Reponse
des organisateurs du concert de soutien de Rouen le 19 mai avec Demon One, Kommando
Toxik, Abou2ner, DJ Plaiz, Dokou, Légendaire, Gueltou et DJ Smoke:
Le
11 mai dernier, alors que la campagne de soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel
était à peine lancée, nous découvrions simultanément
dans le Figaro et sur le site dextrême droite Novopress.info que le
syndicat de police Union Unité police/SGP FO se disait scandalisée
par notre démarche et en appelait à son ministre de tutelle, Brice
Hortefeux, afin quil vienne mettre un coup darrêt à cet
élan de solidarité quil ne semblait vouloir partager. Aujourdhui,
Samedi 15 mai, cest par voix de presse, dans lédition quotidienne
du Paris-Normandie que nous découvrons la nouvelle tentative dintimidation
des syndicats de police. Le syndicat Unité SGP Police, par la voix dOlivier
Marin et de Frédéric Desguerre (sic) en appelle au préfet
afin quil interdise le concert prévu le 19 mai à Rouen à
la salle Sainte Croix des Pelletiers. Tentative de censure quils modèrent
dans les pages du Paris-Normandie mais assument entièrement dans la-dite
lettre au préfet. Larticle du journal se clôt par la menace
dune manifestation des forces de lordre aux abords du Concert. Nos
deux scribouillards syndicaux qui avaient entre temps créé
un groupe sur le réseau social facebook où les commentaires dinjures,
de menaces et de diffamation la plus crasse sétalent à longueur
de page justifient confusément leur tentative dintimidation
et de censure de deux manières. Tout
dabord, le soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel nétant
pas de leur gout, il devrait être interdit. Ou comment un simple syndicat
de forces de lordre sessaie à jouer la police politique. Ne
leur en déplaise, jusquà nouvel ordre, soutenir des personnes
inculpées parce que lon conteste ce qui leur est reproché
ou parce que lon est solidaire de leur cause nest ni un crime ni un
délit. Lappel à la révolte contre le pouvoir
que nous impute ce syndicat est au contraire, pour beaucoup un précieux
héritage. Jusquà Eric Cantona qui déclarait il y a
quelques mois que cétait là lidée quil
se faisait de lidentité française. Faut-il
préciser ici quen insinuant quil serait délictueux de
soutenir des inculpés pas encore jugés, ce syndicat porte ouvertement
et directement atteinte à la présomption dinnocence. La
deuxième justification apportée par ces messieurs concerne le contenu
des paroles de certains des artistes qui se produiront ce soir-là. Les
textes leur paraissent trop peu chaleureux à leur endroit. Serait-il interdit
de ne pas aimer la police? Nous ne rentrerons pas ici dans une explication de
texte, nous nous contenterons dencourager ces fonctionnaires précautionneux
à mener leur démarche jusquau bout et sans discrimination.
Nous attendons donc de leur part quils réclament linterdiction
de vendre et de diffuser les uvres de milliers de groupes de rap français,
y compris de ceux qui ont reçu des victoires de la musique, ainsi que de
toute luvre de Georges Brassens, de Renaud et que dune partie
de celle de Johnny Halliday et pourquoi pas même le sketch nommé
la police des Inconnus. Concernant
la tentative dintimidation qui nous parait la plus grave, à savoir
la menace dune manifestation de policiers aux abords et contre le concert
du 19 mai : il semblerait que lautorité du préfet dans
son rôle de garant de lordre se trouve mise à lépreuve
par ses propres forces de lordre. Cocasse. Mais nous ne laisserons pas notre
concert être perturbé par une émeute de policiers. Nous ne
laisserons pas la police faire du centre ville de Rouen son territoire, sa zone
de non-droit. Et cela par tous les moyens qui nous paraîtrons nécessaires,
y compris par le biais de nos avocats. Nous
appelons toutes les personnes solidaires des inculpés de Villiers-le-Bel
ainsi que toutes celles et ceux qui trouvent intolérable que ce concert
puisse être menacé, à venir, quoi quil arrive, le 19
mai à 19H à la Salle Ste Croix des Pelletiers de Rouen. |
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Le
procès dune révolte
« la vengeance
du roi sappelle justice » philippe le bel
Les flics
ont beau bénéficier de moyens techniques de plus en plus sophistiqués,
certaines techniques policières demeurent rudimentaires. Comme celle
du shooting, qui fut révélée lors de la mort dun jeune
à vaulx-en-velinvoici déjà vingt ans. Lémeute
qui suivit alors eut, entre autre, le mérite de faire savoir comment les
voitures de flics sy prennent pour arrêter un deux-roues qui leur
échappe. Tout récemment, à woippy, dans la banlieue de metz,
le 20 janvier 2010, un jeune était tué et deux autres grièvement
blessés au terme dune course-poursuite. Lun des survivants,
à peine sorti du coma, a raconté « ils nous ont coursé,
ils nous ont fait tomber », (« ils » cest, en loccurence,
les flics municipaux) « quand nous étions à terre ils nous
ont frappé ». Un pouvoir demesuré se veut sans réplique.
Ainsi le responsable dun syndicat de flics (alliance police) déclare dans
les colonnes du figaro (15 mars 2009) : « la violence monte crescendo (sic)
depuis les événements de villiers-le-bel et les événements
doutre-mer. On nhésite pas à tirer sur des policiers.
Si on ne sanctionne pas plus durement les agresseurs de nos collègues,
nous allons à la catatstrophe et on ne sen sortira pas ». Il
lance là, très clairement, un appel aux magistrats chargés
de prononcer les dites sanctions. Trois mois après cette déclaration,
dix jeunes de villiers-le-bel sont lourdement condamnés. Dans cette affaire
où pèse si lourd la voix des flics ceux qui distribuent
les récompenses aux témoins et ceux qui parlent dans les médias
, il serait bien hasardeux (vain) dinvoquer « lindépendance
de la magistrature ». Nous voyons, nous aussi, la violence aller crescendo.
Au contraire du flicaillon syndical, nous ne saurions dater son point de départ.
Mais nous sommes confrontés aux comportements de plus en plus provocateurs
et arrogants dune police toujours plus équipée de moyens
de faire mal, et dont lomniprésence marque désormais le territoire.
Cette expérience-là nest enregistrée dans aucune statistique,
mais nous sommes innombrables à la faire et à nous la
transmettre de bouche à oreille. Lâcher de chiens sur des noctambules
émêchés lors dune fête de quartier, gazage
des clients dun bar protestant contre un contrôle, tirs de flash-ball
au visage lors dune manifestation remuante, de lexpulsion dun
squatt ou dune occupation de locaux, menottage de gamines de 14 ans qui
ont pris le bus sans ticket, fouille des cartables par des chiens anti-drogues
dans un collège, écrasement au sol avec clé au bras pour
un mot plus haut que lautre, automobilistes tabassés et embarqués
pour avoir klaxonné à une voiture de la bac qui bloquait la chaussée,
intimidations et brutalités de toute sorte dont les bleus sortent toujours
vainqueurs avec en prime les itt prises après avoir roué
de coups un quidam. Pour une fois, à villiers-le-bel, les flics ont
été pris de vitesse dans la course aux armements. On leur a tiré
dessus à la chevrotine, ce qui nest pas tout à fait
la même chose quun tir à balles réelles. Ils ont essuyé
la colère de la plèbe, et ont eu peur. Ce procès sera
donc un pur procès politique. Ce qui sera jugé ne sera pas la participation
effective de quatre personnes à des faits, mais lexistence même
de ces faits. Ce qui importe à la machine judiciaire, cest que des individus
paient, corps et âme, ce qui sest passé ces deux soirs de novembre
à villiers-le-bel. Cette individualisation est de pure forme : car ceux
qui comparaîtront dans le box des accusés pourraient être indifféremment remplacés
par quatre autres ayant un profil analogue. Comme tout procès politique,
il sera à sens unique, la contradiction étant évacuée
par avance quelle légitimité reconnaître à
des débats censés être contradictoires alors que les témoins,
sur les déclarations desquels se base toute la procédure, nauront
pas à comparaître ? Lindividualisation, indispensable à
la procédure judiciaire, nintervient plus ici que pour les besoins
de la mise en scène. En ce sens la présence massive des journalistes
lors de la rafle du 18 février 2008 na rien dune bavure :
« on se sert dune opération de police à des fins politiques
» se plaignit le secrétaire de lunsa-police. Mais cette
opération de police était précisément une opération
politique, et il était impératif que les téléspectateursélecteurs reçoivent
le message : à savoir que lEtat a toujours le monopole de la violence.
Le procès à venir sera le dernier acte de ce show. Deux adolescents
sont morts à villiers-le-bel, le 25 novembre 2007, suite à un shooting,
pratique responsable de nombreux autres décès qualifiés
daccidentels. Quatre personnes vont être jugées, le 21 juin
2010, sur la base dun témoignage sous x rétribué.
Deux procédures dexception, lune policière, lautre
judiciaire. La moindre des choses est bien de signifier le contenu politique
de ce procès. Ce qui revient à signifier toute notre solidarité
aux quatre accusés. Ce procès ne doit pas passer inaperçu.
ALESSI
DELLUMBRIA.
Alessi
DellUmbria est écrivain. Il est notamment lauteur de Cest
de la racaille ? Eh bien, jen suis ! : A propos de la révolte
de lautomne 2005 aux éditions Léchappée
ainsi que de Histoire universelle de Marseille : De lan mil à
lan deux mille aux éditions Agone.
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