Cela va faire un an depuis que Ian Tomlinson est mort après avoir été attaqué par un officier de police lors des manifestations du G20. Aucun action en justice n’a suivi cette mort, personne n’a été puni pour ce meurtre. Malgré 300 plaintes déposées par des citoyens britanniques vis-à-vis du comportement de la police lors des manifestations du 1er Avril 2009 – et malgré des centaines d’heures d’enregistrements vidéos et de photos, aucun policier n’a encouru ne serais-ce qu’un blâme pour les exactions et la violence aveugle exercée contre des manifestants pacifiques


[Gregor Seither - IES News Service - 29/03/2010 ]






Les policiers qui ont illégalement enlevé leurs badges avec leur matricule, qui ont matraqué de simples passants dans la rue puis ont menti sur ce qu’ils ont fait, de manière répétée… tous ces agents de la force publique qui ont commis des actes illégaux restent dans l’impunité, et ni la loi, ni leurs supérieurs ne leur demandent des comptes.

La police n’a jamais contacté la famille de Ian Tomlinson, ne serais-ce que pour exprimer des condoléances.
Comparez cet état de fait à celui d’un cas dans le Nottinghamshire, en juin 2009. Un policier a causé deux morts et a immédiatement été mis à pied. Ses supérieurs ont contacté tout de suite la commission indépendante d’investigation (Independent Police Complaints Commission) et mené leur propre enquête. Le commissaire principal a déclaré “nous allons tirer les leçons de cette tragédie afin qu’elle ne puisse plus se reproduire. Cela a causé une immense tristesse et un très grand choc.” La presse a publié des photos montrant des officiers de police entrain de faire le salut militaire devant les bouquets de fleurs que des passants éplorés avaient déposé devant le commissariat de police. Personne n’a rien caché, personne n’a diffamé les victimes, personne n’a trafiqué la scène du crime pour masquer son forfait, personne n’a dit que les victimes étaient alcooliques et violentes ou qu’elles l’avaient bien cherché. L’agent de police responsable de leur mort a été rapidement mis en examen et, malgré le fait que leur mort était due à une négligence de sa part et non pas à une attaque violente, il a néanmoins été condamné pour avoir causé la mort.


Il y a une différence significative entre les deux cas: dans le Nottinghamshire, les victimes étaient des chiens. L’officier de police avait laissé deux chiens policiers dans la voiture et les avait oubliés au soleil, tandis qu’il remplissait des papiers. Si on en juge par la réponse de la police vis à vis de ses deux tragédies, la vie de deux chiens est plus précieuse qu’une vie humaine, du moins dans les yeux de la Police .





La semaine dernière, en Grande-Bretagne, la « Association of Chief Police Officers » (ACPO) va publier un manuel de formation pour ses officiers afin de leur apprendre à réagir de manière appropriée lors de manifestations. La police va se répandre dans les médias pour nous dire que le tabassage et la violence contre les manifestants, c’est de l’histoire ancienne. Jusqu’à la prochaine bavure qui prouvera que ce ne sont que des mots.
L’an dernier déjà, une semaine avant le G20, le Comité Parlementaire sur les Droits Humain avait publié un rapport très sévère sur la manière dont la police britannique gère les manifestations. Le Comité mettait en garde: « Les pouvoirs exceptionnels accordés à la police dans le cadre de la lutte anti-terroriste ne doivent jamais être utilisés contre des manifestants pacifiques » et que « par principe, une manifestation pacifique et légale doit pouvoir se dérouler sans qu’il y ait intervention de l’autorité de l’Etat. »

A l’époque la direction de la police avait déclaré avec véhémence qu’ils prenaient les conclusions de ce rapport très au sérieux. Et une semaine plus tard la police de Londres faisait exactement ce que le rapport avait critiqué.
En novembre dernier, l’Inspecteur général de la police (chief inspector of constabulary) avait sévèrement condamné les méthodes employées pour réprimer les manifestations par la police. Il avait rappelé aux policiers que les manifestants ne sont pas des ennemis et qu’ils n’ont pas à être traités comme des insurgés dans une province conquise militairement. Il avait insisté sur le fait que le premier devoir de la police est de faire respecter les Droits humains et donc de faciliter le droit des citoyens à se réunir et de manifester de manière pacifique. Pour l’Inspecteur général, la gestion de manifestations publiques demande, de la part de la force publique, “autre chose que la simple mise en place d’un environnement répressif et une réponse légale virulente.” Six mois plus tard, absolument rien n’a changé..
Début Mars, la justice a relaxé un manifestant accusé d’avoir jeté un bâton en direction des forces de l’ordre lors d’une manifestation devant l’ambassade d’Israël. La police basait son accusation sur une séquence vidéo… et affirmait qu’il n’existait aucune autre séquence permettant de disculper M. Smith, le manifestant. Jake Smith avait pourtant fourni à la Cour des séquences trouvées sur YouTube et qui montraient que ce n’était pas lui qui avait lancé le bâton. Mais la Police refusait de tenir compte de ces séquences, affirmant qu’ils n’avaient aucune autre séquence vidéo prises par leurs caméras et corroborant la défense de Jake Smith. Sous la loi anti-terroriste, M. Smith risquait un an de prison au minimum.


Mais deux jours avant le procès, la police avait été obligée d’avouer qu’elle disposait en fait de SEPT HEURES ET DEMIE de vidéo supplémentaire, filmées lors de la manifestation et que, sur ces vidéos, on voyait clairement qu’un autre homme avait lancé le bâton sur la police avant de s’enfuir.

L’unique crime commis par Jake Smith avait été de se rendre à une manifestation et de se faire passer à tabac par la police qui l’avait attrapé au hasard, dans la foule. Il fallait bien lui coller quelque chose sur le dos, histoire de justifier son tabassage. Alors la police avait prétendu qu’il avait lancé le bâton.
Tout comme les victimes civiles en Irak et en Afghanistan sont maquillées en terroristes (les soldats US ayant récemment été vus entrain de placer des armes à côté des corps de civils abattus par erreur, afin de faire croire qu’il s’agissait d’insurgés Talibans), en Europe des manifestants innocents sont victimes de violences policières et sont systématiquement accusés d’outrage à agent ou de  comportement violent afin de justifier leur arrestation, leur passage à tabac et les empêcher de porter plainte.
L’avocat de Jake Smith a soumis la vidéo présentée par la police anglaise à un expert en vidéo. Celui-ci a clairement démontré que la séquence avait été manipulée, éditée et remontée pour faire croire à la culpabilité de Jake Smith.
Pour l’ancien juge Peter Lorens,

le « scandale est immense, car c’est la Police de notre pays qui nous ment et qui nous traite comme si nous étions des ennemis. Exactement comme dans l’affaire Tomlinson, la police n’a peur de mentir et de trafiquer la vérité, d’envoyer un innocent en prison pendant des années, juste pour ne pas perdre la face et reconnaître qu’ils ses sont trompés de cible. »
Et pour Andrea Tallioci, de la Commission indépendante des juristes sur le droits humains en Europe :
En France, des jeunes vivant de manière alternative (NdL&I: Julien Coupat et ses amis) ont passé six mois en prison, uniquement pour satisfaire les fantasmes sécuritaires de Monsieur Alain Bauer et de Madame Alliot-Marie. Quand la justice a souligné à quel point le dossier Coupart/Tarnac est vide, le ministère de l’intérieur a sorti de nouveaux mensonges…
La police et l’Etat détiennent un pouvoir immense par rapport au simple citoyen. Ils ont le droit de nous envoyer dans un endroit très désagréable, de détruire nos vies quotidiennes, de nous espionner… voire de nous abattre si nous faisons mine de résister. Tout cela au nom de la protection de l’ordre public. Ce pouvoir est immense et nous, en face, nous n’avons quasiment rien. Devant un tribunal, un mensonge de la part d’un policer aura toujours plus de poids que la vérité dite par un simple citoyen. La police ne se comporte plus en protecteur des civils, mais en pouvoir autonome qui nous considère, nous les civils, comme des des ennemis potentiels.
Quand la police patrouille dans les rues, quand elle surveille une manifestation ou une simple fête de voisinage, elle est dans le même état d’esprit que les soldats britanniques qui patrouillent en Iraq ou en Afghanistan. Les citoyens sont les « autres », vaguement menaçants, qu’il faut mater s’ils font mine de ne pas respecter notre autorité. Voilà ce qu’est devenue notre démocratie.
[Source: IES News Service - Lettre Hebdo 3 - Mars 2010]


 

























17 janvier 2009



L’affaire de Tarnac :
symptôme
d’une société psychotique





Par Jean-Claude Paye depuis Bruxelles (Belgique)





L’affaire de Tarnac est exemplaire d’un processus rapide de subjectivation de l’ordre juridique. On est poursuivi pour terrorisme, non pas sur base d’un délit matériel déterminé, mais en fonction d’une virtualité construite par l’imaginaire du pouvoir. Le 11 novembre 2008, dans le cadre de « l’opération Taïga », 150 policiers ont encerclé Tarnac. Simultanément, des perquisitions étaient menées à Rouen, Paris, Limoges et Metz. L’interpellation de 10 jeunes gens est avant tout un spectacle destiné à créer l’effroi.

Leur arrestation serait en rapport avec des actes de sabotages de lignes de chemin de fer, qui ont causé, le 8 novembre, le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Les actes malveillants, l’arrachage de plusieurs caténaires, ont été qualifiés de terroristes, alors qu’ils n’ont, à aucun moment, menacé la vie humaine. L’accusation, qui dit disposer de nombreux indices, notamment des écrits et la présence de cinq suspects près de lignes sabotées au moment des faits, reconnaît n’avoir aucune élément matériel de preuve.

C’est leur profil qui justifie leur inculpation. Ils ont été arrêtés car « ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers » et nombre d’entre eux « participaient de façon régulière à des manifestations politiques », par exemple : « aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration » [1] Quant à leur logement, il est désigné comme un « lieu de rassemblement, d’endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes ».

Bien qu’ils seraient le « noyau dur d’une cellule qui avait pour objet la lutte armée » [2], la plupart seront rapidement libérées, certains sous condition, d’autres assignés à résidence, mais ils resteront inculpés. Seul le « chef » et sa compagne demeureront emprisonnés. Le 26 décembre, la Cour d’Appel de Paris, a, à la requête du parquet, annulé l’ordonnance de mise en liberté de Julien Coupat [3]. Le 16 janvier, la Cour d’Appel de Paris a ordonné la remise en liberté, sous contrôle judiciaire, d’Yldune Lévy. Sa remise en liberté devra être confirmée vendredi 23 par la chambre de l’instruction de Paris, qui examinera, sur le fond, l’appel du parquet.

Le discours du pouvoir procède à un double déplacement : de simples actes de sabotages, comme il peut, par exemple, y en avoir dans un mouvement social, sont qualifiés de terroristes et ces actes sont nécessairement attribués aux jeunes de Tarnac, malgré que la police reconnaît l’absence de tout élément matériel de preuve. L’image du terrorisme érigée par le pouvoir crée un réel qui se substitue aux faits. Ceux-ci ne sont pas niés, mais toute capacité explicative leur est déniée. Les actes de sabotage ne peuvent être que le fait de personnes désignées comme terroristes. L’acte de nommer, antérieur à toute procédure d’évaluation objective, renverse celle-ci et enferme dans l’image, dans une forme vide.



Une reconstruction du langage

L’absence d’éléments matériels permettant de poursuivre les inculpés n’est pas niée, mais la nécessaire prévalence des faits est renversée au profit de la primauté de l’image construite par le pouvoir. La position du ministre de l’intérieur, Michèlle Alliot-Marie, reprise au sein d’un rapport de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, est particulièrement intéressante : « Ils ont adopté la méthode de la clandestinité, assure la ministre. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers. » Mais la ministre en convient : « Il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes. » [4]





Ces déclarations résument bien l’ensemble de l’affaire. Ce qui fait de ces jeunes gens des terroristes, c’est leur mode de vie, le fait qu’ils tentent d’échapper à la machine économique et qu’ils n’adoptent pas un comportement de soumission « proactive » aux procédures de contrôle. Ne pas avoir de téléphone portable devient un indice établissant des intentions terroristes. Rétablir le lien social est également un comportement incriminé, puisque cette pratique reconstruit le lien symbolique et permet de poser un cran d’arrêt au déploiement de la toute puissance de l’État.

Dans les déclarations de Mme Alliot-Marie la référence aux faits, en l’absence de tout indice matériel probant, ne peut être intégrée rationnellement et engendre la phase du délire, une reconstruction du réel avec l’image du terrorisme comme support.

Ce processus est également visible dans les rapports de police, dans lesquels s’opère, au niveau du langage, toute une reconstruction fantasmatique de la réalité. Ainsi, comme indice matériel prouvant la culpabilité des inculpés, la police parle « de documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d’arrivée dans les gares » [5] Un horaire de la SNCF devient ainsi un document particulièrement inquiétant, dont la possession implique nécessairement la participation à des dégradations contre la compagnie de chemins de fer. De même, une échelle devient du « matériel d’escalade » et, ainsi, sa possession est un élément à charge.

Cette construction psychotique n’est pas le seul fait des autorités françaises. Elle est partagée par la Belgique. Le 27 novembre, a eu lieu une arrestation, des perquisitions et des saisies chez des membres du comité belge de soutien aux inculpés de Tarnac. Le mandat de perquisition portait la mention « association de malfaiteurs et détériorations en réunion » [6] Détenir des documents relatifs à un comité de soutien peut, selon le rapport de forces du moment, autoriser des poursuites et, en tout cas, associe ses détenteurs à l’enquête menée en France.


Un ordre social psychotique

La mise en scène de l’arrestation et de l’inculpation des « autonomes de Tarnac » est un phénomène qui révèle non seulement un bouleversement de l’ordre juridique, mais aussi une mutation plus profonde, celle de l’ordre symbolique de la société. Le renversement du rôle de la loi est lui-même le phénomène d’une « père-version » de la Loi symbolique.

Les procédures mises en place représentent un des aspects les plus significatifs de la tendance imprimée par la « lutte contre le terrorisme », à savoir qu’un individu est désigné comme terroriste, non pas parce qu’il a commis des actes déterminés, mais simplement parce qu’il est nommé comme tel.

Le pouvoir a la possibilité de créer un nouveau réel, une virtualité qui ne supprime pas, mais qui supplante les faits. La faiblesse du mouvement social, la faillite de la fonction symbolique explique l’absence de frein à la toute puissance de l’État qui se montre en tant qu’image englobante, en tant que figure maternelle. À un ordre social névrotique qui se révèle contradictoire, se substitue une structure psychotique, un ordre qui supprime tout conflit, toute possibilité de confrontation subjective.

L’affaire des « autonomes » de Tarnac n’a pas grand chose à voir avec la vieille notion d’ennemi intérieur et la stigmatisation traditionnelle des opposants politiques. Ici, on ne s’attaque pas à une idéologie déterminée, à une forme de conscience, mais simplement au corps, à des comportements, au refus de s’abandonner à la machine de mort. Il ne s’agit donc pas de démanteler une avant-garde, mais de montrer que le refus de faire de l’argent, d’éviter les dispositifs de contrôle ou la volonté de refaire du lien social constituent une forme d’infraction, la plus grave qui existe dans notre société, un acte terroriste. Cela concerne tout un chacun et non seulement une minorité.

Jean-Claude Paye

Jean-Claude Paye est sociologue.
Derniers ouvrages publiés : La Fin de l’État de droit, La Dispute 2004 ; Global





NOTES : [1] « Terrorisme ou tragi-comédie », par Giorgio Agamben, Libération, 19 novembre 2008.
[2] « Au village, sans prétention », par Marie-Noëlle Bertrand et Sébastien Homer, L’Humanité, 28 novembre 2008.
[3] « Sabotages à la SNCF : Julien coupat maintenu en détention », Le Monde, 27 février 2008.
[4] Isabelle Mandraud, « L’obsession de l’ultra gauche », Le Monde, 3 décembre 2008.
[5] Agamben, Op. Cit.
[6] Soutien aux inculpés du 11 Novembre









Réponse à la lettre de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste français, relativement à la lettre circulaire de Michel DAKAR, concernant les faux attentats de Tarnac.



Rappel de la lettre :

6 décembre 2008,

http://www.aredam.net/attentat-tarnac.html

LETTRE OUVERTE AUX ORGANISATIONS DE GAUCHE DE DEFENSE DES LIBERTES PUBLIQUES AU SUJET DE L'AFFAIRE DES SABOTAGES TERRORISTES DES CATENAIRES DES LIGNES DES TGV ET DES SUSPECTES DE TARNAC.



Michel Dakar

Paris, le 18 janvier 2009
PARIS


Mme Marie-George Buffet
Secrétaire national du Parti communiste français
2, Place du Colonel Fabien - 75019 Paris



Objet : réponse à votre courrier du 15 janvier 2009, concernant mon courrier du 6 décembre 2008, relatif à l'affaire de Tarnac (attentats contre les TGV).


Madame,

Je vous remercie d'avoir pris la peine de répondre à ma lettre circulaire concernant l'affaire de Tarnac, affaire qui pour moi ne peut-être qu'une manipulation opérée par les services spéciaux français.

Je sollicite de votre organisation, qui possède des parlementaires et un quotidien national, qu'elle interpelle publiquement le gouvernement concernant cette affaire.




En effet, la pose de "fers à béton" sur des caténaires parcourues par 25 000 volts, par des néophytes est totalement impossible. Ce ne peut être que le fait de professionnels formés en électricité, et plus encore, agissant en coordination avec des éléments de la société en charge de l'entretien des voies ferrées, pour obtenir la coupure du courant lors de la mise en place.

Votre parti compte sans aucun doute des cheminots et des électriciens. Vous avez donc des spécialistes que vous pouvez questionner.

Vous êtes la seule personne qui m'ait répondu. C'est grave.

C'est d'autant plus grave qu'on peut constater dans cette affaire, la collusion entre des services de police et des magistrats du siège et du parquet.

Cette affaire est une sorte de test.

Soit elle ne provoque que des réactions sans commune mesure avec sa gravité, c'est à dire comme ce à quoi on a assisté, soit les classiques indignations des comités de soutien et autres déclarations de juristes de la Ligue des droits de l'homme, et alors c'est le signe pour ceux qui organisent ce genre de manipulation, que la voie leur est grande ouverte pour déchaîner leur créativité.

Dans ce cas, vu les fers à béton de Tarnac, on doit se préparer à un véritable festival d'innovation.

Soit on met comme on le peut des brindilles dans les roues de nos innovateurs, comme par exemple en publiant qu'on peut les situer sans preuve et sans complexe du côté de Levallois, et en nommant leur chef, M. Bernard Squarcini, lequel n'est d'ailleurs qu'un simple exécutant agissant sur ordre du gouvernement de M. Nicolas Sarkozy, et on gagnera un peu de répit (après tout, le juge d'instruction venant de disparaître, il n'y a aucune raison d'instruire impartialement à charge et à décharge plus que le préposé judiciaire des innovateurs, intitulé pompeusement "procureur de la République", lequel en question, à Paris, est le sieur Jean-Claude Marin).

On peut aussi abuser de la voie judiciaire, en se portant partie civile, si procès il y a, contre Julien Coupat et sa "bande", et faire entendre un son de cloche franc lors des audiences.

Dans l'espoir que vous activerez vos représentants au Parlement, je vous prie de recevoir, Madame, l'expression de mes cordiales salutations.

M. DAKAR

PS : Mon nom s'orthographie avec un seul K.






Yldune










[paris, d'après Indymédia] rdv vendredi 6 février pour la libération d’isa

Isa est incarcérée depuis le mois de Janvier 2008
car son ADN correspondrait à l’un de ceux retrouvés sur des bouteilles d’essence
placées sous une voiture de flics devant le commissariat central du 18ème arrondissement de Paris
pendant les élections présidentielles de 2007.

Isa, comme Juan et Damien en prison pour les mêmes accusations,
est sous mandat de dépôt criminel dans le cadre d’une instruction anti-terroriste.
Elle est aujourd’hui à la maison d’arrêt de Versailles
et après plus d’une année en détention préventive (et 4 taules différentes !),
elle passe devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris pour contester la décision du JLD
de la maintenir en prison pour 6 mois supplémentaires.]

ISA,

le 25 janvier 09 depuis la prison de Versailles :

« Ce qui est présupposé dans cette affaire
est l’existence d’une mouvance anarcho-autonome qui plus est terroriste.
Cette idée s’appuie sur un rapport de police qui désigne des individus
ayant « la haine de l’Etat bourgeois, du capitalisme, et de ses appareils ».

Il y a dans ces désignations floues, inconsistantes et insaisissables
un caractère extensible, malléable à volonté…

Dans mon ordonnance de prolongation de la détention provisoire, il est écrit que
« l’intéressée est mise en cause pour avoir joué un rôle actif
au sein de la mouvance anarcho-autonome francilienne,
s’adonnant à la préparation d’actes de terrorisme »,
que « l’enquête a montré l’existence de nombreux actes imputables à la mouvance anarchiste
à laquelle la mise en examen est susceptible d’appartenir,
traduisant ainsi la radicalisation de ce mouvement depuis le début de l’année 2007 »
et qu’il existe un risque de poursuite ou renouvellement des infractions
« compte tenu de la dangerosité des objectifs affichés de l’organisation
à laquelle la mise en examen est susceptible d’appartenir ».

Jusqu’aujourd’hui, je ne sais toujours pas en quoi cela consiste
et pourquoi à titre individuel devrions nous [Isa, Juan et Damien sont inculpés pour la meme affaire]
payer pour tous les actes imputés à une mouvance qui plus est fantasmée.

En fait, la tentative qui est opérée est de faire croire que les faits qui nous sont reprochés
rendraient compte de la réalité d’une mouvance anarcho-autonome :
le montage politique impose sa logique sur toute l’instruction.

D’ailleurs on ne sait plus trop de quoi on parle :
l’engin incendiaire serait une bombe, le chlorate (désherbant, utile aussi pour faire des fumigènes)
deviendrait de l’explosif,
quelques pétards également une charge explosive, etc…
L’emploi, le sens des mots pourra passer au second plan, celui de terroriste les surpasse tous !



Ce n’est pas pour rien que le JLD relève
« la complexité des investigations »,
9 dossiers de 15 cm d’épaisseur à propos de lectures, de photos, de nos vies épluchées,
passées au peigne fin,
d’écoutes téléphoniques,
dont l’essentiel est de l’ordre du renseignement et du profilage. »



LIBERTE POUR ISA, JUAN, DAMIEN ET TOUS LES PRISONNIERS !


QUE LA LUTTE CONTINUE AVEC RAGE ET JOIE !







Pour plus d’infos : http://infokiosques.net/mauvaises_i...





Sabotons l’ antiterrorisme


L’indignation générale provoquée par l’emploi spectaculairement abusif des procédures « antiterroristes »
dans ce que tout le monde appelle aujourd’hui « l’affaire de Tarnac »,
et l’auto-organisation spontanée, en de nombreux et divers « groupes de soutien »,
d’individus ayant entendu siffler pour la première fois le vent du boulet de l’État,
parce que s’étant senti concernés, d’une manière ou d’une autre, pour eux-mêmes ou pour leurs proches,
par cette trouble étiquette forgée par quelque sociologue-policier :
« ultragauche, mouvance anarcho-autonome »,
sont déjà une sorte de première victoire remportée sur le délire ultra-répressif de l’État moderne.

On a pu voir ainsi, pour la première fois en France et à cette échelle, une campagne d’intoxication médiatique
– nécessaire par définition à toute opération « antiterroriste » –
se dégonfler comme une vulgaire baudruche, sous les yeux ébahis du « grand public ».
Bien sûr, une telle victoire reste très incomplète, éphémère, plus apparente que réelle * ;
et on n’oubliera pas non plus qu’elle n’a été acquise que par la sotte impatience d’une ministre de l’intérieur,
qui peut-être a cru sincèrement, l’espace d’un instant, avoir attrapé Ben Laden qui se serait déguisé en Harry Potter ;
mais c’est une victoire qui aussi a déjà commencé de se concrétiser,
par le biais de cette campagne « d’agitation contre les lois antiterroristes »
(dont le point culminant est la manifestation de Paris) qui, sans nul doute, fera date
dans l’histoire des luttes de notre époque.
En effet, pour la première fois dans le monde,
des gens se rassemblent pour exiger purement et simplement la fin de la politique « antiterroriste »,
c’est-à-dire l’abolition du mode de gouvernement le plus moderne,
institué à l’échelle globale depuis la provocation d’État du 11 septembre 2001 .
C’est pourquoi le principal slogan de cette campagne : « Sabotons l’antiterrorisme »,
n’est pas seulement un slogan qui fait frémir d’épouvante les bourgeois, les flics et les imbéciles du monde entier,
mais est aussi le mot d’ordre contestataire le plus moderne de notre époque : autrement dit, le plus subversif.
Car refuser et combattre les mensonges de l’État sur le « terrorisme »,
c’est déjà, bien sûr, nuire au bon fonctionnement de la répression modernisée,
et ainsi contribuer à affaiblir le système capitaliste mondialisé.

Cela, le néo-KGB franchouillard que constitue aujourd’hui la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) le sait mieux que personne ;
c’est pourquoi ses agents infiltrés dans les milieux médiatiques, intellectuels et militants,
s’emploient en ce moment, au nom du maintien de l’ordre et de la paix des esprits,
à neutraliser tout ce qui pourrait aller dans le sens d’un approfondissement
et d’une extension de cette inquiétante campagne d’agitation :
et d’abord en imposant leurs prétendus faux raisonnements
– au sein notamment des groupes de la « mouvance anarcho-autonome » –
de telle sorte qu’elle choisisse d’oublier les musulmans,
pourtant premières victimes de l’« antiterrorisme », au fond de leurs prisons.
(Honte ! Combien d’affaires Dreyfus faudra-t-il encore avant qu’un Sébastien Faure se décide à prendre la défense de toutes les victimes des complots de l’État, quelles que soient leurs origines sociales ou leur religion ?)
En effet, si le discours de l’État sur le « terrorisme » n’est que mensonges,
comme chacun commence enfin à devoir le reconnaître,
c’est l’existence même des services spéciaux de protection de l’État
– à commencer par la DCRI –
qui perd toute justification et toute légitimité aux yeux de la population,
et donc finalement l’État lui-même.
Car si l’État est obligé de recourir de plus en plus souvent à la répression « antiterroriste »,
c’est bien parce que la ruse est l’arme du faible.

Ainsi, pour « saboter l’antiterrorisme »,
il ne suffit pas de refuser les fichages, de s’attaquer aux dispositifs de contrôle et de surveillance,
de réclamer la libération des innocents et la suppression des procédures d’exception ;
il faut d’abord produire et diffuser de l’information vraie
sur ce que sont et ce que font les services de protection de l’État moderne :
et notamment sur la manière dont, pour se rendre spectaculairement indispensables,
ils fabriquent de toutes pièces des « réseaux terroristes », à coups de manipulations, de provocations et d’amalgames.

On se gardera d’oublier que l’ex-DST, qui tient aujourd’hui les rênes de la DCRI,
est complice des attentats du métro parisien de 1996,
complice de l’interminable boucherie terroriste en Algérie,
complice de tous les sales coups de la dictature marocaine,
et complice en général de tous les répugnants trafics (notamment d’armes et de drogues)
organisés par ces fameux « réseaux Pasqua » dont le nabot Sarkozy et son âme damnée, Claude Guéant,
sont les héritiers dégénérés
(tout ça n’étant évidemment que la partie émergée d’un iceberg de corruption, de cynisme et de cruauté).

Le temps des faux débats, des tergiversations et des demi-vérités est enfin terminé,
et chacun doit désormais choisir entre la tranquillité de la soumission absolue au règne terroriste de la police totalitaire,
et les dangers de la lutte pour l’abolition de l’État :
entre Big Brother et l’anarchie.





ULTIME HYPER TOTALE GAUCHE (La Parisienne Libérée)

CHANSON D’ACTUALITÉ

NOUS SOMMES TOUS DES ULTRA-GAUCHE

“La parisienne libérée, la face cachée de la Une”

La Parisienne Libérée, super blog musical !
30/11 ultime hyper totale gauche - sur les dérives de l’anti-terrorisme
25/10 la grande glissade - sur la communication publique autour de la chute des marchés
20/09 edvige ne veut pas me ficher - sur le fichage policier des mineurs
06/07 tellement injuste - sur les discours anti-solidaires
14/06 un cadeau si tu vas à l’école - sur l’idée de récompenser les élèves
12/05 la presse sous pression - sur l’agressivité du président envers les journalistes
06/05 les prix sont fous - sur l’augmentation du prix des produits alimentaires
19/04 un emploi même loin de chez soi - sur l’obligation d’accepter les offres d’emploi
14/04 fiers d’être chtis - sur l’identification des français au chti-gentil
28/03 les nouveaux radiés - sur la baisse artificielle des chiffres du chômage






JULIEN COUPAT :




CEUX QUI TIENNENT LE PAYS PANIQUENT,

CAR ILS VOIENT BIEN
QU’ILS NE MAÎTRISENT RIEN


Alain Bauer a raison ! A la lecture de ce texte excellent, on peut comprendre pourquoi Coupat est en prison. Ce mec est dangereux, chacune de ces idées est mille fois plus “terroriste” qu’un crampon de caténaire. Un esprit pareil, on l’embastille…et on le fait taire.


Ca ne m’étonnerait pas que, sous l’effet des psychotropes qu’on lui fourge en cachette dans sa gamelle, le “gourou de Tarnac” soit retrouvé un jour, pendu par la ceinture de son peignoir, dans sa cellule… le pouvoir a toujours su identifier les véritables terroristes et les éliminer. On connait cela au moins depuis 1793…
Jeudi 28 Mai 2009



Julien Coupat : “La prolongation de ma détention est une petite vengeance”
[Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot - LE MONDE | 25.05.09]
Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour “terrorisme” avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et à Paris, il est soupçonné d’avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. Pour des raisons de place, Le Monde a coupé une question et sa réponse dans la version imprimée, mais publie l’intégralité de l’entretien sur lemonde.fr. M. Coupat a demandé à ce que certains mots soient en italiques.



Comment vivez-vous votre détention ?




Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.


Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?



Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu’aux dents s’est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d’un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs “prisons du peuple” en nous assommant de questions où l’absurde le disputait à l’obscène.
Celui qui semblait être le cerveau de l’opération s’excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c’était de la faute des “services”, là-haut, où s’agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu’ils continuent de sévir en toute impunité.


Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne.
Qu’en dites-vous?


Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu’elle voudrait nous attribuer, d’autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d’outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l’attaque au cœur de l’Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.
Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s’agissait simplement de protester contre le transport vers l’Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de “la crise”. Le communiqué se conclut par un très SNCF “nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension”. Quel tact, tout de même, chez ces “terroristes”!


Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de “mouvance anarcho-autonome”
et d’”ultragauche”?



Laissez-moi reprendre d’un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d’une période de gel historique dont l’acte fondateur fut l’accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d’”éviter une guerre civile”. Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L’avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d’avoir pris l’initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant “sans complexe” avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l’Occident, l’Afrique, le travail, l’histoire de France, ou l’identité nationale.
Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu’elle n’ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d’entre ses éléments. Quant à l’extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l’état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n’a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.
Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n’a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l’importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c’est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d’entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.
Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s’imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les “anarcho-autonomes”. On leur prêtait, pour commencer, l’organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le “triomphe électoral” du nouveau président.
Avec cette fable des “anarcho-autonomes”, on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l’intérieur s’est docilement employée, d’arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l’y incarcérer. Or celle de “casseur” où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l’intention du nouveau pouvoir de s’attaquer à l’ennemi, en tant que tel, sans attendre qu’il s’exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.
Il importe peu, finalement, qu’il ne se trouve personne en France pour se reconnaître “anarcho-autonome” ni que l’ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n’a, par la suite, jamais produit autre chose que d’inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme “ultragauche” qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l’ultragauche, ni même qu’elle ait jamais existé.
A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d’une oligarchie mondiale et française aux abois, l’utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d’”anarcho-autonome” ou d’”ultragauche” emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l’inexplicable une révolte que tout justifie.


La police vous considère comme le chef d’un groupe
sur le point de basculer dans le terrorisme.
Qu’en pensez-vous?



Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d’un régime sur le point de basculer dans le néant.


Que signifie pour vous le mot terrorisme?


Rien ne permet d’expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d’avoir orchestré, au su de la DST, la vague d’attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d’expliquer non plus la soudaine transmutation du “terroriste” en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d’Evian, en policier irakien ou en “taliban modéré” de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.
Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d’avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s’exécutera avec promptitude. Qui n’étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – “terroristes” devenus l’un premier ministre d’Israël, l’autre président de l’Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.
Le flou qui entoure la qualification de “terrorisme”, l’impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l’on peut, elle, très bien définir : l’antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L’antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite “psychologique”, pour rester poli.
L’antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n’est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c’est la méthode par quoi l’on produit, positivement, l’ennemi politique en tant que terroriste. Il s’agit, par tout un luxe de provocations, d’infiltrations, de surveillance, d’intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l’”action psychologique”, de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d’anéantir la “menace subversive” en associant, au sein de la population, l’ennemi intérieur, l’ennemi politique à l’affect de la terreur.





L’essentiel, dans la guerre moderne, est cette “bataille des cœurs et des esprits” où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l’ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l’exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l’humilier publiquement, inciter les plus vils à l’accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. “La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l’arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu’une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l’effort de guerre de la façon la plus discrète possible”, conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.
Une fois n’est pas coutume, dans notre cas, l’antiterrorisme a fait un four. On n’est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée “raisonnable” est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l’échec; comme est compréhensible l’acharnement un peu mesquin des “services”, depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d’emprise sur l’institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu’auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des “proches de Julien Coupat”.
Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d’autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d’autres encore la crédibilité qu’ils n’ont jamais eue et qu’ils n’auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.


Vous êtes issu d’un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…



Il y a de la plèbe dans toutes les classes” (Hegel).


Pourquoi Tarnac?



Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l’expliquer, je le crains.


Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?



La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d’Héraclite comme échappée d’un monde révolu. A l’heure de l’intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier “l’intellectuel”, sinon l’étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l’aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?


Etes-vous l’auteur du livre L’insurrection qui vient ?



C’est l’aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d’instruction, des interrogatoires où l’on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L’insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L’insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d’Etat bolchevique d’octobre 1917, puisqu’il est mentionné dans L’insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.
De mémoire française, il ne s’était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d’un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.
Ce qui fonde l’accusation de terrorisme, nous concernant, c’est le soupçon de la coïncidence d’une pensée et d’une vie; ce qui fait l’association de malfaiteurs, c’est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l’héroïsme individuel, mais serait l’objet d’une attention commune. Négativement, cela signifie que l’on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l’injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l’auteur de L’insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.
J’en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai mieux compris la hargne hystérique que l’on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c’est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s’avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s’avère, sous les dehors d’une “crise économique”, d’un “effondrement de la confiance”, d’un “rejet massif des classes dirigeantes”, c’est bien la fin d’une civilisation, l’implosion d’un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l’ordre politique, la religion ou l’organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n’offrira de remède.
Ce n’est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d’interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l’on fera s’évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d’échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.


Vous lisez “Surveiller et punir” de Michel Foucault.
Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?


La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n’est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l’ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l’existence dite “normale”. Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l’école, l’innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.
Envisagée sous cet angle imprenable, ce n’est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l’effet d’une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d’une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d’autre des barbelés et à cause d’eux.
Si l’on traque avec tant d’avidité les témoignages “de l’intérieur” qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c’est pour mieux occulter le secret qu’elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.
Toute l’indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l’administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du “sens de la peine”, bref : tout ce débat sur l’horreur de l’incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu’elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment “civilisé”. Le petit système d’espionnage, d’humiliation et de ravage que l’Etat français dispose plus fanatiquement qu’aucun autre en Europe autour du détenu n’est même pas scandaleux. L’Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n’est de toute évidence qu’un début : la vengeance est l’hygiène de la plèbe.
Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu’il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N’importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n’importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n’importe quel flic sait ce qu’il faut d’illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l’on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.
Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l’illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l’on juge opportun de poursuivre et ceux qu’on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n’est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c’est la justice elle-même, il n’est donc pas question pour mes camarades et moi de “clamer notre innocence”, ainsi que la presse s’est rituellement laissée aller à l’écrire, mais de mettre en déroute l’hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l’esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.


Comment analysez-vous ce qui vous arrive?


Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire “d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”, et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas d’“affaire de Tarnac” pas plus que d’”affaire Coupat”, ou d’”affaire Hazan” [éditeur de L'insurrection qui vient].
Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé.

Le Prince n’a plus d’autre soutien que la peur qu’il inspire quand sa vue n’excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.
Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d’une gestion “décomplexée”, une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s’est jamais vu qu’une classe dominante se suicide de bon cœur.
La révolte a des conditions, elle n’a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l’Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d’opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu’un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n’a aucun titre à exister et mérite seulement d’être mis à bas ? C’est une affaire de sensibilité.
La servitude est l’intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c’est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu’elle se demande “pour qui vais-je voter ?”, mais “mon existence est-elle compatible avec cela ?”), c’est pour le pouvoir une question d’anesthésie à quoi il répond par l’administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l’anesthésie n’opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.
Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu’une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d’autres, comme tant de “jeunes”, comme tant de “bandes”, de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l’heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu’ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle “victoire” dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d’autres termes : la situation est excellente. Ce n’est pas le moment de perdre courage.

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0,50-1197456,0.html

http://libertesinternets.wordpress.com







L'affaire Tarnac
Sous l'emprise de l'image



par Jean-Claude Paye*, Tülay Umay*

Réseau Voltaire

L'arrestation à grand spectacle d'un groupe de jeunes gens, par une cohorte de policiers encagoulés dans un village de la campagne limousine, sous l'accusation d'entreprise terroriste a ému le pays. Mais que signifie donc l'affichage de l'absence complète de preuves contre eux et néanmoins leur maintien en détention provisoire durant six mois ? Et si l'État avait volontairement manifesté son pouvoir arbitraire pour marquer un changement de l'ordre juridique…




L'affaire Tarnac permet d'éclairer la mutation actuelle qui inscrit la primauté du regard, de la pulsion scopique dans l'organisation de la société [1].

Elle nous montre comment le regard se substitue au politique, comment son caractère uniformisant remplace la diversité et la conflictualité des points de vue.

L'affaire Tarnac fait particulièrement ressortir le rôle déréalisant de l'image dans la mise en place du lien social, ainsi que l'indifférenciation qu'elle établit entre toutes les parties.

La capacité du regard du pouvoir d'effacer la lutte politique s'appuie sur les possibilités qu'offre l'image de supprimer le rôle de la parole. Alors que originairement la fonction de celle-ci est de nouer des liens avec un autre, avec une extériorité, l'image supprime toute distinction entre intérieur et l'extérieur et anéantit le lien social.

Si la parole rétablit cette séparation pour permettre le développement de l'intersubjectivité, l'image est englobante. Elle permet l'abandon de l'individu à la figure maternelle du pouvoir, à l'État totalitaire.


À travers cette affaire entièrement construite, le pouvoir a eu l'occasion d'objectiver son regard et de le mettre à la place du réel. Il a ainsi pu exhiber ses intentions concernant l'ensemble de la population. Il a mis en scène le non dit, ce qui ne peut être dit, mais seulement montré : la possibilité qu'il s'est octroyée de se saisir de tout citoyen qu'il désigne comme terroriste et de le mettre en détention selon son bon vouloir.

Cette capacité du pouvoir à installer son regard à la place des faits a généralement été bien acceptée par ceux qui se présentent comme des opposants politiques. Malgré la totale invraisemblance de ce qui était désigné comme attentat terroriste, le premier souci de ces derniers n'a-t-il pas été de communiquer que, eux, enfants « responsables » de l'État maternel ne commettent pas de telles actions, légitimant ainsi le spectacle orchestré.

Les inculpés ont été instrumentalisés. Simple support, ils sont saisis en tant qu'images, en tant que forme qui réfléchit le regard du pouvoir. Ce dernier est à la fois le sujet de cette affaire, son organisateur et l'objet de celle-ci, son regard : ce qui doit être vu.

Dans cette affaire de Tarnac, le pouvoir ne dit rien des personnes arrêtées. Il montre tout de lui-même, de sa subjectivité, de sa volonté de toute puissance.


Le « regard » du pouvoir

Les neuf jeunes gens accusés d'avoir dégradé les caténaires d'une ligne TGV sont toujours inculpés comme « membres d'une association de malfaiteurs à visée terroriste », bien qu'il soient actuellement libérés et que l'accusation ait toujours affirmé ne pas détenir de preuves matérielles. Leur regard sur leur propre mode de vie, une existence qui se conçoit en dehors des circuits marchands, est, pour le pouvoir judiciaire et la ministre de la Justice, un élément qui peut se substituer aux faits. Leur volonté, de vivre en dehors de la société, révèle à coup sûr leur intentionnalité, celle de vouloir commettre des attentats afin de déstabiliser l'État. La perception des faits est suspendue et le regard que les prévenus portent sur eux-mêmes, comme incarnation de « l'ennemi intérieur », est convoqué. Ce regard devient l'objet du pouvoir qui désigne les prévenus comme coupables et les identifie comme terroristes.

Les poursuites sont investies d'un sens avant que les éléments de l'enquête soient perçus. De simples dégradations sont qualifiées d'actes terroristes et les coupables sont désignés a priori.

En l'absence d'indices matériels, l'accusation s'appuie principalement sur le livre L'insurrection qui vient, dont la rédaction est attribuée à Julien Coupat, considéré également comme le « chef » du groupe incriminé. Ce livre se réfère au sabotage comme moyen de paralyser la machine sociale. Il cite, comme exemple, le fait « de rendre inutilisable une ligne de TGV ». Cette phrase est exhibée comme la marque attestant que les auteurs du livre sont nécessairement ceux qui ont commis les sabotages de la voie ferrée. L'accusation considère qu'il y a une parfaite continuité entre écrire cette phrase et le fait d'avoir commis les dégradations de la ligne du TGV.







La fabrication d'une image

Les objets de l'extériorité, les faits, ne sont pas refoulés, ils sont déniés. Ils sont exhibés, mais ils n'existent plus en dehors du regard qui est porté sur eux. Ils se réduisent à de simples supports d'images. Celles-ci leur donnent leur signification. En inscrivant, « matériel d'escalade » pour désigner une échelle saisie, le parquet montre l'objet vu en tant qu'incarnation de l'intentionnalité terroriste, en tant que matériel destiné à faire des attentats. Le sens s'autonomise. Il devient son propre support, sa propre matérialité.

Ce n'est plus le concret qui donne matière aux choses de l'extériorité, mais ce sont les images, ces abstractions qui donnent une valeur aux faits, qui créent un nouveau réel.

Les images sont l'exhibition d'un pur signifié. Capturées par la pulsion scopique, elles nous font abandonner le domaine du pensable pour établir le règne de l'émotion. Ainsi, le signifié devient parfaitement autonome. Il ne se confronte plus au réel et tourne sur lui-même.

Ainsi, l'image s'oppose au langage. Au contraire du discours, auquel on peut opposer un autre discours, elle ne peut intégrer la contradiction, elle est englobante. Elle s'oppose à la raison et impose la foi. L'enjeu de cette affaire est bien de conforter l'adhésion,
la fusion des populations avec le pouvoir.

Grâce à la subjectivation du droit pénal, les poursuites en matière de terrorisme ont pour base la formation d'une image destinée à diaboliser les inculpés. L'affaire Tarnac s'inscrit dans cette règle. Cependant, elle se spécifie par le caractère purement abstrait de l'image produite.

Généralement, l'incrimination de terrorisme est construite à partir d'infractions réelles, telle, par exemple, la fabrication de faux papiers, un port d'arme prohibé... Ces éléments ne sont pas traités pour eux-mêmes, mais sont regardés dans le cadre de l'organisation terroriste qui leur donne un sens nouveau.

Ici, nous sommes en présence d'une image autonome, libérée de tout lien matériel. La phrase d'un livre vendu en librairie attesterait de l'intention de son auteur présumé et devient l'incarnation d'un acte terroriste. Une réversibilité est établie entre le mot et la chose.


Un groupe « invisible »

La question de l'invisibilité est récurrente dans l'affaire Tarnac.

La signature du livre par un « Comité invisible » est un donné à voir.
Elle n'a pas pour objet de dissimuler les auteurs.
Pour eux, cet anonymat est la mise en avant d'un non-moi. Cette revendication est simultanément un déni du corps et un refus de s'opposer à l'invisibilité, au sens exhibé par le pouvoir à travers l'image .

À travers celle-ci, il ne s'agit pas, pour le pouvoir, d'agir au niveau de la conscience, mais au niveau de l'inconscient. L'image lui permet de poser son regard, d'imposer un sens à travers ce qu'il montre. La visibilité exhibée par l'image est immédiatement installation d'une invisibilité. La cagoule portée par les policiers atteste de l'invisibilité de la menace terroriste et de la dangerosité des personnes interpellées. Un « matériel d'escalade », une échelle, ne peut être que l'indice matériel d'une intention de commettre un attentat. Ce que l'image montre ce n'est pas ce qui est, ce n'est pas l'objet, mais ce qui, à travers lui, est nommé, ce qui ne peut qu'être.

Aucun membre du groupe de Tarnac n'a imposé un démenti aux assertions du pouvoir les accusant des sabotages de la ligne TGV. En se posant dans l'invisibilité, les auteurs décident de ne pas se confronter au visible des images produites par le pouvoir. Ils n'opposent pas un concret à ces abstractions. Ils ne dressent pas un corps qui leur permettrait de se séparer de l'image qui les englobe. Ils rejettent la fonction du corps qui est de rétablir une séparation entre l'intérieur et l'extérieur et de permettre le développement d'une conscience.

Cette suspension du corps initiée par le Comité invisible facilite ainsi sa fixation dans l'image, dans le regard du pouvoir. Se réclamer de l'invisibilité, c'est rester dans le sens, dans l'invisibilité produite par la machine d'État, c'est jouir de celle-ci.

Seul ce qui est montré dans l'extériorité du visible est susceptible de faire l'objet d'une symbolisation. Il n'y a de symbolisation que de ce qui se voit. Le Comité invisible, tout comme Julien Coupat, en se plaçant dans l'invisibilité, ne peuvent développer une symbolisation alternative. Ils restent dans le signifié du pouvoir, construit à partir de ce qui est exhibé dans le visible.


La réversibilité de l'image

Le caractère abstrait de l'image, ainsi construite, permet une parfaite réversibilité entre le sens donné par le pouvoir et celui revendiqué par le groupe inculpé. Le livre ne développe pas une stratégie de la prise du pouvoir, il présente simplement une image de l'insurrection. Objet d'une exhibition et non d'un acte réel, il élabore un fétiche qu'il substitue au manque collectif, à la mort sociale qu'il énonce. Comme incarnation de l'insurrection, il est pur acte de jouissance et non d'affrontement. En l'absence de tout rapport à la réalité, il jouit de l'affirmation que « le pouvoir est aux abois ». Cette phrase devient l'expression de sa toute puissance.

Par le refus de sa castration, il constitue un déni de ce manque et empêche tout affrontement avec le réel, toute émergence de la parole. Se présentant comme « la chair du monde », le fétiche occupe l'espace du manque, pour se réserver l'accès au symbolique, au pouvoir de nommer. À la lutte, il substitue le spectacle, dont il est à la fois auteur et spectateur. Le spectacle produit une réversibilité du regardant et du regardé, du visible et de l'invisible. Le sujet devient objet

En devenant objet du regard du pouvoir, le « Comité invisible », auteur revendiqué du livre, est nommé comme ennemi et intègre le symbolique. Ce faisant, il suspend aussi la matérialité des faits. En affirmant que l'existence du pouvoir est menacée, il conforte la justification donnée par l'État pour supprimer l'essentiel de nos libertés. Il nous enferme dans l'imagerie créée par le pouvoir.

L'affaire Tarnac est exemplaire de notre modernité. Elle nous montre la fin du politique, de la diversité des discours qui organisent le réel, pour laisser la place au règne uniformisant du regard. La prégnance de celui-ci réduit la fonction signifiante au signe. Il nous installe dans la psychose. Comme toute image, ce pur signifié n'a pas d'extérieur. Il englobe tant la nomination du pouvoir, qui crée un ennemi virtuel qualifié de terroriste, que sa reconnaissance par le groupe stigmatisé, comme « ennemi intérieur » qui ébranle l'État.

Jean-Claude Paye

Jean-Claude Paye est sociologue. Derniers ouvrages publiés : La Fin de l'État de droit, La Dispute 2004 ; Global War on Liberty, Telos Press 2007.


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Tülay Umay

Sociologue


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Tarnac : une manipulation politico-policière
Permalien : http://www.plumedepresse.com/spip.php?article1285



Tarnac :
une manipulation politico-policière

mercredi 25 novembre 2009, par Olivier Bonnet

Jérémy Assous : "Un simple transport sur les lieux du présumé sabotage du juge d’instruction antiterroriste Thierry Fragnoli pourrait lui permettre de comprendre que Julien Coupat et sa compagne n’étaient pas sur place et que le PV de la SDAT est un faux", a lancé Maître Jérémy Assous. Pour lui, les policiers n’étaient pas là et ils ont tout inventé", reporte L’Obs.com. En cause, un procès-verbal de filature, daté du 8 novembre 2008, d’un membre de...........................................................

 





la Sous-direction antiterroriste (SDAT) dans lequel il est écrit que Julien Coupat et sa compagne se seraient trouvés au pied de l’une des lignes TGV visées, en pleine nuit pendant 20 minutes. "La seule preuve au bout de sept mois où l’élite de la police française a enquêté sur le groupe de Tarnac", selon Me Jérémy Assous. "Cela signifierait qu’un fer à béton de 2,5 kilos a été placé en moins de 20 minutes sur un caténaire* après l’escalade d’une perche de cinq mètres", a estimé Me Assous. Le conseil de Julien Coupat a expliqué "qu’il est impossible d’approcher à 25 centimètres des caténaires sans être électrocuté immédiatement". Selon lui, "même les agents de la SNCF mettent 45 minutes pour remplacer un caténaire*". L’accusation d’avoir falsifié le PV est très grave. Elle est lancée lors d’une conférence de presse convoquée à l’Assemblée nationale, en présence de plusieurs sabotonsdéputés. L’Obs en cite deux : "François Hollande, député socialiste de Corrèze, a estimé qu’il "fallait clore l’instruction. Rien ne peut qualifier le terrorisme sur les faits évoqués et rien ne laisse penser qu’il faudrait prolonger l’instruction", a-t-il affirmé, considérant que "cette affaire était un fiasco". "Un abus de détention provisoire", a renchéri André Vallini, député socialiste de l’Isère, qui parle de "fuite en avant du pouvoir et de la Justice" et d’une "affaire d’Etat".




Auparavant, ce même PV s’était trouvé au banc des accusés lorsque les avocats de Lévy et Coupat avaient remis, début novembre, une note de sept pages au juge d’instruction Thierry Fragnoli, dénonçant "anomalies" et "incohérences" de l’enquête : "Dans leur note, les avocats critiquent plus particulièrement le contenu de l’enquête sur un des sabotages, précise Le Monde, commis dans la nuit du 7 au 8 novembre en Seine-et-Marne. Julien Coupat, présenté comme le cerveau de ces actes, et sa compagne Yldune Levy sont soupçonnés d’en être les auteurs alors qu’ils étaient l’objet cette nuit-là d’une filature. Les avocats relèvent notamment qu’"aucun des fonctionnaires de police chargés de la surveillance continue pneu[…] n’a déclaré avoir vu l’un d’entre eux sortir du véhicule ou y entrer, ni avoir vu personne sur la voie ferrée". Ils relèvent en outre que les traces de pneus relevées à proximité de la voie sabotée ne "sont pas compatibles" avec la voiture de Coupat. "Les pneus de la Mercedes 250 [de Coupat] ont une largeur de 200 mm et la distance entre les bords intérieurs des roues du train avant et du train arrière est de 1 300 mm." Or, les traces relevées sur les lieux ont montré qu’"entre l’intérieur de chacun des deux pneumatiques, la distance est de 1 190 mm, la largeur de chaque pneumatique étant de 153 mm", précise la note." La voiture à côté de la voie ferrée n’était donc pas celle de Coupat, révèle cette affaire des traces de pneus. Que reste-t-il à l’accusation ?





On savait déjà que le dossier était vide, que le pouvoir politique avait délibérément fabriqué, suivant l’expression du sociologue belge Jean-Claude Paye s’exprimant à propos de Tarnac, "une reconstruction fantasmatique de la réalité", que la qualification de terrorisme était manifestement abusive dans la mesure où les faits imputés ne sont qu’actes de malveillance n’ayant jamais mis en danger quiconque, que la longue détention d’Yldune Lévy et Julien Coupat était particulièrement scandaleuse et que les procédures antiterroristes, hors de tout contrôle, constituent un régime d’exception permettant de fouler aux pieds les libertés individuelles les plus élémentaires. Et voilà maintant que la police aurait carrément fabriqué une fausse preuve ? "Affaire d’Etat", juge André Vallini plus haut : on peut dire ça en effet !









Tarnac :
"Pourquoi nous cessons de respecter
les contrôles judiciaires"


03.12.09 | 18h27









L'arrestation de Christophe, le 27 novembre, marque un palier dans la bouffée délirante d'Etat que l'on nomme pudiquement "affaire de Tarnac". Sa mise en examen situe le point où une procédure ne se poursuit qu'afin de se sauver elle-même, où l'on inculpe une personne de plus dans le seul espoir de maintenir le reste des inculpations.
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Le parquet en appelle aux juges d'instruction

"Le parquet de Paris a demandé aux juges d'instruction de vérifier les conditions du déroulement de ces contrôles judiciaires", a dit un représentant du parquet, jeudi 3 décembre, en réaction à cette tribune. "Si ces obligations n'étaient pas respectées, le parquet en tirera toutes les conséquences", a-t-on ajouté de même source sans plus de précision.

Ne pas les respecter leur fait courir le risque d'une révocation du contrôle judiciaire et du placement en détention provisoire.

En fait de "premier cercle", Christophe appartient surtout au petit nombre de ceux avec qui nous discutons de notre défense. Le contrôle judiciaire qui voudrait, pour l'avenir, lui interdire de nous voir est l'aberration de trop ; c'est une mesure consciente de désorganisation de la défense, aussi. A ce point de torsion de toutes les notions du droit, qui pourrait encore exiger de nous que nous respections ces contrôles judiciaires et cette procédure démente ? A l'absurde nul n'est tenu. Il n'y a pas besoin de se croire au-dessus de la justice pour constater qu'elle est en dessous de tout. Au reste, une société qui se maintient par des moyens si évidemment criminels n'a de procès à intenter à personne.

La liberté sous contrôle judiciaire est le nom d'une sorte d'expérience mystique que chacun peut se figurer. Imaginez que vous ayez le droit de voir qui vous voulez, sauf ceux que vous aimez, que vous puissiez habiter n'importe où, sauf chez vous, que vous puissiez parler librement, au téléphone ou devant des inconnus, mais que tout ce que vous dites puisse être, un jour ou l'autre, retenu contre vous. Imaginez que vous puissiez faire tout ce que vous voulez, sauf ce qui vous tient à coeur. Un couteau sans manche auquel on a retiré la lame ressemble davantage à un couteau que la liberté sous contrôle judiciaire ne ressemble à la liberté.

Vous flânez sur un boulevard avec trois amis ; sous la plume des flics qui vous filochent, cela se dit : "Les quatre objectifs se déplacent en direction de..." Vous retrouvez après des mois de séparation un être qui vous est cher ; dans le jargon judiciaire, cela devient une "concertation frauduleuse". Vous ne renoncez pas, même dans l'adversité, à ce que toute amitié suppose de fidélité ; c'est évidemment une "association de malfaiteurs".

La police et sa justice n'ont pas leur pareil pour travestir ce qui tombe sous leur regard. Peut-être ne sont-elles finalement que cette entreprise de rendre monstrueux ce qui, aimable ou détestable, se comprend sans peine.

S'il suffit de ne se reconnaître dans aucune des organisations politiques existantes pour être "autonome", alors il faut bien admettre que nous sommes une majorité d'autonomes dans ce pays. S'il suffit de regarder les directions syndicales comme des traîtres avérés à la classe ouvrière pour être d'"ultragauche", alors la base de la CGT est présentement composée d'une série de dangereux noyaux d'ultragauchistes.

 




Nous désertons. Nous ne pointerons plus et nous comptons bien nous retrouver, comme nous l'avons fait, déjà, pour écrire ce texte. Nous ne chercherons pas à nous cacher. Simplement, nous désertons le juge Fragnoli et les cent petites rumeurs, les mille aigreurs misérables qu'il répand sur notre compte devant tel ou tel journaliste. Nous désertons la sorte de guerre privée dans laquelle la sous-direction antiterroriste voudrait nous engager à force de nous coller aux basques, de "sonoriser" nos appartements, d'épier nos conversations, de fouiller nos poubelles, de retranscrire tout ce que nous avons pu dire à notre famille durant nos parloirs en prison.

S'ils sont fascinés par nous, nous ne sommes pas fascinés par eux - eux que nos enfants appellent désormais, non sans humour, les "voleurs de brosses à dents" parce que, à chaque fois qu'ils déboulent avec leurs 9 mm, ils raflent au passage toutes les brosses à dents pour leurs précieuses expertises ADN. Ils ont besoin de nous pour justifier leur existence et leurs crédits, nous pas. Ils doivent nous constituer, par toutes sortes de surveillances et d'actes de procédure, en groupuscule paranoïaque, nous, nous aspirons à nous dissoudre dans un mouvement de masse, qui, parmi tant d'autres choses, les dissoudra, eux.

Mais ce que nous désertons d'abord, c'est le rôle d'ennemi public, c'est-à-dire, au fond, de victime, que l'on a voulu nous faire jouer. Et, si nous le désertons, c'est pour pouvoir reprendre la lutte. "Il faut substituer au sentiment du gibier traqué l'allant du combattant", disait, dans des circonstances somme toute assez semblables, Georges Guingouin (Résistant communiste).

Partout dans la machine sociale, cela explose à bas bruit, et parfois à si bas bruit que cela prend la forme d'un suicide. Il n'y a pas un secteur de cette machine qui ait été épargné dans les années passées par ce genre d'explosion : agriculture, énergie, transports, école, communications, recherche, université, hôpitaux, psychiatrie. Et chacun de ces craquements ne donne, hélas, rien, sinon un surplus de dépression ou de cynisme vital - choses qui se valent bien, en fin de compte.

Comme le plus grand nombre aujourd'hui, nous sommes déchirés par le paradoxe de la situation : d'un côté, nous ne pouvons pas continuer à vivre comme cela, ni laisser le monde courir à sa perte entre les mains d'une oligarchie d'imbéciles, de l'autre, toute forme de perspective plus désirable que le désastre présent, toute idée de chemin praticable pour échapper à ce désastre se sont dérobées. Et nul ne se révolte sans perspective d'une vie meilleure, hormis quelques âmes sympathiquement désespérées.

L'époque ne manque pas de richesse, c'est plutôt la longueur du souffle qui lui fait défaut. Il nous faut le temps, il nous faut la durée - des menées au long cours. Un des effets principaux de ce qu'on appelle répression, comme du travail salarié d'ailleurs, c'est de nous ôter le temps. Pas seulement en nous ôtant matériellement du temps - le temps passé en prison, le temps passé à chercher à faire sortir ceux qui y sont -, mais aussi et d'abord en imposant sa propre cadence. L'existence de ceux qui font face à la répression, pour eux-mêmes comme pour leur entourage, est perpétuellement obnubilée par des événements immédiats. Tout la ramène au temps court, et à l'actualité. Toute durée se morcelle. Les contrôles judiciaires sont de cette nature, les contrôles judiciaires ont ce genre d'effets. Cela va bien ainsi.

Ce qui nous est arrivé n'était pas centralement destiné à nous neutraliser nous, en tant que groupe, mais bien à impressionner le plus grand nombre ; notamment ceux, nombreux, qui ne parviennent plus à dissimuler tout le mal qu'ils pensent du monde tel qu'il va. On ne nous a pas neutralisés. Mieux, on n'a rien neutralisé du tout en nous utilisant de la sorte.

Et rien ne doit plus nous empêcher de reprendre, et plus largement sans doute, qu'auparavant, notre tâche : réélaborer une perspective capable de nous arracher à l'état d'impuissance collective qui nous frappe tous. Non pas exactement une perspective politique, non pas un programme, mais la possibilité technique, matérielle, d'un chemin praticable vers d'autres rapports au monde, vers d'autres rapports sociaux ; et ce en partant des contraintes existantes, de l'organisation effective de cette société, de ses subjectivités comme de ses infrastructures.

Car c'est seulement à partir d'une connaissance fine des obstacles au bouleversement que nous parviendrons à désencombrer l'horizon. Voilà bien une tâche de longue haleine, et qu'il n'y a pas de sens à mener seuls. Ceci est une invitation.

Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa,
Gabrielle, Julien, Manon,
Mathieu et Yildune
sont les dix personnes mises en examen dans l'affaire dite "de Tarnac".