Le
juriste britannique H. Wheaton justifiait dans le même esprit lintervention
anglaise au Portugal en 1825, jugée conforme « aux principes de la
foi politique et de lhonneur national ». De même, ajoutait-il,
est fondée « lintervention des puissances chrétiennes
de lEurope en faveur des Grecs ». Un siècle plus tard, en 1920,
le Doyen Moye de luniversité de Montpellier, affirmait sans réserve
qu « on ne saurait nier les bienfaits indiscutables que limmixtion
a plusieurs fois amenés (
) Il est très beau de proclamer le
respect de la souveraineté même barbare et de déclarer quun
peuple a le droit dêtre aussi sauvage que bon lui semble. Il nest
pas moins vrai que le christianisme et lordre sont des sources de progrès
pour lhumanité et que bien des nations ont bénéficié
à voir leurs chefs, inaptes ou tyranniques, obligés de changer leurs
méthodes sous la pression des puissances européennes. La persuasion
ne réussit pas toujours à elle seule et il faut parfois faire le
bien des gens malgré eux.... » [27].
Qui
ne reconnaît, à peu de choses près, lanalyse faite un
siècle plus tard par les instances américaines, françaises,
britanniques et onusiennes contre Kadhafi et autres Gbagbo ?
Seuls
ceux qui, aujourdhui encore, condamnent les expéditions coloniales
au nom dune culpabilité « infondée », alors quil
sagissait selon la doctrine de combattre la « barbarie des peuples
sauvages, occupant sans titre des territoires sans maître », ne perçoivent
pas la signification civilisationnelle et humaniste des interventions occidentales
et léventuelle nécessité de mettre en place des néo-protectorats,
y compris sur les petits Etats occidentaux « mal gouvernés »
!
Le
Fur, éminent titulaire de la chaire de droit international de la Faculté
de Droit de Paris, auteur du précis Dalloz 1931 et de divers manuels entre
1930 et 1945, accompagné dautres professeurs comme Bonfils, Fauchille,
etc. insistait sur le thème de la Civilisation combattant la Barbarie :
« il y a incompatibilité dhumeur entre nous et larabe
» car « le mot dordre de larabe est : immobilité
; la nôtre est en avant ! » (sic) [28]. Le Fur ajoute, à propos
de la colonisation, que « la France na pas travaillé seulement
dans son intérêt, mais pour le bien commun de lhumanité
».
Pour
les juristes de cour contemporains, les États occidentaux, soucieux par
nature du Bien et de lintérêt général, entendent
aujourdhui comme hier protéger par tous les moyens lindividu
et les populations civiles contre les menées de leur propre État.
Or, le libyen kadhafiste est pire que larabe dhier : à son
encontre, la guerre est « juste ». Rien ne change depuis un auteur
du XIX° siècle comme H. Wheaton, qui affirmait, comme on le fait aujourdhui
que « lorsquil y a atteinte portée aux bases sur lesquelles
reposent lordre et le droit de lhumanité » le recours
à la force est fondé. Dailleurs, lInstitut de droit
international au début du siècle ne partage pas « lutopie
de ceux qui veulent la paix à tout prix ». G. Scelle, dans son manuel
édité en 1943 à Paris, y met du sien lorsquil affirme
que lorsquun État possède « un titre authentique et
probatoire » à faire valoir, « la prohibition du recours aux
armes semble difficile à admettre ». Aujourdhui, peu importe
lélément nouveau que constituent les principes de la Charte
des Nations Unies ! La France na-t-elle pas souligné pour justifier
son rôle déterminant dans lopération anti-Tripoli quelle
possédait tous les titres pour intervenir, cest-à-dire ceux
fournis par les Nations Unies, fondés sur les droits de lhomme et
ceux de lOTAN pour sauver les Libyens deux-mêmes !
Dailleurs,
de manière consensuelle, dans la doctrine juridique classique (Gidel, La
Pradelle, Le Fur, Sibert, Verdross, etc.), le respect de la propriété
est considéré comme le principe fondamental des relations internationales
pour le monde civilisé. Pour M. Sibert, cest même « une
vérité hors de discussion ». Or, chacun sait en 2011 lemprise
du régime kadhafiste sur le pétrole libyen qui nétait
jusque-là, pour le reste du monde, quune ressource aléatoire
: aujourdhui, comme hier, la liberté des échanges «
interdit » le manque à gagner que représente laccaparement
tripolitain.
Cest
par exception que des professeurs comme Carlo Santulli ou P.M. Martin, par exemples,
prennent une position forte contre la violation de la légalité dans
laffaire libyenne ou la question nest pas de « défendre
le régime » dans lopinion publique, « mais simplement
de ne pas transformer lanalyse critique en une propagande monstrueuse ».
En Libye, comme en Côte dIvoire, le monde occidental et lEtat
français en premier lieu ont fait chorus pour déshumaniser «
lennemi » (quil sagisse de L. Gbagbo ou de M. Kadhafi),
en dépit des contrats conclus sous leur patronage avec les milieux daffaires
: « le sang des Libyens (comme celui des Africains ne vaut rien pour nous
», constate le professeur C. Santulli.
Le
juriste et le politicien de droite ou dune certaine « gauche »
se retrouvent sur les mêmes positions. La « morale » doit lemporter
sur le « juridisme étroit », comme a pu le déclarer
dans la presse ivoirienne lAmbassadeur des États-Unis à lencontre
du Président Gbagbo [29]. Pour le juriste, le positivisme doit lui-même
céder la place au descriptivisme et au réalisme. Le débat
nest plus de mise. Comme laffirme R. de Lacharrière «
Il faut shabituer à lidée que les controverses doctrinales
appartiennent au passé » !
Or,
la description non critique et complaisante des politiques étrangères
par les juristes sidentifie à leur légitimation sans réserve.
La doctrine dite « savante », très occidentalo-centriste, est
très proche des grands médias. Le « droitdelhommisme
» et le « sécuritarisme » dont les puissances occidentales
se font les championnes et qui défont lensemble du droit international
édifié depuis 1945 [30] conduisent en fait les juristes à
se rallier au dédoublement fonctionnel autoproclamé de lOTAN
et de ses membres porteurs de valeurs euraméricaines et « civilisatrices
» ! On nest pas très au clair sur le « droit »
ou le « devoir » dingérence, mais le principe onusien
de la non-ingérence est balayé. Il y a bien quelques flottements
sur le principe de la souveraineté (rappelé par précaution
dans toutes les résolutions du Conseil de Sécurité, y compris
celles qui le violent), mais la « légitimité démocratique
», dont la définition est incertaine, doit lemporter. Pas question
de sinterroger sur la mise en uvre de néo-protectorats, puisquil
ny a officiellement quune assistance à la « transition
démocratique ».
Avec
les mouvements populaires de 2011, dans le monde arabe, les internationalistes
vont jusquà faire leur la « révolution » (honnie
et jugée archaïque par ailleurs) [31] elle-même en tant que
productrice de démocratie.
Si
lon peut admettre que la tâche des juristes nest pas de désigner
le souhaitable, peut-être est-elle tout de même de mettre en procès
les processus de régression et de se manifester en tant que « veilleurs
critiques ».
3.
Lexpédition franco-britannique :
laffirmation dune
politique impériale
en état durgence
Lexpédition
franco-britannique et autres en Libye sinscrit dans la tradition impériale
des grandes puissances occidentales. Le sarkozisme sefforce de créer
lillusion dun retour à la « grandeur » de la France
et de lEurope. Mais, comme à lépoque coloniales, le
pétrole, dune qualité exceptionnelle et dextraction
facile ainsi que le gaz libyens, représentent lenjeu essentiel du
changement de régime à Tripoli. Les accords franco-libyens, italo-libyens
et américano-libyens des dernières années étaient
considérés comme peu fiables. Paris et Londres de plus estimaient
nécessaire un nouveau partage, nayant pas obtenu les meilleures concessions.
De plus, de nombreux projets libyens en gestation projetaient de porter la participation
de lÉtat dans le secteur pétrolier de 30 à 51% ; il
était aussi envisagé de remplacer les firmes occidentales par des
sociétés chinoises, russes et indiennes. Après une phase
de compromis, Tripoli se préparait à mettre en uvre une nouvelle
politique [32].
Lintervention
française nest pas étrangère non plus à certains
problèmes franco-français. Les élections présidentielles
approchant et, à limage de Bush aux États-Unis, le président
sortant, en difficulté dans lopinion française, a estimé
quune rapide et brillante politique extérieure en Libye (ce qui semble
être attesté par les exigences dun calendrier très bref
exprimées à plusieurs reprises) compenserait les échecs de
politique intérieure. La crise provoquée par les liens étroits
longtemps maintenus avec le régime de Ben Ali et celui de Moubarak devait
aussi être effacée.
La
révélation lancée depuis Tripoli que la campagne électorale
de 2007 de N. Sarkozy avait été financée par des «
mallettes » libyennes a sans doute accéléré le processus
de lengagement militaire de la France.
De
plus, depuis longtemps, les États-Unis ont souhaité que les États
européens prennent le relais des dépenses militaires occidentales,
en particulier pour « protéger » lAfrique des alternatives
offertes par la Chine et les puissances émergentes à chaque État
africain. Le rôle primordial joué par la France en Libye entre donc
parfaitement dans les vues des États-Unis. Dautre part, les États-Unis
ont lambition dinstaller en Libye, dans le Golfe de Syrte, le commandement
unifié (« Africom ») actuellement basé à Stuttgart
et que tous les pays africains ont jusquà ce jour refusé.
La mise sous tutelle de la Libye permettra linstallation de ce commandement,
42 ans après lexpulsion des bases américaines de Libye par
la révolution kadhafiste.
Lun
des objectifs de lopération de liquidation du régime de Tripoli,
passé sous silence, est aussi la volonté de sécuriser Israël.
Israël a besoin dÉtats arabes acceptant de refuser leur solidarité
avec les Palestiniens, comme la fait avec efficacité lÉgypte
de Moubarak. Les mouvements populaires en Tunisie et en Égypte démontrent
une instabilité dangereuse. Cette incertitude doit être compensée
par la disparition dun régime libyen radicalement anti-sioniste.
La
France est aussi particulièrement préoccupée des tentatives
kadhafistes dunion des Africains. Les flottements de lUnion Africaine
lors de la crise ivoirienne ont montré que lorganisation africaine
est traversée de contradictions et que linfluence française
sest réduite. Linfluence de Kadhafi et les moyens financiers
dont il disposait rivalisaient fortement avec ceux de la France. Lélimination
du leader libyen (de nombreuses opérations françaises ont été
montées depuis 1975 contre lui [33]) est donc considérée
comme le moyen de protéger les intérêts français en
Afrique en cassant la Libye en train de devenir le financier alternatif du continent
[34].
Cette
guerre en Libye survenant après lintervention en Côte dIvoire,
et après les multiples opérations menées au Moyen Orient,
a une signification générale.
Les
pays occidentaux sont en état durgence. Incapables de résoudre
les contradictions majeures internes de nature économique et financière,
ils sont conduits à développer une politique étrangère
agressive en dépit de son coût élevé, à la fois
pour récupérer, si possible, les ressources qui viennent à
leur manquer et pour faire diversion devant leur opinion publique.
Lurgence
résulte aussi de larrivée des puissances émergentes
qui bousculent les intérêts occidentaux, sans imposer de clauses
de conditionnalité politique dans les contrats et accords quelles
concluent. LOccident semble considérer que « demain, il sera
trop tard ».
Cette
politique durgence obéit à un « modèle »
standard dont les étapes sont de plus en plus brèves.
Lintervention
militaire nest que la dernière étape de lingérence
: la première est une opération de discrédit systématique
du régime à éliminer.
La
seconde étape est la sensibilisation et la mobilisation de la diaspora,
en particulier par le relai des « nouveaux médias » [35] :
les bi-nationaux de Libye mais vivant en Europe ou aux États-Unis ont,
semble-t-il, joué un rôle déterminant contre Tripoli, aidant
à une mobilisation de certaines factions de la population, notamment une
jeunesse sans mémoire politique [36] en rupture avec un pouvoir politique
jugé « usé » [37].
La
troisième étape est la recherche dappuis internationaux. La
France, en pointe dans laffaire libyenne, sest efforcée de
constituer une coalition non seulement avec des alliés occidentaux traditionnels
(y compris lItalie [38], qui avait pourtant établi des liens très
étroits avec Tripoli dans la période précédant immédiatement
lintervention armée) mais avec des États du Sud pour bénéficier
de leur « caution ». La participation du Qatar, des Émirats
Arabes, lappui de lArabie Saoudite (principal fournisseur de pétrole
de la Chine !) a été essentielle pour légitimer lintervention
militaire et lui retirer (formellement) son aspect néo colonial.
La
quatrième étape est lobtention de la couverture onusienne.
Les États-Unis savent se passer aisément de la caution du Conseil
de Sécurité ; les Européens, la France en particulier, sefforcent
au contraire de rester dans le cadre des procédures des Nations Unies,
tout en violant sans scrupule lesprit et souvent les dispositions fondamentales
des résolutions du Conseil de Sécurité et de la Charte elle-même.
Enfin,
et cest la cinquième étape, lopération militaire
se développe jusquà son terme, avec le consentement dune
opinion préfabriquée. Cette dernière étape démontre
que le Conseil de Sécurité nest plus quun instrument
dingérence et de guerre (sauf sil est bloqué par lexercice
aléatoire du droit de veto de la Chine et de la Russie, dont les priorités
ne sont pas encore politiques mais essentiellement économiques). Elle atteste
dun déclin global des Nations Unies, comme structure de conciliation
et de maintien de la paix, pouvant préluder à une mort comme la
connue la SdN. Le Chapitre VII de la Charte permet à loccasion de
tout conflit interne dun pays que les puissances veulent sanctionner de
liquider son régime. Les droits de lhomme et la « légitimité
démocratique » ne sont quun argument légitimant la violence
armée. Les « populations civiles », dont nul ne vérifie
par une procédure contradictoire, ce quelles sont réellement,
en particulier si elles sont armées ou pas (et par qui), deviennent un
véritable sujet de droit, source de lingérence [39].
Enfin,
la pseudo-morale qui est produite pour justifier cette politique relève
du primitivisme le plus basique et de la plus grande vulgarité idéologique
(distinction du Bien et du Mal, de la Démocratie et de la Dictature, etc.).
Logiquement, elle intègre la violence « juste » contre «
lennemi » et va jusquà admettre le meurtre, moyen parmi
dautres, déliminer un dirigeant que lon conteste [40].
Durant
la guerre de Libye, les bombardements français, en usant de la formule
« destruction des centres de commandement », ont visé à
de nombreuses reprises les proches de M. Kadhafi (tuant plusieurs de ses enfants
et petits enfants) et Kadhafi lui-même. Ces assassinats politiques témoignent
de la volonté française de nadmettre aucune négociation
ni aucune conciliation, sans susciter de réaction des Nations Unies.
Quelles
que soient les spécificités de laffaire libyenne, il ne sagit
pas dun cas sui generis.
La
signification est générale : la crise globale qui affecte léconomie
mondiale sous hégémonie occidentale provoque une fuite en avant
et peut donner lieu à dautres opérations de même nature
contre divers « ennemis » déjà désignés,
si les tentatives de déstabilisation interne mais « assistées
» de lextérieur échouent.
Les
contradictions du système imposent dans lurgence une logique qui
nest pas celle de la coexistence de régimes différents et
du respect de la souveraineté de chacun.
Pour
les peuples concernés, cest à nouveau la disparition de la
souveraineté nationales et de lindépendance au nom dune
« modernité » de type impérial et le maintien dune
souveraineté « populaire » formelle ; cest laccumulation
dun retard de développement dû aux destructions et à
la désorganisation ; cest la corruption affairiste qui succèdera
aux accaparements claniques.
En
dépit de linertie idéologique de la plupart des juristes et
de nombreux politistes dont le ronronnement théorique ne se dément
pas, on peut constater sans tomber dans lexcessif, létat comateux
du droit international, la faillite de lONU et la résurgence dune
« morale » internationale douteuse en lieu et place de la régulation
juridique, proche de celle du XIX° siècle, temps béni de la
canonnière ? Le modèle implicite des diplomaties occidentales ne
serait-il pas une nouvelle Conférence de Berlin, 128 ans après la
première !
La
guerre de Libye nest-elle pas un symptôme parmi dautres dune
processus de dé-civilisation ?
Robert
Charvin
SOURCE
: http://www.aloufok.net/spip.php?article6212
Notes
[1]
Y. Quiniou. Retour sur la guerre néo-coloniale à laquelle nous avons
assisté . LHumanité. 24 octobre 2011.
[2]
Cf. R. Dumas J. Vergès. Sarkozy sous BHL. Éditions P.G. De
Roux. 2011.
[3]
Voir P.M. Martin, qui, dès 2002, publie Défaire le droit international
: une politique américaine. UTI Sciences Sociales de Toulouse, n° 3,
2002, p. 83 et s. En 2011, les autorités françaises sont «
en pointe » dans cette volonté de « défaire »
le droit international.
[4]
Cf. R. Charvin. Côte dIvoire 2011. La bataille de la seconde indépendance.
LHarmattan. 2011.
[5]
Voir le Rapport établi par la Commission de Juristes dont lauteur
a fait partie, ce qui la conduit à être soumis par les nouvelles
autorités présidées par A. Ouattara à un « gel
de ses avoirs » en Côte dIvoire !
[6]
Les autorités françaises, comme les grands médias, ont assimilé
les événements de la Tunisie, de lÉgypte et de la Libye
en fabriquant une « morale » à la convenance des intérêts
français pour fonder une opération militaire contre le régime
de Kadhafi. Le seul point commun entre ces événements est que les
trois régimes ont été intensément courtisés
par lÉtat français peu de temps avant quils aient été
« condamnés ».
[7]
Lévolution dAl-Jazeera qui sest imposée en 15
ans dans le monde arabe comme une source originale dinformation, sest
soudainement engagée dans une vaste campagne hostile aux régimes
libyen et syrien. Cette modification pro-occidentale de la ligne éditoriale
de 2011 qui a entraîné la démission de certains journalistes
-, consécutive à lappel à une intervention armée
du Conseil de Coopération du Golfe et du Qatar, nest pas encore parfaitement
claire. La journaliste Marie Bénilde (Le Monde Diplomatique, n° 117,
juin-juillet 2011), sans chercher plus loin, considère quAl-Jazeera
et le web « ont semé la parole démocratique au vent de lhistoire
» ! (Cf. Quand la liberté a le parfum du jasmin. op. cit. p. 49 et
s.).
[8]
Cest la même précipitation que la France a manifesté
en reconnaissant le CNT bien avant que celui-ci ait une responsabilité
quelconque et un contrôle effectif dune partie conséquente
du territoire libyen.
[9]
Le cas limite est celui de la question israélo-palestinienne que le Conseil
de Sécurité, malgré les multiples résolutions de lAssemblée
Générale, savère incapable de faire progresser depuis
plus dun demi-siècle.
[10]
Cest ainsi que dans les villes de Tripoli, Syrte et Shebba aucune opposition
ouverte ne sest manifestée entraînant une forte répression
des civils : ces villes ont néanmoins été intensément
bombardées.
[11]
On a pu noter quà Bahreïn, larmée saoudienne est
intervenue pour réprimer la révolution populaire et sauver le régime
avec la pleine approbation occidentale.
[12]
On peut noter, simplement, linformation quasi admirative fournie
par les médias français concernant le statut de la femme en Arabie
Saoudite avec lamnistie dune Saoudienne qui avait enfreint linterdiction
de conduire une automobile et lannonce quen 2015, pour les élections
municipales les femmes auraient le droit de vote !
[13]
Le double jeu de la France est partout : elle a voté pour ladhésion
de la Palestine à lUNESCO pour ensuite refuser son admission à
lONU dans le cadre du Conseil de Sécurité.
[14]
Cf. Quand la liberté a le parfum du jasmin. op. cit. p. 32.
[15]
Le professeur Géraud de la Pradelle dénonce le comportement de certains
juristes occidentaux qui expliquent aux états majors des armées
et parfois aux officiers engagés sur le terrain comment contourner les
« obstacles » dressés par le droit humanitaire qui contrarie
les pratiques militaires « efficaces ». Cf. « Des faiblesses
du droit international humanitaire qui tiennent à sa nature ». In
Droit humanitaire. États puissants et mouvements de résistance,
sous la dir. D. Lagot. LHarmattan. 2010, p. 33 et s.
[16]
Les médias français (notamment télévisuels) ont été
dune particulière nullité et dune profonde mauvaise
foi, conjuguant mensonges multiples sur les événements liés
au conflit et silence sur la personnalité des membres du CNT (Mohamed Jibril,
par exemple, ex-ministre de Kadhafi avait antérieurement tissé des
liens avec B-H Lévy, en créant des sociétés de négoce
dont lune chargée du commerce des bois de Malaisie et dAustralie
avec son ami français). La presse occidentale (à lexception
de lHumanité pour la France) et les ONG humanitaires (sauf le MRAP)
ont été notamment dune totale « discrétion »
sur les massacres racistes et xénophobes subis par les noirs quils
soient libyens ou émigrés dAfrique noire. Par ailleurs, plusieurs
centaines de milliers de Libyens (le chiffre semble être proche des 400.000)
ont quitté le territoire national pour les pays voisins, en particulier
la Tunisie. Divers hôpitaux ont été détruits par les
bombardements de lOTAN, par exemple, récemment, lhôpital
Avicène de Syrte, sans soulever les condamnations pourtant habituelles
des organisations humanitaires.
[17]
Lexécution de M. Kadhafi était une exigence politique, un
procès devant la CPI était jugé par les autorités
françaises et américaines comme « dangereux ». Pour
le Centre de planification et de conduite des opérations (CFPO) à
la direction du Renseignement Militaire et au Service Action de la DGSE, il sest
agi de porter assistance aux unités du CNT à Syrte afin de «
traiter le Guide libyen et les membres de sa famille », autrement dit les
éliminer.
[18]
Par exemple, à Tripoli, la Cour des Comptes, le Centre anti-corruption,
le Tribunal Supérieur, des hôpitaux, un marché, le siège
de différentes associations (dont lassociation daide aux handicapés,
du mouvement des femmes, etc.).
[19]
LUnion Africaine a dès les 29-30 juin 2011 déclaré
que les mandats darrêt lancés par la CPI contre Kadhafi et
ses proches ne devaient pas être appliqués sur le territoire africain.
Jean Ping, Secrétaire Général de lU.A a vivement critiqué
Luis Moreno Ocampo, Procureur près la CPI, le qualifiant de « plaisantin
» et linvitant à dire le droit au lieu de suivre la politique
occidentale.
[20]
Cité par R. Charvin. Le droit international tel quil a été
enseigné , in Mélanges Chaumont. Pédone. 1984, p. 138.
[21]
Le professeur Guilhaudis, par exemple, dans son manuel de Relations internationales
contemporaines, Litec. 2002, ose intituler un paragraphe « Linterminable
éclatement violent de la Yougoslavie, malgré lONU et lOTAN
» ! (p. 730).
[22]
Une procédure a dailleurs été ouverte en France contre
larmée française pour « tentative de meurtre de L. Gbagbo
». Larrestation du Président ivoirien sest en effet produite
par la collaboration des forces françaises et ivoiriennes, après
un intense bombardement par la force de La Licorne de la résidence de L.
Gbagbo.
[23]
Cf. R. Charvin. De le prudence doctrinale face aux nouveaux rapports internationaux
. In Mélanges Touscoz. France Europe Éditions. 2007.
[24]
LEmpire Ottoman, la monarchie absolue de François Ier ou de lEspagne
avaient déjà la même ambition !
[25]
Lorsque les États-Unis et le Conseil de Sécurité, au mépris
des dispositions de la Charte, décident en 1950, en labsence de lun
des membres permanents, dintervenir militairement en Corée, le professeur
Sibert, dans la tradition académique, porte un jugement positif sur «
linterprétation libérale » et non « rigide »
de la Charte.
[26]
Étrangement, les juristes académiques associent dans leurs enseignements
ces deux catégories « dacteurs » précités
aux firmes transnationales, comme si leur poids respectif dans la société
internationale était équivalent ! Par contre, le silence règne
encore sur les sociétés militaires privées qui prétendent
favoriser la sécurité collective, en Irak, par exemple.
[27]
Doyen Moye. Le droit des gens moderne. Sirey. 1920, p. 219-220.
[28]
Cf. Le droit international tel quil a été enseigné.
Notes critiques de lecture des traités et manuels (1850-1950) , in Mélanges
Chaumont. Pédone. 1994.
[29]
R. Charvin. Côte dIvoire 2011. La bataille de la seconde indépendance.
LHarmattan. 2011.
[30]
P.M. Martin. Défaire le droit international : une politique américaine.
Droit écrit. UTI Sciences Sociales de Toulouse, n° 3. 2002, p. 83 et
s.
[31]
Il faut constater aussi que la « révolution » a été
admise comme un concept parfaitement valide pour certaines ex-républiques
soviétiques (Ukraine, Géorgie, etc.).
[32]
On peut comparer cette réorientation à celle du Président
Gbagbo qui, à la veille de son renversement par les Occidentaux sapprêtait
à quitter le franc-CFA et à conclure des contrats économiques
dimportance avec la Chine.
[33]
Dans le catalogue des tentatives délimination de M. Kadhafi, on peut
relever lopération initiée par le Président Giscard
dEstaing en 1975 (SDEC + quelques militaires dissidents), les commandos
franco-égyptiens (au temps de Saadate en 1977), un attentat en 1979 du
Service Action où Kadhafi est blessé, en 1980, le SDC et des Égyptiens
échouent à nouveau (entraînant le limogeage de de Marenches),
en 1980 encore, une tentative (révélée par le Président
Cossiga) dabattre lavion officiel de Kadhafi se rendant à Varsovie
avec laide de lOTAN, en 1984 une tentative appuyée par les
États-Unis de coup détat, avec laide dexilés
et de militaires, en 1986 le bombardement de la résidence de Kadhafi.
[34]
Depuis les premiers pas de la Révolution libyenne, le monde occidental
na jamais pardonné à Tripoli duser des mêmes moyens
que ceux de lOccident pour faire avancer sa politique étrangère.
[35]
De nombreux politistes insistent sur le rôle politique des nouveaux modes
de communication dans les « révolutions » du Sud. Cette analyse
néglige le fait quune large partie de la population, souvent majoritaire
et particulièrement démunie, les ignore. On peut faire lhypothèse
quune fois de plus dans lhistoire, la mise en exergue des «
outils » évite de prendre en compte les réalités sociales
profondes. Nombre de politistes, de plus, se félicitent implicitement du
rôle des « classes moyennes » - pourtant toujours indéfini
et politiquement surestimé par rejet souvent explicite des classes
populaires.
[36]
Le régime de M. Kadhafi avait 42 ans. La jeunesse majoritaire dans la population
libyenne ignore tout de la Monarchie du Roi Idriss, régnant sur lun
des pays les plus pauvres du monde, et avait soif dune normalité
plus facile à vivre que la Révolution Jamahiriyenne, même
après ses compromis des années 2002, en dépit du fait que
la Libye ait le plus haut niveau de vie dAfrique.
[37]
Dans les pays occidentaux, on constate le même phénomène,
mais il nest pas poussé jusquà son paroxysme par des
stimulants externes.
[38]
Tripoli, avec la collaboration de diverses personnalités internationales,
attribuait régulièrement un « Prix Kadhafi des droits de lhomme
et des Peuples ». Ce prix, le premier émanant dun pays du Sud,
dont lesprit était de ne pas laisser le monopole de la question des
droits de lhomme aux puissances occidentales, a été qualifié
du nom de Kadhafi, non par les Libyens eux-mêmes, mais à linitiative
dun Français, présent à Tripoli, à lissue
dune conférence internationale, qui était à lorigine
Secrétaire Général de la Fédération des Villes
Jumelées. Le premier prix décerné la été
à N. Mandela, à lépoque encore emprisonné. Le
dernier prix en 2010 a été accordé à Erdogan (Turquie)
pour son action de solidarité avec les Palestiniens, mais Berlusconi a
failli en être le bénéficiaire pour, notamment, avoir reconnu
la culpabilité coloniale de lItalie.
[39]
Les juristes doivent sinterroger sur la notion de « civils armés
» et de leur statut dans un conflit avec les pouvoirs publics, ainsi que
sur le problème de circulation illicite des armes par-delà les frontières.
[40]
Grotius et Vattel, considérés comme les fondateurs du droit international,
ont condamné lassassinat des dirigeants à loccasion
des conflits entre États.