ces financiers,
dont Wall Street est leur temple, ne sont pas fous, penser cela serait commettre
une grave erreur d'appréciation. Ils sont froids, calculateurs, hautains, narcissiques
et méprisants. Ce sont des hommes de main qui appliquent sans pitié des stratégies
élaborées en haut lieu, dans les structures privées dont ils ont occupé les postes
les plus élevés, et dans lesquelles ils retournent après avoir honoré leur contrat.
Au niveau de ces hommes de main règnent la cupidité, l'avidité, l'arrogance et
le sentiment d'une supériorité indiscutable. Comme l'écrit Joseph Stiglitz, Prix
Nobel d'économie en 2001, c'est le triomphe de la cupidité. Au
niveau où ces hommes de main reçoivent leurs ordres, règne la volonté d'un contrôle
absolu. C'est un cran au-dessus de la « simple » soif de gains. Goldman
Sachs, JP Morgan (4), Citadel Investment Group (5), Blackstone (6), sont les dominants
d'un système dont le temple est Wall Street. Les présidents, premiers ministres,
dirigeants visibles, élus, leur obéissent, par fascination, obligation, incompréhension,
probablement un peu des trois. Et par intérêt personnel. Bill
Clinton fut élu en partie sur un programme électoral promettant aux électeurs
un encadrement plus strict de Wall Street, un peu comme Barack Obama le fit à
son tour. Pourtant le démocrate d'Arkansas alla encore plus loin que Ronald Reagan,
le champion de la dérégulation, pour qui le gouvernement ne pouvait résoudre le
problème des Etats-Unis car le gouvernement était le problème. Depuis
Franklin D. Roosevelt, suite à la crise financière de 1929 déjà précipitée en
partie par Goldman Sachs, le New Deal (la Nouvelle Donne)
avait placé des garde-fous autour des requins de la finance. Le
Glass Steagall Act, voté en 1933, traçait une frontière infranchissable
entre les banques de dépôt et les banques d'investissement. La
Loi Glass-Steagall empêchait strictement la collusion entre
banques de dépôts et banques d'affaires (comme Goldman Sachs). Elle interdisait
à toute banque de dépôts de posséder une banque d'affaires ou d'acheter, de vendre
ou de souscrire des titres financiers, domaine réservé aux banques d'affaires.
A l'inverse il était interdit aux banques d'affaires d'accepter les dépôts de
simples clients, ce qui relevait uniquement des banques de dépôts. La
Commodity Futures Trading Commission ou CFTC est un organisme
qui fut créé en 1936 pour éviter tout risque de manipulation des marchés, notamment
des matières premières, et tout risque de spéculation de la part des banques. 1933,
Glass Steagall Act. 1936, CFTC. 1999, le Financial
Services Modernisation Act vient détruire ces garde-fous dressés par l'administration
Roosevelt. Il est signé par Bill Clinton, sous le regard sévère, mais satisfait,
de Robert E. Rubin, son Secrétaire au Trésor, et la main du président qui avait
promis de dompter Wall Street efface d'un trait de plume le Glass
Steagall Act. C'est l'aboutissement d'un long travail de lobbying téléguidé
depuis Wall Street. Robert Rubin, et Larry Summers, autre compère du système,
seront largement récompensés pour cela. Cette nouvelle
loi, dans l'élaboration de laquelle Robert Rubin et Laurence Summers, son équipier
avant de devenir son successeur en juillet 1999, ont joué un rôle primordial,
ne fait pas moins que légitimer le délit d'initié, la manipulation financière
outrancière, autoriser la concurrence entre banques de dépôt, banques d'investissement
et compagnies d'assurance, et autoriser la fusion entre ces établissements différents.
Elle officialise en fait une pratique déjà entamée en 1998, avec la fusion de
Citibank, première banque d'affaires mondiale, et Travelers Group,
éminente compagnie d'assurances, constituant Citigroup. Robert
Rubin, en « paiement » de ses loyaux services, devint responsable du
comité exécutif de Citigroup. L'incessant renvoi d'ascenseurs. Clinton
était fasciné par les responsables des grands établissements financiers. Ceux-ci
mettaient à sa disposition les résidences luxueuses qu'ils possèdent sur l'île
chic et branchée de Martha's Vineyard, dans le Massachussetts, exactement comme
ils font aujourd'hui avec Barack Obama. Ou à East Hampton, la banlieue huppée
de New-York. La présidence de Bill Clinton est celle
qui permit l'affranchissement définitif de Wall Street de toute entrave légale. Les
milieux financiers, reconnaissants ont fait de Clinton un homme riche et respecté.
Ses conférences, somptueusement payées, lui ont rapporté une somme globale de
40 millions de dollars. Il est également devenu conseiller pour plusieurs fonds
gérés par un de ses amis milliardaires, Ronald Burke. D'autres
présidents, d'autres dates ont marqué l'avancement du plan des banquiers privés :
la création en 1913, sous Woodrow Wilson, de la Réserve Fédérale, la Banque Centrale
US, établissement semi-public censé encadré les banques privées, régi à la base
par ces mêmes banques privées, sous l'impulsion de JP Morgan, Rockefeller, Warburg
et Rothschild, création permettant aux banques privées d'émettre la monnaie et
de coordonner les émissions de crédit, dérobant cette prérogative au gouvernement. En
1971, sous Nixon, c'est la fin officielle de la parité dollar/or, déjà compromise
en pratique depuis plusieurs années, faisant que la masse monétaire n'est plus
encadrée par rien, et que l'argent est créé par les banques privées lorsqu'elles
émettent du crédit, sans garde-fous. |
| C'est
la suppression du Glass Steagall Act, sous Clinton, en 1999,
qui permit la création, puis la généralisation des prêts de type subprimes, qui
seront au c'ur de la crise mondiale de 2008. Clinton,
Bush, Obama. Les trois derniers présidents US grâce auxquels Wall Street et la
haute finance spéculative, déjà libérés de bien des contraintes sont devenus totalement
hors de contrôle, ont laissé les financiers insolents mener la barque. Au travers
de Rubin-Summers pour Clinton, Paulson pour Bush et Summers-Geithner-Bernanke
pour Obama. Rubin et Summers sont les artisans du démantèlement
du Glass Steagall Act. Avec Paulson, désormais, Wall Street avait la garantie
que l'argent public, le salaire du contribuable, épongerait ses opérations les
plus risquées et les plus douteuses. La haute finance pouvait faire ce qu'elle
voulait. Ils se trompent ? Le gouvernement les renfloue. Ils gagnent ?
Ils gardent tout pour eux. Actuellement, Lawrence Summers,
un chouchou du système, est le principal conseiller économique de Barack Obama.
Ce-dernier avait proposé à Jamie Dimon, le big boss de JP Morgan,
le poste de Secrétaire au Trésor, puis, devant son refus, à Lawrence Summers mais
les deux derniers, avec l'influent Peter Peterson, proposèrent le nom de Timothy
Geithner. Le père de Tim Geithner, Peter, était membre influent du CFR (Council
of Foreign Relations) dont Peter Peterson fut président. A
ses débuts, Tim rentra au cabinet de conseil créé par Henry Kissinger dont Peterson
était également l'associé. Kissinger siégeait au conseil d'administration d'AIG
en 1990, la compagnie d'assurance qui bénéficia en 2008, de tant de complaisance
et de générosité de la part de Paulson puis de Tim Geithner. De
1998 à 2001, Geithner fait ses armes auprès de Rubin et Summers, comme sous-secrétaire
aux finances pour les affaires internationales, sous Clinton. A 42 ans, il est
le président de la FED de New-York, la succursale la plus puissante de la Banque
Centrale étatsunienne qui en compte douze à travers les Etats-Unis. C'est de ce
poste que Geithner est propulsé, sur les conseils de Dimon, Summers, et Peterson,
à celui de secrétaire au trésor d'Obama. A la FED de New-York, Geithner est remplacé
par Stephen Friedman qui vient de Goldman Sachs. Ce poste est trop important pour
être laissé à n'importe qui. C'est un petit monde, une
sorte de carrousel, de « jeu » où les mêmes joueurs possèdent toutes
les cartes. Summers pour Obama, joue le rôle que Rubin a joué pour Clinton. Paulson
s'était occupé de George W. Bush. Avec Rubin (Clinton),
Paulson (Bush), Summers (Obama), le Ministère des Finances est placé sans aucune
contrepartie sous la tutelle du secteur financier spéculatif et destructeur d'économie
réelle, c'est-à-dire Wall Street. Ces financiers créent,
dès les années 90, le Working Group on Financial Markets,
qui regroupe le Ministère des Finances, le patron de la FED, le patron de la Bourse
de New-York et les dirigeants des grandes firmes financières. C'est, depuis, le
véritable organe du pouvoir financier, véritable collusion opaque entre le secteur
privé et l'Etat fédéral, dans laquelle le privé contrôle le fédéral, et non l'inverse.
La Réserve Fédérale elle-même revint à Ben Bernanke en 2006, autre sbire du sérail,
successeur de Alan Greenspan, grand complice (et grand copain, partenaire de golf)
de Rubin et Summers. Ainsi, Obama, entre Summers, Geithner,
Bernanke, est-il bien surveillé, conseillé, et téléguidé. Si
Rubin et Paulson incarnent l'arrogance **, la mauvaise foi, étant le reflet parfait
de l'arrogance de la finance et de son indifférence aux réalités économiques,
aux conséquences sociales, humaines, ainsi qu'à ses propres échecs, Bernanke,
lui, personnifie l'incompétence. Les principaux conseillers
et les ministres des finances US sont tous issus du sérail, du Privé, de Wall
Street, et y retournent une fois leur mandat accompli. Le
contrôle s'effectue à partir du contrôle de la Réserve Fédérale, et de sa succursale
de New-York, du Ministère des Finances (le Trésor US), en plaçant à ces postes
clés des hauts dirigeants des principales firmes privées dont Goldman Sachs, JP
Morgan. Ce contrôle est renforcé par des conseillers au Président et des groupes
de travail comme le Working Group on Financial Markets. En
ce moment, Bernanke, Friedman, Geithner, Summers sont l'étau autour du président. Dans
les rustines concoctées par Obama qui ne décide de rien, mais suit les ordres,
il est fait mention de Mary L. Shapiro et de Paul Volcker, pour remettre de l'ordre
dans tout ça. Tour de prestidigitateur. Quel que soit
l'effet d'annonce, il est encore instructif de reprendre le parcours de ces personnes
pour déceler un changement réel, et non une promesse de plus. Paul
Volcker, c'est encore et toujours le système, il a représenté la famille Rockefeller,
à la Chase Manhattan Bank, fusionnée depuis avec JP Morgan, et fut le président
de la Réserve Fédérale sous Ronald Reagan. « Il
a joué un rôle central dans la mise en 'uvre de la première phase de déréglementation
financière qui a favorisé la foule de faillites, fusions et acquisitions menant
à la crise financière de 1987 » (7). La Républicaine
Mary L. Schapiro, nommée comme chef de la SEC (Securities and
Exchange Commission, le gendarme de la Bourse), doit nous rassurer. Or,
Schapiro était la chef de la FINDRA (Financial Industry Regulatory
Authority), l'agence chargée de réguler les 5100 maisons de courtage qui vendent
les actions en bourse. Au FINDRA depuis 1996, Schapiro a fait partie des régulateurs
qui n'ont rien vu venir : ni l'escroquerie du siècle de 50 milliards de dollars
du courtier Bernard Madoff, ni les autres escrocs qui vendaient des actions basées
sur les paquets d'emprunts-logement « subprime » sans aucune valeur,
ni garantie. Elle est donc parmi ceux qui s'étaient « endormis au volant »,
pour reprendre l'expression du président Obama pour fustiger justement les régulateurs
irresponsables de l'industrie financière. Schapiro avait
été nommée membre de la SEC' sous le dérégulateur fou Reagan, déjà. Certains
pensent que l'emprisonnement de Bernard Madoff indique que le système est quand
même contrôlé et les dérives, sanctionnées. Madoff n'est pas le système, il a
joué au système et s'est fait prendre. Geithner, Bernanke,
Paulson, Summers, Rubin, sont le système. Ils font les règles. Madoff
est le petit poisson, le barracuda, destiné à faire détourner les regards des
requins marteaux. C'est le leurre idéal qui permet d'occulter des scandales autrement
plus importants et autrement plus révoltants liés à la crise des subprimes, aux
délits d'initiés, et provoqués par ceux-là même qui sont censés contrôler Wall
Street. De même, le sacrifice de Lehman Brothers ne traduit en rien une sanction
de la haute finance. Alors que la firme concurrente
de Goldman Sachs aurait pu être facilement sauvée, dans le plan Paulson, elle
fut éliminée délibérément par Geithner à la fois pour donner l'illusion que le
Système était lui aussi victime de la crise, mais aussi pour faire peur au gouvernement
et aux gens, dans une sorte de stratégie du choc chère à Naomi
Klein, destinée à faire paniquer les mandataires publics dans l'éventualité d'un
effondrement complet du système bancaire. Dans la famille
des banques privées, Lehman Brothers était un joueur mineur, un pion sacrifiable.
Son élimination était beaucoup plus rentable pour le système, que son sauvetage. La
peur d'un effondrement pur et simple du système financier tel que nous le connaissons
nous paralyse, nous tétanise et les banquiers privés profitent de cette situation
à outrance car cette peur irraisonnée nous occulte la réalité. Ce
système financier tel que nous le connaissons, tel qu'il a évolué depuis 1913,
1971, 1999, culminant par la crise mondiale de 2008, est un cancer. Ne pas traiter
ce poison infiltré dans toutes les strates de nos sociétés, de peur des effets
imprévisibles de son éradication, revient à dire qu'il vaut mieux ne pas traiter
un cancer, de peur des effets secondaires de la chimiothérapie, ou une maladie
infectieuse sévère, de peur des effets secondaires de l'antibiothérapie. Les
agents de propagation de ce cancer, Bernanke, Paulson, Summers, Rubin, Geithner,
ne sont pas indispensables, incontournables parce qu'ils seraient les plus intelligents,
les plus compétents. Ils sont là car ils sont les hommes du Système, les métastases
de ce cancer qui détourne les ressources publiques pour leur profit privé, et
qui vampirisent nos économies, nous laissant exsangues, et de toute façon condamnés,
si nous ne faisons rien. Les personnes à la fois compétentes,
intelligentes, et critiques du système, existent. Elles n'appartiennent ni aux
banques privées, ni à Goldman Sachs, ni à Wall Street. Elles sont économistes,
prix Nobel, comme Joseph Stiglitz (2001) ou Paul Krugman (2008), universitaires
brillants et réputés, anciens ministres comme Robert Reich (ancien ministre du
Travail sous Clinton). Barack Obama ne les a pas engagés.
Barack Obama n'a pas rétabli le Glass Steagall Act, ou une loi apparentée. Andrew
Jackson avait tout à fait raison bien que sa réflexion était complète. Les éléments
qui rendent cette concentration des pouvoirs entre quelques mains, toujours les
mêmes, possible, sont une extrême duplicité, une capacité phénoménale à nous mentir,
une faculté de n'éprouver aucun remords, de la part de nos responsables, associée
à une opacité plus noire qu'une fumée volcanique, une complexité délibérée et,
ce qui nous met devant nos propres responsabilités, à notre crédulité excessive
et persistante, malgré les faits. Pascal Sacré *
Ainsi, Lawrence Summers, dont il est fort question dans cet article, après avoir
été Ministre des Finances de Bill Clinton, sera président de l'Université de Harvard,
avant de diriger le fonds spéculatif géant Shaw, et de revenir au gouvernement
en tant que principal conseiller économique d'Obama. Lui, Geithner et Bernanke
sont l'étau qui enserre Obama. ** pour vous donner une
idée de l'extrême arrogance de ces personnes, John Thain, un ancien de Goldman
Sachs, lorsqu'il prend la tête de Merril Lynch (qui sera absorbé par Bank of America),
en pleine tourmente et sauvetage du privé par le public, il dépense immédiatement
1 250 000 dollars pour faire redécorer son bureau dont 87 000 dollars pour l'achat
d'un tapis, alors même que la firme qu'il est censé diriger essuie de lourdes
pertes et que les charrettes de collaborateurs licenciés se multiplient. Quand
Merril Lynch sera racheté quelques mois plus tard, grâce à l'argent levé par Paulson
auprès des contribuables, Thain, à son départ, réclamera un parachute doré de
30 millions de dollars. Moins que Robert Steel, autre
ancien de Goldman Sachs, devenu président de la banque Wachowia (absorbée par
Citigroup), qu'il quittera en laissant exsangue, au bord de la ruine, mais en
s'attribuant pour lui-même et ses proches des indemnités de départ de 225 millions
de dollars (8). Référence générale : « La
Face Cachée des Banques », par Eric Laurent, Editions Plon, 2009, ISBN 9782259210522.
Sources : (1) Business Week,
12 juin 2006, Mr Risk goes to Washington (2) 'Tous
Pouvoirs Confondus, Etat, Capital et Médias à l'ère de la mondialisation', par
Geoffrey Geuens, Ed. EPO, 2003, ISBN 2872621938 (3)
Le cas de Michael Taylor : de membre de la FDA à vice-président de Monsanto :
http://www.combat-monsanto.org/spip... (4)
Jamie Dimon, président de JP Morgan, était pressenti par Barack Obama pour le
poste de ministre des finances, ce qu'il refusa. Avec Larry Summers, il proposa
plutôt le jeune Timothy Geithner, pur produit de l'establishment. (5)
Kenneth Griffin est président du Fonds Spéculatif Citadel Investment Group, c'est
un milliardaire, ami intime d'Obama dont il finance les campagnes depuis ses débuts
en politique. (6) Peter Peterson est président de la
banque d'investissement The Blackstone Group, un puissant groupe financier. Le
très influent Peter Peterson, ancien président du CFR (Council of Foreign Relations),
président du Conseil des FED (les douze succursales régionales de la Banque Centrale
étatsunienne, la Réserve Fédérale), a également conseillé Geithner à Obama. (7)
Le changement dans la continuité, les artisans de la débâcle économique continuent
leur besogne au sein du gouvernement Obama par Michel Chossudovsky http://www.voltairenet.org/article1... (8)
La Face Cachée des Banques, Eric Laurent, pp. 142-143. |
|