Thierry
Meyssan: 'Une petite coterie d'intellectuels (...) collabore idéologiquement
aux développements impérialistes au Grand Moyen-Orient'
Si
nous devions parodier l'auteur de "L'Effroyable Mensonge", nous écririons que
Guillaume Dasquié est plus à plaindre qu'à blâmer. Voilà sans doute le premier
écrivain de langue française dont le titre de l'œuvre la qualifie en même temps.
Thierry
Meyssan a accepté de répondre aux questions d'Enquêtes et Faits divers. Une interview
qui éclaire d'un jour nouveau les motivations et les méthodes de Jean Guisnel
et Guillaume Dasquié.

Kropotkine et Ikky
: Nous vous avons récemment adressé une Lettre
ouverte à Guillaume Dasquié coauteur avec Jean Guisnel, de L'Effroyable
mensonge. À notre agréable surprise, vous avez réagi très rapidement à cette publication,
pourquoi ? Thierry
Meyssan : Vous avez été le premier à publier une recension critique de cet ouvrage.
Jusqu'ici ce livre était cité comme une réfutation définitive de mes travaux,
sans que personne ne s'interroge sur la pertinence de sa démonstration. Sa publication,
en juin 2002, a été un soulagement pour la corporation des journalistes : son
existence suffisait à affirmer qu'ils avaient tous bien fait leur travail à propos
des attentats du 11 Septembre et qu'ils n'avaient donc aucune enquête à faire,
ni aucune remise en question de leurs méthodes à opérer. Le livre a été brandi
à la tribune de divers colloques professionnels où l'on s'est congratulé pour
célébrer la lucidité retrouvée de la presse trois ans après les intox massives
de la guerre du Kosovo, mais personne ne l'a lu.
Sept ans plus tard, les préoccupations sont différentes. Pour déverrouiller
la parole, il peut être utile de revenir en arrière pour comprendre pourquoi,
qui et comment a faussé le débat public sur le 11 Septembre. K.
et I. : L'Effroyable mensonge est une référence sur l'affaire du Pentagone. Pouvez-vous
nous éclairer sur les motivations, les démarches et les méthodes des auteurs
de ce livre ? T.M. : Cet ouvrage n'est pas une contre-enquête,
mais un pamphlet. Il n'a pas été écrit spontanément, mais répond à une commande.
La réfutation de la question du Pentagone est expédiée en 12 pages (croquis inclus).
La centaine d'autres pages ne porte pas sur mon travail, mais sur des personnes
que je connais ou que je connaîtrais et qui m'auraient tenu la plume. Bref, il
ne s'agit pas d'un livre pour faire avancer le débat, mais au contraire d'une
tentative débordante d'imagination pour le bloquer en relayant toutes les rumeurs
possibles afin de discréditer celui qui l'a ouvert. Renversons la
question: Qui sont donc Guillaume Dasquié et Jean Guisnel ? Sur quoi se fondent
leurs convictions, dont ils revendiquent qu'elles sont antérieures à leur pseudo-enquête
? En 2002, au moment où il publie L'Effroyable mensonge, Guillaume Dasquié venait
de se livrer impunément à une extraordinaire manœuvre d'intoxication. Dans cette
période, Jean-Marie Messier, le patron américanophile de Vivendi, voulait discréditer
une banque arabe, la SBA, et l'évincer de la place de Paris. Il avait chargé Alain
Marsaud (ex-juge anti-terroriste devenu chef de la cellule Renseignement de sa
multinationale) de monter un dossier contre cette banque. Marsaud avait engagé
le biographe officiel de Charles Pasqua, le franco-étasunien Jean-Charles Brisard,
pour conduire l'opération. Vivendi a d'abord essayé les dénonciations calomnieuses
auprès de la cellule anti-blanchiment de l'OCDE. Cela n'a pas eu d'effets suffisants.
Aussi, lorsque survint le 11 Septembre, la cellule a imaginé d'accuser la SBA
d'être ni plus, ni moins que le financier des attentats. C'est là
que Guillaume Dasquié entre en scène. Il met en forme le «rapport confidentiel»
de la cellule. Jean-Marie Messier va lui-même porter ce document au président
Chirac à l'Élysée, mais celui-ci voit l'intox et ne bouge pas. Alain Marsaud transmet
à son ami le juge Van Ruymbeke le «rapport» assorti de faux documents attestant
de comptes bancaires joints d'un administrateur de la SBA et d'Oussama Ben Laden
qui auraient servis à financer des opérations terroristes. Van Ruymbeke parvient
à intégrer ces faux documents dans une procédure. À l'issue de nombreuses perquisitions
en Suisse, la baudruche se dégonfle, sans que Marsaud, Van Ruymbecke et compagnie
soient poursuivis pour dénonciation calomnieuse. En désespoir de
cause, Dasquié remet le «rapport» à la Mission d'information sur le blanchiment
des capitaux en Europe à l'Assemblée nationale. Arnaud Montebourg (un proche de
John Negroponte) et Vincent Peillon (un proche du ministère israélien des Affaires
étrangères) décident de le placer en annexe du Tome IV de leur rapport, lequel
est publié par l'Assemblée nationale. L'Élysée alerte la présidence de l'Assemblée,
l'intox est découverte, Montebourg et Peillon font marche arrière, le rapport
officiel est retiré de la circulation et mis au pilon. Non seulement
Guillaume Dasquié ne s'est jamais expliqué sur cette manipulation, mais il a rédigé
une version expurgée de son document confidentiel et l'a publié avec Jean-Charles
Brisard sous le titre Ben Laden, la vérité interdite. Si la SBA n'est plus mise
en cause, c'est plus précisément le banquier Khaled Ben Mahfouz qui devient la
cible. Au-delà de quelques éléments intéressants, l'ouvrage contient de nombreuses
erreurs factuelles, dont 42 intox destinées à discréditer Ben Mahfouz.
L'histoire du «document Vivendi» ne s'arrête pas là. Les assertions de Dasquié
& Brisard sont reprises aux États-Unis. D'abord par un groupe de travail du
Council on Foreign Relations, dans le rapport Terrorist Financing. Puis et surtout
dans Funding Evil par l'égérie néo-conservatrice Rachel Ehrenfeld avec laquelle
Brisard tient un blog. Brisard devient enquêteur pour le compte du cabinet Motley
Rice LLC qui entend faire payer la famille royale saoudienne pour les attentats
du 11 septembre. Au passage, il dénonce calomnieusement Hani et Tariq Ramadan,
les accusant d'avoir coordonné des réunions entre le numéro 2 d'Al-Qaïda, Ayman
al-Zahwari et l'inspirateur de l'attentat du WTC de 1993, Omar Abdel Rahman.
Revenons-en à Guillaume Dasquié, la suite de sa carrière est éclairante.
En 2006, il a été imposé par les atlantistes à la rédaction de France 3 comme
expert chargé de commenter tout du long l'offensive israélienne au Liban. Il s'y
est illustré par des prises de position tranchées en faveur de l'État sioniste
et contre la Résistance libanaise. En 2007, il a été mis en cause pour recel de
documents Secret-Défense. En perquisitionnant à son domicile on y a trouvé des
notes de la DGSE. Selon lui, ces documents étaient indispensables à son travail
journalistique. Mais il ne s'agissait pas de notes sur un sujet donné; il s'agissait
d'une année complète de notes ! Jean Guisnel a fait preuve de plus
de rigueur intellectuelle. C'est un journaliste très compétent en matière de Défense.
Il exprime souvent la pensée du courant atlantiste au sein des Armées. Au moment
où il co-rédigeait L'Effroyable mensonge, il publiait La Citadelle endormie, une
excellente critique des services US. Il y reprend sans variation notable le discours
dominant du moment à Washington : les services de renseignement US sont devenus
une bureaucratie qui étouffe les compétences. Il n'est donc pas étonnant qu'ils
aient été pris de surprise le 11 Septembre, etc… En 2003, j'ai rencontré
un haut responsable d'un service de renseignement du Proche-Orient. Il m'assura
que la commande de L'Effroyable mensonge avait été passée à Guisnel par un diplomate
de l'ambassade d'Israël à Paris. Puis, il poursuivit, narquois, disant que Guisnel
avait été payé à bas prix et qu'il l'avait «racheté». Ce Monsieur se flatta de
lui avoir fait signer un livre écrit par son service qui serait publié prochainement.
Je n'avais aucune raison de croire ce qui m'était rapporté. Cependant, quelques
semaines plus tard, Jean Guisnel publia Délires à Washington. C'est une anthologie
remarquablement documentée des propos des néo-conservateurs. Il est peu probable
que, compte tenu de ses nombreuses occupations, il ait eu le temps pour dénicher
tout ça. Il est possible qu'il se soit contenté de rédiger l'introduction de chaque
chapitre. Peu importe, ce petit écart n'a pas changé grand chose
aux articles que rédige Jean Guisnel. Ni à son comportement. Début 2009, il est
intervenu auprès du ministre de la Défense, Hervé Morin, pour faire congédier
un éminent professeur du Collège interarmes des armées, Aymeric Chauprade, qui
avait eu l'outrecuidance de rappeler dans un livre que, dans de nombreux pays,
les états-majors considèrent le 11 Septembre comme un «inside job».
K. et I. : Guillaume
Dasquié et Jean Guisnel affirment (page 25 note 2) que vous auriez décliné leurs
demandes d'interview entre janvier et mai 2002 et auriez refusé de présenter
les preuves en votre possession comme vos méthodes d'enquêtes. Est-ce exact
? T.M. : C'est faux. Ils prétendent cela parce que
c'est une nécessité juridique pour eux. Afin d'éviter d'être condamnés pour diffamation,
ils assurent être de bonne foi, ne pas avoir voulu nuire et s'être enquis de mon
point de vue avant de me mettre en cause. Voilà ce qui s'est passé.
Fin 2001, j'ai demandé à Guillaume, que je connaissais, de le rencontrer à propos
de son «rapport» sur Ben Laden. Il m'a reçu à son bureau le 14 décembre. Il m'a
à mon tour intoxiqué à propos de la SBA et j'ai repris ses fausses informations
dans la première version d'un article sur les finances de Ben Laden. Au passage,
Guillaume m'a posé des questions sur mon engagement politique au Parti Radical
de Gauche et m'a proposé de piger pour Intelligence Online. Je n'ai pas répondu
à son offre et nous n'avons plus eu de contact jusqu'à la parution de leur pamphlet.
J'avais des relations très courtoises avec Jean Guisnel qui m'avait
présenté à la Garde des sceaux, Marylise Lebranchu lors des débats sur la prescription
de presse sur Internet. Jean m'a effectivement demandé un rendez-vous à propos
de mon livre. L'un et l'autre nous avions plusieurs déplacements prévus de sorte
que nous sommes convenus d'une date ultérieure. Mais il a avancé la publication
de son pamphlet, rédigé à la va-vite, ainsi à la date convenue, il était trop
tard. Si j'avais été interrogé sur mes méthodes de travail, j'aurais
répondu sans problème, mais je n'aurais pas livré le nom de mes collaborateurs
et de mes informateurs étrangers ainsi que m'en fait obligation la Charte de Munich.
Quand aux preuves en ma possession, ce sont des documents référencés dans le livre.
Il suffisait de le lire.
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K. et I. :
Je me rappelle d'un débat organisé en septembre 2002 par Radio Ici et Maintenant,
à l'occasion de la sortie du Pentagate. Monsieur Guisnel avait refusé d'y participer,
arguant que vous seriez "une personne malhonnête" et qu'il ne souhaitait
pas débattre avec vous. T.
M. : En quoi serais-je malhonnête ? Ni Guillaume Dasquié, ni Jean Guisnel n'ont
accepté de débattre en public et en direct avec moi depuis qu'ils m'ont pris à
partie. Ce n'est pas faute de leur avoir fait des propositions. Compte
tenu de l'interdiction qui a été prononcée par le Conseil national de l'audiovisuel
pour empêcher les médias audiovisuels de me donner la parole, une confrontation
avec Dasquié et Guisnel n'est plus possible à la télévision française. Mais elle
pourrait avoir lieu en terrain neutre, à la Télévision suisse romande par exemple.
K.
et I. : Nous avons à plusieurs reprises contacté Guillaume Dasquié et Jean Guisnel
pour obtenir des éclaircissement sur leur propre enquête de terrain et les expertises
conduites avec Jacques Rolland, François Grangier et Jean-Vincent Brisset… Nos
courriers sont malheureusement restés sans réponse. T.M.
: C'est bien normal. Ils n'ont jamais fait d'enquête et n'avaient pas besoin d'en
faire. Leur pamphlet ne porte ni sur les attentats, ni sur la politique étasunienne.
C'est une courte diatribe pour m'accuser de ne pas avoir écrit L'Effroyable imposture
et de me l'être fait dicter par des gens infréquentables. Au demeurant,
je ne leur reproche pas de ne pas avoir fait ce qu'ils me reprochent de ne pas
avoir fait. Il faut bien comprendre qu'il était interdit, à cette époque, de se
rendre au Pentagone sur le lieu de l'attentat et d'interroger les témoins. Personne,
absolument personne ne l'a fait, car personne n'a été autorisé à le faire. Le
magazine allemand Der Spiegel a envoyé une équipe spéciale pendant six mois aux
États-Unis, elle n'a eu accès à rien. Ceci dit, le plus surprenant
dans le livre de Dasquié et Guisnel, c'est leur théorie du «piqué horizontal».
Selon eux, le Boeing d'American Airlines aurait percuté le Pentagone à l'horizontal,
mais avec une force identique à ce qui se serait passé dans le cas d'un piqué
vertical. À court d'arguments, ils remettent en cause la gravité. Je
ne sais ce qui est le plus affligeant : la démonstration ou le fait que mes «confrères»
aient porté ce livre au pinacle sans le lire. K.
et I. : Toutefois, le général Brisset, l'auteur de la théorie "de l'avion transformé
en charge creuse" a répondu à certaines de nos interrogations. Il
a par exemple admis publiquement
qu'aucun élément technique ou factuel, pas même une simple photo, n'avait été
mis à sa disposition par les auteurs de L'Effroyable mensonge.
T.M. : Le général Brisset est atlantiste. Il n'avait aucune raison de s'offusquer
des raccourcis de Dasquié et Guisnel tant qu'on les présentait comme une récusation
définitive de l'hypothèse du complot intérieur. Mais lorsque vous avez mis en
évidence que les propos qu'on lui attribuait étaient stupides, il n'a pas voulu
devenir la risée de ses collègues. Il s'est alors empressé de vous expliquer que
ses propos ne portaient pas sur l'attentat du Pentagone, mais étaient des considérations
générales qui ne s'appliquent pas nécessairement au cas considéré.
K. et I. : Notre
lettre ouverte s'appuie essentiellement sur les travaux de la Citizen
Investigation Team. Cette équipe a rencontré les témoins oculaires de l'attaque
du Pentagone pour tenter de mettre fin aux spéculations sur les événements d'Arlington.
Leurs découvertes peuvent se résumer ainsi : il y avait bien un avion de ligne
volant à basse altitude en direction du Pentagone, mais sur une trajectoire inconciliable
avec les dégâts matériels, notamment les fameux lampadaires arrachés et l'orientation
diagonale des dégâts entre les anneaux E et C. Cet
avion n'aurait pas frappé mais survolé le bâtiment. Cette hypothèse vous paraît-elle
plausible ? T.M. : Permettez-moi d'abord une remarque
latérale. Il y avait des lampadaires au sol, mais il ne faut pas en conclure trop
vite qu'ils ont été renversés ou sectionnés par un aéronef. Certains de ces lampadaires
avaient été démontés les jours précédents pour révision. Certains peuvent avoir
été soufflés par l'explosion. Allons au sujet. Quantité de gens ont
témoigné avoir vu ou entendu cet avion. Ce n'est pas nouveau. L'apport de la Citizen
Investigation Team, c'est d'avoir reconstitué son trajet et d'avoir montré qu'il
ne s'est pas écrasé, n'a pas été abattu et a poursuivi sa route sans encombre.
Ceci soulève deux questions. D'abord, cet avion est entré dans un
espace aérien protégé sans être détruit. Ensuite, je ne peux m'empêcher de penser
à cette dépêche étonnante de l'AFP : «URGENT
Un avion se dirige vers le Pentagone». Comment «un responsable du FBI» pouvait-il
savoir qu'un avion se dirigeait vers cette cible, plutôt que vers une autre à
Washington ? K.
et I. :La thèse du survol et de la fuite (the flyover/flyaway theory) défendue
par le CIT ne serait-elle pas la seule explication capable d'accorder les faits
matériels aux témoignages ? T.M. : Cette question ne
s'est jamais posée. D'une part parce que personne n'a jamais contesté que des
gens aient vu un avion à proximité du Pentagone, d'autre part parce que les contradictions
ne sont pas entre une théorie et des témoignages, mais entre les différents témoignages.
Pour faire vite : Donald Rumsfeld est entré en complet veston au cœur de la fournaise
et a vu des débris de Boeing calcinés. Il en est ressorti très choqué, mais sa
chemise toujours aussi propre. Les pompiers sont entrés au cœur de la fournaise
grâce à leurs combinaisons amiantées et ils n'ont pas vu de débris d'avion, ni
de trace de kérosène. Qui dit vrai ? K.
et I. : Vous ne développiez pas de théories alternatives dans L'Effroyable imposture.
Après avoir envisagé l'explosion d'un camion piégé, garé face au mur d'enceinte
ouest du Pentagone, vous êtes rapidement passé à la thèse du missile. Pouvez-vous
nous expliquer ce revirement ? T.M. : Savoir comment
avait été perpétré l'attentat du Pentagone ne m'intéressait pas. Cela m'indiffère
encore aujourd'hui et je dois me forcer pour en parler. Le sujet de mon étude,
c'était de comprendre comment l'interprétation mensongère du 11 Septembre avait
pu servir à suspendre les libertés fondamentales aux États-Unis, à s'emparer de
l'Afghanistan et à préparer l'invasion de l'Irak. L'Effroyable imposture
est un ouvrage de sciences politiques destiné au grand public. Il est inscrit
au programme des étudiants de grandes universités en Argentine, aux Émirats ou
en Russie. Il ne traite pas des attentats du 11 Septembre, mais la première partie
du livre démontre l'incohérence de la version gouvernementale et l'impossibilité
de l'utiliser en droit international pour justifier ce qui a suivi. Rétrospectivement,
on a trouvé quatre erreurs factuelles dans la première partie, consacrée aux attentats.
Au demeurant, elles portent sur des points latéraux et n'altèrent pas la validité
de mon analyse. Aucune erreur n'a été trouvée dans les parties 2 et 3 du livre
consacrées à la politique intérieure et extérieure de l'Empire. Je
ne m'intéressais pas au détail de l'attentat du Pentagone. J'ai simplement relevé
que des agences de presse avaient évoqué un camion piégé et, au vu d'une première
documentation, mon ami Pierre-Henri
Bunel m'a certifié que cette hypothèse était plausible. Comme la polémique
prenait de l'ampleur, nous avons cherché à en savoir plus. C'est le commandant
Bunel, un expert reconnu ainsi qu'en attestent ses états de service, qui a émis
l'hypothèse du missile lorsque CNN a diffusé cinq photos de l'attentat. Nous avons
travaillé sur cette hypothèse et constaté qu'elle était la plus probable. Puis,
j'ai obtenu des renseignements qui m'ont conforté dans cette direction. Là encore,
personne n'a contesté sérieusement l'expertise de Pierre-Henri Bunel publiée dans
Le Pentagate. Par contre, un nouveau torrent de boue a coulé sur lui. On a rappelé
qu'il avait été jugé et condamné pour espionnage. Et on a caché qu'il avait été
arrêté par l'OTAN, puis récupéré par la France et condamné à une peine mineure,
selon l'usage lorsque l'on récupère un agent que l'on avait envoyé espionner des
« alliés ». Ce que l'on a reproché au commandant Bunel devrait au contraire être
considéré comme un glorieux fait d'armes si l'on en croit le jugement du général
Michel Roquejeoffre qui n'a cessé de lui témoigner son amitié et son respect.
J'ai réservé notre hypothèse du missile aux ambassadeurs de la Ligue
arabe auxquels je me suis adressé lors d'une conférence à Abu Dhabi organisée
par le cheik Zayed, président des Émirats arabes unis. Ce fut un moment crucial.
À ce moment là, tous les gouvernements arabes, y compris les plus proches des
États-Unis, ont révisé leur position politique. Sur cette lancée,
alors même que je ne disposais d'aucun titre, ni mandat, j'ai réussi à rencontrer
de nombreux dirigeants politiques et militaires dans le monde, à leur exposer
mon travail et mes analyses et en définitive à les dissuader de soutenir la politique
belliqueuse des Anglo-saxons qui s'apprêtaient à mettre tout le Proche-Orient
à feu et à sang. Pour terminer de répondre à votre question, ce n'est
pas à nous d'établir ce qui s'est passé le 11 Septembre, c'est aux États-Unis,
qui ont affirmé au Conseil de sécurité avoir été l'objet d'une agression extérieure,
d'en faire la preuve. Concernant l'attentat survenu au Pentagone, ils nous ont
raconté qu'il avait été commis en détournant le vol AA77. Le seul argument qui
nous est présenté pour étayer cette version, c'est que cet avion a disparu avec
ses occupants. Or, rien ne permet de lier cette disparition à l'attentat du Pentagone.
D'ailleurs, la compagnie American Airlines a fait jouer la clause "disparition"
du contrat d'assurance et non pas la clause "crash". D'autres éléments
ont été évoqués pour relier le vol AA77 au Pentagone. Le 2 avril 2002, le FBI,
dans un communiqué dénonçant l'indécence de mon livre, a affirmé avoir décrypté
une des boîtes noires et avoir retrouvé de nombreuses pièces de l'appareil portant
les numéros de série de Boeing. On a évoqué un hangar où les pièces retrouvées
étaient stockées pour reconstituer partiellement l'appareil. Sept ans plus tard,
il n'est plus question du hangar ni de son contenu. K.
et I. : Les 5 images rendues publiques en mars 2002 par le Departement Of Defense
sont une sorte de "Test de Rorschach", chacun pouvant y voir ce qu'il souhaite
y trouver (Boeing ou missile) La
principale conséquence de cette vidéo fut d'accréditer l'impact d'un "objet volant"
contre la façade du Pentagone. Le mouvement sceptique ne serait-il pas tombé dans
le piège d'une opération de désinformation destinée à éloigner les critiques du
véritable modus operandi de l'opération ? Je
crois que ces 5 images furent d'ailleurs publiées le jour même de la sortie de
L'Effroyable imposture. T.M. : Cette affaire est une
opération de propagande mal calculée. Effectivement les photos ont été publiées
par le DoD, lors de la publication de L'Effroyable imposture. Des auteurs étasuniens
avaient caricaturé dans leur presse mon travail sur le Net en affirmant que je
niais l'attentat du Pentagone. Auto-intoxiqués, ils ont cru qu'ils me cloueraient
le bec en diffusant des photos de l'attentat. L'effet a été inverse. Chacun peut
constater que ces images montrent une explosion, mais qu'on n'y voit pas d'avion.
Au demeurant, je n'ai pas changé d'avis. Aujourd'hui, l'hypothèse
du missile est la seule qui rende compte des faits et soit compatible avec les
constations. Elle s'applique à l'explosion principale, celle survenue à neuf heures
et demie. Mais nous savons qu'une autre explosion était survenue auparavant, suite
à laquelle l'ordre avait été donné d'évacuer partiellement le bâtiment.
Maintenant chacun doit prendre ses responsabilités. Une petite coterie (Pascal
Bruckner, André Glucksman, Pierre Rigoulot, Élisabeth Schemla, Pierre-André Taguieff,
Philippe Val et quelques autres) accuse les sceptiques de promouvoir une interprétation
des faits qui endorme la vigilance de nos concitoyens en minimisant le péril islamique.
Dont acte. Pour ma part, je ne pense effectivement pas que la civilisation occidentale
soit menacée par quelques barbus fanatiques. A contrario, je vous invite à considérer
que les intellectuels qui prétendent, sans aucun élément matériel pour l'étayer,
qu'un avion détourné s'est écrasé sur le Pentagone collaborent idéologiquement
aux développements impérialistes au Grand Moyen-Orient. Ils portent leur part
de responsabilité dans une politique qui a déjà causé la mort de plus d'un million
de personnes. ***
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