Interview --- 23/12/11 : : 7 :42
Emmanuel Todd :
"La
délégitimation d'élites médiocres et corrompues
sera une nouvelle jeunesse pour notre pays"

Les
États sont-ils en guerre contre "les marchés" ? Emmanuel
Todd : Ne soyons pas dupes de ces concepts mystificateurs, Bruxelles, les marchés,
les banques, les agences de notation américaines : ces faux nez camouflent
la prise du pouvoir politique, à l'échelle mondiale, par les plus
riches. Sous couvert de protéger l'argent des petits épargnants,
les marchés, ce sont tout simplement les plus riches jouant avec les États.
Les riches ne se battent pas contre les États, ils se battent pour les
contrôler encore mieux (voir "L'État prédateur",
de James Galbraith). Il suffit d'observer les parcours de certains individus entre
la haute administration, les firmes américaines,
Bruxelles
et, désormais, les gouvernements pour comprendre qu'ils y parviennent.
Si une même caste contrôle les marchés et les États,
l'opposition entre les uns et les autres n'a plus aucun sens.
Vous
êtes bien léger avec l'argent des petits épargnants !
Je
refuse de céder au chantage. Lorsqu'ils partaient à la conquête
de villes, les Mongols utilisaient des otages comme boucliers humains. Le groupe
des plus riches fait exactement la même chose : ses otages, ce sont les
petits épargnants.
"La
faute aux riches !" : n'est-ce pas sommaire ?
Que
cela vous plaise ou non, l'accumulation excessive d'argent dans les strates supérieures
de la société est l'une des caractéristiques de la période.
Labaisse, ou la stagnation, des revenus des gens ordinaires est allée de
pair avec la hausse des revenus des 1 % les plus riches et, à l'intérieur
de ce petit groupe, des 0,01 % les plus riches. Quant à l'État,
il faut reconnaître son ambivalence et s'appuyer sur la partie raisonnable
du marxisme pour comprendre ce qui se passe. L'État est à la fois
l'incarnation de l'intérêt général et l'expression
de la classe dominante. L'État social d'après-guerre, l'État
gaulliste, et quoi qu'en ait dit le Parti communiste, agissait surtout au nom
de l'intérêt général, il gérait une croissance
pour tous.
Aujourd'hui,
l'État est prioritairement un État de classe. Le capitalisme financier
contrôle à nouveau les États.
La
situation serait-elle meilleure si les riches étaient moins riches ? Autrement
dit, le problème est-il moral ou économique ?
Mon
analyse n'a aucune visée morale. Depuis 1990, l'ouverture des échanges
et la libéralisation des flux financiers ont effectivement provoqué
un fantastique accroissement des inégalités. À ce sujet,
je rends hommage à l'école Piketty, dont il semble que les travaux
comparatifs à l'échelle mondiale aient été décisifs
dans l'émergence actuelle de la thématique des 1 % aux États-Unis
et au Royaume-Uni. Aussi opaque que puisse paraître le système, on
peut approcher sa réalité en analysant la façon dont un groupe
social contrôle une partie importante des ressources. Dans ces conditions,
la question essentielle n'est pas celle des marchés en tant que tels, mais
celle de l'oligarchie et de son rapport à l'État. Il faut donc identifier
cette oligarchie et analyser sa structure, son mode de vie, sa composition.
S'agit-il
d'un groupe hors sol, d'"élites mondialisées", expression
qui faisait bondir tout le monde il y a dix ans ?
Encore
une fantasmagorie de l'époque ! On croit que le libre-échange globalisé
a engendré une oligarchie transnationale. Parce qu'on fait abstraction
des facteurs culturels, on ne voit pas qu'il existe plusieurs oligarchies dont
les relations sont structurées par d'implacables rapports de forces. La
spécificité de l'oligarchie française, c'est sa proximité
avec la haute administration. Ses membres ont souvent étudié dans
de grandes écoles - sans forcément être des héritiers
-, parlent en général très mal l'anglais, sont incroyablement
français dans leurs murs et n'en finissent pas de se faire rouler
par les vrais patrons, l'oligarchie américaine. La soumission à
Standard & Poor's et Moody's est une soumission à l'oligarchie américaine.
Quant à l'oligarchie allemande, nouvelle venue dans le système de
domination, elle s'habitue ces jours-ci à traiter les Français comme
de simples vassaux. Le charme singulier de l'oligarchie chinoise est son étroite
intrication avec le Parti communiste. La plupart des analystes passent à
côté de cette hétérogénéité. La
gauche nourrit l'illusion d'une égalité au sommet, alors que l'inégalité
caractérise autant le haut que le bas de la structure sociale mondiale.
Si
les États ne s'endettaient pas, ils ne s'appauvriraient pas et n'enrichiraient
personne en remboursant leur dette.
Cette
idée est complètement à côté de la plaque parce
qu'elle méconnaît le mécanisme réel de l'endettement.
On analyse la dette publique à partir du point de vue d'un emprunteur qui
serait coupable d'avoir dépensé sans compter. Les peuples doivent
payer parce qu'ils ont vécu à crédit. Or ce ne sont pas les
emprunteurs qui sont, fondamentalement, à l'origine de la dette, mais les
prêteurs, qui veulent placer leurs excédents financiers. Marx l'avait
très bien vu dans "Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte", les riches
adorent la dette publique ! Un État qui s'endette est un État qui,
grâce au monopole de la contrainte légale, permet aux riches d'obtenir
une sécurité maximale pour leur argent.
Donc,
ce n'est pas la faute des gouvernements, puisqu'on les a poussés à
emprunter ?
Sauf
que ce sont leurs choix fiscaux qui les ont conduits à se mettre dans la
main des plus riches. Dans "Les dettes illégitimes", François
Chesnais montre bien comment, en France, les ultrariches ont bénéficié
d'une baisse de leurs impôts qui leur permet de prêter à l'État
les ressources dont il s'est lui-même privé. Sans oublier l'auto-interdiction
pour l'État de fabriquer de la monnaie, établie par la loi Pompidou
dès 1973, mais rendue idéologiquement formidable par le mythe supplémentaire
d'une Banque centrale européenne à Francfort, supposée être
hors de portée de l'État français. Chaque année, les
Français se voient ainsi ponctionner, à travers la TVA et les impôts
directs, 250 milliards d'euros, dont près de 50 milliards d'intérêts,
qui vont à des gens qui ont déjà trop d'argent. Les deux
tiers sont d'ailleurs étrangers, parce que la fête est mondiale,
les riches Français pouvant en contrepartie se gaver de la soumission des
États et des peuples. Voilà ce que cache le discours alarmiste et
moralisateur sur l'endettement abyssal, la faillite du pays et la nécessité
de sauver le triple A. Derrière l'apparente logique libérale du
système, l'État devient une machine à rançonner les
populations au bénéfice des plus riches.
L'impôt
est aussi le fondement de la démocratie. Quand ils rechignent à
s'en acquitter, comme en Grèce, les citoyens sont-ils des victimes ?
Je
ne peux que me répéter : on a poussé les Grecs à s'endetter
afin de pouvoir mieux les étrangler.
Regardez
votre téléviseur : sans cesse des publicités nous incitent
à emprunter. Les banques, pardon, les riches, aiment prêter. Et les
usuriers aiment saisir les biens si l'on ne peut rembourser. Privatiser les biens
de l'État grec, par exemple.
Ne
seriez-vous pas un peu complotiste ? Même si "on" les a poussés,
le dealer est-il le seul coupable de la dépendance du drogué ?
Le
monde de l'oligarchie est un monde de pouvoir et de complots. En aidant l'État
grec à trafiquer ses comptes, Goldman Sachs s'est comporté en usurier.
Maintenant, ce qu'on appelle "aider" les Grecs, c'est les maintenir
en état d'être rançonnés. La crise de la zone euro
n'a pas été fondamentalement créée par la nonchalance
des débiteurs, mais par l'agressivité des prêteurs.
Cette
oligarchie, la définiriez-vous comme une classe sociale et, en ce cas,
est-elle dotée d'une conscience de classe ?
L'oligarchie
se comporte comme une classe sociale, mais en même temps on sent en elle
de l'irrationalité et même un vent de folie collective. Du coup,
je me demande s'il faut recourir à l'analyse marxiste de l'idéologie
ou à la psychiatrie. Pourtant, un groupe social privilégié
n'est pas nécessairement décadent et irresponsable. À la
différence des nobles français du XVIIIè siècle, attachés
à l'exemption fiscale, les classes supérieures anglaises acceptaient
une pression fiscale élevée. Elles ont conquis le monde.
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| L'oligarchie
actuelle est à mille lieues de cet exemple. Il serait préférable,
si ce terme ne renvoyait aux slogans antisémites, de parler de ploutocratie.
Gardons en tout cas à l'esprit que l'oligarchie, pouvoir d'un petit nombre,
diffère de l'aristocratie, qui est celui des meilleurs. Ces
oligarques ont plus à perdre que les autres catégories. L'irrationalité
explique-t-elle tout ?
La
conduite des acteurs hésite entre rationnel et irrationnel. Le point de
départ de la crise de 2008, c'est l'accaparement par la Chine et d'autres,
grâce à leurs bas salaires, d'une part croissante de la production
mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus,
donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c'est que les salaires
évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale
augmente. C'est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement
dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire.
Les ménages américains ne s'endettent pas seulement pour acheter
une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois.
Et
à la veille de la crise de 2008, le déficit commercial américain
s'élève à 800 milliards de dollars. Le système est
étonnant : les États-Unis, forts de leur statut impérial,
font de ce déficit un régulateur keynésien à l'échelle
mondiale. Ainsi, l'endettement est appelé à compenser l'insuffisance
de la demande.
Bien
entendu, le mécanisme du crédit finit par imploser et les revenus
comme les importations par s'effondrer. Dans ce contexte, les plans de relance
concoctés par le G7, le G8 et le G20 sont une réaction rationnelle.
On célèbre le triomphe de Keynes et le retour de l'État.
Voilà
qui n'aurait pas dû vous déplaire !
Le
problème, c'est qu'il s'agit d'un keynésianisme des riches. La relance
n'est pas financée par la création monétaire - la planche
à billets -, qui ne coûterait rien à l'État, mais par
l'endettement, qui permet de sécuriser l'argent des nantis sans apporter
la moindre réponse de fond à l'insuffisance de la demande. Ce pseudo-keynésianisme
encourage la croissance chinoise, booste le CAC 40 et accélère les
délocalisations en Europe. À l'arrivée, le fameux "retour
de l'État" n'est rien d'autre que l'instauration d'un socialisme des
riches. L'État doit sauver les riches, nom de code : "les banques",
parce que les banques, qui contrôlent aussi les moyens de paiement des citoyens,
comme l'a très bien dit Frédéric Lordon, ont pris l'État
en otage pour le compte de leurs riches actionnaires. Si on avait opté
pour leur nationalisation, on aurait pu garantir les économies des gens
ordinaires, indemniser les petits actionnaires et sanctionner les coupables.
La
vérité de cette période n'est pas que l'État est impuissant,
mais qu'il est au service de l'oligarchie.
Si
la relance profite aux riches - les prêteurs -, l'austérité
bénéficiera-t-elle aux pauvres ?
Ce
qui est certain, c'est que le discours antirigueur, incarné par exemple
par Martine Aubry, est complètement archaïque. Les gouvernements ont
fini par comprendre que les politiques de relance ne relançaient que l'économie
de la Chine et des pays émergents. Mais ils refusent toujours la moindre
mesure de protectionnisme national, sectoriel ou européen. Dans ces conditions,
la rigueur peut apparaître comme un refus passif de contribuer à
la croissance de la Chine, une troisième voie que je qualifierai de "protectionnisme
des imbéciles". Voilà la triste vérité, nous
sommes gouvernés par des imbéciles. Les gens qui sont aux commandes
doivent être tenus pour responsables de leurs actes. Cela dit, je ne suis
pas mélenchoniste : je crois qu'il faut des élites pour gouverner.
Il ne s'agit pas de les pendre, mais de les ramener à la raison. Baroin
et Pécresse, l'incompétence au sommet, sont sans doute sincèrement
convaincus que le retour à l'équilibre budgétaire donne la
solution de tous nos problèmes. Toutefois, il n'est pas exclu que les gouvernements
aient inconsciemment fait un autre choix : si la relance est impossible et le
protectionnisme impensable, la réduction des dépenses budgétaires
dans les pays déficitaires est le seul moyen de mettre à genoux
les pays exportateurs excédentaires, en gros l'Allemagne et la Chine, pour
les obliger à entrer dans un processus de négociation.
La
fascination française pour le modèle allemand va de pair avec la
montée de la germanophobie...
De
même que l'antisémitisme et le philosémitisme constituent
deux versions d'un excès d'intérêt, pathologique, pour la
question juive, la germanophobie et la germanolâtrie sont deux façons
de prendre l'Allemagne trop au sérieux, ce qui contribue à aggraver
le problème. Au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait
une position assez antiallemande et faisait preuve d'une certaine souplesse doctrinale
en économie. Le maintien de François Fillon à Matignon et
la nomination d'Alain Juppé au Quai d'Orsay ont consacré le retour
de la droite orthodoxe et de ses vieilles lunes économiques et moralisatrices.
C'est alors que le gouvernement et une bonne partie des élites françaises
ont adopté un discours germanolâtre, dangereux pour les Allemands
eux-mêmes. Privés d'un partenaire sympathique mais critique, ils
se sont enfermés dans l'admiration de leur propre modèle. L'urgence
aujourd'hui n'est pas de les flatter, mais de les arrêter.
Vous
n'allez pas entonner l'air de la bête immonde ? Cela fait cinquante ans
que la puissance allemande va de pair avec une démocratie solide.
Je
ne qualifierai pas forcément de démocratique un pays qui pratique
l'union nationale plus volontiers que l'alternance et où, grâce à
une prédisposition anthropologique à la discipline, les sociaux-démocrates
ont pu mener une politique de compression acceptée des salaires. L'Allemagne
a mené une stratégie parfaitement égoïste d'adaptation
au libre-échange, en délocalisant hors de la zone euro une partie
de la fabrication de ses composants industriels, en pratiquant contre la France,
l'Italie et l'Espagne la désinflation compétitive, puis en utilisant
la zone euro comme un marché captif où elle a pu dégager
ses excédents commerciaux. Cette stratégie commerciale est la poursuite
d'une tradition autoritaire et inégalitaire par d'autres moyens.
Vous
jouez à nous faire peur ?
Je
ne joue pas, mais vous devriez avoir peur. Les pays passés sous le contrôle
des technocrates ou menacés sont la Grèce, l'Italie, l'Espagne et
le Portugal, pays de démocratie récente. D'ailleurs, c'est pour
les sécuriser dans un espace démocratique qu'on les a intégrés
à l'Europe et à la zone euro. Or, aujourd'hui, loin de stabiliser
ces démocraties fragiles, les mécanismes bureaucratico-monétaires
les renvoient en accéléré aux pires moments de leur instabilité
passée. Oui, l'heure est grave. Le risque de voir resurgir l'Italie du
fascisme, la Grèce des colonels, l'Espagne de Franco, le Portugal de Salazar
est bien réel. Vous voulez que je vous fasse peur ? En démographe,
je vois réapparaître l'opposition des années 1930 entre l'Europe
nord-occidentale des démocraties libérales, où la fécondité
tend vers 1,9 ou 2 enfants par femme, et l'Europe autoritaire, fasciste ou communiste
continentale, où la fécondité est ultrabasse, avec 1,3 à
1,5 enfant. Mais que faire si les Allemands sont réfractaires à
toute négociation sur la capacité d'intervention de la BCE ? Devrons-nous
mourir pour l'euro ? N'exagérons pas ! S'il est angoissant de voir l'Allemagne
mettre à genoux ses partenaires tout en s'enivrant de l'admiration que
lui vouent les droites européennes, il ne s'agit pas de tomber dans la
psychose. Souvenez-vous que les Allemands ne voulaient pas entendre parler de
l'euro et qu'ils n'ont cessé, après sa création, de menacer
de sortir de la zone euro. Aujourd'hui, le gouvernement et le patronat ont compris
que la fin de l'euro mettrait l'Allemagne au tapis, puisqu'elle seule serait dans
l'impossibilité de dévaluer. En réalité, les Allemands
sont plus souples qu'on ne l'imagine. Mais ils ne comprennent que la négociation
franche et brutale.
Au
fait, pourquoi tenez-vous tant à l'euro ?
Je
ne tiens pas particulièrement à l'euro. Je dis qu'en régime
de libre-échange l'euro est condamné. Je ne prédis pas l'avenir
ici, je décris le présent. De toute façon, l'enjeu immédiat
n'est pas l'euro, mais la crise de la dette. Soyons clairs : les dettes souveraines
ne seront jamais remboursées. Même les emprunts allemands commencent
à être suspects. Nous avons deux possibilités : la planche
à billets et le défaut sur la dette, qui serait selon moi préférable,
ayant la netteté d'une opération chirurgicale. Le défaut
sur la dette marquera le début de la reconquête de l'État
par l'idéal démocratique, un État aujourd'hui pillé
et rançonné par l'oligarchie financière.
Oui,
mais, pour les "otages", petits épargnants français, retraités
américains, ce défaut négocié ressemblerait fort à
une spoliation assumée.
Mais
ce sont les prêteurs qui nous spolient ! Pourquoi laisserait-on les prédateurs
engloutir ce qui reste du patrimoine national ? Quant aux otages, les petits épargnants,
en France, c'est pour les protéger que la nationalisation des banques est
indispensable. Et cessons de pleurnicher sur le petit retraité américain,
l'Amérique vit à crédit sur le dos du monde depuis des années.
Et ce ne sont pas de petits retraités qui détiennent les deux tiers
de la dette publique française. De plus, un défaut sur la dette
de la France entraînerait des défauts en cascade des autres nations.
Dans cette redistribution générale, les défauts s'annuleraient
pour l'essentiel les uns les autres. Quelques nations seraient perdantes. À
l'arrivée, je vous garantis que les plus coupables - nations ou individus
- seront le plus sévèrement punis.
On
peut comprendre que nos dirigeants aient la trouille, non ?
Plus
le naufrage idéologique et intellectuel de la société est
évident, plus les gens d'en haut s'enivrent de leur discours de domination,
plus ils exigent la mise en vente des biens publics et la baisse des salaires.
Et le pouvoir se réfugie dans une sorte de déni munichois : non
contents d'avoir mis en place un système stupide, des gens supposés
être modérés et compétents nous laissent en état
d'impréparation pour gérer son effondrement. Ne nous laissons pas
intimider, une société développée, dotée d'un
haut niveau éducatif et technologique, est parfaitement capable de s'adapter
après un effondrement systémique de cet ordre.
Nous
traverserons une année très difficile, mais très vite la
libération des énergies et des ressources permettra un nouvel avenir.
La délégitimation d'élites médiocres et corrompues
sera une nouvelle jeunesse pour notre pays, un coup de balai moins douloureux
que celui de 1940, un coup de balai sans la Wehrmacht !
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 Emmanuel
Todd (né en 1951) est démographe, anthropologue, historien, politologue.
Il vient de publier le tome I de "L'origine des systèmes familiaux"
(Gallimard, coll. "NRF Essais", 768 p., 29 E). *Le Point
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