Il y a 70 ans éclatait la seconde Guerre mondiale :
les causes, les conséquences et les leçons

David North

Mardi 1 Décembre 2009




Cette conférence ne porte pas principalement sur les conflits et événements spécifiques qui ont déclenché la seconde Guerre mondiale, mais sur les causes plus générales de la guerre.


Étant donné l'ampleur du cataclysme qui s'est déroulé entre 1939 et 1945, il est simpliste, et même absurde, d'en chercher les causes dans les conflits diplomatiques qui ont abouti aux hostilités – comme la controverse à propos du corridor de Dantzig – sans aborder leur contexte historique plus large.

Toute considération des causes de la seconde Guerre mondiale doit découler du fait que le développement du conflit militaire global de 1939-45 suivait de seulement 25 ans le premier conflit militaire global, qui s'est déroulé entre 1914 et 1918. C'est-à-dire que seulement 21 ans se sont écoulés entre la fin de la première Guerre mondiale et le début de la seconde. Ou, sous un autre angle : deux guerres mondiales catastrophiques ont eu lieu en seulement 31 ans.

Pour mettre cela dans une perspective contemporaine, la durée qui sépare 1914 de 1945 est la même qu'entre 1978 – le milieu du gouvernement Carter – et 2009. Pour conserver cette perspective historique – et effectuer le déplacement nécessaire dans l’histoire – imaginons une personne née en 1960, qui aurait eu 18 ans en 1978, c'est-à-dire en âge d'être appelé au service militaire. Si il ou elle avait survécu, cette personne n'aurait eu que 22 ans à la fin de la guerre. Il ou elle n'aurait eu que 43 ans lorsque la seconde guerre aurait éclaté et seulement 49 à sa fin.

Qu'est-ce que cela veut dire d’un point de vue très humain et personnel? Qu'en arrivant à 50 ans, cette personne aurait vu, directement ou non, une quantité proprement ahurissante de violence. Cette personne aurait probablement connu un très grand nombre de gens tués au cours de ces guerres.

Évidemment, l'étendue du contact individuel de quelqu’un avec la mort durant ces deux guerres dépendait du lieu où il se trouvait. L'expérience de l'Américain moyen n'a pas été la même que celle de quelqu'un vivant en Angleterre, France, Allemagne, Pologne, Russie, Chine ou au Japon.

La mortalité des deux Guerres mondiales

Pour la première Guerre mondiale, les estimations du nombre total de morts varient de 9 à 16 millions. Les morts au combat représenteraient 6,8 millions du nombre total, 2 autres millions de décès de militaires étant causés par des accidents, la maladie, ou les conséquences de l'incarcération dans les camps de prisonniers de guerre.

Les tableaux 1 et 2 donnent le détail de la mortalité par pays pour la première guerre mondiale :


Pays

Morts

% de la population

Australie

61 928

1,38

Grande-Bretagne

994 134

2,19

Belgique

120 637

1,63

Canada

66 944

0,93

France

1 697 800

4,29

Grèce

176 000

3,67

Italie

1 240 000

3,48

Roumanie

680 000

9,07

Russie

3 311 000

1,89

Serbie

725 000

16,11

États-Unis

117 465

0,13


Tableau 1. Morts durant la première guerre mondiale par pays, puissances alliées.


Pays

Morts

% de la population

Autriche-Hongrie

1 567 000

3,05

Bulgarie

187 500

3,41

Allemagne

2 476 897

3,82

Empire ottoman

2 921 844

13,72


Tableau 2. Morts durant la première guerre mondiale par pays, puissances de l’Axe.

Ce sont des pertes colossales. Et les millions de morts directement causés par la guerre ont été suivis presque immédiatement, après l'Armistice, par la mort de 20 autres millions de gens à cause de l'épidémie de grippe qui a ravagé les populations déjà affaiblies.

Le coût humain de la seconde Guerre mondiale dépasse de loin celui de la première Guerre mondiale. Les estimations du nombre total varient de 62 à 78 millions. Parmi ceux-ci, les morts militaires s'élèvent entre 22 et 25 millions, y compris les morts de 5 millions de prisonniers de guerre. Le nombre de civils décédés est estimé entre 40 et 52 millions.

Regardons la mortalité subie par quelques-uns des pays les plus impliqués dans le maelström de cette guerre.


Pays

Morts

% de la population

Chine

10 à 20 millions

2 à 4

Grande-Bretagne

3 à 4 millions

4,3 à 5,76

Indochine française

1 à 1,5 million

4 à 6

Grèce

800 000

11,7

Japon

2,7 millions

3,78

Allemagne

5,6 à 6,5 millions

7,8 à 9,4

Pologne

5,8 millions

16,5

Union Soviétique

24 millions

14

États-Unis

418 000

0,32


Tableau 3. Morts durant la seconde Guerre mondiale par pays.

Deux autres pays ont perdu au moins 10 pour cent de leur population : la Lituanie et la Lettonie. Ont également perdu au moins 3 pour cent de leur population : l'Estonie, la Hongrie, les Pays-bas, la Roumanie, Singapour et la Yougoslavie.

Les victimes de l'annihilation génocidaire des Juifs d'Europe sont comprises dans ce catalogue effrayant. Six millions de Juifs ont été assassinés entre 1939 et 1945. Ce nombre inclus 3 millions de Juifs polonais et près d'1 million d'ukrainiens. En proportions, 90 pour cent des Juifs de Pologne, des Etats baltes et d'Allemagne ont été tués, ainsi que plus de 80 pour cent des Juifs tchécoslovaques et plus de 70 pour cent des Juifs hollandais, hongrois et grecs. Plus de 41 pour cent des Juifs norvégiens et plus de 20 pour cent des Juifs français, bulgares et italiens ont subi le même sort.

Dans chaque cas, cette campagne génocidaire a été menée avec le soutien actif des autorités locales. Le seul pays occupé par les Nazis où il y a eu un effort coordonné de la part de la population locale pour sauver ses citoyens juifs fut le Danemark. Dans ce pays, malgré le fait qu'il ait été voisin de l'Allemagne, sur une population de 8.000 juifs avant-guerre, seulement 52 ont été victime de la terreur nazie – c'est-à-dire moins d'un pour cent.

Pris dans leur ensemble, le coût humain des deux Guerres mondiales s'élève, selon les meilleures estimations, entre 80 et 90 millions de personnes. Il faut ajouter à cela les centaines de millions de gens qui ont été blessés physiquement ou traumatisés d'une manière ou d'une autre par ces deux guerres – ceux qui y ont perdu leurs parents, leurs enfants, de la famille ou des amis ; qui ont été déplacés, forcés à quitter leur pays, et qui ont perdu des liens irremplaçables et sans prix avec leur héritage personnel et culturel. Il n'est pas possible d'imaginer correctement, sans même parler de comprendre, l'horrifiante ampleur de la tragédie qui s'est déroulée durant ces 31 années entre 1914 et 1945.

Lorsque l'on se penche sur ces événements, il faut garder à l'esprit que ces tragédies gigantesques et sans précédent se sont déroulées il n'y a pas si longtemps, en termes historiques. Il y a encore des dizaines de millions de gens vivants aujourd'hui qui ont traversé la seconde Guerre mondiale. Et pour les gens de ma génération, les événements de la première guerre se sont déroulés durant la vie de nos grands-parents – qui étaient, pour beaucoup d'entre eux, des vétérans de cette guerre.

En d'autres termes, ces deux Guerres mondiales appartiennent à l'histoire moderne. Le monde dans lequel nous vivons est, pour une très grande partie, le produit de ces catastrophes jumelles.

De plus, les contradictions – politiques et économiques – desquelles ont émergé ces guerres ne sont pas résolues. Ce fait historique est à lui seul une raison suffisante pour voir dans le soixante-dixième anniversaire de l'éclatement de la seconde guerre mondiale une occasion de se pencher à nouveau sur ses origines, ses conséquences et les leçons à en tirer.

Les origines et les causes des deux Guerres mondiales

Dans le temps d'une unique allocution, il n'est évidemment possible que de donner les grandes lignes des principales causes de la guerre. Par souci de clarté, mais sans simplifier outre mesure, cette présentation des grandes lignes traitera de la première et de la seconde Guerre mondiale comme de deux événements inextricablement liés.

La vitesse à laquelle la crise s'est développée en 1914 en a surpris beaucoup. Peu de gens se doutaient que l'assassinat de l'Archiduc autrichien Franz Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 mènerait, en seulement cinq semaines, à une guerre à l'échelon européen – laquelle prendrait des dimensions mondiales avec l'entrée en guerre des États-Unis en avril 1917.

Et pourtant, les conditions nécessaires à une conflagration militaire désastreuse avaient mûri au cours des 15 années précédentes, et ces conditions étaient liées à des changements dramatiques dans l'économie mondiale et, par conséquent, dans la politique internationale.

Avant le déchaînement de 1914, il n'y avait pas eu de conflit généralisé entre les « Grandes puissances » d'Europe depuis la fin des guerres napoléoniennes en 1815. Le congrès de Vienne avait créé un cadre relativement stable pour les relations entre Etats, qui s'était maintenu tout au long du siècle.

Il est vrai que le dix-neuvième siècle n'a pas été entièrement pacifique, le système des Etats nations sous sa forme moderne a émergé d'une série de conflits militaires importants, dont le plus sanglant fut la Guerre civile américaine. En Europe, la consolidation de l'Etat allemand moderne sous hégémonie prussienne a été réalisée par Bismarck grâce à un usage calculé de la force militaire contre le Danemark (1864), l'Autriche (1866) et, finalement, la France (1870). Plus tôt, dans les années 1850, les Britanniques et les Français s'étaient opposés aux ambitions géopolitiques de l'Empire russe au cours de la Guerre de Crimée. Mais ces conflits militaires étaient relativement contenus, ils n'ont pas entraîné une rupture de l'ensemble du cadre politique européen et mondial.

À partir des années 1890, le conflit entre les principaux Etats capitalistes – ou, pour être plus précis, entre les forces financières et industrielles exerçant une influence sur la détermination de la politique étrangère de chaque Etat – pour la domination de certaines « sphères d'influence » devint le fondement de la politique internationale. Ce développement a trouvé son expression la plus éhontée et la plus brutale dans la lutte pour l’obtention de colonies dont les populations locales furent réduites à l'état de demi-esclaves.

C’était l’avènement de l'âge de l'impérialisme. Ce développement impliquait une grave déstabilisation, encore plus dangereuse que la précédente, de la structure des relations internationales. Durant les décennies qui ont suivi la fin des guerres napoléoniennes, la Grande-Bretagne avait joui d'une suprématie quasi-incontestée. Son empire, s'appuyant sur de vastes possessions coloniales, était le facteur dominant de la politique internationale du dix-neuvième siècle. Comme le disait l'adage, le soleil ne se couchait jamais sur l'Empire britannique, et les salaires ne s'y élevaient jamais ! La France jouissait également d'un statut privilégié dans le système mondial en tant que puissance coloniale de longue date, mais elle restait nettement derrière l'Angleterre.

Cependant, l'émergence de nouveaux Etats nations bourgeois, se développant sur la base d'une industrie et d'une finance capitalistes au développement rapide, faisait peser des tensions immenses sur les relations géopolitiques existantes. Les deux plus importants « nouveaux » Etats capitalistes, qui acquéraient rapidement des intérêts impérialistes et en désiraient plus, étaient l'Allemagne et les États-Unis.

L'entrée des États-Unis dans le club impérialiste date de 1898, lorsque le gouvernement McKinley, avec un cynisme, une hypocrisie et une malhonnêteté insurpassables, concocta un prétexte pour déclarer la guerre à l'Espagne. En seulement deux mois, Cuba était transformé en une semi-colonie des États-Unis. Dans le même temps, les États-Unis établissaient les bases de leur domination impérialiste du Pacifique en occupant les Philippines. Ayant justifié leur occupation des Philippines par la promesse de la liberté et de la démocratie pour leurs habitants, les États-Unis honorèrent leur promesse en massacrant 200.000 insurgés de ces îles qui s'opposaient à l'occupation.

Les États-Unis bénéficiaient d'un précieux avantage géographique. Ils se sont développés sur un vaste continent et étaient protégés des interventions étrangères dans leurs affaires par deux vastes océans. La plupart des puissances européennes ont été ébahies par le comportement va-t-en-guerre malhonnête et sans état d'âme de McKinley, mais ils n'y pouvaient rien.

Les ambitions grandissantes de l'Allemagne, d'un autre côté, ont immédiatement rencontré l'opposition de ses voisins impérialistes d'Europe – d'abord la France et la Russie, puis, et plus sérieusement, la Grande-Bretagne.

Ainsi, les conflits croissants entre les puissants Etats nations capitalistes, cherchant à dominer une économie mondiale de plus en plus intégrée, ont formé la véritable base de l'accumulation des tensions géopolitiques qui ont finalement explosé durant l'été 1914.

Qui était responsable ?

Pendant, et encore plus après, la première Guerre mondiale, il y a eu de nombreuses discussions pour savoir « qui avait commencé » la guerre, qui « avait tiré le premier » et, donc, qui devrait être sanctionné. Ces questions jouent toujours un rôle majeur dans la propagande des Etats impliqués dans une guerre, leurs cliques dirigeantes sont toujours pressées de s'absoudre de la responsabilité des conséquences désastreuses de leur pyromanie militaire.

Prises indépendamment des circonstances historiques plus larges, il y a d'amples preuves de la responsabilité principale de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie dans l'éclatement de la guerre en août 1914. Leurs gouvernements ont choisi, avec une absence de remords incroyable, d'exploiter l'assassinat de Franz Ferdinand pour réaliser leurs objectifs géopolitiques à long terme. Ils ont pris des décisions qui ont mis en branle la chaîne désastreuse des événements ayant mené à l'éclatement des hostilités. Mais au-delà de la démonstration du genre de criminalité dont les régimes capitalistes sont capables – comme nous en avons vu des exemples plus récents dans le lancement des guerres en Irak et en Afghanistan sur la base de mensonges éhontés – la preuve d'une préméditation allemande et autrichienne ne suffit pas à expliquer les grandes causes, plus profondes, de la guerre.

Il est vrai que la France et la Grande-Bretagne ne voulaient pas nécessairement une guerre en août 1914. Mais ce n'est pas parce qu'elles « aimaient » la paix. La Grande-Bretagne, il faut se le rappeler, avait mené une guerre brutale contre l'insurrection des Boers en Afrique du Sud tout juste dix ans plus tôt. Si la Grande-Bretagne et la France ne « voulaient » pas forcément d'une guerre en 1914, c'était parce qu'ils étaient plus ou moins satisfaits d’un statu quo plus ou moins favorable à leurs intérêts. Cependant, confrontés à des actions de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie menaçant ce statu quo et par-là même leurs intérêts, ils ont accepté la guerre comme une nécessité politique. La guerre, du point de vue des intérêts impérialistes anglais et français, était préférable à une paix qui modifierait ce statu quo dans le sens de l'Allemagne.

Donc, en dernière analyse, la cause de la guerre n'était pas à chercher dans les actions d'un Etat ou de l'autre et qui aurait déclenché les échanges de tirs. Les causes se trouvent dans la nature essentielle du système impérialiste, dans la logique de la lutte des puissants Etats nations capitalistes pour maintenir – ou atteindre, suivant les circonstances – une position dominante dans un ordre économique mondial de plus en plus intégré.

L'analyse marxiste

Durant les années qui ont précédé la guerre, le mouvement socialiste international avait tenu une série de congrès dans lesquels il avait averti des conséquences mortelles de l'impérialisme qui se développait et du militarisme qu'il encourageait. La Deuxième internationale, fondée en 1889, déclarait régulièrement son opposition sans appel au militarisme capitaliste et jurait de mobiliser la classe ouvrière contre la guerre. Elle prévenait la classe dirigeante européenne que si la guerre ne pouvait pas être arrêtée, l'Internationale utiliserait la crise créée par la guerre pour hâter le renversement du capitalisme.

Mais en août 1914, ces déclarations ont été trahies par la quasi-totalité des dirigeants du socialisme européen. Le 4 août 1914, le Parti socialiste allemand – le plus grand parti socialiste au monde – vota au Reichstag pour les crédits de guerre. La même position patriotique a été prise par les dirigeants socialistes en France, en Autriche et en Grande-Bretagne. Seule une poignée de dirigeants socialistes de premier plan a adopté une position claire et sans équivoque contre la guerre, parmi lesquels les plus importants étaient Lénine, Trotsky, et Rosa Luxembourg.

Je voudrais me concentrer brièvement sur l'analyse faite par Trotsky des causes de la guerre. Il rejeta avec dédain les affirmations frauduleuses et hypocrites des dirigeants socialistes favorables à la guerre selon lesquelles ils s'étaient alliés à leurs maîtres capitalistes pour défendre leurs pays contre une agression étrangère. Trotsky a démonté les mensonges éhontés avec lesquels les gouvernements en guerre cherchaient à couvrir les véritables objectifs politiques et économiques qui sous-tendaient leur décision de partir en guerre. Il insista sur le fait que la cause de la guerre était plus profonde, qu'elle se trouvait dans les changements intervenus dans la structure de l'économie mondiale et dans la nature même du système d'Etats nations capitalistes.

Forcé de quitter l'Autriche lorsque la guerre a éclaté, Trotsky s'est d'abord rendu à Zurich, où il écrivit un brillant pamphlet en 1915, La guerre et l'internationale, dans lequel il expliquait la signification essentielle de la guerre.

« La guerre actuelle est avant tout une révolte des forces productives contre la forme politique de l’Etat et de la nation. Elle signifie l’effondrement de l’Etat national en tant qu’unité économique indépendante.

La nation doit continuer d’exister en tant que fait culturel, idéologique et psychologique, mais son fondement économique lui a été arraché. Tous les discours, parlant de l'effusion de sang actuelle comme d’une question de défense nationale, ne sont qu'aveuglement ou hypocrisie. Au contraire, le sens vraiment objectif de la guerre consiste en l’effondrement des actuels centres économiques nationaux et la substitution à leur place d’une économie mondiale. Mais la façon dont les gouvernement proposent de résoudre ce problème de l’impérialisme n’est pas au moyen de la collaboration intelligente et organisée de tous les producteurs de l’Humanité mais au moyen de l’exploitation du système économique mondial par la classe capitaliste du pays vainqueur, pays que cette guerre doit transformer d’une grande puissance en une puissance mondiale.

La guerre prononce la chute de l'État national. Et en même temps elle prononce celle du système de l’économie capitaliste. Au moyen de l’Etat national, le capitalisme a révolutionné tout le système économique dans le monde entier. Il a partagé le globe terrestre au bénéfice des oligarchies des grandes puissances autour desquelles gravitent les satellites que sont les États de second ordre vivant de la rivalité des grands pays. Le développement futur de l’économie mondiale sur fondement capitaliste signifie la lutte incessante pour de nouvelles sphères d’exploitation capitalistes qui doivent être obtenues d’une seule et même source, la terre. La rivalité économique, sous le signe du militarisme, s'accompagne de pillages et de destructions violant les principes élémentaires de l’économie humaine. La production mondiale ne se révolte pas seulement contre la confusion produite par les divisions nationals et entre Etats, mais aussi contre les organismes de l’économie capitaliste qui s’est transformée à présent en désorganisation et en Chaos.

La guerre de 1914 est la plus grande convulsion économique d'un système qui meurt de ses propres contradictions.

Le Capitalisme a créé les conditions matérielles d’un nouveau système économique socialiste.

L'impérialisme a conduit les peuples au chaos historique. La guerre de 1914 indique le chemin hors de ce chaos en pressant de façon violente le prolétariat à prendre le chemin de la révolution.»

Cette analyse a été confirmée par l'irruption de la révolution russe, celle-ci a mis le Parti bolchevique, dirigé par Lénine et Trotsky, au pouvoir en octobre 1917.





Les conséquences de la première Guerre mondiale

Deuxième partie


Après quatre ans de conflit et de carnage, la guerre s'est terminée assez soudainement en novembre 1918. Ce qui y a mis fin tenait plus à l'évolution des conditions politiques entre les belligérants qu'aux résultats obtenus sur le champ de bataille. La révolution d'Octobre entraîna un désengagement rapide de la Russie. L'armée française, mise à genoux par les mutineries de soldats en 1917, était au bord de l'effondrement. Seule l'arrivée des troupes et du matériel américain du côté des alliés permit d'éviter la défaite et de restaurer, au moins en partie, le moral des troupes. L'opposition à la guerre gagnait rapidement en Allemagne, en particulier à la suite de la victoire des Bolcheviques en Russie. En octobre 1918, une mutinerie des marins en Allemagne déclencha un mouvement plus large de contestation révolutionnaire qui entraîna l'abdication du Kaiser Guillaume II. Incapable de poursuivre la guerre, l'Allemagne fit une proposition de paix.
En dépit de la défaite de l'Allemagne, la guerre n'avait pas produit les résultats que la Grande-Bretagne et la France avaient envisagés au départ. À l'Est, la guerre avait entraîné une révolution socialiste en Russie et la radicalisation de la classe ouvrière à travers toute l'Europe. À l'Ouest, la guerre créait une situation où les États-Unis – ayant subi peu de pertes – pouvaient émerger comme la puissance capitaliste dominante.
De plus, le traité de Versailles de 1919 préparait l'éclatement de nouveaux conflits. Les exigences agressives dictées par l'impérialisme français ne faisaient rien pour stabiliser les relations sur le continent européen. Le démantèlement de l'Empire austro-hongrois entraîna la création d'une série de nouveaux Etats nations instables, déchirés par des rivalités anciennes et explosives entre sections dirigeantes. Surtout, le traité de Versailles ne créait pas de nouvelles bases pour le retour de l'équilibre économique en Europe. Au lieu de cela, l'économie capitaliste mondiale était, à la sortie de la guerre, traversée par des déséquilibres qui allaient entraîner l'effondrement sans précédent qui démarrerait à Wall Street en octobre 1929.
Un autre facteur important dans la réémergence des tensions internationales qui devait aboutir à une reprise de la guerre mondiale en 1939 était le rôle des États-Unis dans les affaires mondiales. Même si Wilson a été applaudi – particulièrement après l'entrée en guerre des États-Unis et la victoire de la révolution socialiste en Russie – comme le sauveur de l'Europe capitaliste, il devint rapidement évident pour la bourgeoisie européenne que les intérêts des États-Unis ne correspondaient pas entièrement aux siens.
Si elle donnait des sueurs froides aux diplomates britanniques, l'expansion régulière de la puissance américaine mettait franchement à vifs les nerfs des représentants les plus pugnaces de l'impérialisme germanique. Dans sa récente étude Wages of Destruction [le salaire de la destruction], sur les origines de la Guerre mondiale, l'universitaire renommé Adam Tooze écrit :
« L'Amérique devrait nous fournir le point d'appui nécessaire à la compréhension du Troisième Reich. En cherchant à expliquer la précipitation de l'agression hitlérienne, les historiens ont sous-estimé sa conscience exacte de la menace que faisait peser sur l'Allemagne, ainsi que sur le reste des puissances européennes, l'émergence des États-Unis en tant que superpuissance dominante mondiale. En s'appuyant sur les tendances économiques de l'époque, Hitler avait déjà prédit dans les années 1920 que les puissances européennes n'avaient que quelques années devant elles pour s'organiser contre cette inévitabilité. […]
L'agression lancée par le régime de Hitler peut donc être rationalisée comme une réponse intelligible aux tensions créées par le développement inégal du capitalisme global, tensions qui, bien entendu, sont toujours parmi nous aujourd'hui. [pp. xxiv-xxv.] »
L'analyse de Trotsky en 1934
Les années qui ont suivi la fin de la première Guerre mondiale ont vu la grande période du pacifisme. Wilson avait affirmé en déclarant la guerre à l'Allemagne en 1917 que les États-Unis menaient une guerre « pour mettre fin à toutes les guerres. » La Ligue des nations – à laquelle les États-Unis ont refusé d'adhérer – a été créée par les vainqueurs européens. En 1927, la France et les États-Unis ont négocié le pacte Briand-Kellogg, qui mettait la guerre hors-la-loi. Et pourtant, les tensions internationales devinrent de plus en plus intenses, en particulier après l'effondrement de Wall Street, le début de la dépression mondiale, et la déstabilisation politique de l'Europe qui s'en est suivie – dont l'arrivée de Hitler au pouvoir en janvier 1933 était l'expression la plus menaçante.
Personne n'a saisi les implications de la crise du capitalisme mondial qui se développait avec plus de prévoyance et de clarté que Léon Trotsky. En juin 1934, exilé d'Union soviétique par le régime bureaucratique réactionnaire dirigé par Staline, Trotsky écrivait :
« Les mêmes causes, inséparables du capitalisme moderne, qui ont provoqué la dernière guerre impérialiste, ont maintenant atteint un degré de tension infiniment supérieur à ce qu'elles étaient en 1914. La crainte des conséquences d'une nouvelle guerre est l'unique facteur qui entrave la volonté des impérialistes. Mais l'efficacité de ce frein a des limites. Le poids des contradictions internes pousse un pays après l'autre dans la voie du fascisme, lequel, à son tour, ne peut se maintenir au pouvoir qu'en préparant des explosions internationales. Tous les gouvernements ont peur de la guerre. Mais aucun n'est libre de son choix. Sans une révolution prolétarienne, une nouvelle guerre mondiale est inévitable. » [Écrits de Léon Trotsky (1933-34) p.300]
Trotsky insistait, comme il l'avait fait en 1914, sur le fait que la principale source des tensions mondiales se trouvait dans la contradiction « entre les forces productives et le cadre de l'Etat national, en conjonction avec la principale contradiction – entre les forces productives et la propriété privée des moyens de production… » [p. 304]
Avec Hitler au pouvoir, les défenseurs, libéraux et réformateurs, de la bourgeoisie impérialiste en Grande-Bretagne, en France et aux États-Unis avaient commencé à expliquer qu'une nouvelle guerre serait une guerre contre la dictature. Cet argument allait en fin de compte être repris par le régime soviétique stalinien. Trotsky refusait fermement cette interprétation. « Une guerre moderne entre les grandes puissances, » écrivait-il, « ne signifie pas un conflit entre la démocratie et le fascisme mais une lutte entre deux impérialismes pour le partage du monde. » [p. 307]
L'éclatement et le déroulement de la seconde Guerre mondiale
Trotsky insistait sur le fait que seule la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière, menant au renversement du capitalisme, pourrait empêcher une nouvelle guerre mondiale, laquelle serait encore plus sanglante que la première. Mais les défaites de la classe ouvrière n Espagne et en France – produits des trahisons combinées des bureaucraties staliniennes, socio-démocrates et réformistes – rendait la guerre inévitable. Elle a finalement commencé le premier septembre 1939.
Comme en 1914, l'impérialisme allemand a été le principal instigateur du conflit. Mais la seconde Guerre mondiale, comme la première, avait des causes plus profondes. Trotsky écrit :
« Les gouvernements démocratiques qui en leur temps ont salué Hitler comme un champion de la croisade contre le bolchevisme, en font maintenant une sorte de Satan surgi à la surprise générale des profondeurs de l'enfer et qui viole la sainteté des traités, des frontières, des règles et des règlements. S'il n'y avait pas Hitler, le monde capitaliste fleurirait comme un jardin Quel mensonge misérable ! Cet épileptique allemand, avec une machine à calculer dans le crâne et un pouvoir illimité entre les mains, n'est pas tombé du ciel ni surgi de l'enfer : il s'est rien d'autre qu'une personnification de toutes les forces destructives de l'impérialisme. […] Hitler, ébranlant jusqu'à leurs fondations les puissances coloniales, ne fait que donner une expression plus achevée à la volonté de pouvoir impérialiste. Par l'intermédiaire de Hitler, le capitalisme mondial, poussé au désespoir par sa propre impasse, a commencé à s'enfoncer dans les flancs une dague aiguisée. » [Écrits de Léon Trotsky (1939-40), p. 233]
Au cas où quelqu'un penserait que Trotsky se montre ici injuste envers les dirigeants des pays qui se sont opposés à Hitler durant la guerre, il vaut la peine de citer les mots de Winston Churchill. En janvier 1927, quelque temps avant de devenir Premier ministre, Churchill a visité Rome, rencontré le dictateur italien Mussolini, et écrit : « Je ne pouvais m'empêcher d'être charmé par la stature douce et simple du Signor Mussolini, et par sa pose calme et détachée malgré tant de fardeaux et de dangers. » Le fascisme italien fournissait l'« antidote nécessaire contre le virus russe. » Churchill déclara aux fascistes italiens : « Si j'avais été un Italien, je suis sûr que j'aurais été entièrement à vos côtés du début à la fin de votre lutte victorieuse contre les appétits et les passions bestiales du Léninisme. » [Cité dans Human Smoke: The beginnings of World War II, the End of Civilization, de Nicholson Baker, p.16]
Un historien de cette période note, « pour beaucoup de conservateurs, et de groupes d'hommes d'affaires, l'Allemagne de Hitler et l'Italie de Mussolini, consacrées à empêcher le développement du communisme, faisaient l'objet d'une certaine admiration. En conséquence, il y avait une forte opposition – notamment en Grande-Bretagne – à une alliance avec l'Union soviétique contre les puissances fascistes. » [Frank McDonough, Hitler, Chamberlain and Appeasement (Cambridge university press, 2002), p. 33]
Hitler a envahi la Pologne le premier septembre 1939, et la Grande-Bretagne et la France ont déclaré la guerre au troisième Reich deux jours plus tard. Après qu'Hitler eût conquis la Pologne en quelques semaines, aucune action militaire n'a été menée par l'Allemagne nazie jusqu'au printemps 1940 ; la France – dont la classe dirigeante était plus inquiète des risques de révolution dans sa propre classe ouvrière que du danger d’une conquête de leur pays par les Nazis – s'est rendue.
Staline avait espéré qu'il pourrait éviter une guerre avec l'Allemagne grâce à son lâche pacte de non-agression. Mais le régime fasciste avait toujours considéré la destruction de l'Union soviétique comme une composante essentielle de son plan pour la domination de l'Europe. En juin 1941, l'invasion allemande de l'URSS débuta. En dépit des erreurs désastreuses de Staline et des défaites initiales massives de l'armée rouge, les forces nazies ont rencontré une ferme résistance.
Le 7 décembre 1941, l'attaque japonaise contre Pearl Harbor mit les États-Unis dans la guerre. Quatre jours plus tard, le 11 décembre 1941, l'Allemagne déclarait la guerre aux États-Unis Pour les trois années et demie suivantes, la guerre fut menée avec une férocité sans cesse renouvelée – même s'il faut insister sur le fait que la guerre en Europe occidentale, au moins jusqu'à l'invasion des alliés en juin 1944, n'était, d'un point de vue militaire, qu'un théâtre d'opérations mineur comparé à l'horrible carnage de la lutte entre l'Allemagne nazie et L'Union soviétique. La guerre en Europe s'est finalement terminée le 8 mai 1945, avec la capitulation sans conditions de l'Allemagne nazie, une semaine seulement après le suicide de Hitler.
La guerre en Asie a continué encore trois mois, alors qu'il n'y a jamais eu de doute sur son issue. Il n'y avait jamais eu la moindre chance que le Japon – avec sa population nettement plus faible, son infrastructure industrielle beaucoup moins développée et un accès limité aux matières premières stratégiques – ne puisse l'emporter contre les États-Unis. Les Japonais, comme le savait très bien le gouvernement américain, cherchaient à conclure une paix acceptable dès le printemps 1945. Mais la tragédie devait être jouée jusqu'à sa fin sanglante. En août 1945, les États-Unis ont lâché deux engins nucléaires sur les villes sans défense et militairement sans intérêt d'Hiroshima et Nagasaki. Les deux bombes ont tué environ 150 000 personnes. Comme le fit observer l'historien Gabriel Jackson plus tard :
« Dans les circonstances spécifiques d'août 1945, l'usage de la bombe atomique a montré qu'un chef de l'exécutif tout à fait normal psychologiquement et démocratiquement élu pouvait utiliser cette arme de la même manière que l'aurait fait un dictateur nazi. Dans ce sens, les États-Unis – aux yeux de tous ceux qui se soucient des distinctions morales dans le comportement des différents types de gouvernements – ont effacé la différence entre le fascisme et la démocratie. » [Civilization and Barbarity in 20th Century Europe, pp. 176-77]
Les conséquences et l'importance de la seconde Guerre mondiale
Maintenant que nous voyons les deux Guerres mondiales comme des étapes interdépendantes d'un même processus historique, que peut-on conclure sur la source et l'objet de ce conflit qui coûta la vie à près de 90 millions de gens ?
Il faut se souvenir que l'éclatement de la première Guerre mondiale a eu lieu à cause des antagonismes inter-impérialistes créés par l'émergence d'Etats capitalistes puissants et qui n'étaient pas satisfaits de l'état des relations géopolitiques. L'Allemagne en particulier était mécontente de sa position inférieure dans le système colonial mondial dominé par l'Angleterre et la France, et par les limites imposées à la poursuite de ses intérêts par ces deux puissances rivales. En même temps, les États-Unis, dont la puissance économique insurpassée les remplissait de confiance en eux-mêmes et d'ambitions, refusaient d'accepter des restrictions à la pénétration du capital américain sur les marchés étrangers, y compris dans ceux qui étaient gouvernés par les lois protectrices de l'Empire britannique.
La conclusion de la seconde Guerre mondiale a mis fin à une période définie de conflits globaux ouverte par l'avènement de l'époque impérialiste à la fin des années 1890. La tentative de l'Allemagne d'obtenir une « place au soleil » s’était soldée par une défaite décisive. De même, le rêve du Japon impérial d'établir sa domination sur le Pacifique occidental, la Chine et l'Asie du Sud-est a été annihilé par sa défaite décisive dans la seconde Guerre mondiale. Les Britanniques et les Français sortirent de ce carnage d'un demi-siècle profondément affaiblis et manquant des ressources financières pour maintenir leurs vieux empires. Quelles que soient les illusions qu'ils aient pu entretenir sur la préservation de leur statut de premières puissances impérialistes, celles-ci ont reçu le coup de grâce dans la décennie qui a suivi la fin de la seconde Guerre mondiale.
En 1954, la France a subi contre les forces de libération vietnamiennes à Dien Bien Phu une défaite militaire dont elle ne s'est pas relevée et qui a forcé la France à se retirer d'Indochine. En 1956, le gouvernement britannique a été forcé par les États-Unis à renoncer à son invasion de l'Égypte – une humiliation publique qui a confirmé la soumission britannique à l'impérialisme américain. Comme cela avait été anticipé par Trotsky une dizaine d'années plus tôt, la lutte entre les principales puissances impérialistes pour la domination globale, la redivision brutale du monde qui coûta les vies de dizaines de millions d'êtres humains, s'était terminée par la victoire de l'impérialisme américain.
L’après-guerre
Le monde sorti en 1945 du carnage de ces deux guerres était très différent de celui qui existait en 1914. Bien que les États-Unis aient remplacé la Grande-Bretagne ruinée comme puissance impérialiste dominante, ils ne purent pas recréer le vieil empire britannique à leur image. L'ère des empires coloniaux, du moins dans leur forme antérieure, était révolue.
Fait historique lourd d'une profonde ironie, Woodrow Wilson prononça son discours de guerre au Congrès, en avril 1917, au même moment où Vladimir Ilych Lénine rentrait en Russie. Deux grandes lignes du développement historique se sont croisées à ce moment crucial. Le discours de Wilson marquait l'émergence décisive des États-Unis comme puissance impérialiste dominante sur la planète. L'arrivée de Lénine marquait le début d'une grande vague de luttes socialistes et anti-impérialistes de la part des masses qui allait traverser la planète.
Lorsque les États-Unis ont achevé leur victoire sur l'Allemagne et le Japon en 1945, des centaines de millions de gens étaient déjà en révolte contre l'oppression impérialiste. La tâche qui se présentait aux États-Unis était de dévier la vague des luttes révolutionnaires mondiales. Il n'est pas possible dans le cadre de cette étude de décrire, même dans les grandes lignes, les évolutions d'après-guerre. Cela exigerait au moins quelques explications sur la dynamique politique de la prétendue « Guerre froide », qui a défini la politique internationale entre 1945 et 1991.
Cependant, en terminant cette conférence, il est nécessaire d'insister sur le fait que les États-Unis ont considéré la dissolution de l'Union soviétique en 1991 comme une opportunité d'établir finalement l'hégémonie incontestée de l'impérialisme américain.
En 1992, l'armée américaine a adopté une doctrine stratégique qui déclarait qu'elle ne permettrait à aucun autre pays d'émerger comme un concurrent sérieux pour la position mondiale dominante des États-Unis. En 2002, cette doctrine militaire d’expansion a été remplacée par la promulgation de la doctrine de la « guerre préventive », laquelle affirme que les États-Unis se réservent le droit d'attaquer n'importe quel pays dont ils croient qu'il représente une menace potentielle contre leur sécurité. Cette nouvelle doctrine était dirigée spécifiquement contre la Chine, celle-ci a reçu un avertissement contre toute augmentation de sa force militaire.
Il faut dire que la nouvelle doctrine américaine est illégale du point de vue du droit international. Les précédents légaux établis au procès de Nuremberg partent du principe que la guerre n'est pas un instrument légitime de la politique étatique, et que la guerre préventive est illégale. Une attaque militaire d'un Etat contre un autre n'est légale qu'en la présence d'une menace claire et immédiate. En d'autres termes, l'action militaire n'est justifiée qu'en cas d'urgence sans autre moyen d'assurer la défense nationale. L'attaque contre l'Irak, qui suivait de seulement quelques mois la promulgation de la doctrine de 2002 sur la guerre préventive, était un crime de guerre. Si les États-Unis avaient été jugés d'après les précédents établis à Nuremberg en 1946, Bush, Cheney, Rumsfeld, Powell et bien d'autres seraient passés en jugement.
Les leçons
La question critique qui découle inévitablement de tout examen des deux guerres mondiales, est de savoir si une telle catastrophe pourrait se reproduire. Est-ce que les guerres du 20e siècle étaient une sorte d'aberration hors du cours « normal » de l'évolution historique ? Est-il possible d'imaginer un retour des désaccords et des antagonismes internationaux qui rendraient l'éclatement d'une troisième guerre mondiale possible ?
Il n’est pas besoin de longues spéculations pour répondre à cette question. La véritable question est moins de savoir s’il est ou non possible qu’un nouveau conflit global éclate, mais plutôt celle de savoir de combien de temps nous disposons avant qu'une telle catastrophe ne se produise ; et découlant de cette seconde question, la suivante et la plus décisive : celle de savoir si l’on peut faire quelque chose pour l'empêcher de se produire.
En évaluant le risque d'une guerre, gardons en mémoire que les États-Unis ont été engagés régulièrement dans des conflits majeurs depuis 1990, lorsqu'ils ont envahi l'Irak pour la première fois. Au cours de la décennie passée, depuis 1999, ils ont mené des guerres de grande ampleur dans les Balkans, le Golfe persique et en Asie centrale. D'une manière ou d'une autre, toutes ces guerres étaient liées aux efforts pour garantir la position mondiale dominante des États-Unis.
Il est très significatif que l'usage de plus en plus fréquent de la force militaire par les États-Unis se produise dans le contexte du déclin rapide de leur position économique mondiale. Plus ils deviennent faibles économiquement, plus ils sont tentés de compenser cette faiblesse par l'usage de la force. Il y a, sur ce point spécifique, un parallèle troublant avec les politiques du régime Nazi à la fin des années 1930.
De plus, gardant à l'esprit la doctrine stratégique de 2002, les États-Unis sont confrontés à un nombre de plus en plus grand de puissances dont l'évolution économique et militaire sont considérées par le ministère des Affaires étrangères et les stratèges du Pentagone comme une menace sérieuse. La puissance économique passant des États-Unis à divers concurrents mondiaux – un processus qui s'est accéléré avec la crise économique ayant éclaté en 2008 et se poursuivant – la tentation d'employer la force militaire pour inverser les tendances économiques défavorables est de plus en plus forte.
Finalement, si l'on se rappelle que les deux guerres mondiales sont issues de la déstabilisation du vieil ordre impérialiste dominé par la Grande-Bretagne et la France en conséquence de l'émergence de nouveaux compétiteurs, il n'est pas impossible que le présent ordre international – dans lequel la puissance dominante, les États-Unis, est déjà en prise à la crise intérieure et ne maintient que difficilement sa domination mondiale – se rompra sous la pression exercée par les puissances émergentes (comme la Chine, l'Inde, la Russie, le Brésil et l'UE) qui ne sont pas satisfaites des arrangements existants.
Ajoutons à cela les tensions régionales croissantes qui menacent d'éclater à tout moment en une confrontation militaire qui risquerait de déclencher des interventions de puissances plus lointaines et entraîner une conflagration mondiale. Il suffit de se rappeler la situation tendue qui a surgi à l'été 2008 suite au conflit entre la Géorgie et la Russie.
Autrement dit, le monde est une poudrière. Il n'est pas certain que les classes dirigeantes veuillent la guerre. Mais elles ne sont pas forcément en mesure de l'empêcher. Comme l'écrivait Trotsky à la veille de la deuxième Guerre mondiale, les puissances capitalistes se laissent glisser vers la guerre les yeux fermés. La logique folle de l'impérialisme et le système des Etats nations capitalistes, du besoin de trouver des accès aux marchés, aux matières premières et à du travail à bas coût, de la recherche insatiable du profit et de la richesse personnelle, nous entraîne inexorablement vers la guerre.
Qu'est-ce qui peut alors l'empêcher ? L'histoire nous montre que les mécanismes effrayants de l'impérialisme ne peuvent être bloqués que par l'intervention active et consciente des masses populaires du monde entier – et surtout, de la classe ouvrière – dans le processus historique. Il n'y a aucun moyen d'arrêter la guerre impérialiste sauf par la révolution socialiste internationale.
En 1914, Lénine, s'opposant aux trahisons de la Seconde internationale, a déclaré que l'ère de l'impérialisme était l'époque des guerres et des révolutions. C'est-à-dire, que l'économie globale, les contradictions sociales et politiques qui ont donné naissance à la guerre impérialiste créent également le fondement objectif de la révolution socialiste internationale. Dans ce sens, la guerre impérialiste et la révolution socialiste mondiale sont les réponses apportées par deux classes sociales différentes et opposées au même problème : l'impasse historique du capitalisme. La justesse des conclusions de Lénine sur la situation mondiale a été confirmée par l'éclatement de la révolution en Russie en 1917.
Même si beaucoup de choses ont changé depuis le début de la première Guerre mondiale, il y a 95 ans, et celui de la seconde il y a 70 ans, nous vivons encore dans l'ère de l'impérialisme. Donc, les grandes questions qui se posent à l'humanité aujourd'hui sont : est-ce que le développement de la conscience politique dans la classe ouvrière internationale pourra contrer l'accumulation des tendances destructives de l'impérialisme ? Est-ce que la classe ouvrière pourra développer une conscience politique suffisante assez vite avant que le capitalisme et le système des Etats nations impérialistes n’entraînent l'humanité dans un abîme ?
Ce ne sont pas là des questions à considérer d’un point de vue purement académique. Le fait même que ces questions soient posées exige une réponse active. Les réponses ne seront pas données dans une salle de classe mais dans le conflit réel des forces sociales. C’est la lutte qui donnera la réponse. Et l’issue de cette lutte dépendra, d'une manière décisive, du développement de la conscience révolutionnaire, c'est-à-dire socialiste. La lutte contre la guerre impérialiste trouve son expression la plus haute dans le combat pour développer une nouvelle direction politique de la classe ouvrière.
Tout juste quelques mois après le début de la seconde Guerre mondiale – une catastrophe rendue possible par les trahisons des bureaucraties réactionnaires staliniennes, sociales démocrates et réformistes – Trotsky, le plus réaliste des politiciens, écrivait :
« Le monde capitaliste n'a pas d'issue, à moins de considérer comme telle une agonie prolongée. Il faut se préparer pour des longues années, sinon des décennies, de guerres, de soulèvements, de brefs intermèdes de trêve, de nouvelles guerres et de nouveaux soulèvements. C'est là-dessus que doit se fonder un jeune parti révolutionnaire. L'histoire lui donnera suffisamment d'occasions et de possibilités de s'éprouver lui-même, d'accumuler de l'expérience et de mûrir. Plus vite les rangs de l'avant-garde fusionneront, plus l'époque des convulsions sanglantes sera raccourcie, moins notre planète aura à supporter de destructions. Mais le grand problème historique ne sera en aucun cas résolu jusqu'à ce qu'un parti révolutionnaire prenne la tête du prolétariat. La question des rythmes et des intervalles est d’une énorme importance, mais elle n'altère ni la perspective historique générale ni la direction de notre politique. La conclusion est simple : il faut faire le travail d'éduquer et d’organiser l'avant-garde prolétarienne avec une énergie décuplée. C’est précisément en cela que réside la tâche de la IV° Internationale. » [Écrits 1939-1940, pp. 260-61]
Cette analyse écrite à un stade plus précoce de la crise impérialiste mondiale résonne dans la situation actuelle. La simple survie de la civilisation humaine est en jeu. Il est, en premier lieu, de la responsabilité de la jeunesse d'empêcher cette évolution vers la guerre et d'assurer le futur de l'humanité. C'est pourquoi je dois conclure cette conférence en vous demandant de rejoindre le Parti de l'égalité socialiste.
Pour contacter le Parti de l'égalité socialiste, cliquez ici


http://www.wsws.org