Retraites
: Une «réforme» qui ne résoudra rien.
Voilà
pourquoi
Auteur : Yves Barraud - Source : ActuchomageLe
manque de clairvoyance des politiques, des dirigeants dentreprises et de
certains syndicats est proprement ahurissant. Cest à croire quils
ne connaissent pas la réalité du marché du travail. Dès
50 ans, et plus encore à 55 ans, les travailleurs expérimentés
en sont massivement exclus. Pourtant, on sévertue à nous faire
croire quon travaillera jusquà 62 ou 63 ans. Absurde !
En
matière de «réforme» des systèmes de retraite
dans le public comme dans le privé, les dés sont pipés depuis
louverture des débats et autres négociations entre partenaires
sociaux.
Nous
sommes bien placés, sur Actuchomage, pour apprécier la situation,
nous qui tentons depuis 2003 dalerter les Français, leurs politiques
et les médias sur le sous-emploi des Seniors (terme auquel nous préférons
«travailleurs expérimentés»).
À
ce point quen 2005, nous déposions plainte auprès de la Halde
(Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour légalité)
contre une quarantaine dentreprises qui, à lépoque,
pratiquaient ouvertement la discrimination à lembauche sur des critères
dâge.
Les
travailleurs âgés de plus de 40/45 ans étaient systématiquement
exclus de leurs procédures de recrutement, même quand il sagissait
de postes dencadrement à haute responsabilité.
Dans
notre collimateur : de grands groupes (comme la SNCF, EDF
) et des PME.
Notre
démarche a connu un important retentissement. La Halde appuya nos plaintes,
contraignant notamment la SNCF et EDF à revoir leurs critères dembauches
jusqualors discriminatoires.
Et
nous avons gagné 4 procès devant les Parquets de Niort, de Bordeaux
et de Lyon, dont un en correctionnel.
Par
ailleurs, nous avons à de multiples reprises, analysé, détaillé,
relayé, toutes les informations ayant trait au sous-emploi des travailleurs
expérimentés.
Rappelant
chaque année, à loccasion de campagnes de sensibilisation,
que le taux dactivité des 55/64 ans en France est un des plus faibles
dEurope, de lordre de 37,8% et de 13% sur la tranche 60/64 ans. (Source
: Conseil dOrientation des Retraites - 2005).
Malgré
tout, la principale mesure de la «réforme» des retraites est
de repousser lâge de départ à 62 ou 63 ans (la question
nest pas encore tranchée à lheure où nous éditons
cet article).
Dans
le contexte de sous-emploi que nous connaissons, cette mesure-phare est NULLE
et non avenue. Elle na aucun sens !
Au
point que, au regard de la réalité du marché du travail,
il faudrait, bien au contraire, diminuer la durée de cotisations, comme
nous le prescrivions dans notre article du 8 avril dernier.
Qui
peut aujourdhui croire que le système des retraites sera sauvé
par un prolongement très virtuel de lactivité professionnelle,
alors que la tendance est à une réduction de celle-ci, par une entrée
de plus en plus tardive dans la vie active et une sortie de plus en plus précoce
?
Le
seul moyen de sortir de limpasse financière des déficits est
de donner à toutes celles et tous ceux qui sont sans emploi ou qui subissent
le sous-emploi massif (temps partiels, courtes missions
), un vrai travail,
une vraie rémunération, accompagnée de cotisations retraite
dignes de ce nom.
Si
les 2,6 millions chômeurs (de catégorie A) et les 2 à 3 millions
de grands précaires (ou chômeurs à temps partiel), soit 20%
de la population active, retrouvaient un travail rémunérateur, le
financement des retraites ne se poserait pas.
Il
se poserait moins encore si les bas salaires étaient revalorisés
(et avec eux le montant des cotisations sociales).
Il
ne se poserait plus du tout si lÉtat arrêtait de subventionner
à dizaines de milliards deuros les entreprises, par des exonérations
de cotisations qui plombent plus encore les comptes sociaux.
Voilà
les seules mesures susceptibles de sauver le système.
Malheureusement,
nous nen prenons pas le chemin.
Sur
le front du chômage, de la précarité et des inégalités
de traitement grandissantes entre les classes aisées et les autres, tous
les indicateurs sont dans le rouge.
Tant
que la tendance ne sera pas inversée, il faudra colmater les brèches
dune réforme mal ficelée et inadaptée à la réalité
du marché du travail.
Yves
Barraud
Auteur : Yves Barraud - Source :
Actuchomage