...Guantanamo
: Procès sur le 11-9 par Thierry Meyssan
Le faux procès de Guantanamo est un crime par Thierry Meyssan*
8
juin 2008
Lhabillage denlèvements, de séquestrations
et de tortures en pseudo-procès ne change pas la nature de ces actes :
au regard du droit international, ce qui ce passe à Guantanamo constitue
des crimes. Thierry Meyssan observe lassentiment que les grands médias
apportent implicitement à ces atrocités et sinterroge sur
les motifs de cette complicité intellectuelle, elle même condamnable
en droit international selon la jurisprudence de Nuremberg.
J’ai souvent souligné que la polémique sur les attentats du 11 septembre
2001 ne se poursuit que parce que la Justice ne s’est jamais prononcée pour désigner
les auteurs de ce crime. Il n’existe pas à ce jour de « version officielle »,
au sens où on l’entend en démocratie, c’est-à-dire de version établie par les
tribunaux à la suite d’un débat contradictoire, mais uniquement une « version
bushienne », étayée par une commission d’enquête présidentielle.
Cette incertitude rejaillit sur l’intervention anglo-états-unienne en Afghanistan,
en 2002, laquelle est, selon la Maison-Blanche un « acte de légitime défense »,
mais selon le Kremlin, une « agression illégale ». Par voie de conséquence, l’appui
militaire apporté par l’OTAN et les Alliés à la présence militaire anglo-saxonne
en Afghanistan continue également à être considéré par les uns comme un soutien
dans le guerre au terrorisme et par les autres comme la participation à une opération
coloniale. Ainsi, c’est en raison de la polémique que j’ai ouverte sur les véritables
commanditaires des attentats du 11 septembre que le Sénat du Japon a refusé d’envoyer
de nouvelles troupes en Afghanistan [1]. Tandis que, par exemple, le gouvernement
Sarkozy, qui adhère à la version bushienne des faits, a décidé de renforcer le
contingent français en Afghanistan. Pour évacuer cette critique,
l’administration Bush a mis en place un tribunal et ouvert à Guantanamo le procès
de 14 suspects (voire de 16, on ne sait exactement), dont 2 enfants-soldats, accusés
d’avoir participé au complot du 11 septembre. Or, chacun peut constater
—et ce n’est guère contesté, hormis par les porte-parole officiels de l’administration
Bush— que ce procès n’est qu’une parodie sans rapport avec les exigences de la
justice démocratique : il ne s’agit pas ici d’une tribunal judiciaire où siègeraient
des juges indépendants, mais d’un tribunal militaire d’exception dont les juges
sont désignés par l’Exécutif (c’est-à-dire que l’administration Bush étant mise
en cause, elle se jugera elle-même, elle se déclarera innocente et les prévenus
coupables) ; selon le modèle classique de l’Inquisition, ce tribunal ne fonctionne
pas sur des preuves, mais sur des aveux, lesquels sont extorqués sous la torture
(mais l’Inquisition ne prétendait pas établir la Vérité, qu’elle « connaisait
» déjà, elle visait seulement à sauver l’âme du pécheur en le contraignant à la
confession) ; enfin les débats ne seront ni publics, ni contradictoires (le public
ne voit du tribunal que les images que son président décide de transmettre, quant
aux droits fondamentaux de la défense, aucun n’est respecté). Le
choix de l’administration Bush de mettre en scène des aveux obtenus sous la torture
en leur donnant l’apparence visuelle d’un procés, de manière à se disculper de
toute responsabilité dans l’organisation et la perpétration des attentats du 11
septembre 2001, prouve en soi sa volonté de cacher la vérité sur ces attentats.
Voici qu’au crime d’avoir tué ou laissé tuer 2 973 personnes le
11 septembre 2001, l’administration Bush a ajouté le crime d’avoir enlevé des
individus et de les avoir torturés, probablement demain de les tuer, dans l’espoir
d’échapper à sa responsabilité devant des tribunaux démocratiques. Avec un étonnant
souci du détail, l’administration Bush a même pris soin de perpétrer ce nouveau
crime à Guantanamo, c’est-à-dire sur un territoire cubain qu’elle occupe illégalement,
de manière à être certaine de ne pas avoir à en rendre compte ultérieurement devant
des tribunaux états-uniens. Quelle que soit son opinion sur les
attentats du 11 septembre, la presse, qui prétend au rôle de vigie dans les sociétés
démocratiques, devrait aujourd’hui dénoncer sans ambigüité cette sordide mascarade.
Or, comme je viens de l’expliquer, en dénonçant le crime que constitue le faux
procès de Guantanamo, la presse devrait se demander pourquoi l’administration
Bush le commet, et par là même prendre position sur la volonté de la Maison-Blanche
de cacher la vérité sur les attentats du 11 septembre. Incapables
de reconnaître leurs erreurs ou dévoués à soutenir l’OTAN, les grands médias se
trouvent piégés. Ils tentent donc de minimiser le crime de Guantanamo. Au regard
des normes du Tribunal de Nuremberg, cette Collaboration intellectuelle est une
forme de complicité.
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À
titre d’exemple, le Wall Street Journal du 4 juin 2008 a publié sans honte une
tribune libre du vice-amiral Mark Buby, ancien commandant du centre de torture
de Guantanamo, intitulée « Guantanamo est vraiment une prison modèle ».
Un autre exemple de banalisation du crime peut être trouvé dans Le Monde,
un quotidien français qui a acquis ses lettres de noblesses et son prestige dans
les années 50-60 en dénonçant à ses risques et périls la torture pratiquée par
l’armée française en Algérie. Il titre son édition du 7 juin 2008 : « Le procès
du 11-Septembre s’ouvre enfin à Guantanamo ». Conscient de l’abjection qu’il y
a à qualifier de procès la mascarade de Guantanamo, Le Monde publie un dessin
sensé dédramatiser la situation. Intitulé « Encore la torture à Guantanamo »,
il représente un suspect soumis à des chocs électriques. Mais la gégène est une
télévision diffusant une image du président Bush. La victime hurle « Arrêtez moi
ça, c’est insupportable », tandis qu’un technocrate lui répond « Oh, il n’y en
a plus que pour quelques mois », faisant allusion à la fermeture annoncée du centre
de torture. Les agents du FBI qui avaient été transportés à Guantanamo
pour assister aux interrogatoires ont tentés de s’opposer à ce qu’ils y ont vu
et ont été expulsés [2]. Les journalistes qui couvrent le faux-procès de Guantanamo
n’ont rien vu, ne verront rien, ne veulent rien voir. Loin de s’opposer à ce qui
s’y est passé et à ce qui s’y passe, ils donnent une apparence de respectabilité
à la barbarie. Le faux procès doit être terminé et le centre de
torture doit être fermé au plus tard le 4 novembre prochain. À cette date, les
polémiques sur les attentats du 11 septembre, sur la guerre au terrorisme, sur
les enlèvements, sur la torture et sur le faux procès de Guantanamo seront considérés
comme closes par les grands médias. Le nouveau président des États-Unis prononcera
d’une manière ou d’une autre l’amnistie de l’administration sortante. Il nous
assurera que son pays a changé et que tout va désormais pour le mieux dans le
meilleur des mondes. La plupart d’entre nous seront tellement heureux de pouvoir
enfin dormir la conscience tranquille qu’ils passeront par pertes et profits les
centaines de milliers de morts de cette politique et qu’ils oublieront les 21
000 détenus qui croupissent dans les 17 centres de torture secrets de la Navy
[3].
Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du
Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage
du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).
[1] Lire la transcription des auditions du Sénat du Japon du 11 janvier 2008,
Réseau Voltaire, 21 janvier 2008. [2] A Review of the FBI’s Involvement
in and Observations of Detainee Interrogations in Guantanamo Bay, Afghanistan,
and Iraq , U.S. Department of Justice, Office of Inspector General, Washington
D.C., mai 2008. [3] « US accused of holding terror suspects on
prison ships » et « Prison ships, torture claims, and missing detainees », par
Duncan Campbell et Richard Norton-Taylor, The Guardian, 2 juin 2008
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