...Résister
au mensonge... par Thierry Meyssan
11 septembre 2008 d'après Alter Info
A l'occasion du 7eme anniversaire des attentats aux Etats-Unis, nous
publions en français un texte de Thierry Meyssan, déjà édité en italien et en
russe dans le volume collectif Zéro, pourquoi la version officielle du 11-Septembre
est un mensonge. Il y relate comment il écrivit L'Effroyable imposture et ce qui
s'en suivit. Bien sûr, ce texte, écrit il y a plus d'un an, doit être mis à jour
: désormais les médias russes se sont emparés du sujet. Il est clair que la censure
dans les médias occidentaux (qui discréditent et réduisent au silence tous les
dissidents, comme on l'a vu ces jours-ci avec l'humoriste Jean-Marie Bigard) ne
pourra plus se poursuivre longtemps. En ouvrant la polémique
sur les attentats du 11 septembre, je n’avais pas conscience de me projeter dans
ce que l’on allait bientôt appeler « une guerre globale sans fin ». Je pensais
juste faire mon travail de journaliste en relevant les incohérences de la version
gouvernementale. Dans les jours qui suivirent, je publiais une série d’articles
sur Internet reconstituant la chronologie des faits, minute par minute et pointant
le rôle invraisemblable du NORAD (commandement de la protection militaire aérienne).
Je notais immédiatement que les auteurs des attentats disposaient de complices
à la Maison-Blanche et à l’état-major interarmes ; que les individus accusés d’avoir
piraté les avions ne figuraient pas sur les listes d’embarquement ; que l’accumulation
d’indices laissés derrière eux n’était pas crédible ; que des explosifs avaient
été placés dans les tours jumelles ; qu’Oussama Ben Laden fournissait un alibi
commode pour justifier une attaque de l’Afghanistan décidée à l’avance ; et, bien
sûr, que tout cela servirait à alimenter le projet de « clash des civilisations
» et à justifier des guerres en chaîne. Comme beaucoup d’autres,
j’avais compris que ce jour-là, le monde avait changé. Pourtant, je continuais
à agir et à écrire comme par le passé. Ce n’est que plus tard, en affrontant les
difficultés qui allaient surgir, que j’ai trouvé de nouveaux moyens pour défendre
notre liberté. Je m’aventurais à identifier les groupes capables
de monter une telle opération. Ayant étudié les réseaux stay-behind de l’OTAN
(communémement appelés Gladio), je fus frappé par un certain nombre de similitudes
dans le modus operandi. Je retrouvais dans mes archives la copie d’un bulletin
interne de commandos basés à Fort Bragg, connus sous le nom de Forces spéciales
clandestines (Special Forces Underground). On y annonçait, huit mois à l’avance
l’attentat contre le Pentagone. Sous la présidence de Bill Clinton, ce groupe
—composé de soldats d’élite impliqués dans les principales actions secrètes US
à l’étranger— avait été accusé de participer à une conspiration. Dans le contexte,
je ne pouvais malheureusement pousser l’investigation beaucoup plus loin.
Je m’attelais donc à reconstituer en détail les différents attentats
pour en mieux comprendre le mécanisme. Cherchant à établir le timing exact de
l’attentat du Pentagone, je relisais avec perplexité quelques dépêches de l’Agence
France Presse : AFP | 11 septembre 2001 | 13h46 GMT | URGENT Le
Pentagone évacué après la catastrophe du World Trade Center WASHINGTON - Le Pentagone
a été évacué mardi près de Washington après qu’une attaque terroriste eut visé
les tours du World Trade Center à New York, ont indiqué des responsables américains.
jm/vm/glr AFP | 11 septembre 2001 | 13h54 GMT | URGENT Deux explosions
au Pentagone (témoin) WASHINGTON - Deux explosions ont secoué le Pentagone mardi
matin et de la fumée sort d’un mur du bâtiment, a-t-on appris auprès d’un témoin,
Lisa Burgess, journaliste du Stars and Stripes. jm/gcv/vmt AFP
| 11 septembre 2001 | 14h51 GMT | URGENT Un avion se dirige vers le Pentagone
WASHINGTON - Un avion se dirigeait mardi matin vers le Pentagone près de Washington,
a indiqué un responsable du FBI à l’AFP. smb/cw/vmt AFP | 11 septembre
2001 | 16h07 GMT | Un avion s’écrase sur le Pentagone (témoin) WASHINGTON - Un
avion de ligne s’est écrasé mardi sur le Pentagone, frappant violemment le bâtiment
situé près de Washington au niveau du premier étage, a rapporté un témoin, le
capitaine Lincoln Liebner. « J’ai vu ce gros avion d’American Airlines arriver
rapidement et à basse altitude », a déclaré ce témoin. « Ma première idée est
que je n’en avais jamais vu si bas », a-t-il ajouté. « J’ai réalisé ce qui se
passait juste avant qu’il ne percute » le bâtiment, a noté le capitaine en précisant
qu’il avait entendu des gens crier sur le lieu du drame. Le Pentagone se trouve
en Virginie, à environ un kilomètre du deuxième aéroport de Washington, Reagan
National Airport. jm/gcv/vmt Selon la version gouvernementale,
un avion de ligne s’est écrasé sur le Pentagone à 9h38 (13h38 GMT), mais selon
les dépêches AFP, il y a eu des explosions dans le bâtiment avant le crash de
l’avion. Il y aurait donc eu non pas un, mais plusieurs attentats au Pentagone.
Je me mis donc à collationner toutes les photos disponibles de
la scène du crime pour voir s’il y avait ou non des traces d’explosions distinctes.
_ Toutefois une autre question me taraudait l’esprit : comment le rédacteur de
l’AFP pouvait-il avoir intitulé l’une de ses dépêches « Un avion se dirige vers
le Pentagone » ? En effet, on peut observer qu’un avion se dirige vers Washington,
mais comment savoir si, une fois arrivé, il ciblera le Pentagone plutôt que le
Capitole ou la Maison-Blanche ? Décidément, cette histoire n’était pas claire.
Je présentais les photos que j’avais réunies à quelques amis compétents
: un ex-pilote de chasse, un pompier, un artificier. Le pilote ne comprenait pas
pourquoi les terroristes s’étaient lancés dans une manœuvre compliquée pour crasher
leur avion sur la façade au lieu de piquer simplement sur le toit. Le pompier
et l’artificier s’étonnèrent de l’incendie qui ne rappelait en rien ceux que causent
des crashs d’avion. J’observais alors ce que tout le monde aurait dû noter dès
le premier instant : il n’y avait aucun orifice dans la façade par lequel un avion
aurait pu pénétrer dans le bâtiment, ni aucune épave d’avion à l’extérieur. Parce
que tout simplement, il n’y avait pas eu d’avion. Je venais de
trouver « l’œuf de Christophe Colomb » et l’Amérique ne m’en serait pas reconnaissante.
Reprenant à son tour les photos, mon fils ainé, Raphaël, a mis
en évidence l’impossibilité de la version gouvernementale sous la forme d’un jeu
des sept erreurs qui a fait le tour du web mondial en quelques heures. Alors que
mes articles n’étaient disponibles qu’en français, les légendes de ces photos
furent rapidement traduites dans les principales langues tandis que le caractère
ludique de leur présentation assura leur popularité. La gigantesque machine de
propagande mise en marche par l’Alliance atlantique pour imposer la version gouvernementale
avait éveillé l’intérêt du public pour tout ce qui touchait aux attentats. Porté
par cette vague, le « jeu des sept erreurs » attira une dizaine de millions d’internautes
en deux semaines. Pour la première fois, une opération d’intoxication planétaire
était dévoilée aux yeux de tous en temps réel. C’est ce que les communicants du
Pentagone, dépassés par ce revirement, ont appelé « la rumeur »
En résumant mon enquête par quelques photos et en interpellant les internautes
pour qu’ils jugent par eux-mêmes, Raphaël réussissait à capter l’attention du
public comme il avait déjà su le faire en d’autres occasions avec le même succès.
Mais —contrepartie de cette simplification—, il réduisait la question à une simple
affaire de communication gouvernementale mensongère en la privant de sa dimension
politique. Dans cette période, je reçus le soutien massif de mes confrères. Des
débats s’engagèrent sur les forums professionnels comparant l’attentat du Pentagone
au charnier de Timisoara (en 1989, la presse s’était fait grugée par les opposants
à Caucescu qui présentèrent des corps autopsiés comme s’il s’agissait de cadavres
de suppliciés). Je poursuivais mon enquête. J’explorais aussi bien
les secrets de la nouvelle politique énergétique de Dick Cheney conduisant inévitablement
les troupes de l’empire à faire main basse sur les réserves d’hydrocarbures du
« Grand Moyen-Orient », que l’étrange parcours d’Oussama Ben Laden de la Ligue
anti-communiste mondiale à l’émirat des talibans. En Amérique du
Nord, le principal hedomadaire hispanique d’information générale, Proceso, repris
intégralement en octobre un long dossier que j’avais consacré aux liens financiers
unissant les familles Bush et Ben Laden. Il apparaissait soudain que les deux
hommes incarnant « le monde libre » et « le terrorisme » n’étaient pas des inconnus
l’un pour l’autre et partagaient des intérêts communs alors même que de mystérieux
initiés avaient réalisés de fabuleux profits en spéculant à l’avance sur les attentats.
Ce sont ces informations qui achevèrent de convaincre des leaders états-uniens
que les comploteurs n’étaient pas dans une grotte afghane, mais à la Maison-Blanche.
La représentante de Georgie, Cynthia McKinney, interpella l’administration Bush
au Congrès. Sa voix fut recouverte par les vociférations patriotiques, mais le
doute venait de faire son entrée au Capitole. En définitive, je
réunissais mes différents articles et les publiais sous forme de livre en mars
2002. Cette nouvelle présentation, sous une forme synthétique et cohérente, de
données que j’avais distillé durant six mois transforma brutalement la nature
du débat. Nous quittions les discussions sur le détail des faits pour embrasser
à nouveau leur signification politique. Nous passions de la remise en cause de
la communication gouvernementale à la désignation des criminels. D’autant que
l’essentiel du livre était une analyse de la transformation à venir des États-Unis
en un État militaro-policier et une description de leur nouvelle tendance expansionniste.
Perplexes, mes confrères français se faisaient silencieux, tandis que la presse
internationale, de Népszabadság en Hongrie à Tercera au Chili, chroniquait L’Effroyable
imposture. Malgré l’absence de toute publicité, l’ouvrage, imprimé à 10 000 exemplaires,
était épuisé en cinq jours. Intrigué, un animateur de télévision atypique, Thierry
Ardisson, m’invitait dans son show. Le livre était alors réimprimé en catastrophe
et rapidement vendu à 180 000 exemplaires en France. Pour l’Alliance
atlantique, je devenais l’homme à discréditer d’urgence. Pour mes confrères, qui
m’avaient encouragé jusque là, je passais soudain du statut de sympathique Tintin
reporter à celui de dangereux concurrent et d’abominable blasphémateur. Ce fut
alors un déluge d’imprécations. À quelques exceptions près, tous les médias respectables
me lynchérent en chœur, le plus archarné étant le quotidien de gauche Libération
qui me stigmatisa dans vingt-cinq articles successifs. Dans un éditorial sans
honte, Le Monde déplora mon indépendance d’esprit affranchie des contraintes économiques
de la profession. Dominique Baudis, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel,
mis en cause dans mon livre pour son rôle au sein du Carlyle Group, fit téléphoner
par ses collaborateurs aux grands médias audiovisuels pour m’interdire d’antenne.
La polémique prenait un tour d’autant plus surréaliste que la France
était en campagne électorale présidentielle. Le clivage entre atlantistes et souverainistes
traversait tous les partis. Chaque candidat évitait donc soigneusement de parler
du 11 septembre pour ne pas provoquer de dissension dans son propre camp. Les
citoyens, frustrés de ne pas voir leurs leaders se prononcer et convaincus que
les médias n’admettraient jamais de reconnaître s’être faits bernés par les porte-parole
de l’administration Bush, se tournaient spontanément vers mes analyses.
C’est alors que le Centre Zayed, le puissant institut d’études politiques
offert par les Émirats arabes unis à la Ligue arabe, m’invita à m’exprimer à Abu
Dhabi. Les diplomates s’y pressèrent si nombreux que la plupart ne purent entrer
dans la salle et assistèrent à la conférence depuis les jardins aménagés. Elle
fut suivie d’une interview d’une heure par l’un des plus célèbres journalistes
arabes, Faiçal Al-Kassim, pour Al-Jazeera. Au cours de ces interventions, je présentais
de nouveaux éléments et apportais la preuve que l’attentat contre le Pentagone
avait été perpétré par un missile des forces armées des États-Unis. Surtout, j’appelais
les États membres de la Ligue arabe à demander la constitution d’une commission
d’enquête internationale par l’Assemblée générale de l’ONU. La polémique politique
franchissait un pas de plus et s’installait désormais dans les relations internationales.
Le département d’État, qui avait pourtant dépéché une délégation
de sept diplomates pour m’écouter, fut un peu long à réagir. Le Centre Zayed publia
une version arabe de L’Effroyable imposture, dont 5 000 exemplaires furent offerts
par le souverain aux principales personnalités politiques et intellectuelles du
monde arabe. Les États arabes refusaient d’endosser la responsabilité collective
des attentats. La Ligue arabe et le Conseil de coopération du Golfe étaient en
ébullition. Il devenait urgent pour Washington de discréditer le Centre Zayed.
Une campagne de diffamation fut lancée pour couper ce prestigieux institut de
tout contact étranger. En définitive, les Émirats arabes unis décidèrent de le
fermer quitte à créer une nouvelle structure plutôt que de s’épuiser dans une
vaine polémique.
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L’Effroyable
imposture était traduite en vingt-six langues et propulsée numéro 1 des ventes
dans tous les pays du bassin méditerrannéen, sauf Israël. Comme j’utilisais les
premiers bénéfices perçus à financer les activités éditoriales du Réseau Voltaire
dans le tiers-monde, les atlantistes se mobilisérent pour organiser la faillite
de mon éditeur de sorte que je n’ai jamais touché des droits d’auteur qui s’annonçaient
considérables. Washington exerçait toutes sortes de pressions sur
la France pour qu’on me fasse taire. Une organisation sioniste appela au boycott
du Festival de Cannes par Hollywood que Woody Allen parvint à désarmorcer. Le
département de la Défense menaça les médias qui persisteraient à rendre compte
de ce débat de leur supprimer toute accréditation. La chasse aux soricières se
généralisait. Simultanément, des voix libres se faisaient entendre
en Europe. Notamment, celle de l’ancien ministre allemand Andreas von Bülow et
celle de l’ancien chef d’état-major russe, le général Leonid Ivashov. L’opinion
publique mondiale et les chancelleries étaient partagées. Après vérifications,
les principaux services de renseignement militaires étaient convaincus de la supercherie
de l’administration Bush. De sorte que l’on peut dire qu’en moins d’un an, la
plus gigantesque opération de propagande de l’Histoire avait échoué.
C’est avec un net retard sur le reste du monde que le mouvement pour la vérité
s’est développé aux États-Unis. Une longue période de deuil était nécessaire aux
États-Uniens avant de retrouver leur esprit critique. Pendant ces
cinq années qui se sont écoulées depuis le 11 septembre 2001, j’ai reçu plusieurs
milliers de menaces de mort par courrier postal et par e-mail et j’ai dû affronter
de grands dangers. Dans tous mes déplacements, des États et parfois des particuliers
ont mis à ma disposition des escortes armées et des voitures blindées, sans que
j’en fasse la demande. J’ai appris que l’on pouvait voyager sous de fausses identités
et passer les douanes sans contrôle. Je n’ai jamais su précisément qui me protégeait
ainsi. J’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux chefs d’état-major, des chefs
de gouvernement et des chefs d’État pour leur présenter mon enquête sur le 11-Septembre
et pour leur communiquer des informations non publiables. Leurs portes se sont
ouvertes devant moi avec une étrange facilité. De ce que j’ai compris,
j’ai gardé le sentiment d’une dette personnelle vis-à-vis de Jacques Chirac que
je n’ai jamais rencontré mais dont la haute figure était toujours évoquée par
ceux qui me reçevaient et par ceux qui assuraient ma sécurité.
Au cours de ces rencontres à haut niveau, j’ai observé l’évolution
des relations internationales. Le 11-Septembre peut être analysé
comme un crime de masse ou comme une opération militaire, mais il restera dans
l’Histoire comme une mise en scène qui a précipité le monde dans des représentations
et un discours irrationnels. Les hommes qui l’ont commandité ont voulu faire basculer
idéologiquement les États-Unis et ils y sont parvenus. Ce pays est passé d’une
conception messianique de son rôle dans le monde à un millénarisme. Il se pensait
jusqu’alors comme un modèle de vertu et d’efficacité. Il espérait régénérer la
vieille Europe et vaincre le communisme athée. Voilà qu’il s’affirme comme un
État au dessus des autres ayant, seul, vocation à administrer le monde.
Si les symboles de la puissance financière et militaire états-unienne, le
Centre mondial du commerce et le département de la Défense, sont crucifiés, c’est
pour mieux transfigurer la bannière étoilée. À partir de ce moment, les États-Unis
n’ont plus ni adversaires, ni partenaires, ni alliés. Ils n’ont que des ennemis
ou des sujets. La rhétorique officielle s’enfonce dans le manichéisme : « Qui
n’est pas avec nous est contre nous ». Le monde devient un champ de bataille eschatologique
dans lequel les États-Unis et Israël incarnent le Bien, tandis que le monde musulman
incarne l’Axe du Mal. Ce basculement idéologique consacre le triomphe
de la doctrine Wolfowitz sur la doctrine Brzezinski. A la fin des
années 70, Carter et Brzezinski avaient pris la décision de vaincre le Pacte de
Varsovie sans confrontation militaire directe, mais en dressant le monde musulman
contre lui (d’abord en Afghanistan, puis en Yougoslavie et en Asie centrale) et
de réserver les capacités militaires US pour sécuriser les approvisionnements
en hydrocarbures (création du Central Command). Mais, dans la foulée
de « Tempête du désert », Paul Wolfowitz avait préconisé de profiter de l’effondrement
de l’URSS pour abandonner le système de sécurité collective onusien et affirmer
la suprématie sans partage des États-Unis et d’Israël. Il convenait alors d’accroître
au maximum l’asymétrie des capacités militaires en développant l’arsenal états-uno-israélien
et en dissuadant toute autre puissance de se poser en rivale. Ceci impliquait
notamment de priver l’Union européenne de toute vélléité politique en la noyant
dans un élargissement forcé et indéfini. Ces deux doctrines stratégiques
ont été soutenues par des groupes d’influence économique distincts. Ceux qui rêvent
de croissance continue et d’ouverture des marchés comptent sur la stratégie de
Brzezinski pour garantir un recul des régimes socialistes et un approvisionnement
permanent en énergie aussi bien pour eux que pour leur clients. Au contraire,
ceux qui rêvent de maximiser les ventes d’armes et les profits spéculatifs comptent
sur la stratégie de Wolfowitz pour créer des disparités et des tensions, sans
crainte des inégalités, des crises et des guerres qui sont autant d’occasions
de faire du business. Or, le spectre du pic pétrolier —c’est-à-dire le commencement
de la raréfaction du pétrole exploitable— a convaincu une société malthusienne
que la paix était impossible à moyen terme et que l’avenir appartiendrait aux
prédateurs.
Le monde actuel doit faire face à deux États expansionnistes,
les États-Unis et Israël. Tous deux sont emportés par une logique qui les dévore
de l’intérieur : ils concentrent toutes leurs capacités sur l’accroissement de
leur puissance militaire au détriment de leur développement intérieur. Ils ont
consacré presque toute leur activité à l’économie de guerre, de sorte que pour
eux, c’est la paix qui serait funeste. Ils sont contraints à la fuite en avant
ou à la faillite. Cependant, leur appétit ne menace pas tout le monde de la même
manière et pas en même temps.
Les Européens se sont comportés comme
des autruches. Ils ont refusé la vérité sur le 11-Septembre parce qu’ils croyaient
pouvoir rester des alliés des États-Unis alors qu’ils n’étaient plus que des proies.
Ils ont admis sans broncher l’attaque de l’Afghanistan par les Anglo-Saxons, le
dégagement d’un long corridor leur permettant à terme de drainer les hydrocarbures
de la Caspienne, et la plantation de vastes champs de pavot pour s’emparer des
marchés européens de l’opium et de l’héroïne. Certains Européens, conduits par
la France, ont cru pouvoir s’opposer à l’invasion de l’Irak. Mais ils n’ont pu
que dire le droit et ont été punis de leur audace en étant contraints de payer
cette guerre, par l’entremise de la dollarisation forcée des réserves monétaires
de la Banque centrale européenne. Reculant un peu plus, les mêmes Européens tentent
aujourd’hui de jouer les médiateurs avec l’Iran comme si leurs efforts diplomatiques
pouvaient infléchir la volonté de l’Empire.
Loin de ces atermoiements
pitoyables, le monde musulman et les États latino-américains ont fait preuve de
lucidité. Ils ont vite compris qu’après avoir été considérés comme des variables
d’ajustement durant la Guerre froide, puis comme des pions sur le « grand échiquier
» de Zbignew Brzezinski, ils étaient promis à l’extermination. Ils avaient le
tort d’habiter au mauvais endroit. Les premiers gênaient l’exploitation des hydrocarbures
; les seconds utilisaient leurs terres pour se nourrir au lieu de cultiver les
biocarburants indispensables aux 4x4 des yankees. Ce n’est donc pas un hasard
si cheik Zayed aux Émirats, puis Saddam Hussein en Irak et Bachar el-Assad en
Syrie furent les premiers chefs d’État à briser explicitement le mensonge. Et,
dans la même logique, ce sont aujourd’hui les deux principaux leaders des non-alignés,
le Vénézuélien Hugo Chavez et l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad qui sont les plus
diserts sur le sujet.
Les dirigeants russes, quant à eux, se sont
divisés selon un clivage préexistant. Ceux qui étaient proccupés d’enrichissement
rapide ne voulaient pas compromettre leur business international en s’aliénant
les États-Unis. À l’inverse, ceux qui rêvaient de retrouver le statut de superpuissance
préconisaient d’affaiblir Washington en révélant ses mensonges. Pragmatique,
Vladimir Poutine n’a pas tranché, mais a agi de manière à ce que la Russie tire
le plus grand profit de la situation. Il s’est moyennement indigné de la guerre
en Afghanistan, tant il s’amusait de voir les États-Uniens détruire eux-mêmes
l’émirat des talibans qu’ils avaient constitué principalement pour servir de base
arrière à la déstabilisation de la Tchétchènie. Il s’est opposé à l’invasion de
l’Irak, mais plutôt que d’affronter aux États-Unis, il a choisi de les embourber
sur place en soutenant en sous-main la Résistance. Il a pris la même attitude
à propos du Liban et a été surpris —comme tout le monde d’ailleurs—de la victoire
du Hezbollah sur le régime sioniste. Il souffle aujourd’hui le chaud et le froid
sur l’Iran. Progressivement, il place son pays non en rival des États-Unis,
mais en protecteur des faibles et en arbitre. De ce fait, il s’abstient de toute
déclaration sur le 11-Septembre et laisse abondamment s’exprimer à sa place les
vétérans du KGB.
Après avoir plus ou moins longtemps cru à un cauchemar
qui s’évanouirait au réveil, les gouvernements du monde entier ont pris la mesure
du problème posé par le 11-Septembre et la transformation des États-Unis. Il appartient
à chacun de protéger son pays ce qui n’interdit pas de mener des actions collectives
pour paralyser le fauve. Les forces armées US et Tsahal sont en effet très dépendants
de leur ex-alliés. Ainsi, le refus turc de laisser l’US Air Force utiliser son
espace aérien pour bombarder l’Irak a contraint le Pentagone a déplacer son dispositif
et à retarder son attaque. Si d’autres États s’étaient ainsi opposés passivement
à cette guerre, elle n’aurait pas pu avoir lieu.
Toutefois, le passage
à l’action collective suppose une meilleure connaissance du mode de fonctionnement
de l’impérialisme et de l’impact que pourraient avoir des mesures nationales coordonnées.
C’est à cela que les militants pour la vérité sur le 11-Septembre doivent maintenant
se consacrer. Les victimes centre-américaines des escadrons de la mort de John
Negroponte doivent échanger avec ses victimes irakiennes. Les Indiens du Guatemala
qui ont été parqués dans des réserves par les conseillers israéliens de la junte
doivent rencontrer les Palestiniens enfermés dans la bande de Gaza. Les personnes
enlevées et torturées en Amérique latine lors de l’Opération Condor doivent débattre
avec celles qui viennent d’être enlevées en Europe et torturées par la CIA. Etc.
C’est ce que nous avons commencé à faire avec la conférence Axis for Peace.
Le mensonge du 11-Septembre a fournit la base de la rhétorique de l’administration
Bush. Le moment est venu d’admettre que l’on ne peut combattre la politique de
cette administration sans dénoncer ce mensonge.
Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du
Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage
du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).
Mercredi 10 Septembre 2008.
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