Retraites !




Aux voleurs !


Auteur : Arlette Laguiller - Source : Lutte Ouvrière



Lutte OuvrièreLe gouvernement rendra public, ce mercredi 16 juin, l’avant-projet de loi sur les retraites. Si le détail des mesures n’est pas encore connu, il n’y a aucun suspense. L’âge légal de départ à la retraite sera repoussé à 62 ou 63 ans. La durée de cotisation sera allongée et la cotisation des fonctionnaires sera augmentée.

L’allongement de la durée de vie rend inévitable de prendre des mesures pour “sauver le système de retraite”, voilà le mensonge sur lequel est fondée l’opération contre les retraités. Même si le Parti socialiste dans l’opposition ne dit pas autre chose, cela reste un mensonge.

Si la durée de vie s’est allongée, la productivité du travail a augmenté encore plus. Et il n’y aurait pas de problème de retraite si cette productivité supplémentaire n’était pas empochée intégralement par la classe capitaliste.

Le prétendu débat autour des retraites est un écran de fumée. Les deux mesures phares du projet gouvernemental -le report de l’âge légal comme l’allongement de la durée de cotisation- visent tout simplement à rendre de plus en plus difficile, voire impossible, le départ à la retraite à taux plein, c’est-à-dire avec une pension complète. C’est une façon hypocrite de réduire les pensions. C’est un acte de brigandage pour dépouiller les futurs retraités que sont tous les salariés.

La véritable raison de ces attaques n’a rien à voir avec la démographie. Encore moins avec la prétendue nécessité de travailler plus longtemps. Aujourd’hui déjà, la majorité des seniors ne trouvent pas de travail. Qui peut imaginer, si l’âge de départ est repoussé à 63 ans, que les entreprises embaucheront des femmes et des hommes de cet âge-là alors qu’un jeune sur cinq ne trouve pas d’emploi ?

La question des retraites est un prétexte de plus pour rançonner les salariés. Au cours des deux dernières années de la crise, l’État a dépensé une quantité colossale d’argent pour sauver les banquiers, et pour aider le patronat à sauvegarder ses profits par des aides de toute sorte : prime à la casse ou autre stimulant. L’État français, comme tous les autres, est endetté jusqu’au cou. Il veut récupérer sur les classes populaires, et plus particulièrement sur les salariés, de quoi rembourser la dette et financer le paiement des intérêts à ses créanciers, c’est-à-dire aux groupes capitalistes qui, plutôt que d’investir, trouvent plus rentable de prêter aux États. C’est pour cela que l’État a un besoin insatiable d’argent. C’est pour cela qu’il fouille dans toutes les poches -sauf celles des riches. L’État prend sur les caisses de retraite. Il prend sur l’assurance maladie. Il prend sur les services publics indispensables à la population. C’est à toute la population laborieuse que l’État impose des restrictions pour rembourser une dette contractée au seul profit du patronat et des banquiers.

Fillon qui, il y a peu encore, minaudait contre les mots même d’"austérité” ou “rigueur”, clame aujourd’hui qu’il faut des mesures drastiques pour réduire le déficit de l’État. Et les commentateurs d’expliquer qu’il veut “rassurer les marchés”. Les rassurer de quoi ? Que les financiers, que les spéculateurs, peuvent faire confiance au gouvernement pour prendre des mesures de plus en plus brutales contre les salariés afin de drainer leur argent vers les groupes financiers.

La bourgeoisie est devenue tellement parasitaire qu’elle ne peut sauvegarder ses profits dans la crise de son système qu’avec l’aide de l’État qui rackette toute la population.

Et cela continuera ainsi quel que soit le gouvernement. Si Sarkozy, complètement déconsidéré, n’est pas réélu, ce sera un homme (ou une femme) issu du Parti socialiste qui continuera l’opération. Un de ses principaux candidats, Strauss-Kahn, est en train de montrer, à la tête du FMI, qu’il est dressé pour cette besogne.

Oui, le montant de la dette publique est devenu le principal prétexte pour imposer aux classes populaires une politique d’austérité qui ira en s’aggravant. Les marchés financiers sont là pour rappeler aux gouvernants leur devoir : assurer les intérêts et les dividendes quitte à ce que la société en crève ! Jusqu’à ce que cela explose. Ce que l’on peut souhaiter, c’est que cela n’en reste pas à une simple explosion de mécontentement, mais que celle-ci conduise à la conscience que la dette publique doit être payée par ceux qui en ont profité. Et surtout que, pour empêcher les financiers de nuire, il faut mettre fin à la dictature qu’ils exercent sur la société !
Auteur : Arlette Laguiller -

Source : Lutte Ouvrière





Retraites : Une «réforme» qui ne résoudra rien.
Voilà pourquoi



Auteur : Yves Barraud - Source : Actuchomage

Le manque de clairvoyance des politiques, des dirigeants d’entreprises et de certains syndicats est proprement ahurissant. C’est à croire qu’ils ne connaissent pas la réalité du marché du travail. Dès 50 ans, et plus encore à 55 ans, les travailleurs expérimentés en sont massivement exclus. Pourtant, on s’évertue à nous faire croire qu’on travaillera jusqu’à 62 ou 63 ans. Absurde !

En matière de «réforme» des systèmes de retraite dans le public comme dans le privé, les dés sont pipés depuis l’ouverture des débats et autres négociations entre partenaires sociaux.

Nous sommes bien placés, sur Actuchomage, pour apprécier la situation, nous qui tentons depuis 2003 d’alerter les Français, leurs politiques et les médias sur le sous-emploi des Seniors (terme auquel nous préférons «travailleurs expérimentés»).

À ce point qu’en 2005, nous déposions plainte auprès de la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) contre une quarantaine d’entreprises qui, à l’époque, pratiquaient ouvertement la discrimination à l’embauche sur des critères d’âge.

Les travailleurs âgés de plus de 40/45 ans étaient systématiquement exclus de leurs procédures de recrutement, même quand il s’agissait de postes d’encadrement à haute responsabilité.

Dans notre collimateur : de grands groupes (comme la SNCF, EDF…) et des PME.

Notre démarche a connu un important retentissement. La Halde appuya nos plaintes, contraignant notamment la SNCF et EDF à revoir leurs critères d’embauches jusqu’alors discriminatoires.

Et nous avons gagné 4 procès devant les Parquets de Niort, de Bordeaux et de Lyon, dont un en correctionnel.

Par ailleurs, nous avons à de multiples reprises, analysé, détaillé, relayé, toutes les informations ayant trait au sous-emploi des travailleurs expérimentés.

Rappelant chaque année, à l’occasion de campagnes de sensibilisation, que le taux d’activité des 55/64 ans en France est un des plus faibles d’Europe, de l’ordre de 37,8% et de 13% sur la tranche 60/64 ans. (Source : Conseil d’Orientation des Retraites - 2005).

Malgré tout, la principale mesure de la «réforme» des retraites est de repousser l’âge de départ à 62 ou 63 ans (la question n’est pas encore tranchée à l’heure où nous éditons cet article).

Dans le contexte de sous-emploi que nous connaissons, cette mesure-phare est NULLE et non avenue. Elle n’a aucun sens !

Au point que, au regard de la réalité du marché du travail, il faudrait, bien au contraire, diminuer la durée de cotisations, comme nous le prescrivions dans notre article du 8 avril dernier.

Qui peut aujourd’hui croire que le système des retraites sera sauvé par un prolongement très virtuel de l’activité professionnelle, alors que la tendance est à une réduction de celle-ci, par une entrée de plus en plus tardive dans la vie active et une sortie de plus en plus précoce ?

Le seul moyen de sortir de l’impasse financière des déficits est de donner à toutes celles et tous ceux qui sont sans emploi ou qui subissent le sous-emploi massif (temps partiels, courtes missions…), un vrai travail, une vraie rémunération, accompagnée de cotisations retraite dignes de ce nom.

Si les 2,6 millions chômeurs (de catégorie A) et les 2 à 3 millions de grands précaires (ou chômeurs à temps partiel), soit 20% de la population active, retrouvaient un travail rémunérateur, le financement des retraites ne se poserait pas.

Il se poserait moins encore si les bas salaires étaient revalorisés (et avec eux le montant des cotisations sociales).

Il ne se poserait plus du tout si l’État arrêtait de subventionner à dizaines de milliards d’euros les entreprises, par des exonérations de cotisations qui plombent plus encore les comptes sociaux.

Voilà les seules mesures susceptibles de sauver le système.

Malheureusement, nous n’en prenons pas le chemin.

Sur le front du chômage, de la précarité et des inégalités de traitement grandissantes entre les classes aisées et les autres, tous les indicateurs sont dans le rouge.

Tant que la tendance ne sera pas inversée, il faudra colmater les brèches d’une réforme mal ficelée et inadaptée à la réalité du marché du travail.

Yves Barraud
Auteur : Yves Barraud - Source : Actuchomage








Pourquoi nos « élites » ignorent-elles
que le PIB double en 40 ans ?



Auteur : Jean-François Autier & Michel Peyret -

Source : Comité Valmy


En mai 2003, Bernard Friot (1) rappelait, à propos du débat sur les retraites, qu'avec une croissance moyenne de 1,6 % l'an, le PIB doublait en valeur constante en 40 ans. Il publiait le tableau suivant dans l'indifférence médiatique, syndicale et politique :


Alors que les gouvernements successifs réduisaient les dépenses utiles (santé, éducation, services publics), ce tableau montrait que la seule question à se poser était : que faire de l'excédent de richesse produit ?

C'est pour ne pas avoir à répondre à cette question que nos « élites » « ignorent » le doublement du PIB en 40 ans, qu'en 2003 elles ont trouvé un « accord » pour reculer l'âge de la retraite, conformément à l'accord européen signé en mars 2002 à Barcelone par Chirac et Jospin.

C'est la mise en œuvre de cet accord de Barcelone qui se poursuit aujourd'hui, avec des ministres de gauche dans un gouvernement de droite, montrant bien que le clivage gauche/droite n'est qu'un leurre destiné à faire oublier le clivage fondamental de la société française : capital/travail.

Pour faire oublier la signature de Barcelone, nos « élites » peuvent occuper les médias et nous expliquer — avec toute l'autorité que leur confère leur incapacité à prévenir la crise — qu'avec la crise, le PIB ne doublera pas d'ici 2040. Mais, même si le PIB n'augmentait que de la moitié, il resterait quand même 1.650 milliards, soit une augmentation ne justifiant aucunement la réduction des dépenses utiles tous azimuts !

Autre rideau de fumée : pour sauver la planète, il faudrait en finir avec la croissance. Oui, oui, en effet, il faut en finir avec la croissance capitaliste, cette croissance des gaspillages en tous genres pour accroître le profit, et d'abord en finir avec les gaspillages humains : 10.000 par an, c'est le nombre de décès prématurés que l'on pourrait éviter, si les ouvriers et employés avaient en France la mortalité des cadres supérieurs et des professions libérales (2).

Mais au lieu de s'attaquer aux inégalités, nos « élites » les aggravent sans autre justification que satisfaire l'appétit du capital.
S'affranchir des « élites »

 




C'est parce qu'ils font ce constat que 72 % des Françaises et des Français jugent négativement le capitalisme, qu'ils refusent massivement de participer aux simulacres démocratiques électoraux.

Le peuple de France vit douloureusement une société qui sacrifie tout — y compris sa jeunesse — pour le profit immédiat de quelques-uns. Et il la rejette.

Ce rejet massif indique que les temps changent et que demain peut être différent d'aujourd'hui, que le capitalisme et l'enfoncement inexorable du plus grand nombre dans la misère ne sont pas l'horizon indépassable. Il indique qu'une autre société est en gestation.

Nous sommes entrés dans une phase de transition où tous les peuples du monde vivent la nécessité vitale d'en finir avec le capitalisme. En fonction de son niveau de développement économique, de son histoire et de ses traditions, chaque peuple construit ou cherche à construire de nouveaux rapports sociaux.

En France, ce qu'il reste des gratuités, des couvertures sociales et des services publics montre ce que pourrait être une société de la mise en commun, débarrassée de la rente capitaliste. Les partis politiques, les syndicats sont nés avec le capitalisme ; ils ont grandi avec lui et, comme lui, ils sont arrivés au bout de ce qu'ils pouvaient apporter à la société. Le peuple de France ne peut s'écrire un avenir progressiste qu'en rupture avec la société capitaliste d'aujourd'hui et ses « élites ».

Contrairement à ce qu'on veut leur faire croire, les Françaises et les Français n'ont pas besoin « d'élite » pour définir un projet de société et le mettre en œuvre. N'est-ce pas malgré les « élites », et donc contre elles, qu'ils ont voté « Non » au référendum européen, le 29 mai 2005 ? La somme de leurs critiques de la société actuelle n'est-elle pas déjà le contour de la société qu'ils souhaitent ? Par leur participation au tissu associatif, ne font-ils pas quotidiennement la preuve de leur capacité à organiser la vie concrète ? Dans les luttes, leurs pratiques de l'assemblée générale, des coordinations ne sont-elles pas la mise en œuvre d'une nouvelle dimension de la démocratie ?

Tout, les Françaises et les Français ont tout pour définir ensemble et mettre en œuvre leur projet de société : il suffit qu'ils osent s'affranchir de la tutelle des « élites » et prennent l'initiative de se réunir, sans se soucier des clivages gauche/droite, syndicaux, philosophiques ou religieux, pour élaborer et décider ensemble comment ils veulent vivre demain, libérés du joug du capital.

Dans les entreprises, les cités, les quartiers, les villages, avec tous celles et ceux qui voudront y participer, recensons ce qui ne peut plus durer, ce dont nous ne voulons plus ; ébauchons la société française dans laquelle nous voulons vivre ; et pour la nommer et la réaliser ensemble, créons nos comités, désignons des représentants révocables.
Assez de pillages et de misères, assez de jeunesses sacrifiées, les richesses produites par le peuple doivent revenir au peuple !

15 juin 2010

Jean-François Autier

retraité (ajusteur mécanicien SNCF), de 1971 à 1997 a assumé différentes responsabilités politiques et techniques à la Fédération du PCF 33.

jean-francois.autier@wanadoo.fr

et

Michel Peyret

retraité (instituteur), de 1953 à 2006 adhérent du PCF pour lequel il a assumé différentes responsabilités politiques et électives (député de Gironde, notamment).

michel.peyret@gmail.com

(1) Bernard Friot : économiste, sociologue, professeur émérite à l'Université Paris Ouest Nanterre. Dernier ouvrage : « L'enjeu des retraites », 175 pages, éditions La Dispute. Une interview à lire à l'adresse suivante : http://www.frontsyndical-classe.org/article-bernard-friot-economiste-la-retraite-un-salaire-continue-51972429.html

(2) INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) : « Les inégalités sociales de santé », 448 pages, éditions La Découverte.
Auteur : Jean-François Autier & Michel Peyret - Source : Comité Valmy












Sarkochienlit


Les 10 Principales Raisons De NE PAS Repousser L’Age De La Retraite
Un document de Ross Eisenbrey publié le 24/08/2010 par l’EPI (Economic Policy Institute - US) énumère les dix principales raisons de NE PAS repousser l’âge de la retraite. Cela concerne les Etats Unis mais comme ces réformes y sont déjà bien avancées et que c’est ce vers quoi tend Sarkozy autant en tirer les leçons dés maintenant pour l’ensemble des travailleurs et AGIR sans AUCUNE concession.



Les 10 Principales Raisons
De NE PAS Repousser
L’Age De La Retraite




1.

Repousser l’âge de la retraite diminue les prestations de retraite et celles-ci sont déjà trop basses. Le retraité moyen touche moins de 14 000 $ -10.983,65 EUR - par an de la Sécurité Sociale, moins que le SMIC.

2.

Cela diminue les retraites de tous les retraités qu’ils partent à la retraite à l’âge de 62 ans ou de 70 ans, ou à tout autre âge - et c’est de même une baisse de revenus pour les épouses de travailleurs, de veuves, et de personnes dépendantes. Quand l’âge de la retraite a été repoussé de 65 à 67 ans cela a réduit les retraites du travailleur moyen partant en retraite de 13% ce qui veut dire qu’ils ont perdu en moyenne 28 154 $ - 22.084,59 EUR - sur toute la période de retraite attendue. En repoussant la retraite un peu plus à 70 ans cela réduirait les retraites de 19% en plus coûtant au travailleur moyen 35 419 $ - 27.780,66 EUR- soit une perte totale de 63 573 $- 49.863,06 EUR.

3.

L’âge de la retraite continue d’être repoussé depuis les derniers changements. Il est déjà passé de 65 à 66 ans et continuera d’être repoussé à 67 ans pour les personnes nées en 1960 et après.

4.

Le problème de la Caisse de Retraite de la Sécurité Sociale ce n’est pas que les personnes vivent plus longtemps. Le rapport des années travaillées aux années de retraite ne sera pas plus élevé en 2022 qu’il l’a été en 1983 lorsque lors du dernier report par le Congrès de l’âge de départ à la retraite. Les gens travaillent en gros deux ans pour un an passé à la retraite et tandis que les gens de 65 ans vivent 3 ans de plus qu’il y a 27 ans, la loi de 1983 a exigé d’eux de travailler deux années supplémentaires conservant le même rapport années travaillées/années de retraite. En d’autres termes, le temps dévolu au travail comparé à celui de la retraite sera le même en 2022.

5.

Le plus gros problème à laquelle est confrontée la Caisse de Retraite de la Sécurité Sociale c’est la montée des inégalités de revenus, qu’on ne peut pas résoudre en repoussant l’âge de la retraite. En 1983 10% de l’ensemble des revenus étaient au dessus du seuil des revenus imposables, comparé à 16% aujourd’hui, ce qui permet à ceux qui ont les revenus les plus élevés de faire des profits alors que la Caisse de Retraite de la Sécurité Sociale elle a des rentrées insuffisantes. Si ces revenus étaient rétrogradés sous la barre d’imposition et imposés alors 40% du déficit de financement de la Caisse de Retraite de la Sécurité Sociale disparaîtrait.

6.

Repousser l’âge de départ à la retraite touche tous les travailleurs même ceux qui ne bénéficie que de peu ou pas d’augmentation de leur espérance de vie. Les hommes dans la moitié supérieure de la tranche des revenus ont vu leur espérance de vie augmentée de 5 ans à l’âge de 65 ans depuis 1982. Les hommes ayant des revenus situés dans la tranche inférieure n’ont gagné que 1.1 an et les femmes avec des revenus moindres ont vu leur espérance de vie régresser.

7.

Travailler plus longtemps n’est pas un choix pour des millions d’Américains, dont beaucoup ont des emplois qui demandent des efforts physiques importants. Ces personnes ont tendance à souffrir de plus de maux physiques et ont tendance à être plus pauvres que la moyenne. 61% des emplois demandant un effort physique important sont occupés par des travailleurs se situant dans les 40% les plus bas de la tranche des salaires.

8.

Les américains plus âgés travaillent déjà plus longtemps que ceux d’il y a 40 ans. Le taux de participation à la force de travail des personnes de 65 ans et plus s’est accru considérablement ces deux dernières décennies.

9.

le déficit de financement peut être réduit sans tailler dans les retraites. Les impôts doivent être augmentés pour les revenus les plus élevés qui paient une part bien moindre de leurs revenus pour financer la Caisse de Retraite de la Sécurité Sociale. Mettre fin aux échappatoires et augmenter le seuil de taxation de façon à ce que cela couvre la même part de revenus comme en 1983 éliminerait plus de la moitié du déficit de la Caisse de Retraite. Supprimer le seuil de taxation des employeurs permettrait d’éliminer le reste du déficit.

10.

70% des Américains sont opposés au recul de l’âge de départ à la retraite. Plus de 60 % sont favorables à la suppression de l’actuel seuil d’imposition pour les revenus les plus élevés.

Mardi 7 Septembre 2010
Mireille Delamarre introduction traduction
















Retraites : déplacer le débat

Introduction d’un livre important : L’enjeu des retraites

par Bernard Friot, 6 septembre







L’affaire semble entendue et ne pas souffrir de débat : il y a un problème des retraites. Dans l’introduction de son indispensable livre, L’enjeu des retraites, Bernard Friot revient sur la construction même de ce « problème », et met en évidence la manière très particulière dont il a été posé par le gouvernement pour imposer sa « réforme ». Il nous a semblé particulièrement utile, à la veille de la grande manifestation du 7 septembre, de publier ce texte.

Un problème démographique, d’abord : avec le passage d’un actif pour un retraité à un pour deux d’ici cinquante ans, la question ne serait « ni de droite ni de gauche, mais arithmétique », comme dit Mme Parisot.

Un problème comptable, ensuite : les déficits actuels et surtout prévus seraient tels qu’il faudrait dans l’urgence « sauver le régime par répartition » en réduisant ses prestations, à « compléter » par de la capitalisation.

Un problème moral, enfin : il faudrait rétablir l’« équité intergénérationnelle » car nous serions en train de nous constituer des droits qui obligeront nos enfants à nous payer dans l’avenir des pensions d’un trop fort niveau compte tenu de ce qu’ils pourront produire. Et Mme Parisot n’est pas la seule à nous le dire : les gouvernements successifs de droite et de gauche nous le disent depuis vingt ans, les experts nous le répètent de rapport en rapport, et le consensus est partagé.

C’est précisément le caractère si consensuel de ce discours qui devrait nous alerter. Il y a quelque chose qui cloche dans cette affaire, comme dans une affaire criminelle dont la résolution, rondement menée, laisse perplexe. Des indices ?

Pourquoi ne sauve-t-on pas les retraites de la même manière qu’on a sauvé les banques ?

On vient de sauver les banques en leur donnant de l’argent, beaucoup d’argent d’ailleurs, tandis que, pour « sauver » les retraites, depuis vingt ans on ne fait que leur ôter de l’argent, principalement par le gel du taux des cotisations patronales. N’est-ce pas étrange ? L’hôpital public aussi, on le sauve à coups de fermetures d’établissements et de suppressions de postes, de même qu’on « sauve » les emplois de tant d’entreprises en en supprimant une partie et en réduisant le salaire des restants. Sauver par la saignée : Molière nous a appris à nous méfier de ces dangereux médecins et de leurs prétendus remèdes. D’autant plus qu’il y a trente ans que cette thérapeutique dure et que nous voyons bien que ces sauvetages ne sauvent que les actionnaires.

Un problème qui ne serait ni de droite ni de gauche, mais seulement arithmétique ?

 





Imaginons le ridicule de Mme Parisot prédisant, en 1900 : un Français sur trois travaille aujourd’hui pour l’agriculture ; or, il n’y en aura plus qu’un sur trente en 2000, donc la famine en France en 2000 est inévitable, ce n’est un constat ni de droite ni de gauche, mais arithmétique. En cinquante ans, la production double avec le même nombre d’actifs, et l’arithmétique de Mme Parisot relève du café du commerce… N’est-ce pas plutôt que son arithmétique est au contraire très politique, et que, pour elle, les gains de productivité doivent continuer indéfiniment à aller aux seuls actionnaires, comme c’est le cas depuis trente ans ? Et ce pour notre plus grand malheur collectif, puisque c’est l’origine des bulles spéculatives que l’on veut nous faire payer au prix fort.

De moins en moins de droits dans un pays de plus en plus riche ?

L’esprit le moins prévenu est troublé par l’espèce de schizophrénie des prévisions, selon leur objet. D’un côté, la révolution informationnelle et les énormes gisements de productivité augurent d’une forte dynamique de long terme, même si la crise actuelle assombrit le moyen terme, et, de l’autre, les droits sociaux doivent être réduits. Au point que l’on inverse le mouvement séculaire du « travailler moins pour gagner plus » : curieusement, il faudrait « travailler plus pour gagner plus ». Où est l’erreur ?

De la capitalisation pour compléter la répartition ?

Là encore, comment ne pas relever que, dans le même discours, un ministre ou un économiste bien en cour peut nous vanter l’effet bénéfique de la répartition dans la crise, reconnaître le côté roulette russe de la capitalisation en matière de pensions… et conclure par la nécessité de réduire la répartition, qui, à l’horizon de 2050, ne devrait plus remplacer le salaire au mieux qu’à hauteur des deux tiers (et cela uniquement à condition de travailler six ans de plus, sinon le taux de remplacement tombe en dessous de 50%), le reste devant relever… de la capitalisation. Cette obstination dans l’irresponsabilité de personnages qui ont pourtant l’air d’être sérieux intrigue.

Pour qui le bonheur et la liberté au travail sont-ils un « problème » ?

Dans notre expérience quotidienne, nous saluons les nouveaux retraités par des félicitations envieuses plus souvent que par des discours de compassion devant le malheur qui les attend. Les voici désormais avec le bonheur d’un salaire à vie et avec la liberté d’activités libérées de la subordination. Car s’ils sont en bonne santé, si leur pension n’est pas trop éloignée de leur salaire d’activité, s’ils ont un réseau social porteur de projets, ils sont actifs. Ce sont ces retraités qui le disent : ils « n’ont jamais autant travaillé », ils « n’ont jamais été aussi heureux de travailler ». Certes, il ne s’agit là que d’une (forte) minorité mais, sur les bientôt quinze millions de retraités, cela fait du monde ! Cela en fait des enfants qui voient leurs grands-parents heureux au travail alors qu’ils constatent que souvent leurs parents, eux, le vivent partagés entre l’amertume, l’angoisse et la rage.

Et si la réforme des pensions avait à voir avec cette expérience contradictoire du bonheur et du malheur au travail ? Si l’expérience de ce bonheur et de cette liberté au travail des retraités, parce qu’ils sont libérés des employeurs et des actionnaires, était reprise et érigée en revendication politique majeure ? Ne trouvez-vous pas très curieux que la retraite, qui constitue sans doute la plus grande réussite sociale des dernières décennies, ne soit objet de débat public que sur le registre négatif du « problème » ? Quand ceux qui nous dirigent font de notre bonheur un problème, est-ce un problème pour nous ou pour eux ? Et qu’avons-nous à gagner à partager leur diagnostic ?

Justice pour nos enfants ?

Si l’on en croit le consensus réformateur, une retraitée qui peut exercer ses fonctions d’élue municipale grâce à sa pension de 1200 euros par mois, un retraité qui peut produire des fruits, des légumes et des fleurs en cultivant son jardin grâce à sa pension de 1600 euros par mois seraient des improductifs qui ponctionnent 2800 euros sur notre richesse commune ! Alors qu’un publicitaire payé dix fois plus pour concevoir une campagne de communication justifiant la privatisation de La Poste y contribuerait, lui, pour 28000 euros. Et si, en réalité, c’était le contraire ? Si les 2800 euros de pension correspondaient à la richesse supplémentaire créée par l’élue municipale et le jardinier, tandis que les 28 000 euros du publicitaire seraient de la richesse gâchée génératrice de coûts sociaux liés au recul d’un service public ? Mais alors, si les pensions reconnaissent la richesse créée par les pensionnés, ce ne sont pas les enfants qui payent les pensions de leurs parents. Si les retraités ne sont pas d’anciens actifs jouissant d’un loisir bien mérité mais des actifs d’un nouveau genre, inventant une façon de travailler libérée du marché du travail et des employeurs, alors l’invocation bien-pensante de la « charge pesant sur nos enfants » et de l’« équité intergénérationnelle » ne serait-elle pas tout bonnement réactionnaire ?

Et si, à partir de ces indices troublants et des questions qu’ils appellent, on pouvait déconstruire tout l’argumentaire réformateur ? En le critiquant, nous montrerons qu’il s’appuie sur des préjugés dont l’abandon ouvre à la compréhension de l’enjeu des retraites. Cet ouvrage s’interroge sur la raison de l’incontestable réussite de notre système de pensions. Il montre comment nous pouvons vaincre la réforme en poursuivant, en pensée et en pratique, le mouvement historique qui l’a édifié. Et il définit les moyens de le porter, aujourd’hui, à un niveau supérieur.
P.-S.

Ce texte est extrait de L’enjeu des retraites, de Bernard Friot (Éditions La Dispute, 2010), que nous recommandons vivement. Nous le reproduisons avec l’amicale autorisation de son auteur.

À lire aussi, sur la réforme des retraites : « Une réforme discriminatoire », par Christiane Marty.