
Lex
compagnon de Kadhafi, Nouri Massoud El-Mesmari, a fait défection le 21
octobre 2010. Il vit aujourdhui sous protection des services secrets français.
La
réunion. On a vu de façon certaine au début du mois de novembre,
entrer à lHôtel Concorde Lafayette de Paris, où Mesmari
réside, détroits collaborateurs du président français.
Le 16 novembre, une file de voitures bleues est devant lhôtel. Dense
et longue réunion dans la suite de Mesmari. Deux jours plus tard une dense
et étrange délégation française part pour Benghazi.
Avec des fonctionnaires du ministère de lAgriculture, des dirigeants
de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de
Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, Cargill
et Conagra.
Expédition
commerciale, sur le papier, pour essayer dobtenir à Benghazi justement
de riches commandes libyennes. Mais se trouvent aussi dans le groupe des militaires
français, déguisés en hommes daffaire.
À
Bengazi ils vont rencontrer un colonel de laéronautique libyenne
indiqué par Mesmari : Abdallah Gehani. Il est au-dessus de tout soupçon,
mais lex-chef du protocole de Kadhafi a révélé quil
était prêt à déserter et quil a aussi de bons
contacts avec la dissidence tunisienne.
Lopération
est menée en grand secret, mais quelque chose filtre jusquaux hommes
les plus proches de Kadhafi. Le colonel se doute de quelque chose. Le 28 novembre,
il signe un mandat darrêt international à lencontre de
Mesmari. Lordre arrive aussi en France à travers les canaux protocolaires.
Les Français salarment et décident de suivre larrêt
de façon formelle.
Quatre
jours plus tard, le 2 décembre, la nouvelle filtre justement depuis Paris.
On ne donne pas de nom mais on révèle que la police française
a arrêté un des principaux collaborateurs de Kadhafi. La Libye, au
premier abord, retrouve son calme. Puis apprend que Mesmari est en réalité
aux arrêts domiciliaires dans la suite du Concorde Lafayette. Et le raïs
commence à sagiter.

La
colère du raïs.
Quand
arrive la nouvelle que Mesmari a demandé officiellement lasile politique
à la France, la colère de Kadhafi éclate, il fait retirer
son passeport même au ministre des Affaires étrangères, Moussa
Koussa, accusé de responsabilité dans la défection de Mesmari.
Il essaie ensuite denvoyer ses hommes à Paris avec des messages pour
le traître : « Reviens, tu seras pardonné ». Le 16 décembre,
cest Abdallah Mansour, chef de la télévision libyenne, qui
essaie. Les Français larrêtent à lentrée
de lhôtel. Le 23 décembre dautres Libyens arrivent à
Paris. Ce sont Farj Charrant, Fathi Boukhris et All Ounes Mansouri.
Nous
les connaîtrons davantage après le 17 février : parce
que ce sont justement eux, avec Al Hadji, qui vont mener la révolte de
Benghazi contre les miliciens du colonel.
Les
trois sont autorisés par les Français à sortir dîner
avec Mesmari dans un élégant restaurant des Champs-Élysée.
Il y a aussi là des fonctionnaires de lÉlysée et quelques
dirigeants des services secrets français. Entre Noël et le Jour de
lan paraît dans Maghreb Confidential, la nouvelle que Benghazi est
en ébullition (à ce moment-là personne ne le sait encore),
et aussi quelques indiscrétions sur certaines aides logistiques et militaires
qui seraient arrivées dans la seconde ville libyenne, en provenance justement
de la France. Il est désormais clair que Mesmari est devenu un levier aux
mains de Sarkozy pour faire sauter Kadhafi en Libye. La lettre confidentielle
sur le Maghreb commence à faire filtrer les contenus de cette collaboration.
Mesmari
est nommé « Libyan Wikileak », parce quil révèle
un après lautre les secrets de la défense militaire du colonel
et raconte tous les détails des alliances diplomatiques et financières
du régime, en décrivant même la carte du désaccord
et les forces qui sont sur le terrain. À la mi-janvier, la France a dans
les mains toutes les clés pour tenter de renverser le colonel. Mais il
y a une fuite. Le 22 janvier, le chef des services secrets de Cyrénaïque,
un fidèle du colonel, le général Aoudh Saaiti, arrête
le colonel daviation Gehani, référant secret des Français
depuis le 18 novembre.
Le
24 janvier, il est transféré dans une prison de Tripoli, accusé
davoir créé un réseau social en Cyrénaïque,
qui faisait les louanges de la contestation tunisienne contre Ben Ali. Mais cest
trop tard : Gehani a déjà préparé la révolte
de Benghazi, avec les Français.
Franco Bechis
Directeur
adjoint du quotidien italien Libero.
Traduction
Marie-Ange Patrizio
Les articles de cet auteur
Envoyer un message
Source
Libero (Italie)