Comment
se fait-il quon ne parle pas beaucoup des sayanim ?
Cela
reste un mystère. Comment des journalistes aguerris ont pu disserter sur
Israël sans mettre sur le doigt sur cet aspect capital ! Je mets cela sur
la puissance des sayanim qui ont réussi lexploit de ne pas faire
parler deux. Il ne faut pas oublier que la chape qui écrasait les
médias pour diffuser la pensée unique favorable à Israël
na commencé à se fissurer que depuis quelques années.
Pourquoi
des citoyens juifs français par exemple deviennent des sayanim ?
Vous
savez, lidéologie sioniste, jusquen 1948, était loin
dêtre majoritaire dans les communautés juives. Je me souviens
quau Maroc, dans les années 50, les rabbins vilipendaient les sionistes.
Et puis la création dIsraël, la propagande, la hantise dun
nouveau génocide, ont fait en sorte que les institutions juives ont basculé
dans un appui inconditionnel à lEtat juif. Aujourdhui en France
il nest pas admissible dexprimer la moindre réserve dans le
cadre des institutions juives. La propagande est telle que les citoyens juifs
qui vivent dans le cadre de ces institutions développent un second patriotisme
et un nationalisme hors du commun. Au besoin, comme illustré dans le roman
(lépisode du cardiologue), le Mossad fera appel au chantage patriotique
pour amener un citoyen français à trahir son serment de médecin
pour satisfaire les visées du Mossad.
Vous
donnez une grande importance à la franc-maçonnerie dans votre livre.
Pourquoi ?
La
franc-maçonnerie me paraît une illustration parfaite du travail dinfiltration
et de propagande mené par les sayanim. Dabord pour montrer quaucun
domaine ne leur échappe. Il ny a pas de « petits profits ».
Là où on peut pousser à la défense dIsraël,
on le fait sans états dâme. Par ailleurs, cela montre que les
juifs sionistes ne reculent devant rien. Car peu de gens ignorent - même
si on nest pas familier avec la franc-maçonnerie - que celle-ci est
dabord laïque, ouverte à tous sans distinction de race, de religion,
ou dorientation politique. Et voilà que des franc-maçons juifs
et sionistes créent en 2002 une loge spécifiquement juive, et sioniste
pour défendre Israël. Je lai vécu personnellement, car
jai été franc-maçon pendant près de 17 ans.
Cela sest passé en 2002, au plus fort de la seconde intifada. Cela
nétait pas dit expressément, car cest contraire à
léthique maçonnique, mais dans les faits cela revenait au
même. Ne devinant pas de quel bord jétais, ces frères
mont mis au parfum sans ambages. Et à mon avis cétait
couvert par les instances supérieures. Tout ce qui se disait dans la loge
était favorable à Israël (voir le 1er chapitre et la conférence
tendant à faire un parallèle entre les réfugiés palestiniens
et les juifs partis des pays arabes, souvent à linstigation du Mossad).
Et chaque année, la loge organise un « voyage dinformation
» en Israël, encadré par des fonctionnaires du ministère
israélien des Affaires étrangères. Un de mes personnages
principaux, Youssef El Kouhen, va subir les foudres des sayanim franc-maçons.
Fils dimmigrés maghrébins, il pense faire un pas décisif
dans son intégration républicaine en étant admis au sein
du Grand Orient. Mais ayant découvert lexistence de cette loge «
judéo-sioniste », il va tenter, avec dautres frères
arabes de contrer leur propagande en créant une loge pro-palestinienne.
Mais là il va se heurter à la puissance du lobby sioniste implanté
au Grand Orient de France et subira une défaite cinglante. Ce lobby va
agir au mépris de toutes les lois de lObédience.
En
parcourant le livre, on saperçoit que certains personnages ressemblent
étrangement à des personnes connues, surtout pour leurs sympathies
sionistes.
Parmi
les 3 000 sayanim français, certains sont connus. Pas en tant que sayanim.
Par définition, ce sont des agents secret. Mais étant donné
leur soutien constant à Israël et leur participation active à
des campagnes savamment orchestrées, il est probable quils agissent
dans ce cadre. Jai voulu les montrer en action, par exemple pour recruter
un nouvel agent, ou pour monter en épingle une rencontre sportive israélo-palestinienne
à Paris, sans autre finalité que de donner lillusion dun
processus de paix.
Et
plus explicitement ?
Il
y a plusieurs années, un match de football a eu lieu au Parc des Princes
entre des jeunes israéliens et palestiniens. Ce qui avait donné
lieu à un battage publicitaire démesuré. Jai repris
cet événement en tentant dimaginer les coulisses, les pressions,
les manipulations, les interventions. Pour obtenir gratuitement le stade, pour
le remplir avec des jeunes de banlieue en faisant intervenir le rectorat, en sollicitant
des subventions de lUnion européenne et de la Mairie de Paris, en
faisant pression sur les dirigeants musulmans « modérés »
pour quils apportent leur caution. Une opération de propagande rondement
menée grâce aux sayanim, et leurs alliés, dont les plus indéfectibles
: SOS Racisme et la Mairie de Paris.
On
retrouve souvent SOS Racisme. Pourquoi ?
Pour
moi, cette organisation sert de courroie de transmission aux idéologies
sionistes. Sa proximité incestueuse avec lUEJF, un des piliers du
soutien à Israël, en est une illustration. Jamais SOS Racisme na
lancé par exemple une campagne contre loccupation israélienne,
alors quelle se démène contre le Soudan. En occupant le terrain,
grâce à des subventions généreuses, SOS Racisme empêche
lémergence dautres organisations anti-racistes plus proches
des exigences de la majorité de ses membres. On entend dailleurs
plusieurs voix, dont celle de Joey Star, réclamer une autre organisation
anti-raciste, issue des quartiers, et les représentant légitimement.
Dans
le roman, je développe un point de vue qui ne doit pas être loin
de la réalité. Cest-à-dire la dépendance de
SOS Racisme vis-à-vis de lUEJF et de ses alliés. Lorsque ces
derniers par exemple cherchent un successeur au président actuel, un noir
qui finit son mandat. Ils cherchent un beur présentable, qui a bien assimilé
les rapports de force et les consignes. Celui qui est approché subira des
« tests » pour montrer sa fidélité aux idéaux
sionistes (quon appelle pudiquement des « positions modérées
et pacifistes"). En loccurrence Moulay Elbali, doctorant dorigine
banlieusarde, qui veut sortir de sa condition à nimporte quel prix.
Un détail : Lorsquun président de lUEJF quitte ses fonctions,
il devient vice-président de SOS Racisme. Pour mieux les contrôler
?
Tout
un chapitre est consacré à la Mairie du 16e arrondissement. Pour
quelle raison ?
Cette
Mairie est un des châteaux forts des sionistes. Le Bnai Brit (franc-maçonnerie
juive internationale) sy réunit régulièrement et y
organise son salon du livre. Son maire est un ardent défenseur dIsraël.
Dans sa croisade pour lEtat juif, il nhésite pas à utiliser
les symboles coloniaux (défense de la civilisation judéo-chrétienne,
avant-poste de la démocratie) à linstar de lancien premier
ministre espagnol qui avait déclaré récemment : « Il
faut défendre Israël à tout prix, car sil tombe, lEurope
aussi tombera ». Dailleurs un portrait géant du soldat israélien
enlevé par le Hamas orne la façade de la Mairie.
Il
y a ce personnage, MST, qui traverse tout le roman, et qui ressemble furieusement
à BHL...
Je
vous laisse la responsabilité de ce constat. Il est vrai quil y quelques
ressemblances, mais en principe ce nest pas lui. Ceci dit, il ne me déplait
pas que certains fassent ce rapprochement. Michel-Samuel Taïeb est effectivement
un personnage central, correspondant à son rôle flamboyant, à
ses nombreux réseaux, à son implication sans réserve en faveur
dIsraël, à lacharnement avec lequel il recrute dautres
sayanim. Cest lui qui va recruter le cardiologue, qui va intervenir à
lElysée pour donner lordre aux rectorats de remplir le stade
de jeunes beurs, qui va appeler un responsable démission à
Canal Plus pour humilier en direct des militantes de SOS Palestine, qui va faire
pression sur le recteur de la Mosquée de Paris pour soutenir ce prétendu
« match pour la paix », etc. Le chef du Mossad à lambassade
dIsraël à Paris de lui : « Il vaut plus que 100 sayanim
».
On
a limpression que vous vous êtes pas mal amusé avec les noms
des sayanim.
Je
nai pas pu men empêcher. Le fait de trouver ces noms, que daucuns
pourraient rapprocher de personnages réels, me remplissait de joie (sarcastique)
à chaque fois. Delanoix, Fauderch, Idler, MST, Goldnavet, Vil-Neuf, jen
passe et des meilleurs. Il est vrai que mes sympathies vont là où
vous savez. Je navais aucune raison de les épargner.
Est-ce
à dire que cest un roman politique ?
Si
on entend par là quil prend position de façon claire et nette,
tout en dénonçant les pratiques de chantages et de manipulations
au profit dune politique impérialiste, alors oui, cest un roman
politique. Dailleurs il est dédié « à tous ceux
qui se battent pour la justice en Palestine ». La forme romanesque nest
quune méthode pour y arriver. Bien quune grande partie du livre
se base sur des faits réels, ou exprime une réalité telle
quelle pourrait se dérouler. Lorsque MST appelle Canal Plus, je nétais
pas à lécoute, mais la façon dont la plupart des grands
médias lui déroulent le tapis rouge me fait penser que cest
sa manière dagir. Et dêtre obéi.
Est-ce
quon vous mettra des bâtons des les roues ?
Certainement.
Les sayanim et leurs complices, et ils sont nombreux et occupent des postes stratégiques,
feront tout pour élever un mur de silence. Ou bien ce sera le déni.
Ou enfin le recours à ces vieilles méthodes de lamalgame.
Une critique dIsraël équivaut à de lantisémitisme.
Parler des sayanim, cest revenir à cette accusation de « complot
» que certains antisémites au tournant du 20e siècle lançaient
aux juifs pour les discréditer. Le discours du déni, et dun
certain terrorisme intellectuel, est bien rodé. Que peut-on vous souhaiter
?
Jespère
dabord que ce livre ouvrira les yeux sur cette force puissante et insidieuse
mise au service dune idéologie de domination. Quil permette
ensuite un décryptage plus pointu des événements. Et enfin
quil favorise lémergence de contre-pouvoirs.
Email
de lauteur : yacobous@yahoo.fr
Jacob
COHEN, LE PRINTEMPS DES SAYANIM, éditions lHARMATTAN, 2010
Source
: http://www.info-palestine.net/article.php3 ?id_article=9047
http://www.dailymotion.com/video/xevhol_franck-abed-recoit-jacob-cohen-1-3_news
(Vidéo
à regarder)
Franck
ABED reçoit Jacob COHEN pour un entretien évoquant le livre : Le
printemps des sayanim. Ce livre qui se veut un roman traite des sayanim - informateurs
en hébreu - qui sont des juifs de la diaspora et par " patriotisme
", ils acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad, ou autres institutions
sionistes. En France, leur nombre serait évalué à 3000....