Dans
les Etats baltes, un grand nombre dhabitants roms furent tués par
les forces dinvasion allemandes et leurs partisans locaux au sein de la
police. 5 à 10 % seulement des Roms dEstonie survécurent.
En Lettonie, près de la moitié des Roms furent fusillés et
lon estime quen Lituanie, les Roms furent aussi tués dans leur
grande majorité.
En
fait, les idées racistes de lépoque népargnaient
aucun pays dEurope. En Suède, pays neutre, les autorités avaient
déjà, dans les années 1920, encouragé la mise en uvre
dun programme de stérilisation qui avait principalement pour cible
les Roms (et qui sest poursuivi jusque dans les années 1970). En
Norvège aussi, des pressions sexercèrent sur les Roms en vue
de leur stérilisation.
Le
régime nazi définissait les Roms (dont les Sintis) comme une «
race inférieure » ayant un « comportement asocial » considéré
comme héréditaire. Ce jugement était en fait une amplification
de préjugés anciens et largement répandus tant en Allemagne
quen Autriche. Lesdites lois raciales de Nuremberg, datant de 1935, privèrent
les Roms de leur nationalité et de leurs droits civils. Il était
exigé quils soient internés dans des camps de travail et stérilisés
de force.
Un
plan antérieur imaginé par les racistes nazis et visant à
maintenir certains Roms « de race pure » dans une sorte de musée
anthropologique fut oublié, tandis que dautres Roms, en particulier
des enfants, furent sélectionnés pour être soumis aux cruelles
expériences médicales de Josef Mengele. Une politique de stérilisation
forcée fut mise en uvre, souvent sans anesthésie.
Lélimination
systématique des Roms débuta pendant lété 1941
lorsque les troupes allemandes attaquèrent lUnion soviétique.
Ils étaient considérés comme des espions (à linstar
de nombreux Juifs) au service du « bolchévisme juif » et furent
fusillés en masse par larmée allemande et les SS. De fait,
dans toutes les zones occupées par les Nazis, des Roms furent exécutés.
Les
chiffres sont imprécis mais lon estime que plusieurs centaines de
milliers de Roms furent exécutés dans ces circonstances, y compris
dans les Balkans où les massacres étaient soutenus par les fascistes
locaux. La milice Oustacha de Croatie géra des camps mais organisa aussi
des déportations et procéda à des exécutions massives.
En
décembre 1942, le régime nazi décida de déporter à
Auschwitz tous les Roms du « Reich allemand ». Là, ils durent
porter un triangle noir et se faire tatouer un Z sur le bras. De tous les détenus
du camp, ils avaient le plus fort taux de mortalité : 19 300 dentre
eux y perdirent la vie. Sur ce nombre, 5 600 furent gazés et 13 700 moururent
de faim, de maladie ou à la suite dexpériences médicales
pratiquées sur eux.
On
ne sait toujours pas combien de Roms au total furent victimes des persécutions
nazies car ils ne furent pas tous inscrits comme Roms et les registres sont incomplets.
Labsence de statistiques fiables sur le nombre de Roms vivant dans ces régions
avant leur extermination massive rend encore plus difficile lestimation
du nombre réel de victimes. Selon les fiches dinformation du Conseil
de lEurope, il est fort probable que ce nombre sélève
à au moins 250 000. Daprès dautres études crédibles,
plus de 500 000 Roms perdirent la vie, et peut être même beaucoup
plus.
Les
fiches dinformation soulignent la nécessité dentreprendre
des recherches complémentaires sur lhistoire des Roms. Les Roms eux
mêmes ont eu peu de moyens de consigner les événements et
les autorités navaient guère intérêt à
le faire. Cependant, il y a des spécialistes roms et autres dont les travaux
doivent être encouragés (les auteurs des fiches dinformation
ont notamment mis à profit les connaissances de plusieurs dentre
eux comme Ian Hancock et Grattan Puxon).
Cela
dit, les fiches dinformation publiées ont déjà des
effets positifs. Jespère que de nombreuses personnes les liront et
que les gouvernements européens soutiendront cette démarche et la
faciliteront en traduisant ces textes dans leur langue nationale et en les diffusant
auprès des enseignants et des responsables politiques entre autres. Il
faudrait aider les organisations roms à les propager aussi largement dans
leur communauté.
Un
lecteur attentif ne pourra que tirer un certain nombre de conclusions. Lune
dentre elles est quil nest pas surprenant que de nombreux Roms
éprouvent de la méfiance vis à vis de la société
majoritaire et que certains considèrent les autorités comme une
menace. Lorsquon leur enjoint de se faire recenser ou de donner leurs empreintes
digitales, ils craignent le pire.
En
effet, plusieurs pays ne reconnaissent toujours pas loppression dont cette
minorité a été victime par le passé et nont
présenté officiellement aucune excuse. On peut, néanmoins,
citer un bon exemple de comportement inverse ; en 2003, le gouvernement de Bucarest
a pris la décision de créer une commission sur lholocauste
qui a, ultérieurement, publié un important rapport sur la répression
et les massacres en Roumanie pendant la période fasciste.
Les
fiches dinformation montrent que les Roms ne vivent pas en nomades pour
des raisons retorses ou parce quils ont le voyage « dans le sang ».
Lorsque cest possible, ils se fixent bel et bien quelque part mais, pendant
longtemps, ils ont dû se déplacer dun pays à lautre
ou au sein dun même pays pour éviter la répression ou
simplement parce quils nétaient pas autorisés à
sinstaller dans un endroit donné. Lautre raison principale
est que le type demploi ou de travail qui leur était accessible exigeait
leur déplacement.
Lhistoire
nous donne des leçons sur la façon de faire face à la montée
actuelle de lantitsiganisme dans certains pays. Le discours de certains
responsables politiques et des médias xénophobes ravive les stéréotypes
séculaires au sujet des Roms, ce qui, à son tour, « légitime
» les actions, souvent violentes, menées contre des personnes roms.
Une nouvelle fois, on en fait des boucs émissaires.
Le
discours daujourdhui contre les Roms est tout à fait semblable
à celui quemployaient les nazis et les fascistes avant que ne commence
lextermination de masse dans les années 1930 et 1940. On prétend
à nouveau que les Roms sont une menace pour la sécurité et
la santé publique. Aucune distinction nest faite entre une poignée
de délinquants et la majorité écrasante de la population
rom. Cest une attitude honteuse et dangereuse.
*
Thomas Hammarberg est commissaire aux droits de lHomme du Conseil de lEurope
- Consultez son site internet : http://www.coe.int/t/commissioner/d...
Consultez
également :
-
Les fiches dinformation sur lhistoire des Roms font partie du projet
du Conseil de lEurope sur léducation des enfants roms en Europe.
Le racisme anti- Roms : Des
discours semblables à ceux des nazis
Jeudi
29 Juillet 2010
http://info-palestine.net/article.php3?id_article=9162
http://info-palestine.net/article.php3?id_article=9162