Sarkozy
et la Syrie : l’aventure commence à tourner court !
Leon
Camus
vendredi
20 janvier 2012
Le
vent tourne indéniablement… Un journaliste meurt tué par des rebelles montrant
là leur vrai visage et l’archevêque d’Alep, Mg Jeanbart, accorde deux entretiens
grand public simultanés, l’un publié par l’honorable correspondant du Figaro Malbrunot,
l’autre diffusé sur la chaîne publique France 24… des propos en rupture de consensus
qui constituent peut-être des indices avant-coureurs - certes discrets - d’une
éventuelle volte-face française sur le dossier syrien !? Or les états-majors,
en France et en Allemagne, semblent désormais passablement défavorables à une
nouvelle intervention au Levant alors que la contestation donne des signes d’essoufflement…
ne seraient les cruels attentats perpétrés par des hommes de mains encadrés et
formés par les Forces et les Services spéciaux de l’axe démoniaque Paris-Londres-Washington-Tel-Aviv. Aussi
le temps commence-t-il certainement à jouer en faveur du Baas et des Alaouites
au pouvoir ! Mais également en faveur d’une modernisation de la Syrie et
de ses institutions parce qu’à tout chose malheur est bon, et si la Syrie n’en
crève pas, si elle échappe au chaos programmé et à la guerre civile, alors el-Assad
pourra certainement faire promulguer une nouvelle Constitution et casser l’hégémonie
du Baas sur la vie politique syrienne, intégrant ou associant toutes les composantes
sociales, culturelles et confessionnelles sans exclusion - la question de la place
des Frères musulmans n’étant pas encore tranchée - dans le cadre d’un pacte Républicain
et d’une laïcité que souhaitent ardemment les communautés chrétiennes. Au
demeurant les militaires occidentaux, américains compris, échaudés par les cuisants
fiasco irakien et afghan - chat échaudé craint l’eau froide - ne sont pas emballés
par la perspective d’une nouvelle aventure militaire en Syrie, et au-delà, en
Iran. Parce que la Syrie, n’est pas la Libye, c’est un gros morceau, qui plus
est « équipée » par la Russie revenue depuis peu à ses positions
premières de ferme soutien de Damas ! Un nouveau revers donc pour M. Sarkozy,
cette fois diplomatique et militaire, après la dégradation peu reluisante de la
cotation triple A de l’économie hexagonale. Le ludion élyséen, perdant une à une
ses cartes maîtresses, notamment celle, à cent jours de l’échéance présidentielle,
d’apparaître une fois de plus en chef de guerre… et de même que l’on ne change
pas de cheval au milieu du gué, pendant les hostilités le peuple souverain n’est
pas supposé limoger le commandant suprême des armées ! Reste que le président
céfran semble ces temps-ci marqué par une féroce scoumoune et qu’il
apparaît à présent presque aussi nu qu’un perdant du petit matin sur le perron
d’un casino… À tel point, que la question se pose désormais de savoir si oui ou
non il pourrait finir par renoncer à briguer un second mandat ? Qui sait ?
 La
mort d’un journaliste manipulée et récupérée par les cyniques
Gilles
Jacquier, grand reporter de France 2, est décédé le 11 janvier à Homs,
dans le centre de la Syrie, victime d’une roquette antichar, l’attaque
ayant causé huit morts et fait 25 blessés. Récit [AFP] : « Devant
l’hôpital de Zahira, un attroupement de militants pro-Assad s’était
formé scandant des slogans favorables au régime. Brutalement un projectile de
lance-roquette antichar a frappé la foule... Les journalistes se sont précipités
pour voir, et à ce moment précis une seconde roquette les a touchés tuant Jacquier
sur le coup ». Les
choses semblent simples, et bien non. Dès le lendemain, M. Juppé ci-devant
ministre des Affaires étrangères, exigeait qu’une « enquête
soit menée afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce décès » !
[Paris soupçonne une manipulation - Le Figaro 13 janv.] Les choses paraissaient
pourtant assez claires, mais l’Élysée - pour lequel « tout fait ventre »
- au lieu de déplorer la mort d’un fonctionnaire français - Fr2 relève du Service
public n’est-ce pas ? - ne pouvait pas ne pas chicaner et chercher des poux
dans la tête des autorités syriennes, sous-entendant qu’elles pourraient être
les instigatrices des tirs meurtriers 1. Le
simple bon sens n’impose-t-il pas de voir dans cet incident l’un de ces tristes
hasards de la guerre ? Une guerre dont se passeraient bien les Syriens à
en croire les témoignages qui se multiplient tel celui de l’archevêque d’Alep,
Mg Jean-Clément Jeanbart [Fr24 13 janv.11]. Mais c’est le contraire que nous lisons,
voyons et entendons sur ces vecteurs de propagande que sont aujourd’hui nos médias
libres, ardents promoteurs de toutes les ingérences et de la guerre à coup de
bilans truqués et d’infos biaisées. Car la distance se creuse toujours davantage
dans le cas syrien entre les informations « non alignées »
et ce que les médias officiels nous disent de la rébellion… nous donnant par exemple,
à prendre pour argent comptant, les « 5000 morts dus à la répression ».
Chiffre avancé, sans aucune base sérieuse, par le Secrétariat général des Nations
unies [dont les hélicoptères de la paix et de l’harmonie universelle participèrent
activement au bombardement, en Côte d’Ivoire, du palais président Laurent Gbagbo]
et qui n’opère aucun distinguo entre les victimes effectivement dues aux opérations
de maintien de l’ordre et celles liées à la violence des factions dissidentes,
dont, entres autres, Gilles Jacquier a fait les frais ! D’ailleurs
n’est-ce pas un tantinet indécent d’accuser à la hâte, avant toute enquête, alors
qu’il est établi que la France est justement l’un des boutefeux étrangers à l’œuvre,
tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du territoire syrien, au Liban et en Turquie ?
N’est-ce pas là un cas de la plus belle espèce d’inversion accusatoire, soit de
« projection » de ses propres intentions et roueries sur autrui ?
Ce qui en dirait long sur la duplicité et l’aptitude aux coups tordus de l’équipe
aux manettes à Paris. Le jour même de ce tir au but réussi 2,
le président Sarkozy avait demandé que les Autorités syriennes « fassent
toute la lumière sur la mort d’un homme qui ne faisait que son métier :
informer ». Ou désinformer, selon le point de vue auquel on se place :
Kossovo, Zaïre, Algérie, Afghanistan, Printemps arabe, Jacquier aura été de tous
les fronts chauds de ces douze dernières années... Or nous savons quel a été le
travail de tromperie auquel se sont livrés les grands médias. Il ne s’agit pas
ici de mettre en cause les lampistes désignés pompeusement sous le vocable « grands
reporters », mais qui peut ignorer maintenant que l’on peut tout faire
dire, et son contraire, à une caméra ? Filmer en « plan serré »
permet ainsi de créer des effets de foules là où n’est rassemblée qu’une poignée
de pékins et de figurants… comme à Benghazi pour les 2’ 40’’ du discours triomphaliste
de M. Sarkozy après le lynchage du Raïs déchu [Lemonde.fr 16 sept]. Nagy
Bocsa, de Gaulle au petit pied, mal à l’aise dans les grandes godasses de son
prédécesseur, lançant pour sa part un poussif « Vive Benghazi, vive
la Libye, vive l’amitié entre la France et la Libye » 3.
Cela pour dire que lorsque l’on parle du « métier d’informer »
l’on peut à bon escient se tapoter le menton de façon ultra dubitative… M. Sarkozy,
maître ès manipulations, sait de quoi il retourne en ce noble domaine 4. Le
vent tourne et la Russie, hier hésitante, raffermit ses positions anti-euratlantistes Mardi
10 janvier, après une escale de trois jours sur les côtes syriennes face au port
de Tartous, le porte-avions Amiral Kouznetsov repartait vers la haute mer. Le
navire amiral était accompagné de cinq autres bâtiments et de plusieurs submersibles,
d’où furent déchargés des équipements indéterminés ! La Russie, déjà principal
fournisseur d’armes de la Syrie pendant la Guerre froide, s’oppose fermement
au Conseil de Sécurité à tout un embargo sur les armes qui pourrait être adopté
à l’encontre de Damas. Quant à savoir si parmi les matériels débarqués se trouvaient
des éléments des fameuses batteries des missiles supersoniques sol-air S-300,
il faudrait être dans le secret des Dieux de la guerre… Trois
jours plus tard, le 13 [AFP] Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi
Gatilov, dénonçait vertement les amendements apportés par la Trilogie du mal anglo-franco-américaine
à son projet de Résolution relatif aux événements syriens, considérant que les
modifications apportées camouflaient l’intention arrêtée de renverser le régime 5.
Une tromperie sur la marchandise du même tonneau que, pour la Libye, le détournement
de la Résolution 1973 qui avait servi de prétexte à la conduite d’une vilaine
guerre de conquête sous couvert d’intervention à populations en danger… Mi-décembre,
Moscou avait en effet présenté un projet de Résolution - jugé trop modéré par
les interventionnistes va-t’en-guerre de Washington, Londres, Berlin et Paris
- condamnant les violences exercées « par toutes les parties, y compris
l’usage disproportionné de la force par les autorités syriennes ».
Mais cela était trop raisonnable pour ces Messieurs les démocrates à la fleur
au fusil ! Auto-dénonciation
des média-mensonges Alors
que la presse britannique confirme - avec un certain cynisme ou une inconscience
certaine – que les Forces spéciales de sa Majesté, la CIA et le MI6 appuient l’insurrection
armée et entraînent les rebelles syriens suivant un modus operandi analogue
à celui suivi en Libye où les SAS – Special Air Services britanniques -
auraient été à l’œuvre au sol bien avant le déclenchement des frappes aériennes
de l’Otan 6.
De la même façon, les forces spéciales britanniques et françaises forment actuellement
les éléments de l’Armé Syrienne Libre… sur le sol turc, mais également vraisemblablement
en Libye et au nord Liban, tandis que les Américains lui fourniraient sa logistique
en matière de télécommunication ! Difficile
de savoir ce qu’il en est réellement. Les rumeurs vont bon train, dans un sens
comme dans l’autre et la guerre des communiqués fait rage. L’ASL revendique
quelque 40 000 personnels ayant fait défection - c’est-à-dire en langage courant,
ayant déserté - depuis le 15 mars 2011, mais les chiffres paraissent fantaisistes
et sont totalement invérifiables… Tout comme la plupart des chiffres assénés avec
un aplomb d’enfer par des envoyés très spéciaux habitués à répéter en boucle ce
que l’ensemble de leur profession serine à longueur de temps. Sans jamais mentionner
bien sûr faits et témoignages qui pourraient corriger, ou écorner, la vision aussi
dramatique qu’idyllique d’un peuple en lutte pour sa liberté… Ainsi la rumeur
persistante d’un contingent de combattants libyens salafistes venus prêter main
forte aux radicaux sunnites locaux. Un retour des Brigades internationales
en quelque sorte, cette fois non plus au profit du bolchévisme, mais à celui du
Nouvel Ordre Mondial judéo-protestant, libéral et chariatique tout à la fois !
Du déjà vu pour qui se souvient des djihadistes recrutés par Al Qaïda opérant
naguère en Afghanistan, au service de la CIA sous couvert de l’ISI pakistanaise
et sous la direction éclairée d’Oussama Ben Laden, prosélyte zélé de l’Islam rigoriste
et wahhabite saoudien. Le
3 octobre dernier le Conseil national syrien - CNS - demandait instamment à la
communauté internationale d’intervenir en Syrie afin de prodiguer soins et assistance
au « peuple assassiné ». De tous temps une poignée de factieux
a su se prétendre être et représenter « le peuple » tout entier…
les ultra minorités parlent toujours en pareilles circonstances au nom de majorités,
lesquelles n’en peuvent mais. Il n’en reste pas moins que la politologue Bassma
Kodmani, membre du Secrétariat général du CNS - son Politburo ! –
trahissait incidemment [Le Figaro 3 oct.11] une réalité de terrain moins glorieuse,
avouant au quotidien de M. Dassault qu’à l’heure actuelle le mouvement de
protestation serait en passe de s’essouffler, convenant que « la
stratégie de répression du pouvoir est beaucoup plus efficace aujourd’hui
qu’au début de la contestation. Les manifestants ont parfois du mal à tenir.
C’est pourquoi le Conseil national syrien demande pour le peuple la protection
de la communauté internationale ». Et le CNS a été entendu puisqu’il
n’a été créé que justement pour cela : exiger de manière pressante, et par-là
justifier, une intervention extérieure de la « Communauté internationale » ! Signalons
que les membres de ce fameux CNS, en principe représentatifs - mais en principe
seulement - de la nation syrienne, lui sont presque totalement inconnus ou parfois
pire, détestés par eux 7…
Contrairement à Assad qui n’a jamais été plus légitime à leurs yeux !
Un faux paradoxe, évidemment. Qui d’ailleurs s’interroge ou s’offusque que les
médias occidentaux ne relatent jamais les meurtres et les exactions de l’opposition
syrienne, nous les présentant exclusivement comme de pitoyables victimes de la
vindicte d’un État tyrannique ? A contrario, quand il s’agit d’un
journaliste étranger, français en l’occurrence, tous se déchaînent pour jeter
la suspicion sur les autorités légitimes coupables a priori des crimes
des rebelles ! Comprenne qui pourra ? |
| Quant
à Mme Bassma Kodmani, celle-ci vit en France
depuis en 1968 et peut difficilement prétendre connaître de l’intérieur les évolutions
et les événements qui affectent en ce moment son pays d’origine. Elle n’a
pas connu l’époque d’Hafez el-Assad, père de Bachar et instaurateur du régime
actuel, à telle enseigne qu’elle évoque complaisamment dans l’émission de débat
de la Cinq « C dans l’air », le marasme économique syrien
alors que l’économie du pays connaît un taux de croissance soutenu tournant
autour de 4 à 5% et que le Pib par habitant aurait été doublé depuis l’arrivée
au pouvoir de Bachar el-Assad en l’an 2000 ! Le
vent commence-t-il à tourner ? Reste
que quelques certitudes finissent par émerger malgré tout de ce brouillard d’informations
contradictoires : les événements syriens n’ont rien, absolument rien à voir
avec une révolte populaire : les chiffres sont bidonnés, la révolte est cantonnée
au sud-ouest du pays dans des zones où l’emprise des Frères musulmans est avérée
- Hama, Homs et Deraa proche de la frontière libano-israélo-jordanienne -,
et où a démarré la révolte. Cependant le régime tient bon, bénéficiant d’un indéniable
appui populaire et la révolte marque le pas. Elle se serait sans doute déjà éteinte
si elle n’était alimentée en armes de l’extérieur et si les démocraties occidentalistes
ne s’époumonaient à souffler sur les braises. La
Russie - elle aussi très proche d’échéances présidentielles - a par contre durci
le ton et rejoint dans un front du refus - à toutes sanctions et de toutes mesures
de coercition à l’encontre de Damas - la Chine intraitable sur ce dossier… et
cela n’est pas de bon augure pour l’agenda atlantiste qui risque d’en être bouleversé. Le
seul fait que le 11 janvier Le Figaro, puis le 13, France 24 aient
donné la parole à Jean-Clément Jeanbart, archevêque catholique d’Alep, est un
fait remarquable dans le désert intellectuel du Paf - paysage audiovisuel français.
Celui-ci exprime sans ambiguïté et sans précautions oratoires excessives, la peur
des Églises syriennes, au vu des persécutions dont les Catholiques assyro-chaldéens
et les Nestoriens sont victimes en Irak depuis la chute de Saddam Hussein qui
en était le grand protecteur. Les Chrétiens craignent effectivement de subir un
sort équivalent à l’occasion de l’éventuelle chute du régime baasiste et de l’inévitable
prise du pouvoir par les Frères musulmans, aussi modérés se présentent-ils à présent.
Une telle liberté de parole marque à l’évidence un tournant remarquable dans le
traitement médiatique du dossier syrien, d’autant que la présentatrice ne présentait
aucun des symptômes et tics habituels de désagrément se manifestant lorsqu’un
invité outrepasse la doxa dominante ou le politiquement correct de rigueur.
Cela mérite réflexion. Mais laissons donc la parole à un témoin crédible et critique
s’il en est… Qu’en
dit Mgr Jeanbart ? « Nous
sommes très préoccupés par les conséquences d’un renversement du régime, qui pousserait
beaucoup de nos fidèles à émigrer comme en Irak depuis la chute de Saddam Hussein...
Nous redoutons la domination de Frères musulmans dogmatiques… C’est précisément
parce qu’ils ne pèsent pas lourd [15 % de la population] que les islamistes
veulent aller vite pour renverser le régime. C’est également pour cette raison
qu’ils sont aussi actifs dans les rangs de l’opposition à l’extérieur du pays
et qu’ils refusent tout dialogue avec le pouvoir. Les Frères musulmans ne peuvent
renaître que dans le cadre d’un renversement brutal auquel ils prétendront avoir
participé depuis l’étranger grâce à l’appui des Turcs et des monarchies du Golfe.
Comme en Libye ». Que
faire ? « …
Il faut une transition démocratique dans le cadre de réformes que le pouvoir
doit engager. C’est encore possible. Bachar el-Assad est en train de persuader
le parti Baas d’accepter les réformes. Des avancées ont été enregistrées… Une
nouvelle Constitution sera annoncée le mois prochain… Il sera stipulé qu’aucun
parti ne pourra être fondé sur une base confessionnelle. Le président ne pourra
pas non plus être élu plus de deux fois, et l’Article VIII qui garantissait l’hégémonie
du Baas, sera supprimé. Malgré les violences il faut encore donner sa chance à
Assad… Le régime bénéficie de l’appui des minorités. Les alaouites sont environ
12-13 % et ils soutiennent intégralement le président, les menaces proférées
par les Frères musulmans ont uni la communauté dans la peur des règlements de
comptes. Les chrétiens sont 10 % environ, avec 90 % d’entre eux derrière
le régime ; les Kurdes, les druzes et les ismaéliens dans la même proportion.
Et il ne faut pas oublier les 2,5 millions de baasistes qui ont, eux aussi, un
intérêt à ce que le régime survive. Si vous y ajoutez les commerçants sunnites
de Damas et d’Alep, vous dépassez probablement les 50 % appuyant Bachar.
Et les attentats terroristes sont en train de regrouper d’autres Syriens autour
du pouvoir. Nous avons peur. Nous avons toujours vécu dans un pays sûr. On ne
veut pas ressembler à l’Irak. Et puis l’évolution des transitions en Libye et
en Égypte ne nous rassure pas. Tout cela renforce le pouvoir, même s’il réprime
certainement trop ». L’opposition
à l’étranger ? « Je
l’aurais soutenue si ses responsables n’avaient pas approuvé une intervention
étrangère contre mon pays. Mais depuis le début ils refusent tout dialogue. Ils
ont le droit de critiquer, mais sans aller jusqu’à vouloir détruire la Syrie.
D’autre part, leur représentativité auprès du peuple est faible. Nous n’avions
jamais entendu parler de Buhran Ghalioun ou de Bassma Kodmani avant ces événements.
Les seuls dont on connaissait le nom sont ceux liés aux Frères musulmans qui avaient
des relais anciens en Syrie. » L’attitude
de la France ? « Je
ne vous cache pas qu’il y a une équivoque que je ne comprends pas. La position
française ne va ni dans le sens de votre pensée républicaine, ni dans le sens
de ses intérêts. Jamais la France n’a eu autant la faveur de la Syrie que ces
dernières années. À Alep, j’ai réussi par exemple à ouvrir quatre écoles en partenariat
avec la France. Pourquoi être aussi en pointe contre la Syrie ? On n’aurait
jamais imaginé cela de la France, en particulier nous autres les Chrétiens » 8 « Le
président syrien est loyal, je le connais bien » Sur
France 24 Jean-Clément Jeanbart, en direct et par conséquent non soumis
à quelconque restriction mentale inhérente aux rigides colonnes du Figaro, s’exprime
tel qu’en lui-même et non revu et corrigé par le plumitif de service… Ainsi Bachar
al-Assad est-il au regard du prélat, qui pèse ses mots et les répète « un
homme loyal et sincère » et non le monstre sanguinaire habituellement
présenté dans nos médias libre. « Un homme loyal et sincère… auquel
il faut laisser une chance de mener ses réformes pour sortir le pays de l’impasse ».
Nous sommes ici en direct, un cran au-dessus du différé et du truchement de l’écrit :
« Nous, les chrétiens, avons peur. Nous redoutons non seulement une
guerre civile mais aussi la domination des salafistes, des fondamentalistes ».
Les choses sont dites ! « Assad
tiendra ses promesses » Le
problème véritable de la Syrie n’est pas « la dictature du président
alaouite mais la dictature du parti Baas… Ce régime est dictatorial, il n’avance
pas. Il y a du bon et du mauvais dans ce parti, mais aujourd’hui, le mauvais a
pris le dessus ». Mgr Jeanbart
remonte patiemment le courant : « Les chaînes de télévision
ne montrent que les manifestations anti-régime, elles existent, mais je puis vous
affirmer que des mobilisations pro-Assad ont également lieu, et elles réunissent
quotidiennement des centaines de milliers de personnes ». « …Assad
a promis la tenue d’un référendum sur une nouvelle Constitution en mars, laissons-le
travailler… J’attends que le président tienne ses promesses. Et je crois qu’il
les tiendra » ! Sans doute, s’il le peut, si les Forces spéciales
franco-anglo-qattaries lui en laissent le temps et si le Baas, fort des précédents
irakiens et libyens ne durcit pas encore une politique de répression apparemment
trop souvent indiscriminée. Initiative
contre la guerre : résistants de tous pays unissez-vous In
fine, il existe tout, il y a un « bon et un mauvais cholestérol »
une bonne gauche et une gauche détestable, une droite de l’argent et une droite
des valeurs… Lancé à l’initiative de Domenico Losurdo, communiste italien professeur
d’histoire de la philosophie à l’université d’Urbino, un appel international
multilingue à destination des gouvernements occidentaux quémande l’arrêt d’urgence
de la machine à broyer les peuples que nos gouvernements ont mis en marche au
Proche-Orient et dans le Golfe arabo-persique… Un dispositif dont le tic-tac infernal
est chaque jour davantage amplifié par le concert des caisses de résonnance médiatiques. En
substance, ce que dit l’appel et que nous pouvons faire nôtre : « À
présent que se prépare sans vergogne une guerre contre l’Iran et la Syrie, deux
pays stratégiquement importants, riches en matières premières et qui refusent,
en toute indépendance politique, de se soumettre aux diktats atlantistes. Une
agression de l’Otan en Syrie ou en Iran serait susceptible de provoquer un conflit
direct avec la Russie et la Chine avec des conséquences inimaginables »… « De
continuelles menaces de guerre, le déploiement de troupes aux frontières de l’Iran
et de la Syrie, sans parler d’actions terroristes et de sabotage par des unités
spéciales infiltrées, tout cela fait partie de l’arsenal avec lequel les États-Unis,
le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France cherchent à imposer leur imperium à ces
deux États. Ainsi les États-Unis et l’Union européenne entendent-ils de façon
cynique et inhumaine paralyser par l’embargo le commerce extérieur et les transactions
financières de ces pays. De manière délibérée, ils veulent précipiter les économies
iranienne et syrienne dans le marasme le plus grave, multiplier le nombre de chômeurs
et compromettre l’approvisionnement de la population. Pour trouver un prétexte
à des interventions armées planifiées depuis belle lurette, ils cherchent à attiser
les conflits ethniques et sociaux internes et à provoquer la guerre civile ».
Nous ne saurions mieux dire ! Notes(1)
Figaro 13 janv. Paris, selon « une source proche du président Sarkozy »,
soupçonne « une manipulation » des autorités syriennes
qui les impliquerait dans la mort du journaliste de France 2 compte tenu que « les
responsables syriens étaient seuls à savoir qu’un groupe de journalistes
occidentaux visitait Homs ce jour-là ». Si ce n’était aussi grotesque,
ce serait risible, cela nous rappelant l’acharnement de Chirac - et de la Communauté
internationale ! - à imputer à Bachar el-Assad l’assassinat en février 2005
de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri. Cela rappelle également l’exploitation
de l’attentat de Markalé, le marché principal de Sarajevo, le 5 février 1994,
laquelle apporta le prétexte nécessaire à l’Otan pour resserrer son emprise
sur les Serbes accusés d’en être les auteurs... Alors que de nombreux témoignages
démentaient la version attribuant aux « milices Serbes » cet
acte de terrorisme, M. Juppé déjà déclarait à l’émission télévisuelle 7/7 :
« Au fond peu importe qui a tiré, la question n’est pas là !
Les coupables ce sont les responsables de la situation de violence qui règne à
Sarajevo, c’est à dire les Serbes » ! Sentence évidemment
applicable ou réutilisable dans les circonstances actuelles et la mort du journaliste
français. (2)
Malgré l’ironie apparente du propos nous compatissons bien entendu à la douleur
des proches du preneur d’images défunt, victime de la déplorable politique d’un
gouvernement fauteur tous azimuts de guerres civiles au profit d’un nouvel empire
califal et de l’unification de l’aire islamique convertie aux bienfaits de la
démocratie universelle concocté à Manhattan, Brooklyn et Chicago. (3)
Le 24 juil. 1967 le chef de l’État lançait à Montréal un « Vive le Québec
libre » devant cinq cent mille personnes, cri du cœur qui allait déclencher
une extraordinaire crise diplomatique entre Paris et Ottawa. (4)
Sans doute n’est pas pur hasard si l’article 27 (modifié en sept. 2000 et dont
l’utilisation ressort de la seule initiative du procureur de la République) de
la loi de 1881 sur la presse sanctionnant le délit de « fausses nouvelles »
n’a jamais été adapté aux mutations de la société de l’information et à ses capacités
surmultipliées de falsifications en tous genres. Pourtant on ne sait que trop
bien qu’une information déformée, biaisée peut être cause de troubles graves et
dans certains cas peut constituer un acte de haute trahison. Souvenons-nous de
la « Dépêche d’Ems » - télégramme envoyé par le chancelier
Bismarck le 13 juillet 1870 - dont la transcription tronquée fut à l’origine de
la désastreuse guerre franco-prussienne, elle-même origine de la Grande guerre. (5)
L’opposition russe aux « projets » belliqueux des Atlantistes
concerne autant la Syrie que l’Iran qui devrait être prochainement soumis à un
nouvel embargo renforcé - notamment pétrolier portant sur ses exportations de
brut - de la part des Vingt-Sept. La Russie a jusqu’à aujourd’hui, accepté
quatre trains de sanctions, mais désormais, à l’instar de la Chine populaire,
elle entend s’opposer catégoriquement à toutes « nouvelles sanctions
contre l’Iran ainsi qu’à une éventuelle opération militaire ».
Notons que ce sont les huiles moscovites qui parlent à cette heure de guerre potentielle
et non un quelconque bloggeur atteint de paranoïa aiguë ! L’UE, après l’adoption
à la suite des É-U du principe d’un embargo pétrolier contre l’Iran, prépare
en outre pour le 23 janvier un dispositif de sanctions supplémentaires, soit le
garrotage complet de l’Iran rétif, voire son asphyxie définitive… ne serait le
cordon ombilical qui le relie à la Chine par le truchement du Pakistan. (6)
Cf. Michel Chossudovsky, professeur Université d’Ottawa, « Global
Research » 7 janvier, s’appuyant sur l’article « British
Special Forces Training Syrian Rebels ? » - UK Forces 5 janv.
Source non vérifiée. (7)
Les Américains avaient utilisé pour l’Irak, selon un procédé identique Ahmed Chalabi,
escroc notoire – voir la faillite de l’établissement bancaire jordanien Petra
- en cheville avec les Likoudniki les plus influents de Washington, enseignant
à l’Université de Chicago et au MIT (?), il fut mis à la tête du fantomatique
Congrès national irakien ayant pour mission de valider le mythe dévastateur des
armes de destruction massives. En récompense il fut nommé ministre du pétrole
par intérim en 2005 puis vice-premier ministre de mai 2005 à mai 2006. Démasqué,
il s’évanouit finalement dans la nature, cependant Ahmed Chalabi continuerait
d’être membre du Groupe de Bilderberg ! (8)
Propos recueillis par Georges Malbrunot - Le Figaro 11 janvier 2012 |
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