Dominique
Strauss-Kahn fréquente les cercles les plus prestigieux du pouvoir. Dès 1993,
on le voit au Forum de Davos. Anne Sinclair l’introduit au Siècle, l’association
la plus mondaine de Paris. Puis, Antoine et Simone Veil le font entrer au Club
Vauban. En 2000, l’OTAN l’invite au Club de Bilderberg où il retrouve Pascal Lamy
et Jean-Claude Trichet qui occupent avec lui aujourd’hui de prestigieux fauteuils
dans les institutions internationales.
Dominique
Strauss-Kahn est piégé par son perpétuel mélange des genres entre engagement politique
et lobbying rémunéré. Il fait l’objet d’une mise en examen dans une affaire concernant
la principale mutuelle étudiante, la MNEF, puis dans une autre relative à la caisse
noire de la compagnie pétrolière nationale Elf. Les magistrats estimeront en définitive
que ses activités étaient licites, à défaut d’être morales. Cependant les instructions
pénales et une commission d’enquête parlementaire mettront en évidence ses méthodes
peu orthodoxes. Lionel Jospin, lorsqu’il était ministre de l’Éducation, avait
modifié par décret le taux des remboursements effectués à la MNEF par la Sécurité
sociale, transformant la Mutuelle en véritable pompe à finances pour le compte
du PS. Puis, il avait étendu les activités de la MNEF dans les campus toujours
pour détourner plus d’argent. Dominique Strauss-Kahn lui-même recevait des émoluments
considérables pour des prestations imaginaires. Plus tard, il avait fait prendre
en charge le salaire de sa secrétaire au Cercle de l’Industrie (ou à son cabinet,
il n’est guère possible de différencier) par le groupe Elf.
Derrière
des manières policées, un goût prononcé pour la bonne chère et les belles femmes,
Dominique Strauss-Kahn est un tueur : lorsqu’apparaît, à titre posthume,
l’enregistrement vidéo du promoteur immobilier Jean-Claude Méry mettant en cause
Jacques Chirac, on ne tarde pas à découvrir qu’il est un des organisateurs de
ce mauvais coup.
Ses
démêlées avec la Justice l’écarteront un temps de la scène politique. Pendant
sa traversée du désert, son épouse, Anne Sinclair, fera preuve de sang-froid et
de dignité, plaidant auprès du public en sa faveur par sa seule attitude.
Opérant
son grand retour, en 2001, après avoir bénéficié de non-lieux, il prend en mains
le développement de la Fondation Jean-Jaurès, le partenaire de la National Endowment
for Democracy (NED) pour la gauche française [5]. La chose est d’autant plus aisée
que, depuis Stanford, il connaît la nouvelle conseillère nationale de sécurité
des États-Unis Condoleezza Rice, et que c’est la sœur adoptive [6] de celle-ci,
Mardeleine Albright qui dirige le National Democratic Institute (NDI), organisme
tampon de la NED chargé d’acheminer les subsides du département d’État US dans
les caisses du Parti socialiste français.
En
2003, le German Marshall Fund of the United States, une des principales officines
atlantistes, crée un Forum sur le commerce et la pauvreté. DSK devient l’un des
six administrateurs, rémunéré comme toujours [7]. Il y écrit, ou tout au moins
signe, divers rapports en faveur du libre-échange absolu.
La
même année, il contraint un expert du Parti socialiste, Pascal Boniface, à démissionner.
Ce spécialiste en relations internationales a eu le toupet de souligner que le
soutien aveugle du parti à Israël est idéologiquement incohérent et électoralement
contre-productif alors que le PS doit ambitionner de réunir derrière lui les six
millions de Français de culture arabe. En outre, Dominique Strauss-Kahn pilote
la création du Cercle Léon Blum, au sein du PS, dont l’objectif est de veiller
au soutien du parti au mouvement sioniste.
En
2004, il déclare lors d’une interview sur France-Inter : « Je considère
que tout juif de la diaspora et de France doit apporter son aide à Israël. C’est
d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les juifs prennent des
responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous
les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste
pierre à la construction d’Israël. » [8]
En
2005, il lance les clubs « À gauche en Europe » (AG2E) en
faveur du « oui » au référendum d’approbation du projet de
Traité constitutionnel européen. Il travaille alors en lien avec le Policy Network
(Grande-Bretagne) et la Fondation Friedrich-Ebert (Allemagne). Mais les Français
votent « non ».
En
2007, alors que l’écrivain Claude Ribbe ouvre un débat sur les conséquences sociales
actuelles de l’esclavage et de la colonisation, DSK participe activement à la
création du Conseil représentatif des noirs de France (CRAN), une organisation
qui bénéficie de conseils techniques de spécialistes israéliens et reproduit le
modèle du Conseil représentatif des juifs de France (CRIF) [9]. À défaut de trouver
un écho parmi les noirs de France, cette initiative sera une réussite médiatique,
comme l’avait été quelques années plus tôt la création de SOS Racisme pour stopper
la structuration des beurs.
Lorsque
s’ouvre la compétition au Parti socialiste pour désigner le candidat à l’élection
présidentielle de 2007, Dominique Strauss-Kahn apparaît à la fois comme le candidat
le mieux placé face à son rival déclaré, l’ancien Premier ministre Laurent Fabius,
et comme le candidat officiel des États-Unis pour la gauche française. Ainsi,
il donne un entretien à la revue néo-conservatrice Le Meilleur des mondes, dans
lequel il brocarde la politique arabe de la France et plaide pour un rapprochement
avec Washington et Tel-Aviv [10].
Tout
semble réglé à l’avance. Les cotisations d’adhésion au Parti socialiste ont été
réduites à un montant négligeable de sorte que les quelques milliers de membres
de parti lambertiste ont pu acquérir des cartes, juste pour participer au vote
de désignation interne du candidat. La manœuvre a été organisée par le lieutenant
de DSK, Jean-Christophe Cambadelis, lui-même ancien dirigeant de ce parti et que
nous avons déjà présenté à propos de ses relations avec la CIA. Pourtant, contre
toute attente, c’est un outsider, Ségolène Royal, qui est désigné. C’est qu’à
Washington on a un autre projet : placer Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Pour
cela, il convient d’installer face à lui un concurrent peu crédible. En échange
de son retrait silencieux, DSK sera largement récompensé par la direction générale
du FMI.
Peu
après son accession à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy présente
la candidature de DSK à Washington, et Condoleezza Rice lui apporte son soutien.
Tout en participant à la création de l’European Council on Foreign Relations (E-CFR)
[11], il sillonne le monde, officiellement pour convaincre les États du Sud de
soutenir également sa candidature. En réalité, leur vote importe peu, puisque
les USA et l’Union européenne ont à eux seuls 48 % des voix. La campagne de DSK
est payée par la France et organisée par l’agence de relations publiques TD International.
Ce que le cabinet de M. Strauss-Kahn minimisera en prétendant ne travailler
qu’avec la correspondante française de l’agence. TD International « vendra »
à la presse la légende d’un DSK désœuvré, téléphonant au Premier ministre luxembourgeois
Jean-Claude Juncker lors d’un colloque à Yalta, lequel lui aurait suggéré d’ambitionner
le FMI. En réalité, Dominique Strauss-Kahn et Christine Ockrent participaient
au Yalta European Seminar, moyennant un défraiement de 7 000 euros chacun indirectement
versés par George Soros. Ce colloque avait pour but de soutenir la « révolution
orange » et l’arrimage de l’Ukraine à l’OTAN. Or, TD International est
une officine de la CIA, notamment chargée de la construction de l’image publique
de la « révolution orange ». Elle est dirigée par William
A. Green III, un célèbre agent qui n’était ni plus ni moins que le chef de poste
du stay-behind en France et qui fut expulsé en 1995 pour des motifs d’une extrême
gravité qui ne furent jamais dévoilés au public.
Hugo
Chavez, le président de la République bolivarienne du Vénézuela, quant à lui,
n’a pas été convaincu par le show de Dominique Strauss-Kahn. Il a confirmé le
retrait de son pays du FMI « avant qu’ils ne nous pillent »
et invité tous les États du Sud qui le peuvent à faire de même.
Thierry
Meyssan
Analyste
politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence
Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère
dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture
2, éd. JP Bertand (2007).
[1]
Selon les propos d’Irving Brown lui-même, rapportés dans Éminences grises, par
Roger Faligot et Rémi Kauffer, Fayard 1992. Sur le réseau US, voir « Stay-behind :
les réseaux d’ingérence américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire,
20 août 2001.
[2]
« Dominique Strauss-Kahn, 1993-1997, profession – conseil »,
par Laurent Mauduit, Caroline Monnot et Martine Orange, Le Monde, 11 décembre
1999. « Influents dans le monde de l’entreprise », par Bérengère
Mathieu de Heaulme, Le Figaro, 22 janvier 2002.
[3]
« La Hoover Institution, archives réservées aux Républicains »,
Réseau Voltaire, 26 octobre 2004.
[4]
« La fulgurante intégration de Condoleezza Rice », par Arthur
Lepic et Paul Labarique, Réseau Voltaire, 8 février 2005.
[5]
« La NED, nébuleuse de l’ingérence démocratique », par Thierry
Meyssan, Réseau Voltaire, 22janvier 2004.
[6]
Op. cit.
[7]
« Le German Marshall Fund, un reliquat de la Guerre froide ? »,
Réseau Voltaire, 5 octobre 2004.
[8]
Cité in Encyclopédie politique française, Tome 2, Facta éd., 2005.
[9]
Les Nègres de la République, par Claude Ribbe, Jean-Paul Bertrand éd., 2007.
[10]
« MM. Sarkozy et Strauss-Kahn affichent leurs allégeances »,
par Cédric Housez, Réseau Voltaire, 7 novembre 2006. Article plagié depuis. La
position de Dominique Strauss-Kahn est partagée par le premier secrétaire du PS,
François Hollande, voir « France : le Parti socialiste s’engage
à éliminer les diplomates pro-arabes », Réseau Voltaire, 9 janvier 2006.
Les propos imputés à M ; Hollande dans ce dernier article ont fait l’objet
d’un démenti de l’intéressé, mais ont été maintenus sur le site internet du CRIF.
[11]
« Création accélérée d’un Conseil européen des relations étrangères »,
Réseau Voltaire, 3 octobre 2007.